PARENT I PATR1AE
Lors de la découverte du monument, à la fin de 1823 et au commencement de 1824, on trouva la tête et un sabot du cheval.
Revenant au Forum, nous trouvons de l'autre côté du temple de Jupiter (page kl) deux autres monuments du même genre, si toutefois on doit voir autre chose qu'une porte dans celui qui ouvre sur la rue des /Vugusials.
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Cet arc (Pl. 7), très-bas et sans ornement, construit en moellons recouverts de stuc, n'avait que l'épaisseur de la muraille et-une seule ouverture large de 3n,,50. On y a trouvé les trous des gonds de la grille qui la fermait. Le sol de la rue étant plus élevé , on descendait dans le Forum par quatre marches. A gauche de cette porte se trouve dans la même muraille une porte carrée plus petite faisant face à la ruelle des Thermes.
Le second arc (Pl. 5), au lieu. de décorer le Forum, le déparait en •détruisant toute la symétrie du côté septentrional; il est placé dans l'axe du premier entre-colonnement latéral du temple de Jupiter1. Il était comme celui du N.-E. , construit en briques et revêtu de marbre; mais au lieu de colonnes il n'avait que des pilastres cannelés dont on a découvert les bases et un fragment qui est encore en place du côté du nord. Son unique ouverture n'avait que 3"\25 de largeur sur 2"' de profondeur. Aucune inscription, aucune sculpture n'ont fait connaître le nom des personnages auxquels cet arc était dédié.
Prison (Pl. 6). Près de la porte du Forum on trouve sous son portique occidental l'entrée d'un bâtiment ruiné, déblayé en 1816, et s' étendant en retour sur la rue des Augustals. Sa position dans le Forum suivant les prescriptions de Vitruve , sa distribution en chambres peu étendues, là découverte de quelques salles voûtées et sans jour renfermant des squelettes, ont fait penser que ce dut être une prison. Du reste, quelle qu'ait été sa destination, cet édifice est tellement dégradé qu'il ne peut offrir un grand intérêt. En 1817, on trouva en ce lieu une demi-figure de Diane et une partie d'une belle statue de bronze d'Apollon presque de grandeur naturelle ; le reste, fut découvert peu de temps après dans le souterrain de l'une des tours de l'a ville2.
Poecile ( Pl. M). A la suite des prisons se trouve un portique long de 33'", 70 sur une profondeur de 9"', 35, fermé par un mur au fond et aux deux extrémités, et soutenu sur le devant par sept piliers ; il est ordinairement désigné sous le nom absurde de greniers publics , nom que son plan ne justifie en rien, mais que le voisinage des mesures publiques a fait inventer. MM. Callet et Gau y reconnaissent , et nous partageons
1 On le voit sur le premier plan de la vue du temple de Jupiter, page "4-7. * Hf.rc. et Pomp. VI, pl. 42.
LES DEUX FOKUM. 113
entièrement leuivavis, un de ces portiques consacrés à la promenade, un de ces Pœciles qui existaient dans toutes les villes grecques, et dont les murailles étaient ornées de peintures représentant généralement les faits les plus glorieux de l'histoire de la ville. Ajoutons que le Pœcile de Pompéi devait être parfaitement approprié à sa destination, étant exposé à l'Orient, et mettant ainsi les promeneurs à l'abri du soleil ardent du midi pendant l'été, et du vent glacial du nord pendant l'hiver.
Mesures publiques. En quittant le Pœcile, on trouve une porte donnant accès aux salles situées derrière le sanctuaire du temple de Vénus (page 50), un des escaliers qui conduisaient aux portiques supérieurs du Forum , et une petite salle dont la destination est inconnue; puis, suivant le mur qui sépare ce temple du Forum, on arrive à une niche carrée (Pl. 3) pratiquée dans l'épaisseur de ce mur. Là fut trouvé un des plus curieux monuments qui soient sortis des fouilles de Pompéi; c'est une pierre de tuf1 d'environ 2m,30 de longueur sur 0,75 de largeur, reposant sur deux jambages de 0m,80 de hauteur ; sur la tranche elle porte cette inscription :
A. CLOD1VS. A. F. FLAGGVS NARCAEVS N. F. ARELLIAN. CALIDVS D. V. I D. MENSVRAS. EXAEQ V ANDAS EX DEC. DECR.
« Aulus Clodius Flaccus, flls d'Aulus, Narcœus Arellianus Calidus, fils de Narcaeus, duunivirs chargés de rendre la justice, ont pris soin de jauger les mesures d'après un décret des Décurions. »
On voit par cette inscription que l'inspection des mesures, qui à Piome était comprise dans les attributions des Édiles, était confiée à Pompéi aux duumvirs de justice. La surface de la pierre présente cinq cavités circulaires assez semblables à celles de nos fourneaux potagers ; elles sont rangées sur une seule ligne par ordre de capacité, depuis la plus petite à gauche, large à son embouchure de 0"',191, et profonde de 0tn,185, jusqu'à la plus grande à droite dont le diamètre est de 0"',318, et la hauteur de 0,35. Ces cavités sont un peu renflées au centre; le fond arrondi est percé d'une ouverture circulaire qui pour les mesures destinées aux solides se fermait avec une coulisse de bronze, et pour celles réservées aux liquides avec un bouchon ; ces ouvertures permettaient de vider facilement les mesures. Deux mesures plus petites, l'une de 0m,095,
1 V. la lettre en tète du chapitre.
l'autre de 0'",1U6 de diamètre creusées aux deux angles de la pierre rendaient les liquides par des robinets placés aux extrémités de l'inscription. Quelques fragments de bronze scellés au plomb indiquent que les mesures étaient fermées par des couvercles de métal. Le nom particulier de chacune d'elles était inscrit autour de l'embouchure, mais les caractères paraissent avoir été effacés à dessein. Une seconde~pierre du- même genre reposant également sur deux jambages est placée à()"',55 au-dessus de la première; elle n'est percée que de deux cavités de 0"\25 de-diamètre. Ces pierres si curieuses ayant été portées au musée de Naples ; on les a remplacées à Pompéi par la copie grossière et inexacte de l'une d'elles.
