M A G. PAGI A V G. FELICIS SVBVRBANI EX. D. D
LQC... D.
«Hermès de G. Norbanus Sorex..., maître du faubourg Augusto-Félix, érigé sur un lieu donné par décret des Décurions. »
Montant deux degrés g placés entre deux massifs de blocage h i, qui
1 Ce mot SECVNDARVM ne paraît avoir encore été compris par aucun antiquaire, bien qu'il ait donné lieu à diverses dissertations, et entre autres à un mémoire de Guarini dans ses Opuscoli.
portaient deux bassins ou réservoirs carrés \ on trouve au fond du portique une sorte d'abside semi-circulaire G qui n'est pas exactement dans l'axe de la porte d'entrée, et dont la voûte était soutenue par deux piliers carrés kl. Des fragments d'un très-beau style découverts en cet endroit indiquent que la niche était surmontée d'un entablement et d'un fronton. Dans cet hémicycle dont les parois étaient' peintes en vert et en rouge est un grand piédestal m qui dut porter la statue de la Piété ou de
Vue de l'édifice d'Eumachia.
la Concorde qui fut trouvée près de là ; malheureusement la tête manquait; la robe, semblable à la laticlave, était bordée d'un liseré or et rouge. Gell préfère voir dans cette statue une impératrice romaine, mais comme il n'apporte aucune preuve à l'appui de son opinion , nous pensons qu'on doit s'en tenir à la conjecture la plus naturelle et qui est aussi la plus généralement adoptée. Deux niches no, placées également dans l'hémicycle , continrent sans doute aussi des statues. Deux hémicycles plus petits DE, pavés en marbre blanc, existent sur la même ligne, en tête de chacun des grands côtés du portique et, ainsi que deux fenêtres percées dans les trumeaux, éclairaient deux salles p q, de forme irrégulière. On s'accorde généralement à reconnaître la crypte ou crypto-portique 2 de l'inscription dans une sorte de grande galerie intérieure H I KL, éclairée au N. et au S. sur le portique par dix ouvertures de chaque côté sans compter
1 Ces bassins que j'avais vus en place ont disparu sans que personne ait pu me dire ce qu'ils sont devenus ; ils sont sans doute enfouis dans quelque magasin.
2 L'étymologie du mot Crypta, KpuTrrbç, caché, ne s'oppose nullement à cette attribution, puisqu'il désigne un endroit caché, retiré, et non un lieu privé de jour.
ses portes. Ces baies étaient fermées par des fenêtres mobiles qui ouvraient en dedans, comme il est facile de s'en convaincre par l'inspection de leurs linteaux de marbre; on y entrait par deux portes placées aux extrémités du portique CF. Les murs de la crypte étaient ornés de peintures comme ceux du portique ; seulement ici le fond des grands panneaux était alternativement jaune et rouge. Les arabesques sont plus simples et moins légères. 4u milieu des panneaux étaient de très-petits sujets parmi lesquels on remarquait une offrande à une divinité qui semblait être Isis. Sur le soubassement sont des fleurs et des plantes peintes sur fond noir; on y voit souvent répétée une sorte d'iris à fleurs rouges.
Enfin, le fond du monument était, comme la façade, composé d'un double mur destiné à corriger l'irrégularité du terrain. Dans l'espace compris entre ces deux murailles, on a ménagé au milieu une niche carrée M peinte en vert et en rouge, où s'élève encore sur un piédestal r une copie de la statue de la fondatrice du monument, l'original ayant été porté au musée. Cette figure a sans doute été faite d'après nature , car la tête a tous les caractères d'un portrait; sa physionomie a quelque chose de souffrant, de mélancolique; ses yeux semblent planer avec tristesse sur les débris de cet édifice son ouvrage, sur les ruines de cette ville sa patrie. Cette belle statue de marbre fut découverte en 1820; elle est un peu plus grande que nature, et conserve dans les plis de la draperie des restes de couleurs rouge et verte. On lit sur le piédestal :
EVMACHIAE L. F.
