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Pompei

Pèlerin enthousiaste et rulèlc de Ponipéi, la ville antique a eu pour moi tant d'attraits, la nature si chaude et le ciel si gai de l'ancienne Campanie ont enveloppé mon àmede si doux effluves que je livre ici, con aniorc, le fruit de mon travail.

Sans chercher une reconstitution imaginaire, j'ai essayé de faire revivre Pompéi avec sincérité, à l'aide de documents authentiques pris dans la ville ensevelie, et éclairé par do nombreux ouvrages touchant la f[ucstion. C'est l'histoire des Pompéiens illustrée par eux-mêmes. Le sujet était vaste, trop vaste; j'ai dû me borner. Heureux si je puis faire passer sur l'esprit du lecteur ces caresses de l'antiquité qui m'ont semblé, à moi, si délicieuses !

PREFACE

11 y a quelques années, un libraire napolitain eut l'idée de réunir la bibliographie relative aux trois villes campaniennes détruites par le VésuvC; Pompéi, Herculanum et Stables (i) ; elle remplit un Aolume de ii6 pages, et Pompéi y occupe la place d'honneur. Voici un nouveau livre sur un sujet ([ui, pour avoir été souvent traité, n'est cependant pas épuisé, car les fouilles qui continuent à Pompéi le renouvellent tous les jours. Il vient donc à son heure pour présenter l'état actuel des découvertes, y compris celle de cette curieuse maison des Vcttii qui a fait connaître, d'une façon si complète et si imprévue, l'aménagement d'une riche demeure pompéienne. 11 a de plus cet intérêt d'avoir son caractère très personnel, par la manière dont il a été conçu et exécuté. Ces lignes n'ont pas d'autre objet que de l'indiquer brièvement.

En 1894, un jeune peintre, M. Pierre Gusman, venait d'obtenir au Salon une bourse de voyage, décernée par le Conseil supérieur des Beaux-Arts, et partait allègrement pour faire le tour des prin-

(i) Bibliografia di Pompéi Ercola/w e Slabia, compilata da Friedrich Fiircliheiin, lihraio, Napoli, 1891.

PRÉFACE

cipaux musées d'Eiu-opc. La Belgique et la Hollande l'intéressèrent sans le retenir ; une sorte d'instinct l'attirait vers l'Italie. Après quatre mois de séjour à Home, il se décida à visiter Pompéi en simple touriste. Je crois bien (ju'à ce moment M. Gusman ne se préoccupa guère de charger sa valise d'ouvrages érudits, ni de s'enquérir de l'histoire des fouilles. Il ne songea sans doute pas à rendre grâces à l'intelligente activité de Fiorelli, qiu avait rendu si facile et si commode l'accès de Pompéi. S'il avait lu les lettres écrites en 1754 par le savant abl^é Barthélémy, de l'Académie française, il se fut égayé des déboires ([ue rencontraient alors les visiteurs curieux de se renseigner sur les antiquités campaniennes. C'était le temps oii Barthélemv, à son entrée dans le royaume napolitain, pensait avoir un duel avec (c lui grand diable d'officier », lieutenant de grenadiers au régiment de Royal-Naples, parce qu'il s'avisait de copier une inscription; oii il devait user de ruse, pour voir le Musée de Poi'tici ; où il était narquoisement éconduit par Monsignor Baiardl, prélat romain, président de l'Académie des Ercolaiiesi^ qu'il trouvait au milieu de ses livres, « couvert de vêtements si antiques, qu'on les aurait pris pour les dépouilles de quelque ancien habitant d'Herculanum )), et qui lui présentait son ancienne amie, <( la signora Laura, qui savait le grec, jouait de la lyre comme Orphée et brodait comme les filles de Minée ». C'était encore le temps où Caylus appelait Naples « un pays de barbares )) ; où son correspondant, le bon Paciaudi, se voyait interdire par le marquis Tanucci l'entrée du Musée royal; où Winckelmann en était rétluit « à jouer le rôle d'un idiot auprès de l'inspecteur en chef du Musée », pour endormir sa vigilance.