Outre ces étalons de mesures, on avait encore découvert au Forum, dans l'une des boutiques de la façade du temple d'Auguste, deux petites tables posées de même l'une sur l'autre, et contenant aussi des mesures.
Suivant la muraille du temple de Vénus, et traversant la rue de la Marine, on trouve à l'angle S.-O. du Forum un des principaux monuments qui le décoraient, la
Basilique (Pl. N). Tite-Live nous apprend que la Basilique , dont l'origine est purement grecque , ainsi que son nom même l'indique , ne fut connue des Romains qu'après la première guerre de Macédoine, c'est-à-dire environ 200 ans avant J.-G. Dans le principe, la Basilique (Kv.g'Ivjç, roi; oI/jk , maison) dépendait de l'habitation des rois, et c'est sans doute parce que, dans ces temps reculés , les princes y rendaient eux-mêmes les jugements, que plus tard, lorsqu'un édifice spécial fut consacré à l'administration de la justice, cet édifice conserva le nom de basilique. La dénomination de cour royale appliquée chez les modernes à certains tribunaux pourrait bien avoir une origine semblable. Cette portion de la demeure royale consistait, selon Vitruve, en de grandes salles somptueusement décorées et capables de recevoir de nombreuses assemblées : « Il doit s'y trouver, dit-il en décrivant les palais de son temps, des bibliothèques et des basiliques qui aient la magnificence qu'on voit aux édifices publics, parce que dans ces demeures il se fait des assemblées pour les affaires de l'État et pour les jugements et arbitrages par lesquels se terminent les différends des particuliers. »
L'usage des basiliques fut, ainsi que je l'ai déjà dit, commun aux Grecs et aux Romains; mais Vitruve ne nous apprend pas quelles, différences caractérisaient cette sorte d'édifice chez les deux peuples, ce qui semble-
LES DEUX FORUM. IliS
mit indiquer qu'il n'en existait point de notables. Après avoir t'ait observer les dissemblances de forme et de construction qui distinguaient le Forum romain de V Agora des Grecs, il passe sans faire aucune autre remarque à la description de la Basilique.
« Les basiliques, dit Vitruve1, édifices adjoints au Forum, doivent être situées dans l'endroit le plus chaud, afin que ceux qui y viennent trafiquer pendant l'hiver n'y ressentent pas autant la rigueur de cette saison. Leur largeur doit être au moins de la troisième partie de leur longueur et de la moitié au plus , à moins que l'emplacement ne permette pas d'observer cette proportion. S'il y a trop d'espace en longueur, on fera des Chalcîdiques aux extrémités. La hauteur des colonnes des basiliques doit être égale à la largeur des portiques, et cette largeur sera de la troisième partie de l'espace du milieu. Les colonnes de l'étage supérieur doivent être plus petites, que celles d'en bas. Ce second ordre sera posé sur un piédestal continu qui forme appui , pluteus , ou balustrade assez élevée pour empêcher ceux qui sont dans les galeries hautes d'être vus par les marchands qui occupent la partie inférieure. Quant aux architectures, aux frises et aux corniches, elles auront les proportions qu'on leur donne dans les autres édifices. Les basiliques peuvent réunir tout ce qu'il y a de beau et de majestueux dans l'architecture. »
La forme et la disposition des basiliques étaient en effet les plus avantageuses qu'on pût imaginer pour de grandes salles, et leur construction réunissait le double mérite de la solidité et de l'économie. D'après la description de Vitruve, on pourrait croire que les basiliques n'étaient jamais divisées qu'en trois nefs, et c'est ainsi que nous les présentent tous ceux qui en ont restitué le plan d'après ces données; il eu était ainsi en général, mais nous avons des exemples de basiliques ayant quatre rangs de colonnes et par conséquent cinq nefs. Lorsque, sous le règne de Constantin, le christianisme put enfin se montrer au grand jour et secouer la poussière des catacombes, il s'empara avec empressement des basiliques romaines, édifices purement civils, et qui n'avaient pas été, comme les temples, souillés par le culte des faux dieux. Leur disposition parut même si favorable, que, jusqu'au xie siècle, on ne s'en écarta que fort peu. On sait que plusieurs de ces premières basiliques chrétiennes sont parvenues
jusqu'à nous; Saint-Paul, Saint-Laurent, Sainte-Agnès hors les murs de Rome, avaient pu nous donner une idée exacte de la basilique antique ; la basilique de Pompé!4, qui fut achevée de découvrir en 1815, nous présente ces édifices sous un nouveau jour, car en plusieurs points elle s'écarte des règles tracées par Vitruve, et par conséquent du plan ordinaire de ces monuments, c'est-à-dire d'un parallélogramme rectangle terminé par un hémicycle2, et divisé par deux rangées de colonnes surmontées d'un second ordre formant galerie.
La surface occupée par la basilique de Pompéi est longue, au midi, de 67m,08 et au nord de 66'", 60; nous dirons bientôt d'où provient cette différence ; la largeur est de 27'", 35. L'édifice était isolé de trois côtés par
Plan de la Basilique.
des rues plus ou inoins larges, et la façade tournée à l'orient était raccordée avec l'alignement du forum a b, à l'aide d'un vestibule, d'une sorte de Chalcidique 3 c, de profondeur inégale à ses deux extrémités, qui ont l'une 5W,15, et l'autre seulement /im,55. On y pénétrait par cinq portes dd qui, pour se fermer, tombaient dans des rainures entaillées dans les pilastres qui les séparaient, et répondaient exactement à ces espèces de trappes que dans les châteaux du moyen âge on a appelées herses ou sarrazines. Nous verrons que c'est de la même manière que se fermaient les portes extérieures de Pompéi. Deux piédestaux e e, adossés aux piliers du milieu, et les restes d'une statue en bronze doré trouvée en ce lieu, annoncent que cette entrée était richement décorée.