SACERD. PVBL.
FVLLONES.
« A Eumachia, fille de Lucius, prêtresse publique, les foulons. »
Dans le vide, à droite de la niche, est un corridor orné de jolies peintures, aujourd'hui presque détruites, à panneaux noirs séparés par des pilastres rouges ; il contient un escalier N , descendant à une loge de portier u ou plutôt à une boutique , à en juger par les peintures qui la décoraient, et à la petite porte s, large de 2m,15, ouverte à l'angle S.-O. de l'édifice sur la rue des Orfèvres, à côté de la fontaine d'abondance /, ainsi nommée parce que la figure sculptée sur son cippe tient une corne d'abondance. La porte s, et la façade de la boutique u forment les deux dernières travées de l'album y z.
108 POMPEI A.
La porte de l'escalier v, voisin de la niche d'Eumachia, était pour la symétrie répétée en camaïeux jaune, à gauche de cette même niche. Cette porte feinte a? est très-intéressante, parce que, presque seule, elle nous a fait connaître la disposition des portes en bois de Pompéi, dont aucune n'est parvenue jusqu'à nous1 ; elle a 2™ de large sur 3m,25 de haut. Sa largeur est partagée en trois panneaux contenant chacun deux compartiments longs et étroits. Au milieu est figuré un très-petit anneau qui aurait servi à la tirer.
On a pu se convaincre par l'examen auquel nous venons de nous livrer combien cet édifice ressemble peu à aucun de ceux que nous a légués l'antiquité, et par suite, combien il est difficile d'en déterminer d'une manière positive la destination. Recourant à l'inscription de la statue d'Eumachia, élevée par les foulons , on a conclu avec quelque vraisemblance que si les foulons avaient érigé une statue à la fondatrice de l'édifice , c'est que cet édifice avait été destiné par elle à leur usage. L'opinion qui a prévalu est donc que ce monument fut un lieu de réunion de la corporation, ou, comme on disait chez les Romains , du collège des foulons , ou marchands de draps et de laines, corps de métier qui fut sans doute un des plus importants et des plus riches de Pompéi. Voyons donc dans l'édifice qui nous occupe une sorte de bourse, et tout s'explique : le Ghalcidique est destiné à ce que chez les modernes on nomme la petite bourse, c'est-à-dire la réunion des spéculateurs avant et après la clôture; des crieurs, placés sur les deux tribunes qui s'y trouvent , vendent sur échantillon des laines et des étoffes. La bourse se tient pendant l'été sous le portique; quand le temps est froid ou pluvieux, dans le crypto-portique; enfin, dans l'hémicycle, aux pieds de la statue de la Piété ou de la Concorde peuvent siéger des juges , des prud'hommes , chargés de décider des différends survenus entre les commerçants. Il est plus difficile de se rendre compte de l'emploi des cuves placées dans Y Impluvium; on a pensé qu'elles purent servir à des prêtres attachés au collège des foulons pour laver les linges sacrés, ou bien à abreuver des moutons amenés dans cette enceinte pour faire apprécier leur toison, à purifier des échantillons de laine, etc.; mais nous devons avouer qu'aucune de ces suppositions ne nous semble
1 On conserve dans le temple de Mercure une empreinte en plâtre coulée dans le creux laissé dans la cendre par une porte en bois carbonisée par l'éruption.
LES DEUX FORUM. m
complètement satisfaisante , et que si de nouveaux documents ne viennent pas à être découverts, nous devons renoncer à l'espoir d'être fixés sur la question.
Continuant le tour du Forum, on trouve après le temple de Mercure (page 55) l'édifice qu'on désigne sous le nom de la Curie.
