‹ PompeiChapitre 81 sur 110 · LA ERESQUE ET LA TEMPERA LA PRÉPARATION DES MURS. — LES ENDUITS · texte numérisé non relu

LA ERESQUE ET LA TEMPERA LA PRÉPARATION DES MURS. — LES ENDUITS

LES murs des demeures pompéiennes, un dos principaux attraits do la cité antique, l)ariolés des tons les plus brillants et les plus tendres, sont devenus le champ d'expériences de nombreux savants et d'artistes. Les sujets mythologiques et de genre dont ils sont ornés ont été étudiés par M. Helbig qui, avec son autorité habituelle, les a classés et décrits (i).

Nous commencerons l'examen des peintures les plus curieuses après avoir cherché à nous rendre compte quelle pouvait être la technique des décorateurs de Pompéi.

Sur ce chapitre, sans vouloir trancher une question encore débattue, les nombreuses copies que j'ai faites sur place me permettent de donner une appréciation basée sur l'expérience. Je suis, du reste, aidé dans cette tâche par les travaux antérieurs do savants et de chimistes, surtout ceux de MM. Gros et Henry, documentés d'une façon si complète (2).

Nous voici on présence de trois procédés préconisés tour à tour : l'encaustique, la fresque et la peinture a tempera.

Je crois que différents procédés ont été utilisés à Pompéi, selon le lieu, la matière et la dimension du panneau à décorer.

Etablissons d'abord ce qu'était la |iointnro à l'encaustique proprement

(i) Deux volumes : le premier avec un atlas de planches date de 1868 et est intitulé : Wandi;em(ildc der vont Vesin> ccrsc/uiliete/i Stadte Cnmpaniens. Le second ouvrage (i8j3) a pour titre : Untersuchungen iil/er die Cnmpanisclie Wondmalcrci.

(2) L'encnristifjne Pl les mitres Proeédés de la Peinture r/iezlex Anciens, par Gros et Henry.

LKS AKTS

dite. Ce procédé, employé par les Zeuxis, les Apelle et les Parrliasios, consistait à faire avec de la cire et des couleurs des pains de nuances diverses, — un peu comme nos pastels — que l'on plaçait dans les godets d'une palette chauffée ; à l'aide d'un pinceau, on ébauchait le tableau, uuiis la cire, en se refroidissant, devenait trop épaisse pour permettre les délicatesses et le modelé ; alors, le peintre procédait à l'opération de la kaiisis : avec des fers chauffés, il reprenait les touches en \es fondant (Peiuu>reduMréedcXaplcs.j

les unes dans les

autres. Les fers qui servaient en ce cas s'ap- --^^ pelaient cautcrcs, dont le principal était le cestrum, sorte de spatule dentelée ayant la forme d'une feuille de bétoine [v.i-r-.wA.

11 est vrai que sur les peintures retrouvées à Pompéi on ne voit aucune trace du ccsti-uni chaud qui laisse toujours une empreinte en creux, au lieu que dans les peintures exécutées seulement au pinceau, la touche est en relief. Cependant l'encaustique proprement dite (aux cautères) a dû exister à Pompéi, et si les œuvres faites selon cette méthode ne furent pas détruites par la catastrophe, elles durent être emportées par les anciens qui revinrent fouiller leur ville anéantie. Dans plusieurs maisons, on voit des vides laissés dans les murs par les peintures disparues avant Icnr découverte, il ne reste que les crampons de fer qui les retenaient.

A toute époque, la peinture à l'encaustique proprement dite fut très estimée des Romains, et Pline nous cite les nombreux tableaux de maîtres que l'on se disputait au poids de Tor. Si ce genre de peinture offrait bien des difficultés, au moins

Allégorie de la Peinture. (Pciutuie du Macellum.)

La préparalion des murs, (^l'oiulure du M usée de Naples.)

avait-il ravantagc de doniicr à l'artiste toute latitude i)Our terminer son œuvre; le cc.s/niin chauffé pouvait venir retoucher un tableau même au bout de plusieurs années, ce cpii permit à Protogène de travailler plus de sept ans à son lalysos.