A l'extrémité méridionale de la façade se trouve un escalier /' entièrement indépendant de la basilique ; il était du nombre de ceux que nous
1 V. la vignette en tète du chapitre.
2 Vitruve ne fait pas mention de cet hémycycle, mais nous savons qu'il exista et par les mitres auteurs, et par les monuments mêmes.
;* V. page 1 02.
avons mentionnés comme servant à monter aux galeries supérieures du Forum. Outre l'entrée principale, la basilique avait deux petites ' portes latérales g h, percées au milieu des grands côtés. A l'extérieur et à droite de la première de ces portes, le mot bassilica est gravé plusieurs fois à la pointe ; on a protégé par une tuile ces précieuses inscriptions.
Quatre degrés régnent dans toute la largeur du vestibule c; ils sont partagés par quatre colonnes, dont deux sont engagées dans des piliers rectangulaires. Entre ces colonnes s'ouvrent cinq portes, ou plutôt cinq baies, car on n'y voit aucune trace de fermeture; elles correspondent aux cinq portes de la façade dd et donnent accès à l'intérieur de la basilique. L'édifice, malheureusement, avait été bouleversé par le tremblement de terre ; ses colonnes, ses murailles avaient été en grande partie renversées, et nulle part elles n'avaient conservé leur hauteur primitive. On est donc, sur beaucoup de points, réduit aux conjectures. D'abord, et c'est par là surtout que la basilique de Pompéi s'éloigne des règles tracées par Vitruve , il nous paraît hors de doute que la nef du milieu N ne fut jamais couverte, et qu'on ne doit y voir qu'une espèce d'area ou d'impluvium. Les preuves ne nous manquent pas à l'appui de cette assertion, qui cependant a été combattue par plusieurs auteurs. Si le centre de l'édifice eût été couvert, les quatre colonnes iiii n'eussent point été placées à chacune de ses extrémités, tandis qu'évidemment elles continuent le portique k l m n qui environnait Varea. Nous voyons en outre que le sol de cette area, autrefois dallé en marbre, se trouvait à un niveau inférieur à celui du portique, qu'au pied du degré qui porte les colonnes règne un caniveau de terre cuite destiné à conduire les eaux pluviales dans une citerne où l'on puisait l'eau par une margelle ou puleal o, qui existe encore dans l'entre-colonnement qui fait face à l'entrée latérale du nord. Cette margelle même est un nouvel argument à l'appui de notre opinion ; eût-elle été placée de manière à intercepter le passage de la porte au centre de l'édifice, si cette porte n'eût eu pour unique destination de permettre d'entrer sous les portiques? Ajoutons enfin qu'on a trouvé d'élégants fragments de chéneaux et des antéfixes ornés de têtes de lion, de masques et de palmettes qui ne peuvent avoir appartenu qu'à l'entablement du portique du côté de Y area.
Cette disposition une fois admise, d'autres difficultés se présentent. Le portique était soutenu par vingt-huit colonnes qui s'éloignent absolument des règles de Vitruve, suivant lesquelles ces colonnes devaient avoir une
hauteur égale à la largeur des portiques. Ici, elles n'ont pas moins de llm de hauteur, tandis que les portiques n'ont. que 5,n, 85.de largeur. Contre les murailles sont appuyées des colonnes engagées, d'ordre corinthien, hautes seulement de6n,,90, ce qui, au premier abord, pourrait faire supposer que, contrairement à un usage presque constant, le toit aurait été" incliné à l'extérieur, ou qu'un plafond aurait reposé à scellement sur le fût (des grandes colonnes, ce qui eût été du plus mauvais effet. Cette inégalité eût été encore plus choquante si, comme à l'ordinaire, les colonnes du milieu eussent encore été surmontées d'un second ordre. Voici ce qui nous paraît le plus vraisemblable : le second ordre n'existait pas , et Vitruve-lui-même s'était permis cette innovation dans la construction de la basilique de Fano; nous-même avons pu naguère en voir un exemple dans la basilique de Saint-Paul hors les murs, à Rome. Au-dessus des colonnes engagées dans la muraille et de leur corniche, dut régner une sorte -d'attique avec des pilastres atteignant la hauteur de l'architrave des grandes colonnes, et alors, sur les colonnes et sur les pilastres purent reposer des fermes en charpente portant un toit à deux rampants. Nous regrettons que l'état des ruines de la basilique ne permette pas de vérifier ce que notre supposition peut avoir de juste ou d'erroné.
Les grandes colonnes sont d'ordre ionique, et leurs chapiteaux offrent beaucoup d'analogie avec ceux du temple de Vesta, à Tivoli, monument de l'ancien style italique, et doivent sans doute appartenir à peu près à la même époque, c'est-à-dire au commencement du dernier siècle avant Jésus-Christ.
La construction de ces colonnes est très- remarquable; elles sont composées d'un noyau de briques rondes de 0'",034 d'épaisseur, entourées de dix briques pentagonales superposées, pleins sur joints; les angles extérieurs de ces pentagones forment les arêtes d'autant de cannelures, et le nombre de celles-ci est doublé par dix autres arêtes prises
Coupe île la colonne.
dans le stuc dont, la colonne est revêtue. Les chapiteaux en tuf volcanique offraient encore les traces d'un enduit dont l'application, faite avec le plus grand soin, donnait aux ornements et aux moulures une finesse que n'avait pas la pierre, plus, grossièrement travaillée. Quant aux murs et aux colonnes engagées, ils étaient construits en blocage et en briques ordinaires revêtues de stuc colorié.