Curie (Pl. L). Ce monument fut découvert de 1817 à 1818. Sa forme tout à fait inconnue jusqu'à ce jour, l'absence complète d'inscriptions, de statues, de peintures qui puissent fournir quelques indices, enfin sa ruine presque totale, rendent sa destination fort incertaine. Le voisinage du temple d'Auguste a fait penser à quelques antiquaires qu'il avait pu être destiné à la réunion des Augustals; mais il n'y avait aucune communication entre les deux édifices, et d'ailleurs aucune preuve n'est apportée à l'appui de cette supposition. Les auteurs, qui ont cru voir ici un comitium, lieu où le peuple votait pour l'élection des magistrats, n'ont pas réfléchi que le plan de ces ruines ne s'accorde nullement avec les renseignements laissés par les écrivains de l'antiquité. Jusqu'à plus ample informé, nous croyons donc devoir nous en tenir à l'opinion généralement reçue qui reconnaît dans cet édifice une Curie ou Senaculum, lieu consacré aux assemblées des principaux magistrats de la ville, sa position sur le Forum rendant cette hypothèse assez vraisemblable.
La Curie se composait d'une grande salle rectangulaire A, richement décorée, large de 18m, longue de 20"', terminée au fond par un hémi-
cycle B; sa construction en briques disposées en opus reticutatum 1, et revêtues de marbre, ne permet pas de douter qu'elle ne date de l'époque de la domination romaine ; malheureusement , de tous ces marbres il ne reste que quelques parties de dallage, une moitié de base du pilastre a,
1 On appelle ainsi un mode de construction essentiellement romain, consistant en briques ou en petites pierres carrées disposées de manière à ce que la surface do la muraille présentât l'apparence d'un -filet.
11(1 P0MPE1A.
et un fragment de chambranle b. Au milieu de la salle s'élève un massif carré C, qui fut ou un autel ou le piédestal d'une statue. Deux autres piédestaux se trouvent dans deux grandes niches ou renfoncements carrés DE, placés aux deux côtés de l'édifice, et durent également porter des statues , à moins que , comme Gau le suppose , ce n'aient été des autels destinés à l'accomplissement de certains rites religieux usités dans les assemblées politiques. Le même auteur croit, et cette conjecture est parfaitement admissible, que l'architrave de ces niches était soutenue par deux colonnes, comme on l'observe aux chapelles du Panthéon de Rome; en effet, on voit encore dans le sol les dés de pierre qui les portaient. Dans le renfoncement E se trouve l'entrée de plusieurs salles F , placées derrière l'hémicycle, et dont la destination n'est pas moins problématique que celle de la salle principale. On pourrait pourtant, dans l'hypothèse de la Curie , y voir un dépôt pour les archives. Huit autres niches cdefghik offrent également des piédestaux; enfin, un piédestal plus grand / occupant le fond de l'hémicycle, portait une statue assise, ou plutôt, à en juger par sa largeur, qui n'est pas moindre de /T,85, put servir de tribunal aux magistrats qui présidaient l'assemblée.
Le dernier édifice que présente le côté oriental du Forum est le Panthéon ou Temple d'Auguste (page 58). Entre ce monument et le temple de Jupiter se trouve la principale entrée du Forum, la seule, comme je l'ai dit, qui fût accessible aux chars et aux cavaliers; elle s'ouvrait sur la rue des Augustals, en face de la rue du Forum, et était décorée d'un
Arc de triomphe (Pl. 2). Cet arc, le plus grand des quatre qui se trouvent au Forum, n'avait qu'une seule ouverture de /in',15 de large entre deux piliers de 3'", 15; il était construit en briques, au-dessus d'un soubassement de pierres calcaires , revêtu de marbres, et décoré des deux côtés de colonnes et de niches. Dépouillé de tous ses ornements , il n'a conservé d'autres traces de son architecture que quatre bases de colonnes cannelées, et une base de pilastre d'angle, le tout d'un assez mauvais style, et qu'on attribuerait volontiers à une époque de décadence si la date de la destruction de Pompéi n'était pas connue. Les niches du côté qui regarde la rue du Forum sont très-profondes et étaient revêtues intérieurement de stuc. Un bout de tuyau trouvé dans l'une d'elles et un réservoir ménagé dans le massif du monument ont fait supposer que les statues qu'elles contenaient avaient pu surmonter des fontaines. Ces statues