A Jlome même fut pratiquée cette manière, et Pline nomme plusieurs artistes dont une femme, Lala de Cyzique, qui fit, au pinceau et au ccstru/ii, sur ivoire, surtout des jjortraits de femme, « et })eignit à Naples une vieille dans un grand tableau » ; elle fit aussi son propre portrait au miroir. Pompéi donc dut connaître l'emploi de ce procédé, qui ne s'exécutait pas sur le mur, mais sur ivoire, sur des panneaux de bois et aussi sur toiles préparées par un laborieux tissage, dit Boèce dans sa préface de V^irithnictiquc.

Ces tableaux furent encadrés, comme nous le voyons simulé dans les décorations pompéiennes, accrochés et inclinés selon le mode en usage aujourd'hui; ils étaient })réservés de la poussière et de la lumière par des volets mobiles fixés de chaque côté du cadre. 11 ne peut être alors (juestion, pour les murailles de Pompéi, ([ue d'un procédé dérivé de l'encaustique et employé à froid, car on n'aperçoit pas la trace du ccstrain sur les peintures murales, tandis que les coups de pinceaux sont très visibles et librement donnés; la facture démontre l'emploi d'une couleur Ii(|uide ou visqueuse longtemps nu\lléable, comme l'est la peinture a tcinpcra ou la peinture à l'huile.

Dans les préparations colorantes il y entrait de la cire souvent mélangée à des résines amalgamées à des couleurs en poudre ou en pains comme celles que nous voyons à Pompéi dans les vitrines du musée et retrouvées dans les magasins de la ville. Avec les couleurs on découvrit des morceaux de poix, de goudron, d'asphalte, des petits pots remplis de ces matières et un pinceau. Les mortiers et les molettes servant au broyage se rencontrent quelquefois, ainsi que de larges cuvettes munies de becs. Les liants généralement en usage pour les peintures murales étaient les huiles essentielles, telles que l'huile de laurier, de poix appelée y>'m///fl; de naphte, employée dès la plus haute antiquité, ainsi que l'huile de noix dont les propriétés siccatives sont vantées par le médecin Aétius, qui en

LES ARTS

Fcmruc peintre. (Peinture du Musée de Niiplcs.)

décrit la fabrication. On se servait également de couleurs délayées à l'œuf et au lait, avec adjonction de cire et de résine, procédé qui gardait en séchant la même tonalité qu'au moment de l'exécution. La sarcocollc mentionnée par Pline comme servant à agglutiner les couleurs était aussi d'un usage courant, et les peintures où a été employée cette gommerésine sont d'une ténacité extraordinaire. Souvent une couche de vernis [atraincntum) venait recouvrir les peintures et leur donner plus de vigueur tout en les préservant, comme on le faisait pour les statues de marbre avec la cire punique (i).

La fresque proprement dite a été peu en usage à Pompéi, elle servit quelquefois à ébaucher les grandes compositions sur fond blanc et purent être terminées a tempera ou à la chaux hydratée. Mais ce genre de peinture ne fut en usage que pour les décorations dont le fond du mur était

resté intact de toute mixture, ou appliquée sur un mur enduit de chaux.

La peinture sur stuc, usitée généralement à

Pompéi, ne put présenter la même pratique. Pour

cette dernière méthode, les murs étaient enduits

de trois couches de mortier de grains différents

où il entrait du marbre pilé ; avant la troisième

opération on battait fortement les deux premières

couches pour en retirer l'humidité, leur donner de

la consistance et obtenir une grande dureté. Les

maisons modestes dont l'ornementation était rudimentaire se contentaient

d'une seule couche que l'on recouvrait de chaux très fine qui se retrouve

dans les amphores de Pompéi. Dans les habitations destinées à être

Cuve pour broyer les couleurs.

(i) D'après diverses expériences faites par M. Chevreul et par le peintre allemand Ernst Berger, il résulte que la cire a été employée ii Pompéi,

Page 1