‹ Pompeia décrite et dessinée (volume 2)Chapitre 42 sur 64 · P A R AT V S ROG · texte numérisé non relu

P A R AT V S ROG

C'est d'après cette inscription que l'édifice qui nous occupe a été désigné sous le nom de maison de Pansa ; peut-être était-ce aussi bien la maison de Paratus; peut-être même son propriétaire ne portait-il ni l'un ni l'autre de ces noms. Toutefois, l'inscription étant une de ces invocations adulatrices dont on retrouve tant d'exemples sur les murs de Pompéi, il paraît assez vraisemblable qu'elle put être tracée sur la demeure même de l'édile Pansa auquel elle s'adressait. Quoi qu'il en soit, la porte de l'habitation que nous continuerons de nommer la maison de Pansa, n'existe plus aujourd'hui, ayant été, comme toutes les autres portes de Pompéi, détruite par le feu du Vésuve; on sait seulement, par les portes feintes qui ont été trouvées peintes sur plusieurs murailles, et surtout par la porte de marbre de l'un des tombeaux que nous avons décrits, que les portes étaient ordinairement en bois de chêne, à deux battants, à panneaux, et ornées de bulles, gros clous à têtes dorées, et que, comme les nôtres, elles portaient souvent un marteau; elles étaient ordinairement surmontées d'une imposte éclairant le vestibule, ce qui explique leur hauteur si peu en rapport avec leur largeur. D'après un règlement de police, elles ne pouvaient s'ouvrir qu'en dedans ; Denys d'Halicarnasse et Plutarque nous apprennent qu'au seul Valerius Publicola, en récompense des services qu'il avait rendus à la République, il fut permis de faire ouvrir en dehors les portes de la maison qu'il possédait au pied du Palatin. Les portes tournaient sur des pivots, et se fermaient par des verrous perpendiculaires qui entraient dans des œillets creusés dans le seuil. Les linteaux ont tous disparu, mais on a pu reconnaître qu'ils n'étaient ordinairement composés que d'une planche épaisse supportant une architrave en moellons.

Chez les Romains, l'entrée de la maison était placée sous la garde de quatre divinités : Janus qui présidait à l'ensemble de la porte, janua; Forcuhis qui avait sous sa protection les battants, fores; Limentinus qui

veillait au linteau et au seuil, limen; enfin la déesse Cardea qu'on invoquait pour la conservation des gonds, car dînes.

Après avoir franchi le seuil, on se trouve dans un corridor de 2m,80 de largeur; c' est le prothyrum ou aditus, que les Grecs appelaient aussi diathyrum et où se tenait le portier, Yostiarius, accompagné ordinairement d'un chien qui n'était quelquefois qu'une peinture sur la muraille ou une mosaïque incrustée dans le sol, comme nous en verrons un curieux exemple.

Quelquefois des portes percées dans les murailles du prothyrum donnaient accès à la loge du portier, cella ostiarii, et à des salles servant d'antichambre. Ces pièces n'existent pas dans la maison de Pansa.

Au fond du prothyrum on voyait dans le sol comme un second seuil en mosaïque sur lequel on lit le mot salve 1, souhait de bienvenue pour les visiteurs. Franchissant ce seuil et une seconde porte qui n'existe plus, on entre dans Y atrium ou cavœdium À A. A A, petite cour rectangulaire de 1/T,40 sur 9m,/i0, entourée de portiques et partie essentielle des habitations romaines à laquelle correspondent le cortile de l'Italie moderne et le patio des Espagnols.

Il existait chez les anciens cinq espèces d'atrium; le plus simple, et celui de Pansa est du nombre2, était Y atrium toscan, tuscanicum, le seul qui fût en usage dans les premiers temps et que Pline désigne comme ayant été construit ex more veterum, à la manière des anciens. Le portique n'était point soutenu par des colonnes, mais simplement par quatre poutres dont les extrémités étaient scellées dans les murailles de la maison, et sur lesquelles venaient s'appuyer les quatre toits en appentis qui versaient dans un bassin ou compluvium B, qui occupait le centre de la partie découverte, les eaux de pluie qui de là s'écoulaient ordinairement dans une citerne. L'atrium tétrastyle ne différait de Yattium toscan que par ce que les quatre angles du portique étaient soutenus par autant de colonnes, ce qui permettait de donner un peu plus d'étendue à la partie découverte.

h' atrium corinthien était le plus beau, le plus vaste et le plus complet de tous. Ses portiques, soutenus par des colonnes, entouraient une cour pavée de inarbre dont le centre était occupé par le bassin.

