‹ Pompeia décrite et dessinée (volume 2)Chapitre 29 sur 64 · TUER M E S · texte numérisé non relu

TUER M E S

de celle-ci, la peau était séchée et parfumée d'huiles odoriférantes renfermées dans des boîtes de corne, d'albâtre ou de verre, appelées guttuli. Le tepidarivm, long de 10m, large de 5m,60, était la plus richement décorée de toutes les salles des thermes1, et cela devait être, car c'était cette pièce que, pendant les journées d'hiver, les philosophes choisissaient pour leurs leçons, les oisifs pour leurs entretiens, les bateleurs et les mimes pour leurs exercices.

Elle était éclairée au fond par une fenêtre percée entre deux grandes figures de stuc, et garnie de quatre vitres épaisses, larges de 0m,55 sur 0n,,76, retenues dans un châssis de bronze par des feuillures et des boutons tournants de même métal.

Au-dessous de la fenêtre est un trou carré traversant toute l'épaisseur de la muraille et dans lequel on plaçait une lampe qui éclairait à la fois le tepidarium et Yexèdre à laquelle il est adossé. Les parois peintes en rouge offrent, à la hauteur de lm,70, des espèces de casiers surmontés d'une corniche que soutiennent des Télamons2 de terre cuite revêtue de stuc. La plupart de ces figures sont nues ; quelques-unes cependant ont autour des reins, soit une fourrure, soit une peau de poisson revêtue de ses écailles. Les nus étaient peints couleur de chair, les cheveux et la barbe étaient noirs. Plusieurs lampes ont été trouvées dans les cases, dont la destination a donné lieu à bien des conjectures. Il nous semble évident que ces cases n'ont jamais pu, comme on l'a supposé, servir à déposer des parfums, car leur tablette inclinée en avant eût exposé les vases à des chutes continuelles ; nous croyons plutôt qu'on dut y déposer les couvertures légères, sindones, dont les baigneurs se couvraient au sortir de l'étuve, et les serviettes, manlilia ou mappœ, dont ils se servaient pour s'essuyer.

La voûte, dont une partie est malheureusement détruite, était richement décorée de caissons et de compartiments en stuc enrichis de figures et d'arabesques sur fond rouge et bleu. Les figures sur les premiers plans sont en relief, et celles des seconds plans légèrement peintes en blanc. Quelquefois, il n'y a de peint qu'une partie des figures, un bras ou une jambe, et le reste est en relief. On peut encore distinguer un Amour porté par deux chevaux marins, que précède un autre Amour conduisant deux dauphins,

1 Voyez la vignette en tète du chapitre.

2 On nomme Atlantes ou Télamons les figures mâles servant de caryatides.

|{;6 P0MPE1A.

Ganymède enlevé par l'aigle de Jupiter, un jeune homme sur un griffon, un Amour appuyé sur son arc, des Centaures, des chimères, des biches poursuivies par des chiens, des lions, des Amours, etc. A la naissance de la voûte et au-dessus de la corniche courent d'élégants rinceaux. Le pavé est en mosaïque blanche avec de petites bordures noires l.

Le Icpidarium était chauffé par des conduits ménagés sous le pavé et aussi par un grand brasier de bronze, focularc, qui est encore en place aujourd'hui. Ce beau meuble de forme oblongue a 2,n,12 de longueur sur 0m,77 de largeur; il est porté sur cinq pieds, deux devant et trois derrière. Les pieds de devant seuls sont ornés; ils sont formés de sphinx ailés, terminés par une grosse griffe de lion. La paroi du bassin est divisée dans sa hauteur par un cordon sur lequel reposent entre deux palmettes formant les angles treize ornements pyramidaux, ressemblant assez aux gables à gradins des pignons du moyen âge. Au-dessous et au centre est en relief une petite vache, vaccula 2, allusion au nom du donateur, auquel on doit aussi trois bancs de bronze trouvés dans la même salle, et sur lesquels on lit : m. nigidivs. vaccula. p. s. (Pecuniâ sua.) Ces bancs, longs de lm,80, sont portés par des pieds ornés à leur partie supérieure d'une tête de vache, et se terminant par le sabot fourchu du même animal K

Une porte, percée au milieu du mur occidental du tepidarium, conduit

Caldarium.

