LA VARIÉTÉ ÉGYPTIENNE. — INFLUENCES ASIATIQUES
COMMENÇONS l'étude dos diverses sortes de peintures, par la décoration des pièces en elle-même ; elle donne des renseignements précieux sur la marche suivie par l'art décoratif depuis l'époque samnite, car les goûts grec, alexandrin et romain se succèdent tour à tour. Quoique le genre pompéien nous soit familier par le ramage de ses couleurs, il existe cependant des variétés d'ornementation qui ont entre elles autant de différence que les styles français entre eux.
Le professeur allemand AugustMau, avec une conscience et une précision que lui permettait sa connaissance approfondie de Pompéi, a classifié définitivement la décoration pompéienne en quatre époques représentées par autant de styles (i).
Premier style. — La période pré-romaine ou gréco-samnite (ii« siècle ? jusqu'à l'an 80 avant J.-C.) est représentée par le style dit d'incrustation qui est caractérisé par l'imitation du marbre par le stuc polychrome, les couleurs étant dans la pâte du stuc. Des rectangles faits do
(i) Geschichte der décoration Waiidinalcrei in PoDipej'i, avec atlas et planches en couleurs.
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cette matière reproduisent en relief l'appareil à bossages rompu par des pilastres dans les surfaces trop étendues de murs. Des corniches denticulées courent le long des frises et de larges panneaux laissés vides, se subdivisent en panneaux plus petits, mais toujours en relief. Le jaune, le rose et le vert dominent dans ces marbres imités, et les veines présentent des combinaisons diverses. Les panneaux principaux sont généralement noirs et les corniches blanches sont soutenues quelquefois par une bande bleue (planche hors texte, n° IX, i). Les couleurs employées dans ce genre de décoration paraissent avoir été appliquées sur l'enduit frais :
a fresca. La peinture de figure ne venait pas orner les pièces ainsi décorées, mais les mosaïques étaient employées à profusion pour couvrir le sol des habitations de cette époque (maisons du Faune, de Salluste, etc.).
Décoration du Iroisicmc style. Cimaise noire ; panneaux rouges; frise blanche, rouge et noire. (Région IX, Insula VII.)
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Secoxd style. — Ce style, moins employé à Pompéi qu'à Home, llorissait sous la République ; il s'inspire, quant aux divisions générales d'un panneau, au genre précédent, mais les panneaux et les détails architecto-
iii([ues en relief disparaissent pour faire [)lace à leur imitation en [)einture. C'est la continuation plus accentuée du trompe-l'œil, car si le premier style imitait les marbres colorés en relief, le second style vient imiter ces reliefs eux-mêmes.
Commencent alors les essais de quelques lignes perspectives pour faire avancer les saillies simulées qui reçoivent des touches de couleur claire, les ombres semblent fuir et les ombres portées, timidement appliquées, contribuent à donner l'illusion d'une ornementation solide. Les corniches en relief sont cependant conservées, mais elles ont moins de saillie et sont placées assez haut à la naissance des voûtes; elles sont alors historiées et polychromes, leur usage se conservera.
Les panneaux sont divisés })ar des imitations de colonnes peintes, d'ordres ionique et corinthien, qui semblent supporter une architrave ; mais au mur principal d'une pièce, les deux colonnes de milieu reposent sur une large base qui les unit (planche hors texte, n° IX, 2). Ce genre de décoration paraît exécuté a tempera. \ ers la fin de celte période, les colonnes de milieu soutiennent un fronton, et la partie du mur ainsi encadrée donne asile à des peintures de figures et à des paysages. Les motifs grecs et égyptiens se combinent, les colonnes sont égyptiennes, et bien des détails sont hellénistiques; l'accouplement des deux éléments est manifeste. Le caractère égyptien va s'accentuer et constituera une variété du style suivant.
Troisième style. — Le troisième style, ou des premiers empereurs, est caractérisé par des ornements délicats, d'un travail patient, où les colonnettes blanches ont des ombres vertes. Les cimaises sont colorées de brun violacé et de bandes vert clair. Les colonnes supportant des frontons sont plus fines, mais se dédoublent, souvent aussi elles servent d'ornements isolés et prennent la forme d'un candélabre; cet élément constitue une variété du troisième style (pie le professeur î\h\u nomme style du candelahru/n, qui marque surtout la transition du second au troisième style. Cet ornement nouveau prend les dispositions les plus diverses : tantôt c'est une simple colonne supportant une canthare, un oiseau, un disque,
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ou ])ioii c'est un candélabre véritable; quelquefois il n'est composé que de deux torsades s'enlaçant et terminées en rosace. Ce sont encore d'élégantes colonnettes agrémentées de méandres délicats, attachées par des bandelettes et ornées de feuillages; des balustres, des couronnes, des bagues, des disques s'élèvent, se combinent et forment quelquefois d'heureux motifs.
Le candelabrum affecte aussi un cachet égyptien avec ses détails en lamelles symétriques rappelant le tronc du palmier ou la pomme de pin ; il devient même épineux et s'élève alors en une immense pyramide de verdure entrecoupée d'ornements et peuplée d'oiseaux; ce c(iii(l('l(ihj-uni conservera souvent cet aspect j)yrauiidal dans le dernier style.