L'ensemble de la cour se nomme atrium ou cavœdium, mais, à propre-

1 Cette mosaïque est au musée de Naples, dans la première salle des petits bronzes. Nous en verrons une répétition encore en place à la maison des Vestales.

2 Nous ne croyons pas avec M. Bonnucci qu'il ait été découvert.

ment parler, on appelait cavœdium les portiques, et impluvium la partie découverte, qui se divisait elle-même en deux parties distinctes : le compluvium ou bassin, et Yarea, l'aire qui l'entourait.

Les deux autres espèces d'atrium sont beaucoup plus rares; l'un, Y atrium displuviatum, ne différait des autres qu'en ce que les toits des portiques inclinés en sens inverse, au lieu de verser l'eau dans Yimpluviûm, la rejetaient dans des chéneaux contre les murailles de la maison; l'autre, Yatrium testudinatum, qu'on ne connaît que par la description fort obscure qui en est donnée par Vitruve, paraît avoir eu son impluvium couvert d'un toit semblable à une carapace de tortue, testudo, élevé sur des poteaux qui permettaient à l'air et à la lumière de pénétrer dans Yatrium, tout en le mettant à l'abri de la pluie et de l'ardeur du soleil. Quelquefois les autres atrium étaient couverts dans le même but d'un voile teint en pourpre nommé corlina.

C'était dans cette espèce de vestibule qu'on recevait les clients et les étrangers. Souvent entre les colonnes de Yatrium était un puleal ou embouchure de citerne; auprès se trouvait un grand vase de plomb en forme de seau où on laissait l'eau exposée à l'air pour la purifier. Ces vases sont en grand nombre au musée de Naples. En avant du compluvium de la maison de Pansa est l'ouverture carrée d'une de ces citernes. Sous les portiques, dont les murailles étaient enrichies d'arabesques entièrement détruites, sont plusieurs petites chambres, cellœ, C, qui n'étaient éclairées que par la porte, et composaient Yergastulum ou logement des esclaves. La chambre la plus voisine de la porte, adossée à l' arrière-boutique 20, fut probablement la demeure du portier, cella osliarii.

Au fond de Yatrium est le tablinum, D (5m sur 5m,36) , pavé en mosaïque blanche avec filets noirs; il sépare Yatrium des appartements intérieurs; le fond était fermé par de larges portes pliantes appelées valvalœ, volubiles ou versatiles; quelquefois ces portes étaient remplacées par un grand rideau, auiœum. En été le tablinum servait quelquefois de salle à manger; c'est là aussi que l'on déposait les archives de la famille et que l'on conservait dans des armoires les portraits des ancêtres, les imagines majorum, figures en cire coloriée, dont on avait soin de rappeler les titres et les belles actions par de pompeuses inscriptions

1 Expressi cerâ vultus singulis disponebantur armariis. (Pline, xxxv, 2.)

Dans les maisons plus considérables que celle de Pansa, les deux pièces E F, contiguës au tablinum , avaient une destination analogue et lui servaient en quelque sorte de complément-. Ici, la grande salle E, pavée en mosaïque, paraît avoir été une bibliothèque, à en juger par les manuscrits presque entièrement détruits qui y ont été trouvés; la pièce F dut être une chambre à coucher, cubiculum, car on voit dans la paroi un renfoncement qui avait été creusé pour y faire entrer le dossier du'lit, disposition que nous retrouverons souvent à Pompéi et qu'explique l'exiguïté des chambres, généralement très-petites; quelquefois on y ménageait une alcôve ; les lits étaient de bronze, et souvent de matières bien plus précieuses ; mais dans les habitations modestes, ils étaient de bois, parfois même ils étaient remplacés par un massif de maçonnerie élevé de quelques centimètres au-dessus du sol, et sur lequel on étendait des peaux ou des matelas.