à l'étuve n, nommée caldarium, calidarium, sudatorium, ou concamerata sudatio. C'est une salle large seulement de 5'", 55 sur une longueur de

\ Une collation» fut servie dans cette salle au pape Pie IX, lorsqu'il visita Pompéi, le 22 octobre 1849.

2 Chez les Komains, un grand nombre des plus illustres familles avaient ainsi emprunté leurs noms a des animaux; il suffira de citer les Ovinius, les Porcins, les Tanins, les Aper,les Mus, etc.

3 Herc. et Pomp. vu, pl. 8(i.

16m,25 y compris la grande niche serai-circulaire qui la termine au midi. La voûte presque hémisphérique de cette niche présente une ouverture circulaire et oblique de 0m,45 de diamètre, qui, destinée à régulariser la chaleur de l'étuve, se fermait à l'aide d'une espèce de soupape d'airain, clypeum œneum, suspendue à des chaînes dont les attaches se voient encore dans la muraille. Une autre petite ouverture carrée , employée au même usage, est percée au-dessous dans la paroi de l'hémicycle.

Au centre de celui-ci est placé le labrum, vasque de marbre de %\hk de diamètre, élevée de lm au-dessus du sol, et dans laquelle l'eau jaillissait d'un ajutoir de bronze qui est encore en place. C'était là que ceux qui venaient seulement transpirer dans l'étuve sans prendre de bain, se lavaient la figure et les mains. Ce n'est que par l'examen de la direction des conduits qui amenaient l'eau au labrum qu'on pourrait s'assurer si cette eau était chaude ou froide, selon qu'elle venait de la piscine ou de l'hypocauste. Sur le bord du labrum se lit cette inscription en lettres de bronze incrustées dans le marbre :

CN. MELISSAEO CN. F. APRO M. SÏAIO M.

F. RVFO II VIR. ITER. ID. LABRVM EX D. D. EX. P. P. F. C. CONSTAT. H. S. DCC. L.

« Cueiiis Melissaeus Aper, fils de Cneius, et Marais Staius Rufus, fils de Marcus, duumyîrs pour la seconde fois, ont fait faire ce labrum par décret des Décurions, et des deniers publics ; il coûte 750 sesterces t. »

A l'autre extrémité de la salle est Valveus ou baptisterium , bassin de marbre de forme rectangulaire, long de 5m,05 sur lm,59 de largeur, et de 0m,60 de profondeur, destiné aux bains d'eau chaude, calida lavalio, et pouvant contenir huit à dix personnes. Le fond de ce bassin étant à un niveau un peu plus élevé que celui du sol de la salle, on devait, pour y entrer, monter trois degrés à l'extérieur, et en descendre deux à l'intérieur. Le degré supérieur portait le nom de pluteus, l'inférieur servait de siège aux baigneurs.

La muraille du caldarium était jaune; des pilastres cannelés et peints en rouge soutiennent la corniche ; l'un d'eux est coupé d'une manière fort disgracieuse par la porte du tejndarium. Dans le mur est une ouverture

1 Environ ltïO francs.

qui dut fournir de l'eau fraîche afin de tempérer la chaleur lorsqu'elle devenait insupportable. La voûte en partie détruite était percée de trois fenêtres autrefois vitrées ; elle est décorée de simples cannelures peintes en jaune et en blanc, sorte d'ornement très-propre à faire écouler la vapeur condensée en eau. Le pavé en mosaïque est isolé sur de petits piliers de briques qui laissaient circuler la chaleur empruntée aux fourneaux voisins ; les murs étaient creusés dans le même but. Ces sortes de pavés se nommaient mspemurœ.

