CHAPITRE VI
N sait que le mot Ihéâlre, en grec ©éaxpov, de ©eao[j.ai, contempler, signifie lieu d'où l'on regarde , et par extension lieu où se donnent les représentations dramatiques.
Inventeurs du drame, les Grecs le furent aussi du théâtre, et l'on connaît dans leur patrie un assez grand nombre d'édifices de ce genre dont les ruines sont parvenues jusqu'à nous ; il suffira de citer les théâtres d'Athènes, de Milo, de Délos, d'Argos, de Mantinée, de Sicyone, de Missolonghi, Jero,
Entrée de l Amphitiiùu, ... Larisse, etc. Mais lorsqu'on éleva ces monu-
ments durables, l'art dramatique était déjà depuis longtemps en honneur;
les premiers théâtres avaient été le char de Thespis pour la tragédie, les tréteaux de Susarion pour la comédie satyrique.
Thespis fut le premier qui, barbouillé de lie, Promena par les bourgs cette heureuse folie, Et d'acteurs mal ornés chargeant un tombereau, Amusa les passants d'un spectacle nouveau.
Boïleau, Art poétique.
De ces chariots, de ces échafauds qu'on dressait à la hâte jusqu'à une construction plus stable, plus solide, la transition ne dut être ni longue ni difficile. Cependant ces premiers théâtres furent de bois :
Eschyle dans le chœur jeta les personnages, D'un masque plus honnête habilla les visages, Sur les ais d'un théâtre en public exhaussé, Fit paraître l'acteur d'un brodequin chaussé.
Ibid.
Le théâtre de bois d'Athènes s'écroula pendant qu'on jouait une pièce d'un ancien auteur nommé Pratinas, qui écrivait dans la 70e olympiade1. Par suite de cet accident, peu après la défaite de Xerxès, dans la 75n olympiade2, Thémistocle fit construire le premier théâtre de pierre qui ait été élevé en Grèce ; je dis le premier en Grèce parce qu'il paraît que les colonies grecques avaient devancé le mouvement de la métropole. A Ségeste en Sicile, et dans l'île de Cysthène, aujourd'hui Caste llo-Rosso, à la pointe méridionale de l'Asie Mineure, on trouve des théâtres qui paraissent être d'une très -haute antiquité. Leur disposition est très-simple, et ils n'ont qu'un seul étage de gradins, une seule précinction , à laquelle conduisent deux escaliers disposés d'une manière arbitraire et non symétrique, et qui probablement dépendait de la situation et des convenances locales. A Adria, colonie des Étrusques, on observe encore des restes d'un théâtre en briques, qui ne peut être un ouvrage des Romains, mais qui doit dater d'une antiquité plus reculée, ainsi que le prouvent et son architecture et l'histoire de la ville. 11 paraît donc évident que les colonies grecques, ou des peuples qui avaient eu avec les Grecs des rapports à une époque trèsreculée, eurent des théâtres de pierre quand la Grèce n'avait encore que des théâtres de bois; mais aussi ces premiers théâtres étaient loin de la
1 500 à 497 avant J.-C.
2 479 avant J. -C.
perfection de celui qui fut construit par Thémistocle, édifice qui devait servir de type à tous ceux qu'élevèrent dans la suite les Grecs et les Romains.
Le théâtre antique se composait de deux parties principales : 1° la partie semi-circulaire, appelée en grec xotlov (le creux), en latin cavea ou visorium, réservée aux spectateurs; 2° la partie rectangulaire, la scène, destinée à la représentation des pièces.
Le jtotXov ou cavea, en italien gràdinata, et que nous appelons à tort l'amphithéâtre, était garni de plusieurs rangs de gradins semi-circulaires, en fuite les uns sur les autres, et de plus en plus élevés en s'éloignant de la scène, afin que les spectateurs ne fussent pas gênés par ceux qui étaient, devant eux. Ordinairement les gradins étaient comme séparés en plusieurs ordres ou étages par des galeries également semi-circulaires, nommées $ta£(«>(jt.a, ballet, ou prœcinctiones. Selon l'étendue des théâtres, ils avaient une, deux ou trois précinctions , qui formaient des divisions portant les noms de ima, média et summa cavea.
Dans les théâtres grecs, chaque classe de citoyens avait ses sièges distincts. Les premiers rangs étaient occupés par les agonothètes, ou juges des pièces de théâtre, par les magistrats, par les généraux d'armée et les prêtres; les citoyens aisés occupaient les rangs intermédiaires, et le commun du peuple était relégué aux places les plus élevées.