Entre la chambre F et le tablinum est un passage, fauces, G, permettant d'arriver aux appartements intimes sans traverser le tablinum. En avant de celui-ci étaient les ailes, alœ, H H, galeries garnies de sièges, dans lesquelles le patron donnait audience aux clients, et que rappellent encore aujourd'hui les salles entourées de divans des habitations de l'Orient. Le pavé de ces salles est orné de grecques1 et de losanges formés de petits cubes de marbre blanc incrustés dans de Yopus signimtm.

Montant deux degrés au fond du tablinum, on entre dans la partie privée où le vulgaire n'était point admis. « Les conversations de Y atrium n'arrivent pas jusqu'au péristyle, » a dit Térence.

D'abord se présente en effet le péristyle 1 1 1 1, cour entourée d'un portique soutenu par seize colonnes, et présentant beaucoup d'analogie avec Yatrium, mais toujours plus étendu et plus richement décoré. Celui-ci a 20m,15 sur 13", 10. Les colonnes, hautes de Zr,70, étaient primitivement d'ordre ionique, et, quoiqu'elles fussent de simple pierre volcanique, elles étaient cannelées; on les recouvrit plus tard d'une couche de stuc, et on ajouta des feuilles au chapiteau, qui devint ionique composite. Le tiers inférieur du fût est peint en jaune ; le reste est recouvert de stuc blanc. Entre les deux premières colonnes de chaque côté étaient deux margelles ou puteal dont une seule est encore en place et qui permettaient de puiser l'eau dans la citerne qui régnait sous le péristyle. Dans beaucoup de maisons, en avant

1 Cet ornement ainsi appelé par les modernes portait chez les Romains le nom de Lacunar, et chez les Grecs celui de <l>aTvtàu.a, de (Vdi-rn , alvéole.

de chaque colonne, s'élevait un piédestal portant une statue; souvent aussi l'entre-colonnement du péristyle était rempli par un petit mur à hauteur

Puteal.

d'appui appelé pluteus, sur lequel on posait des vases de fleurs, ou qui même était en marbre évidé pour recevoir de la terre et des arbustes.

Au centre du péristyle est un bassin, piscina, de 2,n,65 de largeur sur 6m,/j0 de longueur et environ 2m de profondeur, dont les parois offraient des peintures représentant des roseaux et des poissons. Dans quelques habitations, le bassin du péristyle était remplacé par une corbeille de verdure accompagnée ordinairement d'une fontaine. On donnait à ce jardin en miniature le nom de xysle, comme à celui un péu plus étendu dont nous parlerons bientôt. K et M étaient deux chambres à coucher, cubicula ou cellœ familiaricœ, richement décorées de peintures. La chambre M était précédée d'une espèce d'antichambre ou procœton 1 L, pavée en mosaïque et avait une petite fenêtre sur la cour 2.

Dans l'angle S.-E. du péristyle se présente un corridor 23 conduisant à la rue de la Fullonica où l'on descendait par quatre degrés ; ces portes dérobées, qui se rencontrent fréquemment dans les habitations romaines, servaient à échapper à l'importunité des clients qui encombraient la partie publique de l'habitation; c'était ce qu'on appelait postico fallere clienlem.

Au fond du péristyle est la pièce principale (7m,40 sur 10m,35), Vœcus ou exèdre N 2, qui répondait à notre salon et qui en même temps servait parfois de salle à manger. Il y avait des œcus de plusieurs sortes; les corinthiens étaient environnés de colonnes et voûtés; quelques-uns, partagés par des colonnes, avaient la forme et la magnificence d'une basilique; les œcus létrastyles.ou égyptiens avaient deux ordres et un balcon ; enfin les cysicenes avaient ordinairement des fenêtres et des portes

