‹ Pompeia décrite et dessinée (volume 2)Chapitre 31 sur 64 · DVO VIR. DEC. DECR · texte numérisé non relu

DVO VIR. DEC. DECR

THEATRVM TEGTVM FAC. LOCAR. EIDEMQVE PROBARVNT ''.

« C. Quinctius V aigus, fils de Caius, et Marcus Porcius, fils de Marcus, duumvirs, ont l'ait l'aire le théâtre couvert, et ont donné leur approbation à ce travail. »

Circonscrits dans un espace rectangulaire, les gradins ne purent avoir

1 Exeuntilus e theatro sinistré parte Odeum. (Vitr. L. v, c. 9.)

2 Ne Même voluptas impudica frigeret. (Tertullien. Apol. G. VI.)

3 V. la vignette en tète du chapitre.

4 Cette inscription est répétée au-dessus de la porte du vomitoire ouvrant snr la rue de l'Odéon.

leur entier développement, et la moitié inférieure seule forme le demicercle complet; l'autre moitié est interrompue par la muraille à chaque extrémité.

Les places réservées, Vitna cavea, ne se composent que des quatre premiers gradins plus larges que les autres, auxquels on arrivait directement par l'orchestre. Au-dessus de cette cavea règne un large passage, une production qui n'en est séparée que par un petit mur qui sert de dossier au quatrième gradin, et se termine à chaque extrémité par une griffe ailée. Plus haut, à chaque bout du premier gradin de la seconde cavea est une figure agenouillée qui porta un candélabre, un vase ou quelque autre ornement. La seconde cavea était composée de dix-sept gradins formés de blocs de lave comme la première, mais ayant à leur bord une corniche et sur leur plat un emplacement pour les pieds du spectateur du gradin supérieur, disposition particulière que nous retrouverons à l'amphithéâtre. Cette cavea est divisée par six escaliers répondant à autant de vomitoires placés au-dessus du dernier gradin, et ouvrant sur un corridor auquel on parvenait par un double escalier. L'entrée de cet escalier se trouve dans un vaste passage qui, partant de la rue des Théâtres, desservait également le Grand Théâtre.

A.ux côtés de la scène, et au-dessus des deux vomitoires conduisant à l'orchestre, sont les deux podium derrière lesquels sont quatre gradins. On arrivait à chacun des podium par un petit escalier particulier ouvrant sur la scène. Le pavé de l'orchestre, composé des marbres les plus précieux, fait contraste avec la construction généralement peu soignée, et en matériaux grossiers du reste de l'édifice : sur une large bande de cipollino, on y lit en grandes lettres de bronze incrustées :

M. OLCONIVS1 M. F. VERVS II VIR PRO LVDIS

« M. Olconius Verus, fils de Marcus, duumvir pour des jeux 2. »

La scène large de 17m,50, est assez bien conservée. Dans le grand passage dont nous avons parlé, le peuple qui attendait, qui faisait la queue, avait gravé à la pointe un grand nombre d'inscriptions

Nous retrouverons les noms des magistrats qui y sont mentionnés dans les inscriptions de l'amphithéâtre.

1 II est assez singulier que ce nom si souvent reproduit sur les murs de Pompéi se trouve écrit ici Olconius et non Holronius.

2 V. la note, page 174.

16i POMPEIA.

plus ou moins convenables, mais aujourd'hui presque toutes illisibles. ■M. de Clarac en a publié une fort curieuse dans laquelle trois soldats indiquent la date d'une partie de débauche qu'ils firent ensemble. Cette date, précieuse sous plus d'un rapport, est celle du 15 des calendes de décembre de l'année du consulat de M. Messala et de L. Lentulus; elle se rapporte à l'an de Rome 751, trois ans avant notre ère; en même temps qu'elle sert à fixer les noms des deux consuls sur lesquels on n'était pas entièrement d'accord, elle prouve l'existence du petit théâtre de Pompéi plus de quatre-vingts ans avant la catastrophe qui détruisit la ville.

Des tessères ou billets de spectacle trouvés dans l'Odéon ont soulevé de nouveau une question longtemps agitée par les antiquaires. L'entrée des théâtres était-elle entièrement gratuite? Il est certain qu'il n'en était pas ainsi en Grèce, où le prix ordinaire d'une place était d'une dragme, prix qui fut plus tard réduit à deux oboles1. Périclès, pour se rendre populaire, ordonna qu'on tirerait de la caisse publique une certaine somme allouée au choragus ou directeur, pour l'indemniser des places occupées gratuitement par les "citoyens pauvres. Chez les Romains, les places durent être gratuites, toutes les fois que les jeux étaient donnés au peuple par des magistrats ou des particuliers qui briguaient sa faveur ; mais il paraît qu'il arrivait aussi parfois que les jeux étaient donnés par un entrepreneur, et c'était alors qu'un prix était perçu pour chaque place. Ceci explique ces deux passages, pièces les plus importantes du procès. Suétone dit dans la vie de Galigula : Inquietatus fremitu graiuita in circo

loca occupanlium « L'Empereur inquiet du frémissement de ceux qui

occupaient les places gratuites dans le cirque... »

Il y avait donc des places non gratuites.