Dans les théâtres romains , les patriciens, les plébéiens, les femmes, furent longtemps confondus sans aucune distinction; le peuple entrait pêle-mêle, et les places étaient au premier occupant, Deux édiles, Serranus et Stribonius, d'après l'avis de Scipion l'Africain, qui à cette occasion perdit beaucoup de sa popularité, abolirent cette habitude de la vieille liberté, et séparèrent les sénateurs des plébéiens. La loi Roscia réserva les quatorze rangs inférieurs de gradins aux personnes élevées en dignité. Enfin Auguste compléta la réforme , et voici comment ce fait est rapporté par Suétone : « Frappé de l'injure faite à un sénateur à qui, dans les jeux célébrés à Pouzzoles, aucun des nombreux spectateurs n'avait fait place, il corrigea le désordre et la confusion qui régnaient dans les spectacles. Il fit pour cela décréter par le sénat qu'à tout spectacle public, et en quelque lieu que ce fût, le premier rang de sièges resterait vacant pour les sénateurs; il défendit que les ambassadeurs des nations libres et alliées fussent assis à l'orchestre, parce qu'il découvrit que quelques-uns d'entre eux étaient fils d'affranchis. Il sépara le
peuple des soldats; les plébéiens mariés eurent une place marquée; il y en eut une pour les enfants, et, auprès, d'autres pour les précepteurs. Il ordonna que les gens mal vêtus ne pourraient se placer à l'amphithéâtre ; il ne permit aux femmes de voir les combats de gladiateurs que du lieu le plus élevé, tandis qu'elles étaient accoutumées auparavant à rester confondues avec les autres spectateurs. Il n'accorda qu'aux seules vestales une place séparée au théâtre, et vis-à-vis la tribune du préteur. Il éloigna tellement les femmes de la vue des athlètes que, dans les jeux qu'il donna comme pontife, le peuple lui demandant un couple de lutteurs, il le remit au lendemain, et proclama qu'il ne trouvait pas bon que les femmes vinssent au théâtre avant la cinquième heure du jour. »
Vous voyez que, chez les Romains comme chez les Grecs, les gradins supérieurs et la galerie, dont je parlerai tout à l'heure , étaient réservés aux femmes, aux esclaves et aux hommes vêtus de gris, expression qui servait à indiquer la dernière classe de la plèbe. « Nous arrivâmes, dit Titus Galpurnius, Tit. Vil, nous arrivâmes à des places où la tourbe en haillons, et mêlée à des femmes, jouissait du spectacle. » Voir le spectacle du gradin le plus élevé, de summâ caveâ spectare, était un proverbe qui désignait la plus misérable condition. Sénèque, en parlant de mots qui ne conviennent qu'à la canaille, les appelle verba ad summam caveam spectantia.
Le dernier rang de gradins était lui-même ordinairement surmonté et entouré d'un portique qui servait de refuge au public en cas de pluie, et qui avait l'avantage d'arrêter et de renvoyer la voix des acteurs. Cette galerie, quelquefois divisée en loges, venait souvent se raccorder avec un autre portique ménagé derrière la scène. C'était là qu'étaient placés les
modillons qui recevaient les poutres destinées à soutenir le velarium. On sait que les théâtres des anciens n'étaient pas couverts; il n'y avait
d'exception que pour les plus petits, appelés Ocléons. Le velarium, en grec Tuapa7véTa<7j<.a, était donc indispensable pour garantir les spectateurs de l'ardeur du soleil. Selon Pline, c'est en Campanie que prit naissance l'usage de couvrir ainsi les théâtres ; Quintus Catulus l'introduisit à Rome, et Lentulus Spinther fut le premier qui y employa des toiles de lin. Une des plus grandes preuves de la prodigalité de César est d'avoir, dans une fête magnifique qu'il donna au peuple romain , couvert l'amphithéâtre d'un velarium de soie, matière qui se vendait alors au poids de l'or. Suétone nous apprend que Néron fit faire un velarium de pourpre, dont les broderies d'or représentaient le char du soleil entouré de la lune et des étoiles.
