UN MASQUE DE STUC
Li: stuc, nous avons pu déjà nous en rendre compte, fut très employé et concourait à donner aux décorations murales l'air fastueux des palais d'Alexandrie.
Le style pré-romain l'employa pour ses bossages architectoniques, les époques suivantes l'utilisèrent encore pour éviter le luxe trop coûteux des
; marbres ; la perfection du
't-*-iti->iu/
Slucs polycliromcs. (Musée de Niiplcs.
genre fut intimement liée au style dit « d'architecture ».
Quoique par certains côtés, comme l'est la terre cuite polychrome, le stuc décoratif ait des relations avec la peinture dont elle
réclame l'assistance pour les fonds plats, dans quelques moulures et môme dans des panneaux à figures réservées, il est du domaine de la plastique, il voisine trop avec le bas-relief et la sculpture de marbre qu'il imitait.
L'un des panneaux, le plus curieux, est conservé au musée de Naples et présente le même aspect que les décorations du troisième style qui florissait sous les premiers Empereurs. Les lignes architectoniques sont en relief de stuc ainsi que le sujet principal, qui représente Silène ù're, accompagné d'un Faune et d'une Bacchante; en relief aussi, les figures
LES ARTS
placées dans les frontons ainsi que les personnages qui semblent ouvrir des portes. Le fond du panneau central est rouge ainsi que les petits rectangles à pans coupés où sont peintes des scènes mythologiques, le champ qui les entoure est bleu azur et les deux figures isolées, placées de chaque côté sont coloriées ; enfin du jaune, du bleu, du vert, du rouge et du noir entrent dans les autres détails compliqués de cette décoration.
L'enluminure des stucs décoratifs bien souvent a disparu ou la
Blues de Vapodylevium tics bains du Forur
couleur en est très atténuée, comme dans ceux de la palestre des bains de Stabies qui sont d'une composition exagérée dans les détails. On y voit des escaliers, des colonnettes supportant des portiques d'oîi pendent des draperies et des festons enguirlandés. Dans les panneaux peints du premier plan on voit trôner tout l'Olympe, des athlètes, des animaux et des paysages meublent aussi cette décoration exubérante des murs. Plus sobre est la voûte du tepidariuin des bains du Forum dont les caissons et les panneaux ingénieusement combinés sont meublés de figures posées sur un fond rouge ou bleu. Dans une frise se déroulent de gracieux rinceaux et un candelabruin séparant deux motifs, rappelle ceux reproduits en peinture. Il est à remarquer que dans ce tepidarium, le stuc
Stuc du Musée de Xaples.
simulait davantage les bas-reliefs de marbre que dans les décorations
précédentes.
Les stucs sont surtout intéressants cjuand ils servent à exprimer les
figures. Ainsi sur un des côtés extérieurs du megariaii du temple d'Isis,
est appliqué un groupe léger où une femme élancée, vêtue partiellement d'un voile aux plis mouvementés, offre un brio de facture et une grâce souple dignes de remarque.
De même genre cette figurine tenant une lyre, vivement esquissée dans la pâte molle comme on le ferait avec la cire ou la terre glaise. Les indications sont tellement libres dans les stucs de cette nature, que l'on y voit la façon de procéder.
Le fond de stuc uni était employé humide, on saisit fort bien les contours indiqués en creux dans la matière fraîche par la pointe et les ébau-
choirs employés aigus ou à plat, accentuant
avec esprit les reliefs expressifs des formes.
Ces stucs rappellent ceux de la Farnesina (i)
et passeraient de nos jours pour des maquettes, car ni têtes, mains ou pieds ne sont
ordinairement terminés ; ces petites œuvres
ne sont que l'impression habilement jetée,
ce qui fait du reste leur originalité ; nous
connaissons assez de bas-reliefs antiques où
le modelé savant s'allie à la correction des
formes ; ici on retrouve les mêmes qualités,
mais ébauchées, on voit le caractère primé-
sautier de l'artiste campanien avec sa verve
et son sens éminemment décorateur. Plu- siue du mei'«,»m du temple disis.
sieurs de ces stucs sont souvent d'un sentiment d'art bien supérieur à
(i) Voy. CoUiguoii. Le stijli' décoratif à Rome, liei'iie île l'An, sept, et oet. 1897.
LES ARTS
nombre de bas-reliefs en marbre de l'époque romaine. Ils avaient l'avantage d'être d'une exécution rapide; faits a frcsca^ les rctonclies postérieures ne pouvaient être permises, mais l'esprit alexandrin y trouvait un champ illimité à ses élucubrations délicates.
Ne quittons pas les stucs sans présenter un charmant petit masque fait de la matière la plus fine rappelant l'ivoire. Il fut trouvé dans les environs de Pompéi, et est encore ignoré. Cette tête à l'esprit malin à la bouche et aux grands yeux troublants respire une expression d'ironie caressante ; elle est coiffée de bandelettes pendantes, cerclant la chevelure ornée de baies de lierre. Ce masque de Bacchante alexandrine a pu appartenir à quelque objet mobilier, car, vu sa délicatesse, il ne dut pas avoir servi de pendeloque, comme celles que l'on accrochait aux branches des arbres, pour les préserver des oiseaux et des mauvaises influences.
Tête alexandrine (Colleclioii M. Noël.)