Le nu de la muraille est décoré de refends peints à l'imitation de marbres de différentes couleurs ; le soubassement est formé de deux larges bandes, l'une rouge, l'autre noire, séparées par des filets jaunes, rouges, verts et blancs. Sur le stuc dur et brillant, des oisifs avaient tracé au pinceau ou à la pointe une foule d'inscriptions toutes devenues illisibles. Quelques-unes nous ont été conservées par les auteurs qui ont encore pu les copier avant leur destruction; je n'en citerai qu'une seule qui, malgré le solécisme qu'elle renferme (sitil pour sitiat), rappelle par sa forme et sa concision les épigrammes de Martial :
S V AVIS VINARIA SITIÏ ROGO VOS VALDE SITIT.
« Suavis la marchande de vin a soif; je vous en prie, qu'elle ait donc hicn soif, pour boire tout son vin. »
La peinture n'avait pas été appelée seule à la décoration de l'intérieur de la basilique ; la sculpture y jouait aussi un grand rôle, si l'on en juge par les statues, les hermès, les vasques et même les fragments de statues équestres qui y ont été trouvés.
Au fond de l'édifice est une tribune p qui, au lieu de s'arrondir en hémicycle, se présente sous la forme d'un grand stylobate élevé de 2"' au-dessus du sol du portique, orné de demi-colonnes, et présentant à sa façade six petites colonnes isolées, également d'ordre corinthien. Ces colonnes avaient été renversées par le tremblement de terre, et l'on a retrouvé et déposé sur le devant de la tribune plusieurs bases et chapiteaux de marbre qui devaient remplacer les anciens. L'opinion la plus généralement reçue est que ce stylobate servait de tribunal au duumvir chargé de rendre la justice. L'entre-colonnement du milieu étant plus large que les autres, on pouvait en effet y placer la chaise curule du magistrat. Si telle fut réellement, et des preuves nombreuses se réunissent pour le faire croire, la destination .de cette tribune, il faut avouer que sa disposition était bien peu commode; on ne pouvait y monter que par des
escaliers, sans doute en bois, dont il hc reste plus de traces, et le magistrat se trouvait caché aux yeux de tous ceux qui ne se pressaient pas immédiatement à ses pieds dans l'étroit portique, par deux colonnes de ce portique, et par un grand piédestal q, revêtu de marbre blanc qui dut porter une statue équestre ou une figure colossale assise. Quelques auteurs pensent toutefois que ce piédestal pourrait bien avoir été un autel sur lequel, selon l'usage, le duumvir, avant l'audience, aurait fait serment de juger selon la loi et sa conscience. Cette supposition ne nous semble pas admissible, le piédestal n'ayant pas moins de 2m,25 de hauteur.
Enfin, sous la tribune, et ce n'est pas un des moindres arguments en faveur de l'opinion qui veut y voir un tribunal , se trouve un véritable cachot auquel on descendait par deux petits escaliers r qui existent encore. Les murailles sont d'une grande épaisseur, et les deux soupiraux qui ouvrent à l'extérieur du monument étaient garnis de. barreaux de fer. Le souterrain, long de 8m,30 et large de h?, recevait en outre de l'air par deux trous ronds ouverts dans la voûte.
Tribunaux (Pl. 0). Nous arrivons enfin au quatrième côté du Forum ; il est occupé en entier par trois grandes salles entièrement isolées par des ruelles, qui fermaient sur le Forum par de petites portes, de manière que les bâtiments ne présentaient pas d'interruption. La construction de ces édifices doit être antérieure à celle du Forum, car aucun des trois n'est placé dans son axe1. Leur destination est fort incertaine; on y a vu des temples, des chapelles, un trésor, parce que dans la salle du milieu on a trouvé plusieurs coffres vides en pierre et quelques pièces de monnaie d'or et d'argent. L'opinion qui a prévalu et qui, en effet, paraît être la plus probable, est que ces trois édifices furent des tribunaux affectés au jugement des affaires d'importance secondaire ; nous allons voir que leur disposition est bien appropriée à cette destination. Les trois salles sont de grandeur inégale et diversement décorées, mais toutes trois sont de forme rectangulaire et ont à l'extrémité un renfoncement avec un soubassement qui dut porter le siège du juge. La porte qui fait face à ce tribunal donne sous le portique du Forum, qui, en cet endroit ayant deux rangs de colonnes et une double largeur, pouvait servir de lieu de conférence aux plaideurs et aux avocats.
1 On voit l'entrée de deux de ces salles à gauche de la vue de la basilique que nous avons donnée en tète de ce chapitre.
La première satle a est la plus grande de toutes; elle a 9m,95 sur 1/T,90. Au fond est un hémicycle de 5'", 20 de diamètre, terminé par une petite niche carrée. Six autres niches sont réparties sur les deux grands côtés delà salle et continrent des statues qui avec un revêtement de marbre dont on a retrouvé les empreintes sur la muraille, complétaient la décoration. Couverte de belles draperies, la partie inférieure du torse de Tune des statues gît encore sur le sol. Celui-ci était entièrement pavée de grandes
Plan des Tribunaux,
dalles de gris antique qui sont encore presque "toutes en place. L'entrée de cette salle était assez singulière; on montait deux degrés pour arriver à la porte, large de 3m,82, et on en descendait deux autres, immédiatement après le seuil. On se trouvait alors dans une espèce de vestibule en contre-bis large de 2m,/i0, qui occupait toute la largeur de l'édifice, et que la différence de niveau distinguait seule de la grande salle à laquelle on montait par deux autres marches.