Cette invention utile fut désapprouvée, et regardée comme une mollesse campanienne par les anciens, qui étaient habitués à passer le jour dans leurs théâtres, exposés à toutes les intempéries des saisons. Ammien Marcellin reproche sévèrement aux Romains de l'avoir adoptée, et leur donne le titre méprisant d'imitateurs de la lâche Campanie :
Plebei velabris umbraculorum theatralium latent quœ Campanam imitantur lasciviam. « Les plébéiens se cachent à l'ombre de ces voiles de théâtre empruntés à la voluptueuse Campanie. »
Quand on pense à l'énorme grandeur des théâtres et des amphithéâtres antiques, on a peine à concevoir comment on pouvait parvenir à tendre un voile d'une si gigantesque dimension. Aucun auteur ancien ne nous a transmis de détails positifs ; nous savons seulement que le velarium pouvait être mis et retiré à volonté, puisque Suétone dit qu'un des plaisirs de Caligula était de faire découvrir l'amphithéâtre au moment de la plus grande ardeur du soleil, et de forcer les spectateurs à demeurer tête nue à leurs places. Le. velarium devait encore s'étendre au moyen de poulies et de cordages, puisque, selon Lampridius, une compagnie de matelots, habitués à la manœuvre des navires, était attachée à son service. La plupart des théâtres et des amphithéâtres présentent, ainsi que je l'ai dit, dans leur partie supérieure, des modillons en pierre pour les poutres du velarium. D'après ce qui subsiste, le Colisée, dont le diamètre est de 191m,327, dut avoir deux cent quarante modillons, et un nombre égal de poutres. C'est d'après ces indices que M. Borgnis, dans son Traité de Mécanique appliquée aux arts, a proposé son procédé d'établissement du
vclarium. Au centre du Cotisée serait un ovale de 32m,/i83; il serait formé de trois rangs de madriers superposés, pleins sur joints et liés par des boulons au nombre de cent vingt, portant à leur partie supérieure des anneaux, qui recevraient chacun deux cordes, répondant aux poulies fixées au sommet des deux cent quarante poutres placées au faîte du monument. On conçoit qu'en tirant ces câbles l'ovale devait s'élever, et qu'il serait facile de disposer sur ces cordes les toiles du vclarium. Chaque voile aurait la forme d'un trapèze, et porterait en dessous un certain nombre de tringles parallèles, ayant des anneaux que les grandes cordes enfileraient. De cette manière, une autre corde s' .enroulant d'un bout sur une poulie et attachée de l'autre à la partie inférieure du trapèze, ferait remonter, lorsqu'on voudrait le fermer, le velarium, qui, pour s'ouvrir, retomberait de son propre poids. J'ai cru qu'on me saurait gré d'avoir fait connaître ce procédé ingénieux qui, avec quelques légères modifications, peut s'appliquer également aux théâtres ; il paraît fort praticable, mais, faute de documents nécessaires, nous ne pouvons affirmer d'une manière positive que ce soit celui qui était employé par les anciens. Lorsqu'il s'élevait un grand vent , il était souvent impossible de tenir le velarium tendu; aussi Martial dit-il dans une de ses épigrammes :
ln Pompeiano tectus spectabo theatro, Nam populo ventus vela negare solet.
«.l'assisterai couvert au théâtre de Pompée, car le vent refuse presque toujours au peuple l'abri du Velarium. »
Revenons aux théâtres dont je me suis écarté un instant Dans cette même partie supérieure d'où s'étendait le vclarium, pour rendre la voix des acteurs plus sonore on suspendait des espèces de cloches d'airain ou de terre cuite, nommées cchca, dont l'ouverture était tournée vers le bas, du côté de la scène. Les echées étaient de proportions différentes, de manière à former des accords de musique. La voix, en frappant leur cavité, produisait ainsi un son plus clair, plus nourri et plus harmonieux1.
Les étages de gradins étaient eux-mêmes divisés par des escaliers rayonnant autour du centre en portions que leur forme avait fait appeler yipja&sç, navettes, cunei, coins. Quand un citoyen, n'ayant pas trouvé de
1 VïTIUÏVE, L. V, C. 5.
THÉÂTRES. AMPHITHEATRE. 159
place dans les cunei, était obligé de se retirer ou de rester debout dans les escaliers, on disait qu'il était excuncatus. On reconnaît à des marques très- visibles que, dans le grand théâtre de Pompéi, la place réservée à chaque spectateur était large de 0m,35.