Lorsque dans le caldarium la transpiration avait été excitée par la vapeur ou par le bain, les masseurs, tractalores, s'emparaient du baigneur

Strigille.

et lui ratissaient la peau avec un instrument recourbé de corne, d'ivoire ou de métal nommé strigille1, puis ils le livraient aux reunctarii ou alipfœ, chargés de le frotter d'onguents et de parfums.

Souvent au sortir du caldarium, on passait brusquement au frigidarium sans s'arrêter dans le tepidarium, témoin ces vers de Sidoine Apollinaire :

Intrate algentes post balnea torrida fluctus, Ut solidel calidam frigore lympha culem.

Carm. ix.

(( Après les bains brûlants, entrez dans l'eau glacée, afin que l'eau, par sa fraîcheur, fortifie la peau échauffée. »

On sait que cet usage s'est conservé chez les Russes et les Orientaux, et tend à s'introduire de nouveau dans les régions du Sud et de l'Occident.

Après avoir parcouru la partie publique des thermes, il nous reste à visiter l'hypocauste o, qui fournissait aux salles de bain la vapeur et l'eau chaude. On y arrivait par trois entrées ; la première était ce corridor que nous avons déjà signalé, et qui partait de Yapodyterium,- la seconde est la porte c aujourd'hui murée, qui ouvrait sur la rue des Thermes; la

1 On a trouvé ici et porté au Musée une espèce de trousseau formé de quatre strigilles, une patère et un petit vase à parfums, le tout en bronze et réuni par un anneau brisé.

troisième enfin donnait sur une cour de forme irrégulière p, ayant sur la ruelle des Thermes une porte e également condamnée. Cette cour paraît avoir été couverte en partie par un toit en appentis, reposant sur deux colonnes et protégeant contre la pluie le bois destiné à l'alimentation des fourneaux. De la cour partaient deux escaliers très-étroits, l'un conduisant à l'hypocauste, l'autre aux terrasses qui régnaient sur une partie des bâtiments des thermes.

Revenons à l'hypocauste ; il se compose de deux parties distinctes, le fourneau, fornax ou fornicula, et le prœfurnium, espace assez étroit sur lequel donnait la bouche du four, et où. se tenait le chauffeur nommé fornacarius, fornacalor, ou plutôt, selon l'inscription qu'on lisait sur les bains même, furnacator. On a trouvé dans le prœfurnium une assez grande quantité de résine dont on se servait pour activer le feu.

Le foyer était rond, et n'avait pas moins de 2m,20 de diamètre; il avait à sa partie inférieure deux conduits qui portaient l'air échauffé sous les pavés suspendus et dans les murs creux des étuves.

Les chaudières n'étaient point placées au-dessus, mais à côté du foyer; toutes deux étaient engagées dans le massif du fourneau. La première, dans laquelle l'eau devait entrer en ébullition, était séparée du foyer par un espace d'environ 0m,80; elle recevait l'eau de la seconde chaudière, qui, plus éloignée encore, ne contenait que de l'eau tiède, et qui était alimentée par un réservoir rectangulaire, long de 3'",80 sur lm,/iX). Nous dirons tout à l'heure comment celui-ci devait être rempli. Tout cet appareil est presque entièrement détruit.

L'hypocauste étant situé entre les grands Thermes et ceux que l'on désigne sous le nom de Bains des femmes, il pouvait ainsi servir aux deux établissements, et les chaudières étaient placées à une hauteur suffisante pour donner la chute nécessaire aux jets qui jaillissaient dans leurs diverses salles.

En face de la courp, de l'autre côté de la ruelle des Thermes, on avait cru découvrir les restes d'un grand réservoir, d'une piscine ou aquarium qui aurait alimenté le réservoir des Thermes ; on avait supposé que les conduits étaient portés par une arche jetée sur la rue, et dont on avait cru distinguer quelques vestiges ; il est reconnu aujourd'hui que ces prétendus restes d'arcade n'étaient autre chose que ceux d'un simple pilastre. D'ailleurs, l'absence d'enduit et celle du dépôt calcaire qui se trouve dans tous les

autres conduits ou réservoirs trouvés à Pompéi, démontrent que cette piscine, si c'en était une, n'avait pas encore servi, et n'était pas terminée à l'époque de la catastrophe. Gau suppose qu'un autre réservoir a pu être posé sur les gros murs de la pièce t du bain des femmes, et que ce réservoir étant devenu insuffisant, on avait commencé à en construire un autre. Nous sommes d'autant plus disposés à adopter cette conjecture, qu'elle est parfaitement d'accord avec le système que nous allons exposer à l'occasion des Bains des femmes.