On entrait dans la seconde salle b par deux escaliers placés aux extrémités d'un perron de 5m,30 de longueur sur T", 60 de largeur et lm de hauteur. La porte, large de 3"', 15, donne accès à la salle, longue de l/i"',/|0 sur 9m,60. Au fond est une grande niche rectangulaire de 3"',70 de diamètre. La décoration consiste en une suite de piédestaux adossés aux deux grandes murailles, et ayant dû porter des statues ou plutôt des colonnes.
La façade de la troisième salle c était ornée d'un soubassement de marbre haut de l'\30, présentant au milieu une porte de 3U\85 de large à laquelle on montait par deux degrés de marbre blanc. La salle entière, la plus petite des trois, 9m,35 sur 12m,20, est pavée du même marbre; elle avait à droite une petite porte ouvrant sur la ruelle qui l'isolait de la précédente. On reconnaît sur les murailles quelques traces d'un revêtement de marbre africain. Au fond est un hémicycle de 5m,û0 de diamètre.
Cet édifice, au lieu d'être entièrement construit en briques comme les deux autres, est formé en partie de petits moellons de tuf; contre son mur oriental, et au coin de la rue de l'École est un escalier d dont les marches en maçonnerie, recouvertes du plaques en terre cuite, conduisaient au portique supérieur du Forum.
Les vertes et riantes montagnes 1 qui s'étendent derrière ces ruines font partie de la chaîne des monts Lactarii, qui s'étend jusqu'au promontoire de Sorrente.
Enfin, en avant des tribunaux, dans l'axe du Forum et de la ruelle qui sépare les salles b et c, s'élève le quatrième arc de triomphe e (Pl. 4) ; plus simple encore que les autres, il n'avait qu'une seule ouverture et ne présente plus qu'une masse de briques dépouillée des marbres et des pilastres dont elle était décorée. La grande profondeur de cet arc fait présumer qu'il dut être surmonté d'un quadrige 2.
Pompéi avait un second Forum dont nous avons déjà dit quelques mots ; c'est celui qui est situé dans le quartier oriental de la ville et au milieu duquel s'élevaient le temple grec, et le Bickntal que nous avons décrits (pages 38 et /i0).
Propylée du Forum triangulaire. En face de la rue des Théâtres se présentent les restes du portique ou propylée (Pl. P) qui servait drentrée à cette place que sa forme a fait nommer le Forum triangulaire.* Ce propylée, dont nous avons donné le dessin en tête du chapitre P1', est une construction remarquable par l'élégance et la noblesse de son style; il était formé de huit colonnes d'ordre ionique grec de 5'", 63 de hauteur ; elles étaient en pierre volcanique, recouvertes de stuc et peintes en jaune. Le chapiteau offre une particularité qui ne se trouve guère que dans des monuments remontant à une haute antiquité, tel qu'un des plus anciens tombeaux de la Sicile, celui de Théron à Agrigente ; ses quatre faces sont semblables, et toutes quatre présentent les volutes caractéristiques de l'ordre ionique, tandis qu'ordinairement les volutes n'existent qu'aux faces antérieures et postérieures, et sont réunies sur les côtés par un ornement appelé coussinet. La largeur totale de la façade du propylée est hors œuvre de 16m,50; sa profondeur est de /T",55. Son plan est un
1 V. la vignette en tète chapitre.
« V. ibid.
trapèze dont le plus grand côté est formé par le mur de fond. Ce mur est percé de deux portes; l'une, placée au milieu, ne se trouve cependant pas exactement dans l'axe de l'entre-colonnement ; elle a 2m,20 de largeur; l'autre, donnant accès direct au portique du théâtre, est située à l'extrémité orientale du propylée, et sa largeur est de 3m. Sur le mur du fond sont six consoles de marbre ayant dû porter des bustes. A la droite du propylée est une fontaine.
Forum triangulaire (Pl. Q). Franchissant ces portes, on se trouve à l'angle N. du Forum triangulaire, vaste place qu'entoure de deux côtés un Hécatonslylon, ou grand portique a bvd., composé de cent colonnes
Plan du Forum triangulaire.
destinées à mettre les spectateurs du théâtre à l'abri lorsqu'une de ces pluies torrentielles si fréquentes à Naples survenait pendant la représentation. Eusèbe nous apprend qu'il existait à Rome un Hécatonstylon semblable près du théâtre de Pompée, et nous voyons encore dans cette ville les restes du portique d'Octavie voisins du théâtre de Marcellus.