Les escaliers étaient ordinairement au nombre de sept dans les grands théâtres. Quand l'édifice était adossé à une montagne, les escaliers en descendaient ordinairement jusqu'à l'orchestre, et c'était de cet orchestre dans lequel on pénétrait par deux grandes entrées latérales ou vomitoires, vomitoria, que l'on montait aux gradins les plus élevés. Telle était la disposition des théâtres de Cysthène, de Telmessus, etc. Les deux grands vomitoires de l'orchestre étaient parfois, comme à Pompéi, surmontés detribunes réservées, appelées podium. Dans d'autres théâtres, les escaliers s'arrêtaient au gradin qui était le plus près de l'orchestre, et en étaient séparés par un mur d'appui. Dans ce cas, les portes, ou vomitoires, étaient ouvertes dans le portique, à la partie de l'édifice la plus élevée sur la montagne , à laquelle on arrivait par des chemins tracés à cet effet. Il en était ainsi à Tyndaris, à Syracuse, à Catane, à Taormina, etc. Quelquefois ces deux modes d'entrée se trouvaient réunis, comme aux théâtres de Ségeste et d'Orange. A Lillebonne, on parvenait au haut des gradins par un escalier pratiqué derrière le théâtre. Quant aux théâtres entièrement isolés, on y entrait, comme dans les amphithéâtres, par des escaliers qui, ménagés dans l'intérieur de la construction qui soutenait les gradins, venaient aboutir aux divers étages de précinctions.
Les cinq ou six premiers gradins de l'amphithéâtre se trouvaient comme le parterre des modernes à un niveau inférieur à celui de la scène, dont ils étaient séparés par l'orchestre qui était la partie semicirculaire comprise entre le xoîXoy, ou cavea, et la ligne du proscenium, ou avant-scène. Selon Barthélémy [Voyage d'Anacharsis , chap. 70), il n'était permis à personne de rester dans cet orchestre, qui répondait à notre parterre , l'expérience ayant appris que, s'il n'était pas absolument vide, les voix se faisaient moins entendre. Ceci est évidemment une erreur qui a échappé à l'illustre antiquaire ; l'étymologie même du mot dément son assertion. Le mot ôp/vfeTpa vient du verbe ôp^eo^ai, danser ; il est donc positif que, dans certains cas, des danses étaient exécutées dans l'orchestre. Nous savons d'ailleurs que souvent le chœur des chants se plaçait dans l'orchestre. Au milieu était la thymelr, petit autel sur lequel
on sacrifiait à Bacchus au commencement du spectacle. C'était le point central autour duquel était tracé le demi-cercle du xoJXov. Cet autel avait des degrés sur lesquels se plaçait quelquefois le chœur ; alors le coryphée montait sur la partie supérieure de la thymèle., qui était de niveau avec le pulpilum, dont je parlerai bientôt. Millin pense que la thymèle pouvait servir aussi de tribune aux magistrats et aux généraux qui haranguaient le peuple assemblé dans le théâtre pour assister à des délibérations sur les intérêts de l'État. Nous pourrions supposer également que les poëtes et les philosophes y prenaient place lorsqu'ils y convoquaient le public pour juger leurs vers ou leurs discussions.
Comme, dans les théâtres romains, il n'y avait ni thymèle, ni chœurs; l'orchestre était moins étendu que dans les théâtres grecs, et il était réservé aux personnages les plus distingués. La place d'honneur pour le préteur ou pour le prince était au centre de la courbure du cercle; il y avait aussi dans cette enceinte des sièges disposés pour les vestales, les sénateurs, etc.
Nous voici arrivés à la seconde des grandes divisions du théâtre, à la partie rectangulaire réservée aux représentations, la scène. Le mot cxvivv^ scena, scène, avait une signification plus étendue dans les théâtres anciens que dans les nôtres. On appelait ainsi toute la construction rectangulaire qui faisait face au xoîlov ou cavea , et formait le fond du théâtre. La scène comprenait donc le proscenium, Yhyposcenium, la scène proprement dite , et le poslcenium.
Le proscenium, ou Xoyeîov, ne correspondait que fort imparfaitement à ce que nous appelons aujourd'hui avanl-schie. Au devant était une plateforme avançant sur l'orchestre, construite le plus souvent en bois, ce qui fait que dans beaucoup de théâtres on n'en trouve plus de traces. C'était le pulpilum qui occupait une place beaucoup plus large que le proscenium même, et qui n'était jamais fermé par le rideau. Ce serait chez nous l'espace compris entre le rideau et la rampe ; c'était là que se tenaient les acteurs.
L' hyposcenium était le dessous du théâtre.
