C. GAPELLAM. D. V. I. D. 0. V. F. VERNA GVM DISGENTIBVS
« Verna et ses élèves invoquent C. Gapella, duumvir chargé de rendre la justice »
Cette inscription, tracée en grandes lettres rouges, est maintenant illisible.
commandement d'un chef spécial, l'un appelé préfet des* ouvriers, prœfeclus fabrorvm, l'autre, préfet des chariots, prœfectus vehiculorum.
1 Depuis quelque temps la direction des fouilles a fait numéroter les édifices de certaines rues. Nous aurons soin d'indiquer ces numéros qui facilitent beaucoup les recherches;
Nous avons déjà incliqué sur ['album qui fait face à cette salle, de l'autre côté de la rue des Orfèvres, une autre inscription du même genre au nom d'un maître d'école, nommé Valentinus (page 31). Il est probable que Verna précéda ou suivit Valentinus, et qu'on négligea d'effacer une des inscriptions. Quoi qu'il en soit, ici comme dans les écoles d'Orient, nous trouvons un renfoncement dans lequel se plaçait le professeur, des portes dans les angles de la salle, afin de ne pas se trouver en face de la chaire, enfin des niches pratiquées dans toute l'étendue de la muraille pour déposer les livres, les manteaux et les provisions des élèves.
Après avoir franchi la rue des Orfèvres, sur laquelle se développe le magnifique album décorant le mur méridional de l'édifice d'Eumachia, nous arrivons à ce monument même.
Édifice d'Eumvchia (Pl. K). Cet édifice fut découvert de 1819 à 1821; on y trouva les squelettes de deux hommes, dont l'un était coiffé d'un casque, et dont l'autre avait été horriblement mutilé par la chute d'une colonne. Sur le linteau d'une petite porte donnant sur la rue des Orfèvres, est placée une inscription qui était répétée sur de gros blocs de marbre ayant formé l'architrave de la façade principale sur le Forum 4; elle est ainsi conçue :
EVMACHIA. L. F. SAC.ERD. PVB. NOMINE SVO ET M. NVMISTRI FRONTONIS FILI. CHALCIDICVM CRIPTAM PORTICVS CONDORDIAE AVGVSTAE PIETATI. S VA PEQVNIA FECIT EADEMQVE DICAVIT
« Emnachia, fille de Lucius, prêtresse publique 2 en son nom et au nom de son fils Marcus Numister Fronto a érigé a ses frais et dédié à la Concorde et à la Piété auguste un chalcidique, une crypte et des portiques. »
Une grande difficulté se présente dès l'abord; c'est l'application de ces trois dénominations à l'édifice que nous avons sous les yeux. 11 n'est pas deux auteurs qui soient d'accord sur la signification du mot Chalcidiqur, ni même sur son étymologie 3. Quant à la première question, nous croyons
1 Ces blocs sont déposés sur le sol du Forum en avant de l'édifice.
2 V. la note, page 93.
:i Ausone interprétant un passage d'Homère, désigne sous le nom de chalcidicum la salle que le poète fait- traverser à la nourrice Euryclée, courant annoncer à Pénélope le retour d'Ulysse. (Odyssée, ch. XXIII). Arnobe, apologiste de la religion chrétienne, qui écrivait dans les premières armées du IVe siècle, s'écrie : « Je voudrais bien voir vos dieux et vos déesses pêle-mêle dans vos grands chalridiques, et dans ces palais du ciel. » «On écrit, dit-il ailleurs, que vos dieux font leurs
devoir adopter l'opinion qui fait du Chalcidique une grande salle placée en avant de l'édifice, une sorte de porche de vaste dimension ; quant au mot, la majorité s'accorde à le faire venir du nom du lieu où cette disposition aurait été inventée, Chalcis, ville d'Eubée.
Ceci posé, arrivons à la description du monument ; après en avoir examiné les diverses parties, nous verrons s'il est possible d'en déduire quelques renseignements positifs sur sa destination.
D'abord se présente sur le Forum un grand portique A, long de 39'", 50, et large de 12m,30, s'avançant jusqu'au bord de YÀrea et conservant les
Plan de l'édifice d'F.nmachia.
traces d'un pavé de marbre blanc. Aux colonnes étaient adossés des piédestaux a que durent surmonter des' statues, et que Gell a pris à tort pour les restes de piliers carrés qui eussent porté le plafond de cette salle dans laquelle nous reconnaissons le Chalcidique. Pour que la supposition de
festins dans de grandes salles à manger qui sont aux cieux, et dans des chalcidiques tout d'or. » Arnob., L III. Suivant Léo Battista Alberti, le plus ancien des critiques en cette matière, les chalcidiques auraient été une galerie transversale, une sorte de transept placé aux côtés du tribunal des basiliques, et donnant par conséquent à l'édifice la forme d'un T. La vérité, et en cela nous sommes d'accord avec le savant architecte florentin Becchi qui a publié une dissertation sur la question qui nous occupe, la vérité nous paraît être dans ce passage de Vitruve : sin autem locus erit amplior in longitudine, Chalcidica in extremis constituantur. L'incertitude est venue d'une fausse interprétation de ce passage ; on en a traduit les premiers mots : mais si le terrain le permet... Ce n'est pas rendre la pensée de l'auteur. Vitruve a fixé par des règles le rapport de la longueur de la basilique avec sa largeur, et c'est alors qu'il ajoute : « mais si le terrain est trop long ( en proportion de la largeur) on construira à l'extrémité des Chalcidiques. »
Il est évident que Vitruve indique ici d'une manière positive que le Chalcidique était une grande, salle précédant la basilique, et non pas une addition latérale comme le veut L. B. Alberti, puisqu'en adoptant sa supposition, le Chalcidique aurait élargi le plan de la basilique au lie a de diminuer sa longueur. Quant à l'origine du mot, Festus, qui à la vérité emploie celui de Chalcidonium, dit formellement que c'était une sorte de bâtiment qui avait pris son nom de la ville de Chalcis où il avait été inventé.