Le Forum de Pompéi, situé sur un des points les plus élevés de la ville , formait une esplanade , dont le plus grand côté a b dominait à l'ouest le grand théâtre et le quartier des soldats , avec lesquels il communiquait par un large escalier e, et par deux entrées plus petites f g donnant sur les gradins supérieurs du théâtre. Près de ces dernières est une autre porte h ouvrant sur l'édifice désigné sous le nom de Tribunal ou de Portique des Ecoles. Autrefois, la mer venait battre le pied des fortes murailles d'appareil régulier qui soutenaient le terre-plein au S.-O. et
formait de ce côté ij la défense de la ville. Nous avons vu qu'au centre de cette place s'élevait un temple A , le plus ancien des monuments de Pompéi (V. page 38); aussi, cette circonstance et la position de ce Forum rendent-elles parfaitement admissible l'opinion de ceux qui veulent rèconnaître en ce lieu le berceau de la ville et son antique acropole. Ce Forum n'était pas absolument public, puisqu'à son propylée on a reconnu les traces de portes qui pouvaient se fermer; il paraît même que toutes les classes de citoyens n'y étaient pas admises, témoin un passage de Cicéron 1 qui nous apprend que Publius Sylla ayant conduit une colonie à Pompéi, les anciens habitants voulurent se réserver la jouissance exclusive des portiques du Forum, XAmbulatio, et qu'après plusieurs années de discussions, les deux parties convinrent de s'en remettre à l'arbitrage des protecteurs de la ville. Le portique, fermé par les deux extrémités, s'étendait sur deux côtés du Forum ab et cd, et sur un pan coupé cb qui les réunissait à l'angle auquel est adossé le propylée. Le plus grand côté à l'est a b avait 117'", 80 de longueur ; le pan coupé bc au nord 16m,60, et le côté cd au N.-O. 65m; ce qui donne pour le développement total des portiques une étendue de 199m,/j.O. Le troisième côté ij, au midi, regardait le port, auquel on pouvait descendre par un large escalier K qui existait à l'extrémité méridionale du grand portique. Les neuf dernières colonnes de ce côté, et les seize dernières du côté S.-O., sont les seules dont la partie inférieure du fût n'ait point été retrouvée en place. 'UHécatonslylon fut renversé par le tremblement de terre qui accompagna l'éruption de 79, et il écrasa dans sa chute des prêtres du temple d'Isis qui y avaient cherché un refuge. L'un d'eux avait à la jambe deux anneaux passés l'un dans l'autre, dont le plus grand était de bronze et le plus petit d'argent'. Autour de ces squelettes que firent découvrir les fouilles qui , en 1812 , achevèrent de rendre au jour le Forum dont les travaux avaient commencé en 1764, on trouva cent quatre-vingt-dix-sept pièces de monnaie, une petite lame d'argent, où sont gravées les figures de Bacchus et d'Isis, des vases de même métal, un sistre, ûn petit seau orné de bas-reliefs relatifs au culte d'Isis, enfin quelques ornements et feuilles d'or ayant sans doute fait partie de la parure du simulacre de la déesse.
Les colonnes du portique étaient d'ordre dorique grec sans base et
1 Oration., XXIV. ProP. Sylla., §21.
LKS DEUX FORUM. 125
hautes de /T,06; la frise, d'une grande simplicité, n'avait que des triglyphes sans aucun ornement aux métopes. Au pied des colonnes régnait un chéneau réunissant les eaux pluviales dans des citernes où on les puisait par deux puits existant encore, l'un / vers le milieu du portique oriental , l'autre m près de l'angle formé par la rencontre du pan coupé avec le portique de l'ouest1. L'une des colonnes n, qui se trouvent en face de l'entrée centrale du propylée, avait au tiers de sa hauteur un mufle de lion qui jetait de l'eau dans une vasque ou monopodium. Devant cette fontaine est un piédestal o , que l'inscription nous apprend avoir porté la statue de Marcus Claudius Marcellus, patron ou protecteur de la ville :
M. GLAVDIO C. F. MARCELLO P ATRONO.
De ce piédestal, à une distance de 7m du portique oriental, et en ligne parallèle, s'étend une muraille basse pq, une sorte' de banquette revêtue d'un stuc noir très-dur, ne présentant dans toute sa longueur que deux interruptions servant de passage. On peut supposer que ce petit mur servait en même temps à ménager un espace libre , une sorte de stade r s pour les exercices gymnastiques de la jeunesse,, et un siège pour les spectateurs. Une autre banquette semblable t w, faisant face à la mer, s'étendait vers le sud à partir du banc semi-circulaire ou schola v placé à l'angle occidental du temple grec qui s'élevait dans Yarea. Ce banc était surmonté
1 Je crois utile de consigner ici une judicieuse remarque de Mazois au sujet de ces citernes qui se rencontrent fréquemment dans les édifices de Pompéi : « Le soin, dit-il, que les habitants de Pompéi apportaient à recueillir ces eaux semble au premier coup d'œil être en contradiction avec le grand nombre de fontaines que l'on y rencontre, et les ruines d'un aqueduc que j'y ai retrouvées; mais un examen prolongé m'a fait conjecturer avec quelque vraisemblance que l'arrivée des eaux courantes à Pompéi au moyen d'un aqueduc est postérieure à l'asservissement de cette ville aux Romains; en effet, presque toutes les fontaines sont d'un travail qui ne rappelle point les types de l'ai t grec. Elles sont de plus placées après coup contre les monuments, au milieu des dispositions qui les avoisinent sans se lier avec elles par aucun arrangement. L'aqueduc lui-même, dont il ne reste que peu de chose, a toute l'apparence d'un ouvrage romain, et ressemblé aux constructions les moins anciennes découvertes dans les fouilles ; enfin l'état politique de la ville avant sa conquête ne lui permettait pas sans doute d'aller chercher à grands frais les eaux dont elle avait besoin sur le territoire indépendant de Stabia avec laquelle il n'avait aucuue communauté d'existence municipale. Ces considérations me portent à penser que l'usage des citernes fut antérieur à l'établissement des fontaines, et qu'il ne dut se perpétuer que par la force des habitudes traditionnelles. »
Peut-être aussi les fontaines tarissaient-elles parfois dans l'été, et les citernes étaient-elles destinées à les remplacer. Nous trouverons même à Pompéi quelques exemples de citernes publiques.
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d'un cadran solaire, et on lisait sur le marbre les noms de ceux qui avaient construit l'un et l'autre.