La variété égyptienne qui se rattache au troisième style est une des plus délicates de Pompéi ; Tharmonie de ses couleurs, la richesse et la minutie de son ornementation, ses colonnettes blanches, les sphinx et les animaux ailés qui habitent mille détails décoratifs, les fleurs de lotus et les formes de vases égyptiens, les pendeloques suspendues à des chaînettes d'or ainsi
que des masques et des coupes ; tous ces objets disposés avec goût dans les rinceaux apportent une élégance propre à ce style particulier (planche hors texte, n" X). jMème les lignes des rectangles, encadrant un panneau, se courbent ou deviennent sinueuses, donnant déjà une indication pour les formes ornementales utilisées postérieurement.
Motifs de candelabrum.
l^ans ce style des premiers empereurs nous voyons s'élever de graciles colonnettes surmontées de petites architraves et simulant la perspective d'un portique dont on ne voit pas le bas qui est caché par un premier plan vigoureusement coloré, représentant plutôt une cimaise ornée de moulures ou un socle décoré ; ces nouvelles dispositions complètent le mouvement illusionniste de la décoration pompéienne qui ne se borne plus à quelques lignes fuyantes des premiers plans ; ce sont maintenant des silhouettes architectoniques qui s'estompent sur un fond clair, donnant l'impression d'un péristyle vu au travers d'une fenêtre; l'air semble pénétrer dans la pièce ainsi ornementée et en éloigner les limites ; la vue paraît se perdre dans l'espace de quelque cour intérieure. Ce système décoratif, dit style « d'architecture », trouve un développement encore plus grand dans la dernière période de Pompéi, surtout depuis l'an 63.
Quatrième style. — Ce dernier style est naturellement celui dont on voit le plus de spécimens, car en réparant les dégâts causés par le tremblement de terre de l'an 63, on décora les maisons selon le goût du jour ; c'est pourquoi le dernier style de Pompéi est trop particulièrement connu comme ayant été le seul genre employé. Mais dans cette période, la décoration devient souvent surchargée d'ornements ; les rectangles sont bordés d'arabesques (signe certain du quatrième style). Si les couleurs sont vives, elles sont parfois moins harmonieuses et les ornements sont moins délicats quoique plus riches ; l'ensemble est décoratif, mais pompeux, il devient même théâtral et d'un goût douteux par l'adjonction de baldaquins et de rideaux; 'des colonnettes fragiles, parfois trop nombreuses, s'enhardissent comme construites en fer ou faites de tiges de roseaux. Une architecture fantastique est créée, l'imagination ne connaît plus de bornes : des éléphants supportent les colonnes, des chevaux montent aux acrotères, des taureaux, des tritons et des dragons couronnent les édifices, la bizarrerie et l'incohérence semblent ne plus devoir être dépassées. Mais quand ce style n'est pas exubérant, il a aussi quelques qualités. Des perspectives lointaines de portiques imaginaires et enchevêtrés se perdent dans les dégradations des tons les plus doux indiquées au style précédent;
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même il y a parfois (maison des Vcttii) une ordonnance digne du troisième style et des détails soignés. Nous voyons des figures se détacher en silhouette sur des baies simulées ; des femmes, des serviteurs entrer par des portes en tr 'ouvertes, descendre des perrons por- /^•'^^^ tant des aiguières et des cistes remplis de fruits ; des musiciens, placés dans les frises du haut d'une pièce , s'unissent à des Faunes et à des Bacchantes en une sarabande sans fin, sous de légers portiques.
La composition est toujours ingénieuse et, nudgré la complication des lignes, elle est exécutée avec une telle aisance , l'iialjileté masque les défauts avec tant de grâce, que ce dernier style, en dépit du peu d'équilibre dont il fait preuve, peut encore, sous le ciel qui l'éclairé, rivaliser avec ses prédécesseurs.
Quant aux différentes
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Dùcoralion du troisième style. Variété égyptienne. (Cimaise brune et noire, filets jaunes, panneaux bleu azur, yrise jaune et blanche, colonnes vert clair. Région VIII, Insulae 5 et 6.)
parties de l'habitation susceptibles de recevoir une décoration murale de quelque importance, ïocciis, Vcxcdra, le tahlinum ^ le pcristyliuin et Vatrnini^ absorbent les meilleures compositions.
Le même style peut dominer dans la même maison, comme dans la maison du Faune qui est de la première époque ; mais ce n'est pas une règle dans les deux derniers styles. Quant au style égyptien, il ne se rencontre que dans une seule pièce de la maison; chambre, t ahlin uni o\i
oeciis ; car, dit \ ilruve, dans une maison bien ordonnée, il doit exister une pièce égyptienne. Les lloniains en cela, suivaient une mode et ce dut être de bon ton d'être dans le « mouvement» égyptien, coname il fut de nos jours original d'avoir un salon japonais ou ottoman.