Gell fût admissible , il eût fallu que le Forum ayant été construit postérieurement, on eût placé ses colonnes en avant des piliers de l'ancien édifice pour conserver l'uniformité des portiques; or, l'inspection seule du plan dément cette hypothèse. L'édifice d'Eumachia a été évidemment construit après le Forum, puisque ses murs latéraux ne se trouvant pas perpendiculaires à la longueur du Forum, on a corrigé cette irrégularité par les constructions fd que nous voyons entre le Chaleidique et l'intérieur de l'édifice.
Au fond du Ghalcidique nous trouvons l'entrée principale b, large de 3,n,90, et s'évasant vers l'intérieur. Cette porte était ornée d'un magnifique chambranle en marbre blanc décoré d'élégants rinceaux; ce chambranle a été porté au musée. Le seuil en marbre, d'un seul morceau, conserve encore les trous qui recevaient les verrous, et les traces des crapaudines où s'emboîtaient les pivots des portes. Sous ce passage sont les entrées des petites salles f, dans l'une desquelles, située à droite, on voit les restes d'un escalier qui dut conduire à quelque galerie supérieure dont il n'existe plus de traces aujourd'hui.
Aux côtés de la porte sont deux grandes niches semi-circulaires c, qui conservent quelques restes de leur revêtement de marbre africain et deux autres renfoncements carrés d remplis jusqu'à une certaine hauteur et formant ainsi deux espèces de tribunes où l'on arrivait par de petits escaliers pratiqués à côté. Elles ont pu servir, soit à publier les édits relatifs au commerce, soit plutôt à vendre à l'encan certaines marchandises. Les quatre trumeaux qui séparent la porte, les deux niches et les tribunes, présentent autant de petites niches carrées e qui durent contenir des statues dont les socles sont encore en place.
Des traces de grilles permettent de croire que ce vestibule pouvait être fermé, et ainsi, étant interdit au public, interrompre la circulation sous les portiques du Forum.
Le Ghalcidique, comme tout le reste de l'édifice, est construit en briques recouvertes d'un enduit qui lui-même avait été décoré de plaques de marbre qui étaient enlevées à l'époque de la catastrophe. On en a trouvé un grand nombre en magasin dans les réduits f compris entre les deux murs de la façade. Il est évident que de même que tout le Forum, l'édifice d'Eumachia était en pleine restauration. Un bloc de marbre fut trouvé avec une ligne tracée au blanc pour guider la scie de l'ouvrier. Les colonnes, les statues de marbre avaient été emportées. Quelques auteurs
ont cependant pensé que les Pompéiens, après la destruction de leur ville, avaient pu opérer ici des fouilles pour retirer ces précieuses colonnes, ainsi qu'on a la certitude qu'ils le firent dans quelques autres endroits de la ville.
Après avoir franchi la grande porte, on trouve une vaste cour oïi impluvium B pavée de marbre; longue de 37m,70, et large de 19'", 16, entourée d'un caniveau, et qu'environnait le portique C D E F mentionné dans l'inscription. Sur le sol de cette cour, et au pied de la colonnade, étaient des piédestaux de marbre blanc qui semblaient avoir servi de support à des tables de même matière, puis des pierres légèrement creusées dans lesquelles on a cru voir des cuves destinées au lavage ; nous reviendrons sur ce sujet. Dans l'axe de la porte existe sur YArea une embouchure de citerne W, dans laquelle on pouvait descendre par l'ouverture placée au centre B, et fermée par une dalle dont l'anneau de fer est encore mobile. Le portique, élevé sur deux degrés revêtus de marbre blanc, était soutenu à chacun des grands côtés par dix-huit colonnes corinthiennes de marbre de Paros, et par, dix colonnes du côté adosse au Ghalcidique; les entre-colonnements étaient plus larges du côté opposé DE, qui ne contenait que huit colonnes. On n'a trouvé en place que deux bases et un fût, mais la disposition de la colonnade est exactement déterminée par le stylobate de marbre sur lequel elle reposait. La largeur du portique était de A'ViO; sa muraille offrait, au-dessus d'un soubassement de marbre africain à moulures de marbre blanc, d'élégantes arabesques sur fonds noirs, rouges ou blancs, qui sont aujourd'hui presque entièrement détruites. Sur un Hermès sans tête trouvé sous ce portique on lit bette inscription :
c. NORBANI S O R [ C I S SECVNDARVM1