L. SEPVNIVS L. F. SANDILIANVS M. HERENNIVS. A. F. EPIDIANVS DVOVIR. I. D. SCHOL. ET. HOROL.
« L. Sepunius Saudilianus , iils de Lucius, et M. Herennius Epidianus, fils d'Aulus, duuuiyirs chargés de rendre la justice , ont fait faire la schola et l'horloge 1 . »
Tribunal (Pl. R). Sur la rue du temple d'Isis, et à la suite du propylée du Forum triangulaire, on trouve une porte qui, d'après les traces qui subsistent encore, semble avoir été surmontée d'un petit toit porté sans doute par deux colonnes; elle donne accès à un petit édifice, n° l, découvert de 1767 à 1798, et qui d'après son style doit être un peu postérieur à YHécatonslylon, ses colonnes étant de même ordre, mais de proportions plus sveltes. Sa destination a donné lieu à bien des conjectures ; on y a v u un marché, une école, un lieu d'initiation, un tribunal. Décrivons d'abord
Plan du Tribunal.
ses diverses parties; nous examinerons ensuite comment elles peuvent convenir plus ou moins à chacune des diverses hypothèses. Le monument présente une enceinte rectangulaire, longue de 23m,60 sur 17m,i0 de largeur; au centre est une partie découverte ou arca; autour règne de de trois côtés un portique cdef, large de 3m,80, et soutenu par dix-neuf colonnes de pépérin d'ordre dorique sans base, hautes de 3'", 36, et dans lesquelles sont encore implantés des clous nombreux. Le petit côté sans portique df s' appuie au mur de la grande salle, située derrière le sanctuaire du temple d'Isis ; le portique du côté opposé c e se trouve en avant de plusieurs chambres g que surmontait un étage, ainsi que l'indique un reste d'escalier existant dans la première de ces pièces, qui était une sorte
1 Nous avons déjà cité une inscription du temple de Vénus où sont mentionnés ces deux magistrats.
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d'«k J. Dans ces chambres, on trouva des mains d'ivoire et de verre taisant de l'index et du petit doigt un geste que les anciens regardaient comme un préservatif contre les mauvais sorts. C'est à la suite de ces chambres qu'est une sorte de vestibule h où existent deux entrées donnant, l'une sur le grand théâtre, l'autre sur le portique ik du Forum triangulaire. Toutes les colonnes sont en place, la plupart entières, quelquesunes avec leurs chapiteaux ; mais, ce qui est assez étonnant, on n'a retrouvé aucun vestige de l'entablement. Peut-être pourrait-on en conclure que, renversé par le tremblement de terre de 63, cet édifice était en reconstruction à l'époque de la catastrophe de 79. Une colonne voisine de la
principale porte servait de fontaine et versait l'eau dans le chéneau qui règne tout autour de Yareq. Dans cette partie découverte, en face de la porte, entre la troisième et la quatrième colonne du côté méridional, existent deux massifs carrés, deux sortes de piédestaux de diamètre et de hauteur inégale, enrichis d'élégantes moulures. Le premier / n'est élevé que de lm,20; il n'a de corniche que sur sa face antérieure, et sa surface paraît usée par un frottement fréquent; le second m, qui se trouve entre celui-ci et le portique, est plus large et haut de l',15; il est surmonté d'une corniche et présente à sa surface un creux carré de Om,lli de profondeur sur 0n,,55 de largeur et 0"\60 de longueur. On montait sur cette
1 On appelait ala une salle ouverte dans tonte sa largeur. Nous reviendrons sur ee sujet lorsque nous décrirons les maisons.
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plate-forme par un escalier très-étroit n'ayant que 0"',38 de largeur, placé sous le portique même, et dont les six marches, fatiguées par l'usage, ont 0"V28 de hauteur. Cet escalier est composé de trois blocs dont chacun forme deux degrés
Ceux qui veulent voir dans cet édifice un marché, pensent que le grand piédestal dut porter une statue de Mercure; que sur l'escalier se fût tenu le crieur ou prœco chargé de vendre à l'encan les marchandises exposées sur le massif le moins élevé ; il faut avouer que cet arrangement eût été bien peu commode pour le crieur, qui, placé sur une marche très-étroite, n'eût pu voir la marchandise qu'il vendait, étant séparé d'elle par la statue du dieu. La seule raison un peu spécieuse en faveur de cette opinion est tirée de l'état de dégradation des dalles qui entourent la fontaine qui, dans la supposition d'un marché, eût été d'un usage continuel.
La construction très-soignée du monument serait peut-être encore un indice d'une destination plus relevée. Était-ce donc plutôt une école, et le grand piédestal servait-il de chaire au professeur? Mais alors, quelle eût été la destination du petit? Était-ce, comme d'autres le prétendent, une curie isiaque, un lieu où les prêtres d'Isis auraient instruit les initiés? Encore moins, à notre avis. D'abord, il n'existe aucune communication entre l'édifice qui nous occupe et le temple d'Isis ; puis, est-il bien supposable que, pour de mystérieuses initiations, on eût choisi une cour découverte, entourée de portiques peu élevés, dominée de plusieurs côtés, et séparée par de simples portes d'une des rues les plus bruyantes de la ville, et du portique le plus fréquenté, adossée enfin à un théâtre?
Reste donc l'hypothèse qu'ici fut un tribunal, et celle-ci nous semble la véritable. Le grand piédestal aurait porté le siège du juge, et la cavité ménagée à sa surface aurait empêché de tomber ce siège qui s'y serait emboîté; le petit autel en avant aurait reçu les offrandes et les libations d'usage en l'honneur de Thémis et de Dicé, et le serment que le magistrat devait prêter au commencement de chaque audience; les chambres auraient servi de dépôt pour les archives et les pièces de procédure, de logement au gardien, de bureaux aux scribes attachés au tribunal ; il n'est pas jusqu'aux clous implantés dans les colonnes qui n'aient été employés à suspendre les tablettes portant les jugements, les annonces et autres documents dont le public devait avoir connaissance ; enfin , la fontaine eût servi à désaltérer les plaideurs et les curieux qui se pressaient dans
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l'enceinte du tribunal. On voit que toutes les" parties de l'édifice sont expliquées d'une manière satisfaisante par l'hypothèse que nous adoptons, et nous espérons qu'il ne restera aucun doute quand nous aurons, ajouté qu'une inscription, découverte dans le grand théâtre contigu, nous apprend que les deux Holconius firent bâtir à leurs frais une crypte, un théâtre et un tribunal. Nous trouvons bien le théâtre et la crypte, devonsnous chercher le tribunal ailleurs que dans l'édifice adossé aux deux autres ?