L'a scène proprement dite correspondait à notre toile de fond, avec cette différence que c'était une construction solide, embellie des plus riches ornements de l'architecture. Sa largeur était double de celle de l'orchestre; elle présentait trois portes; celle du milieu, ordinairement à plein cintre, s'appelait aida regia, la porte royale; elle conduisait au
THÉÂTRES. AMPHITHEATRE. \M
palais du principal personnage chez lequel le drame se passait. Les deux autres portes, plus petites et rectangulaires, portaient le nom d'hospitales, parce qu'elles servaient aux hôtes ou étrangers. Le mur de la scène d'Orange présente une sorte d'alcôve ou de renfoncement au milieu duquel s'ouvre la porte royale, et qui probablement avait pour but de renvoyer vers la cavea la voix des acteurs. Cette construction de la scène faisait retour sur les côtés pour circonscrire l'espace réservé à l'action, et sur ces ailes, appelées versurœ, étaient ouvertes deux autres portes, dont Tune était supposée conduire au port, et l'autre à la campagne.
Dans le principe, la scène n'avait d'autre ornement que ces colonnes, ces bas-reliefs, ces statues qui étaient établis à demeure. Un artiste, nommé Agatharcus, conçut l'idée des décorations au temps d'Eschyle, et dans un savant commentaire il développa les principes qui avaient dirigé son travail. Ces premiers essais furent ensuite perfectionnés, soit par les efforts des successeurs d'Eschyle, soit par les ouvrages qu'Anaxagore et Démocrite publièrent sur les règles de la perspective. Les anciens avaient aussi poussé assez loin l'art du machiniste, mais la description de leurs machines théâtrales m'entraînerait dans une digression que les bornes de cet ouvrage me prescrivent d'éviter.
Le postscenium, ou 7uapa<j}«]via, était le derrière et les côtés extérieurs de la scène; c'était le lieu où les acteurs s'habillaient, et où se préparait tout ce qui était nécessaire aux représentations. Derrière le postscenium étaient ordinairement des portiques, des jardins, ou une place publique. Le rideau, siparium ou aulœum , paraît n'avoir été usité que chez les Romains. Lorsque le spectacle commençait, au lieu de lever la toile, comme chez les modernes, on la descendait en la faisant entrer ou glisser par une coulisse dans V hyposcenium. Ces rideaux peints représentaient en général des scènes historiques. Ovide, dans le 3e livre des Métamorphoses , dit :
Sic, ubi tolluntur festis aulœa theatris, Surgere signa soient, primumque ostendere vultus, Cœtera paulatim; placidoqus educta tenore Tota patent, imoque pedes in margine ponunt.
Ainsi, lorsqu'au théâtre un rideau se déroule, Des figures qu'il peint aux regards de la foule Le visage, les bras, et le buste, et les pieds S'élèvent par degrés, tour à tour déployés.
Les premières pièces de théâtre furent représentées à Rome l'an 391
de sa fondation. Longtemps les théâtres, comme je l'ai dit, furent en bois et temporaires ; les spectateurs étaient debout. Marcus Ëmilius Lépidus fut le premier qui fit bâtir un théâtre avec des sièges. Les plus magnifiques de ces constructions précaires furent les théâtres que Scaurus et Curion élevèrent vers la fin de la république. Scaurus, gendre de Sylla, y dépensa des sommes énormes ; Curion, désespérant de le surpasser en magnificence, voulut se distinguer au moins par la singularité ; il érigea deux théâtres adossés l'un à l'autre, qui, lorsque les représentations de la scène furent terminées, tournèrent sur pivot avec tous les spectateurs qu'ils contenaient, et, se réunissant, formèrent un amphithéâtre où furent livrés des combats de gladiateurs.
C'était au grand Pompée qu'il était réservé de doter Rome de son premier théâtre de pierre, qui fut dédié l'an de Rome 699. Il imita, dit Plutarque, le théâtre de Mitylène , mais sur une bien plus grande échelle, puisque le sien pouvait contenir quarante mille spectateurs.
Bientôt les théâtres se multiplièrent dans la métropole ; la passion des jeux scéniques gagna les provinces, et il n'y eut plus une petite ville qui ne possédât un théâtre plus ou moins vaste selon sa population. Pompéi en eut deux que l'on désigne sous les noms de l'Odéon et du Grand Théâtre, ou Théâtre tragique.
Odéon (Pl. U). Placé suivant la prescription de Vitruve dans le voisinage et à gauche du grand théâtre1, l'Odéon était un édifice couvert destiné aux représentations musicales, aux répétitions dramatiques, aux concours poétiques, et probablement aussi aux spectacles d'hiver2; celui de Pompéi3, découvert de 1769 à 1796, pouvait contenir quinze cents spectateurs. Sur le mur qui le séparait du grand théâtre était l'inscription suivante remplacée par une copie :