PREFACE V

Les choses ont bien changé. Les touristes qui visitent aujourd'hui Pompél trouvent un accueil libéral et courtois, peuvent à leiufantaisie suivre les fouilles qui se poursuivent régulièrement, cl goûter en toute quiétude le plaisir de se laisser conduire au gré de leur curiosité. Ainsi fit M. Gusmaii. Jl vécut à Pompéi en artiste qui sait regarder. 11 se laissa gagner par le charme si particulier de cette ville, fait d'élégance grecque et de mollesse campanienne ; il étudia le paysage aussi bien que les monuments, s'attarda à admirer un coin de campagne jiompéienne avec une fine silhouette de pins, aussi bien (pi'à étudier, le pinceau à la main, les différents aspects de la voie des Tombeaux ; il remplit ses cartons de croquis et d'aquarelles, oii il mettait l'entière sincérité de l'artiste dont l'esprit s'ouvre à des impressions toutes nouvelles, et qui travaille d'enthousiasme. Entre temps, il s'initiait à la connaissance de la vie pompéienne, sous la conduite du guide le plus sûr et le plus attrayant, en lisant, après une séance d'étude d'après nature, les Promenades archéologiques de M. Boissier. Au bout de deux mois il était conquis par Pompéi et partait à grand regret, emportant au moins, comme témoignage de son activité, luie belle série de copies exécutées d'après des portraits pompéiens, qui a été ac({uise par l'Ecole des Beaux-Arts. Il s'était promis de revenir. 11 revint en i8g6, se remit k la tâche, et fit, d'après les peintures les moins connues, une nouvelle série de copies qui, grâce à l'obligeante intervention de M. Henry Roujon, directeur des Beaux-Arts, ont pris place dans la collection archéologi(|ue de la Faculté des Lettres, à la Sorbonne. On n'a certainement pas oublié cpielles eurent, avec les portraits pompéiens, les honneurs d'iuie exposition à l'Ecole des Beaux- Arts. Cette fois M. Gusman était hanté de l'idée

PREFACE

d'écrire un livre sur la a ille (jui l'avait séduit à ce point. Des articles publiés dans la Gazelle des Beaux- A ris al dans la Revue de l'Jrt aneieii et moderne^ avaient montré que s'il maniait habilement le crayon, il n'était pas maladroit de sa plume, et qu'il était, comme on dit, fort bien documenté. Une dernière mission que lui confia M. Roujon, en 1898, lui permit de retourner à Pompéi, de recueillir de nouveaux matériaux, de compléter ses recherches au Musée de Naples. Le charme de Pompéi avait agi; l'ancien boursier du Salon revenait archéolooue, avec un livre où il avait mis toute son ardeur de savoir, de comprendre, de dire ce qu'il avait ressenti.

Ce volume est donc un livre de bonne foi, né pour ainsi dire spontanément dans l'esprit d'un artiste épris du détail réel, de la couleur vraie, qui n'est point im érudit et ne vise point à le paraître, mais demande à féiudition ce qui lui est nécessah-e pour pénétrer plus avant dans un sujet qui le possède tout entier. On n'y trouvera point de dissertations archéologiques. En revanche on y trouvera beaucoup d'impressions personnelles, franchement notées, parce qu'elles ont été sincèrement éprouvées, beaucoup d'obser- A'ations qui renouvellent à certains égards l'aspect des choses, parce (ju'elles sont prises sur le vif. Ajoutons (pie rilluslration est entièrement l'œuvre de l'auteur, ce qui n'est point banal. Elle n'est pomt exclusivement pittoresque ; elle met sous les yeux du lecteur nombre de documents auxquels les archéologues ne sauraient manquer de faire bon accueil, car M. Gusman a fait une riche moisson au Musée de IVaples, et reproduit bien des monuments peu connus, ou publiés seulement dans des recueils qu'il n'est pas toujours facile d'avoir sous la main. Enfin on saura gré a 1 auteur de n'avoir rien néHio'é pour donner comme l'illusion de

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