Quartier des soldats ( Pl. S). Très-près du tribunal, et sur le côté oriental du Forum triangulaire, s'élève un édifice généralement désigné sous le nom de Quartier des Soldats. Découvert en 1766, il n'a été complètement déblayé qu'en 179/| ; il fut le premier monument dont les fouilles aient été exécutées avec soin, et dans une pensée de conservation ; on a même rétabli une partie du côté méridional d'après les indications , et autant que possible avec les matériaux fournis par les ruines mêmes.
La destination de ce monument a donné lieu à de nombreuses controverses, et les savants ne sont pas encore tous d'accord sur ce sujet. Sa position à côté des deux théâtres avait d'abord fait penser que ce pouvait, être le portique où les spectateurs se réfugiaient en cas de pluie; et en elfet il a pu servir à cet usage, tout en ayant une autre destination qui seule peut expliquer la multiplicité des chambres qui accompagnent les portiques. Une supposition plus moderne, mais non plus vraisemblable selon nous, est que ce lieu fut un marché qui, suivant l'usage assez fréquent chez les Romains, se serait tenu tous les neuf jours; en conséquence, quelques auteurs lui donnent le nom de Forum Nundinarium. Les partisans de cette hypothèse, entraînés par l'aspect réel de l'édifice, ont bien voulu pourtant convenir que peut-être des soldats pouvaient y être établis, mais seulement pour maintenir l'ordre dans le marché.
Je ne sais en vérité pourquoi on a cherché à substituer cette dénomination à celle adoptée depuis longtemps de Quartier des soldais. Il est évident qu'une ville de l'importance de Pompéi, une ville fortifiée, dut avoir une garnison, et, pour loger cette garnison, une caserne. Pourquoi donc chercher cette caserne ailleurs que dans un monument dont le plan est si conforme à cette destination? Les portes étroites et peu nombreuses eussent été très-incommodes et même dangereuses pour un marché où une foule nombreuse se serait pressée en désordre, tandis qu'elles pouvaient parfai-
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tement suffire pour des soldats marchant régulièrement et deux par deux. Un harnais de cheval de selle, des armes, des casques, des cnémides ou bottines de bronze, ont été trouvés ici; mais ce sont, il est vrai, des armes de gladiateurs et non de soldats1. Que doit-on en conclure? Que des gladiateurs de passage à Pompéi logeaient à la caserne, ce qui est plus naturel que de loger au marché. Dans les chambres on n'a pas trouvé de traces de lit ; mais les soldats couchaient assez ordinairement sur la paille. Le seul grand appartement qui existe dut être destiné au chef de la garnison. Une seule cuisine eût été insuffisante si la nourriture de tous n'eût pas été préparée en commun, et nous verrons que celle du Quartier des soldats était évidemment destinée à la préparation des aliments d'une grande quantité de personnes. Enfin, quelle eût été dans un marché la destination d'une prison aussi sévère que celle qui a été reconnue ici? Ajoutons qu'en aucun lieu de la ville on n'a trouvé une aussi grande quantité de squelettes; on n'en a pas compté moins de soixante-trois, répartis surtout dans les chambres du premier étage. N'est-il pas supposable que quelques motifs de discipline ont retenu les soldats à leur poste trop longtemps pour permettre à tous d'échapper à la mort?
Ceci posé, passons en revue les diverses parties de l'édifice, et voyons si elles ne nous fourniront pas encore de nouvelles preuves à l'appui de notre opinion.
Le Quartier des soldats est un vaste parallélogramme, une sorte de cloître entouré de portiques élevés en avant de bâtiments à deux étages ; ces portiques, soutenus par vingt-deux colonnes dans un sens et dix-sept dans l'autre en comptant deux fois les colonnes d'angle, ont des grands côtés 55m de longueur, et des petits 44m,1 0, sur une largeur de Zr,30 ; ils entourent un vaste préau, une arca qui dut servir aux exercices de la garnison. Ce préau a 46"', 60 sur Mm,80 ; on y voit au centre une grande table antique et dans l'angle N.-E. une fontaine moderne, ombragée de saules pleureurs.
1 Ce fait a été établi de la manière la plus positive par le P. Gamicci, dans une excellente dissertation insérée dans le treizième numéro du Bulletin archéologique napolitain, janvier 1853; mais nous pensons que ce savant antiquaire pousse trop loin les conséquences de sa découverte en vou'ant ne voir dans l'édifice qui nous occupe qu'un établissement de gladiateurs, un de ces Ludus Gladialorius dont parle Juste.Lipse (Salurn., 1,1). Une ville aussi peu considérable que Pompéi n'eût pu entretenir une troupe de gladiateurs assez nombreuse pour exiger do si vastes logements.
Les soixante-quatorze colonnes de tuf revêtu de stuc étaient primitivement d'un ordre dorique grec très-simple et de bon goût ; à l'époque d'une restauration, les chapiteaux avaient été enrichis d'un plus grand nombre de moulures, changement qui ne paraît pas avoir nui à leur élégance. Ces colonnes, hautes de 3m,60, sont lisses jusqu'au tiers de leur hauteur et cannelées dans les deux autres tiers ; elles sont peintes en rouge. Les deux colonnes du centre de chacun des grands côtés du portique et la colonne du milieu des deux petits étaient colorées en bleu, peut-être afin que,
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