Ces styles différents offrent souvent entre les pièces d'une même habi-
Occus à dôcoi-atiou blanche. (Casa del Ceiilenario. Quali-ièiuc style contemporain de l'an 63.)
tation les contrastes les plus inattendus. Ainsi, dans la maison del Ccntcnario, nous avons la surprise de deux ucci dont l'un est à fond noir, l'autre à fond blanc ; ce dernier a une élégance et une finesse de détails qui rappelleraient beaucoup le style français du milieu du xviii" siècle. Cela, du reste, ne peut surprendre si l'on considère que les découvertes successives d'Herculanum et de Pompéi, survenues de 171 1 à ij'iS, eurent une inlluence, pas assez reconnue, sur les décorations de l'époque qui suivit.
Puis ce sont des panneaux rouges et jaunes à cimaise noire ornée de plantes vertes et de fleurs à la base, comme si quelque humidité les eût fait
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g-ermor sur lo sol do mosaïque. II y a aussi des panneaux rouges encadrés de noir, des rectangles noirs ou bleus entourés de rouge vif ; il y a même des murs verts et blancs avec cimaise ronge ; des panneaux biens avec cimaise brune; des murs blancs et jaunes, bleus et blancs; enfin il n'y avait aucune règle sous ce rapport ; le goût et les préférences seuls décidaient, surtout pour les deux derniers styles.
A côté des motifs caractérisés d'esprit hellénistique et ég3-ptien, il est une autre influence qui se fait sentir dans les décorations de Pompéi.
JNous voulons indiquer, sans l'exagérer, le goût perse ou asiatique.
Nous lisons d'abord dans Strabon que beaucoup de maisons situées sur les bords du golfe de Naples étaient construites comme les maisons ro3\ales perses (i). Jl ne reste rien, à notre connaissance, de cette architecture orientale particulière; cependant, nous pouvons retrouver quelques traces de cet esprit asiatique dans les peintures décoratives de la dernière époque.
Sans remonter au déluge, rappelons-Jious qu'Alexandre, dans sa marche victorieuse en Asie, alla jusqu'à l'Indus, qu'il descendit avec son armée jusqu'à l'embouchure do ce fleuve, revit Persépolis et Suse qu'il avait conquises, et que les officiers grecs, imitant Alexandre, épousèrent des
Dccoralron du qiuitiième stylo. (Pointure du Musée de Naples.)
fi) Yoy. d'Aniolio, Pomppi dcpinti miirali .
femmes d'Asio (quatre-vingt-dix mariages en nn seul jour, à ce que dit
l'histoire).
Ensuite Ptolémée, g-énéral d'Alexandre, eut on partage l'Egypte; il est donc naturel de voir les soldats et leurs chefs revenir l'esprit hanté de la splendeur chatoyante des Asiatiques; ils durent conserver un peu de ce goût exotique qui plut tant à Alexandrie, devenue la ville la plus luxueuse de l'époque.
Cet élément asiatique joint à celui des Grecs propres et mitigé d'égyp-
Motif de décoration orientale. (Maison des Vetlii.)
tien indigène forma un nouveau genre; cet amalgame donna, il nous semhie, le style alexandrin décoratif qui, interprété par les Romains, devint le style dit « augustéen ».
Aussi sur les murs de Pompéi, nous pouvons nous rendre compte — sommairement ici — de l'esprit de quelques détails décoratifs qui ne sont ni grecs, ni égyptiens, mais de goût asiatique, perse ou indien.
Les petites peintures représentant certains paysages (i) sont là pour
Motif de décoration orientale. (Maison des VeUii.)
nous montrer leurs maisons bizarres qui sont peu dans le goût égyptien
(i) Voir PI. hors texte, 11° III, 3, et les passages relatifs au paysage peint.
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indigène, encore moins clans l'esprit g-rcc ; je snpposo qne ces constructions représentent ces petits palais dont parle Strabon, imitant les maisons de la Perse. Cet arrière-goût asiatique se retrouve dans la surcharge d'une ornementation trop ])rillant(^ par ses couleurs et les jaunes imitant les ors répandus à profusion. 11 y a aussi les colonnes en mosaïque <[ui, tout en rellétant un esprit égyptien, ont une pointe d'exotisme particulier; les fontaines en mosaïque trahissent également les mêmes influences, l'harmonie des tons est d'une palette bizarre mais harmonieuse. Puis dans les décorations du style dit «. d'architecture », nous voyons souvent des colonnes supportées par des animaux ; n'est-ce point là un souvenir de l'Asie? La Chaldée et l'Assyrie ainsi que l'Inde avaient de ces motifs. Les bases de plusieurs colonnes sont ornées de palmettes, de pointes, de bagues, de détails et de fantaisies les plus imprévues, rappelant certains détails des temples indiens, de môme des draperies suspendues à des baldaquins pendent en des plis brochés d'or.
Tout ce faste oriental est reproduit surtout avec intensité par les Pompéiens de la dernière époque, Colonne eu mosaïque.
, . , . .,,.,,. (Musée de Naples.)
au goût peu châtie mais ronut/iise, epris tlu brio factice de l'opulence, qui ne devint que la caricature de l'esprit alexandrin.
LA TECHNIQUE DE LA TEINTURE. — LENC AUSTl QUE ET SES DERIVES