On lit dans le prologue du Pœnulus de Plaute :

Servi ne obsideanl, liberis ut sit locus,

Vel as pro capite dent : si id facere non queunt,

Domum abeant

« Que les esclaves n'assiègent pas les places; qu'ils les laissent aux hommes libres, ou qu'ils paient un as par tète; s'ils ne peuvent le faire, qu'ils retournent au logis. »

Les tessères étaient des espèces de jetons en os, en terre cuite, ou en bronze, portant, soit le nom de l'auteur de la pièce, soit l'indication de

1 Demosth. Olinth. HT.

son titre ou celle de la place, quelquefois ces trois désignations. Deux des tessères trouvées à Pompéi représentent d'un côté une espèce d'édifice qui doit être un théâtre; on lit au revers sur l'une : xn. aisxyaoy ib. ( D'Eschyle xii ) ; sur l'autre : XI. hmikykaia IA. (Hémicycle xi)1

Tessères.

Voici une autre tessère dont l'inscription est plus complète, et écrite en latin.

Tessère .

« 2» Cavea, 3e coin, 8e gradin. La Casina de Plaute. »

Les tessères avaient quelquefois des formes différentes ; on en conserve au musée plusieurs ayant la figure d'amandes ou de pigeons.

Au même musée, sont deux statues en terre cuite un peu plus petites que nature , que Winckelmann mentionne dans le premier volume de son Histoire de Fart; elles représentent un acteur et une actrice, et suivant les uns elles furent trouvées dans le vestibule de l'Odéon, et selon Finati dans une maison voisine.

L'Odéon communiquait avec le Grand-Théâtre par la galerie dont nous avons parlé.

Grand-Théâtre ou Théâtre tragique (Pl. V). Cet édifice reconnu en 1764, ne fut déblayé entièrement que trente ans plus tard. Suivant l'usage généralement adopté par les Grecs et les Romains, il était adossé à une élévation qui en économisant les frais de substructions, a permis de placer l'entrée principale a, à la hauteur de la seconde précinction, point d'où est prise notre vue 2.

1 1B et ia représentent en grec la valeur des chiffres romains XII et XI.

2 Planche VÎ.

466 l'OMPEIA.

Deux autres entrées BG, par des corridors voûtés, se trouvaient aux côtés de la scène, et venant aboutir dans l'orchestre aux points DD, donnaient accès aux gradins inférieurs au nombre de cinq, réservés aux personnages privilégiés. Chacun de ces corridors ou vomitoires avait un

Plan du grand Théâtre

embranchement également voûté qui, passant sous les gradins, conduisait par six degrés à la hauteur de la première précinction, et à la seconde ou média cavea. Enfin un escalier placé à la droite des gradins, au point E, permettait d'arriver directement à la summa cavea composée de quatre gradins seulement, exhaussés sur un mur d'environ 2m, et aussi au sommet de l'édifice pour le service du vtlarium. Le mur supérieur n'a cessé de sortir de terre depuis la destruction de Pompéi, et il est inconvenable, que jusqu'en 176/i, on n'ait pas eu la curiosité de rechercher à quel édifice il appartenait.

Cette partie du théâtre a été restaurée depuis sa découverte ; on a rétabli jusqu'à l'une des poutres qui soutenaient le velarium , et plusieurs des corbeaux et modillons qui les portaient i.

On remarquera sur le plan la disposition tout exceptionnelle de la partie du monument réservée au public, de Y amphithéâtre, comme nous l'appelons à tort, de la cavea, comme eussent dit les Romains. Au lieu d'être un hémicycle parfait, ainsi que le veut Yitruve et que nous le présentent tous

1 Voy. page 15G.

les théâtres antiques connus, celui-ci est en forme de fer à cheval; son diamètre est de 68m, et il pouvait contenir cinq mille spectateurs. Les gradins de marbre de Paros étaient au nombre de vingt-neuf, partagés en trois étages par deux précinclions, divisées elles-mêmes par cinq escaliers, iiinera, ou scalœ, dont chaque gradin formait deux degrés, en cinq cunei ou coins F, et en deux parties L qui ne peuvent mériter ce nom étant de forme rectangulaire. Ces deux parties, qui se trouvent aux côtés de la scène et sur les reins des voûtes des deux vomitoircs, complétaient les ailes du fer à cheval, et se terminaient, dans leur partie inférieure, par deux tribunes réservées ou podium G, dans l'une desquelles on a trouvé les débris d'une chaise curule. Ce podium avait un superbe entablement en marbre dont une petite partie est conservée. Le premier ordre ou ima cavea H était, ainsi que je l'ai dit, composé de cinq gradins; le second en avait vingt, et le troisième quatre seulement. Sur le marbre du premier gradin de la seconde cavea, on reconnaît encore les traces de lettres de bronze qui y étaient incrustées autour d'un espace vide, et formaient cette inscription :

M. HOLCO NIO M. F. RVFO

II VIR. I. D. QVINQVIENS ITER. QVINQ. TR1B. M. A. P.

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