‹ Pompeia décrite et dessinée (volume 2)Chapitre 33 sur 64 · MM. HOLCONI. RVFVS ET CELER CRYTAM TRI B VN AL T HE AT R V M S. P · texte numérisé non relu

MM. HOLCONI. RVFVS ET CELER CRYTAM TRI B VN AL T HE AT R V M S. P

AD DECVS COLONIE.

« Marcus Holconius Rufus et Marcus Holconius Celer ont érigé à leurs frais une crypte, un tribunal et un théâtre pour l'ornement de la colonie. »

Nous avons décrit le tribunal (page 126). C'est dans la partie

1 Nous verrons qu'une statue érigée au même magistrat a été récemment découverte dans la rue de l'Odéon.

supérieure du théâtre et en dehors de l'hémicycle que se trouve la crypte I , espèce de tour carrée au dehors et ronde en dedans, haute d'environ km et large de 6m,70; c'était un réservoir qui fournissait l'eau nécessaire à l'arrosement du théâtre. Il est difficile toutefois de nous rendre compte par quel procédé on pouvait élever l'eau à une si grande hauteur. Le théâtre étant découvert , on ne peut supposer que le réservoir ait été rempli par les eaux pluviales qu'on y aurait rassemblées. Cependant, nous ne pouvons douter du témoignage de tous les auteurs antiques qui nous disent que, pour tempérer la chaleur, cette eau était répandue en pluie fine sur les spectateurs, et qu'on poussait même la recherche jusqu'à la parfumer avec des essences.

Auprès de la crypte est, ainsi que je l'ai dit, une des principales entrées du théâtre, ouvrant sur le corridor voûté conduisant au sommet de la seconde cavea, et portant la summa cavea. On arrivait à cette porte par le portique du Forum triangulaire.

A.u centre de l'orchestre, c'est-à-dire de la partie K comprise entre les gradins inférieurs et l'avant-scène, s'élevait un piédestal M, dont il ne reste plus de trace, et que quelques auteurs ont cru avoir été destiné à porter une statue, qui évidemment eût coupé le point de vue de la manière la plus désagréable. Nous devons plutôt y reconnaître la Ihymele, ce petit autel sur lequel, ainsi que je l'ai dit, on sacrifiait à Bacchus au commencement du spectacle. Cet autel, il est vrai, n'existe point ordinairement dans les théâtres romains; mais nous ne devons pas oublier que Pompéi était une colonie grecque, une ville de la Grande-Grèce qui dut conserver plus d'un souvenir, plus d'un usage de la mère patrie.

Le mur d'avant-scène ou proscenium 0 0 s'étend entre D D et N N sur une largeur de 2/im,50'; il portait le plancher en bois NN ou pulpitum, formant l'avant-scène sur laquelle se tenaient les acteurs. Ce plancher étant détruit permet de voir aujourd'hui à découvert le dessous du pulpitum ou Ylujposcenium, lieu où se plaçaient les instruments propres à imiter le tonnerre, dans lequel rentrait le rideau d'avant-scène, et sur lequel enfin étaient ménagées les trappes pour les apparitions. Le mur d'avantscène 0 0 présente une niche semi-circulaire et six carrées que l'on peut supposer, avec quelque vraisemblance, avoir été destinées à contenir les musiciens quand ils n'étaient pas placés aux côtés de l'avant-scène sur le pulpitum, lui-même.

Enfin, au fond s'élève ce que les anciens appelaient proprement la scène PP, mais qui correspond à notre toile de fond, dont elle ne diffère qu'en ce qu'elle était d'une construction solide, richement décorée de colonnes , de marbres et de statues , mais restant constamment la même pour toutes les pièces que l'on représentait, sauf quelques décorations mobiles qu'on y ajouta plus tard, qu'on appelait scena versilis ou trigones mobiles, et qui tenaient lieu de nos coulisses.

La scène de Pompéi avait été dépouillée de tous ses marbres, et tout porte à croire que l'édifice endommagé par le tremblement de terre de 64 était en réparation ,à l'époque de la catastrophe de 79. Elle présente les trois portes ordinaires; celle du milieu Q, ouverte suivant l'usage au fond d'un hémicycle, était Y aida regia; les deux autres PP étaient les hospitales. Entre ces parties sont deux niches R R qui contenaient les statues de Néron et d'Agrippine.

Derrière la scène est le poslscenium S S, lieu où se retiraient les acteurs; enfin derrière celui-ci s'étend une vaste cour T T adossée au Quartier des Soldats U, qui pouvait répondre à notre foyer des acteurs, et dans laquelle on descendait par un plan incliné Y, à la droite duquel est une grande salle X qui servait sans doute de magasin pour les accessoires.

Enfin, à gauche de la cour et près de l'entrée du grand corridor B, on voit dans la muraille la copie d'une inscription aujourd'hui au musée, qui nous apprend le nom de l'architecte :

marTorius m. l. primvs arghitectvs.

« Martorius Primus, architecte, affranchi de Marcus. »

Dans la partie de l'édifice qui communique au Forum triangulaire, on a trouvé quelques fragments de statues de marbre, une grande quantité de bois carbonisé, des morceaux de draperies appartenant à des statues de bronze, un très-grand nombre de tuiles et d'inscriptions presque toutes frustes.