A l'angle N.-O. de Vile occupée par les Thermes existent plusieurs salles n'ayant avec ceux-ci d'autre communication que les tuyaux qui y amenaient l'eau et la vapeur de l'hypocauste; c'est à ces salles qu'on a donné le nom de Bains des femmes. Ce sont des bains en effet, mais leur construction est grossière, leur ornementation pauvre et sans élégance, et il est peu probable que les bains des femmes aient été si négligés quand ceux des hommes étaient si richement décorés. Les partisans de cette opinion ont oublié d'ailleurs que, chez les Romains, il n'y avait pas de bains particuliers pour les femmes à l'époque de Titus. Lorsque des bains publics furent établis à Borne dans les derniers temps de la République, les hommes et les femmes se baignaient dans les mêmes établissements, mais à des heures différentes ; il existait même des distinctions parmi les hommes, et un fils ne se fût pas baigné avec son père, ni même un gendre avec son beau-père ; mais sous les empereurs, ces distinctions disparurent peu à peu, et les sexes en vinrent à se baigner ensemble, ainsi que l'attestent tant de passages de Pétrone, qui vivait sous Néron, et de Martial, qui écrivait ses épigrammes sous Domitien. Ce ne fut que plus de quarante ans après la destruction de Pompéi qu'Adrien rendit une ordonnance qui prescrivit le retour à la séparation des sexes et aux principes de pudeur si indignement violés sous ses prédécesseurs. Il est donc certain qu'il ne put y avoir à Pompéi des bains spéciaux et séparés pour les hommes et les femmes.

Quelle était donc la destination de cet établissement si simple accolé à à des thermes si riches, si élégants? Voici l'hypothèse la plus vraisemblable, selon nous : le bâtiment dans lequel on a cru voir un bain réservé aux femmes existait depuis longtemps ; les progrès du luxe et de la passion des bains en ayant fait reconnaître l'insuffisance, on construisit des thermes plus vastes, tout en conservant les anciens qui ne servirent plus sans doute que de bains gratuits ou presque gratuits pour les pauvres.

Leur position à un niveau inférieur pourrait même faire supposer qu'ils étaient alimentés par les eaux sortant des thermes, économie qui confirmerait encore notre dernière supposition.

Quoi qu'il en soit, la destination de ces salles ne saurait être douteuse; elles n'avaient qu'une seule entrée cl, ouverte sur la rue des Thermes, et précédée d'un petit vestibule r qui avait été pris sur la largeur du trottoir. Après avoir franchi la porte, on se trouvait dans une chambre q qui servait à la fois de spoliatorium et de frigidarium ; on y retrouva les banquettes appartenant à l'un, et le bassin qui caractérisait l'autre. Cette salle irrégulière ainsi que les deux suivantes ne pouvait guère recevoir à la fois plus de dix personnes. De là on passait dans le tepidarium s, échauffé par un pavé suspendu. La vapeur brûlante circulait également sous le sol et dans l'épaisseur des murailles du caldarium t, où se trouvent le baplisterium et le labnim construits en maçonnerie grossière. Les voûtes sont bien conservées, mais entièrement nues; les peintures qui décoraient les parois sont à peine visibles; en un mot ces salles sont dans un tel état de délabrement, que seules elles n'eussent pu fournir à l'archéologie des renseignements plus positifs que ces vestiges de bains qu'on découvre chaque jour dans toute l'étendue de l'ancien empire romain ; elles servent aujourd'hui de magasin pour les objets trouvés à Pompéi.

Bains des Femmes.

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