Amphithéâtre. Les amphithéâtres destinés aux combats des gladiateurs et des bêtes féroces sont une invention romaine. Comme l'indique leur nom, IjxcptÔsaTpov, ils se composent de la réunion de deux théâtres placés en face l'un de l'autre, et dont les deux orchestres réunis formaient l'arène. Nous

verrons, par une inscription de l'amphithéâtre de Pompéi l, que ces monuments portaient quelquefois aussi le nom de speciacula, lieu d'où l'on regarde, mot qui n'est que la traduction de l'expression grecque. Nous n'avons pas de données précises sur les premiers amphithéâtres qui furent construits à Rome ; ils ne durent y être établis que lorsque les théâtres et les cirques ne suffirent plus aux plaisirs du peuple, quoique déjà ceux-ci eussent été ensanglantés par plus d'un combat. Rome dut à Statilius Taurus, ami d'Auguste, le premier amphithéâtre construit en pierres, dont les débris ont formé la petite éminence occupée aujourd'hui par la place de Mante-Ci torio. Plus tard, Vespasien éleva ce prodigieux Colisée, le plus gigantesque de tous les travaux exécutés par les Romains, ce Colisée où pouvaient s'asseoir à l'aise quatre-vingt-sept mille spectateurs.

L'amphithéâtre de Pompéi est loin d'atteindre ces proportions colossales, mais tel qu'il était il pouvait encore contenir vingt mille spectateurs, nombre bien considérable pour une ville de cet ordre. Placé à l'angle

Vue extérieure de l'Amphithéâtre.

S.-E. de l'enceinte de Pompéi, cet édifice, reconnu dès 1748, fut le premier qu'on entreprit de déblayer; mais depuis une partie avait été recouverte, et ce n'est que sous le règne du Ferdinand II qu'il a été entièrement dégagé. Dans l'introduction de cet ouvrage, nous avons raconté la querelle sanglante qui eut lieu dans cet amphithéâtre entre les Pompéiens et les Nucériens ; nous avons dit aussi que les premiers y étaient réunis au moment où se déclara la fatale éruption ; il paraît qu'ils eurent le temps de s'enfuir, car on n'a trouvé qu'un très-petit nombre de squelettes.

1 V. page 17G.

Nous ne répéterons pas les détails que nous avons donnés sur les combats de gladiateurs à l'occasion des bas-reliefs du tombeau de Scaurus (page 87) ; mais nous avons réservé pour les citer ici deux des inscriptions qu'on a lues sur Valbum de l'édifice d'Eumachia; ce sont des affiches de spectacle :

FAMILIA GLADIATORIA VENATIO ET VELA.

(( La troupe de Gladiateurs, chasse et velarîum. »

A. SVETTII GERII AEDILIS FAMILIA GLADIATORIA PVGNABIT POMPEIS PR. K. IUNIAS VENATIO ET. VELA. E R V N T.

« La troupe de Gladiateurs de l'édile Aulus Svettius Gerius combattra à Pompéi la veille des calendes de juin; il y aura chasse etvelarium1. »

Revenons à l'amphithéâtre témoin des jeux sanglants qu'annonçaient ces affiches. 11 est formé de pierres de lave, et son architecture est à l'extérieur dénuée de tout ornement; nous verrons qu'à l'intérieur, au contraire, elle était plus soignée que dans la plupart des monuments de ce genre.

Pour diminuer les frais de construction, on avait bâti l'édifice dans une espèce de bassin creusé en partie de main d'homme, de sorte que l'arène se trouve beaucoup plus bas que le sol extérieur qui atteint le niveau de la seconde précinction. Le plus grand diamètre de l'amphithéâtre est de 130m; le plus petit de 102'". La direction de l'ovale est du N. au S. ; à ses extrémités se trouvent les deux entrées principales ouvrant sur l'arène ; celle du Nord seule y conduisait directement2; le passage au contraire qui se présente à l'extrémité méridionale de l'ellipse, s'il eût été continué en ligne droite, eût abouti aux remparts; pour remédier à cet inconvénient, il tournait brusquement à droite sous les gradins, et venait déboucher sous l'une des arcades tournées à l'ouest vers la ville.

Quarante autres arcades, dont plusieurs servaient de vomitoires, et conduisaient au grand corridor circulaire sur lequel reposent les gradins, entourent l'édifice ; par une disposition tout exceptionnelle elles sont sut-

1 Voir sur les inscriptions de ce genre la savante dissertation du P. Garrucci. Bulletin archéologique napolitain. Nouvelle série, n° 15. Février 1853.

2 V. la lettre au commencement du Chapitre.

montées d'un deambulacrum, large terrasse à laquelle on arrivait par cinq grands escaliers extérieurs. Là se trouve un nombre égal de petites arcades donnant accès au sommet de la troisième cavea, et qui portent sur leurs voûtes les loges des femmes auxquelles conduisaient plusieurs escaliers.

A l'entrée du grand vomitoire du nord se trouvent à l'intérieur deux niches qui durent contenir des statues cle magistrats municipaux, d'après les inscriptions qui se lisent au-dessous, à droite :

Page 1