1 On donnait également le nom de procœton aux vestibules qui se trouvaient au pied des escaliers.

2 Le mot Œcus (olao;, maison) signifie la partie par excellence" de l'habitation. Exèdre veut dire sioge pour plusieurs personnes, et par extension la pièce où se trouvaient les sièges de cette espèce. On donnait aussi quelquefois le nom à.' œcus à l'appartement où les femmes se tenaient habituellement pour travailler, et celui d' exèdre à une grande galerie garnie de sièges où on recevait les philosophes, les rhéteurs, les grammairiens et les poètes.

ouvertes au nord sur un jardin, laissant pénétrer la fraîcheur et jouir du coup d'œil des fleurs et de la verdure. Vœcus de la maison de Pansa a en effet au nord une large baie donnant sur le jardin.

Le triclinium ou salle à manger paraît avoir été la pièce 0, qu'accompagnait un cabinet Q, une espèce d'office qui dut servir à renfermer les vases et autres objets nécessaires aux repas. Nous avons déjà dit que le triclinium devait son nom au triple lit qui se trouvait dans cette salle, le quatrième côté restant libre pour le service, et la table étant placée au milieu. Il y avait aussi quelquefois dans les maisons moins riches des salles à manger ne contenant que deux lits, et nommées biclinia. Dans les grandes habitations , il y avait plusieurs triclinia dans des expositions différentes, afin d'avoir la fraîcheur pendant l'été et la chaleur pendant l'hiver. Quelquefois, le triclinium était placé sous une treille dans le jardin.

Les lits sur lesquels on s'étendait pour manger se nommaient lecti tridiniares, pour les distinguer de ceux qui se trouvaient dans les chambres à coucher, et qu'on appelait lecti cubiculares. Les Romains, dans les premiers temps, s'asseyaient à table, et l'usage de manger couché ne fut importé de Garthage à Rome qu'à l'époque des guerres puniques; les femmes ne l'adoptèrent que longtemps après les hommes. Les lits, d'abord fort simples et souvent formés de massifs en maçonnerie comme ceux du triclinium funèbre (page 78) et quelques autres qu'on a trouvés à Pompéi, devinrent d'une magnificence telle sous les empereurs, qu'il y en eut en or massif, et qu'on les revêtit de couvertures babyloniennes qui coûtaient des sommes exorbitantes ; il y en eut qui furent payées par- Néron jusqu'à quatre millions de sesterces 1 (840,000 fr. )

L'usage voulait que l'on fût à table en nombre égal à celui des Grâces ou des Muses ; les places sur les lits n'étaient pas indifférentes, et chacune d'elles était plus ou moins honorable. Voici dans quel ordre les convives étaient placés :

\ , le maître de la maison; 2, sa femme; 3, un convive; 4, place con-

1 Punk, 1. vin, ch. 48.

sulaire ou d'honneur; les autres places 5, 6, 7, 8, 9, étaient occupées par des personnes d'un rang moins élevé ou par ces convives nommés ombres qui étaient amenés par les invités.

A gauche de Yœcus de la maison de Pansa est la cuisine R, jointe à une office T et à une salle S destinée aux esclaves, ayant sur la rue de Fortunata une seconde sortie dérobée ou posticum. Quelquefois cette sortie se trouvait placée dans l'axe de Y atrium et du péristyle, et dans la partie opposée à l'entrée ou prothyrumj elle portait alors le nom de pseudothyrum. La cuisine renfermait un grand nombre d'ustensiles en poterie et en bronze; les fourneaux, élevés au-dessus du sol, contenaient encore de la cendre. Sur les murs sont peints deux serpents énormes protégeant l'autel consacré à Fornaoc, la divinité des fourneaux 1 ; et à côté les attributs du lieu, un jambon, un lièvre, un verrat, des poissons, de ta viande et une hure de sanglier. Dans l'office ï est un petit banc pour poser les jarres d'huile, et une table pour faire le pain que souvent on pétrissait à la maison.

La cuisine est séparée de Yœcus par un corridor, fauces, Y, qui conduisait au jardin. De l'autre côté est le tabularium U où l'on conservait les papiers importants et les objets les plus précieux; parfois aussi on y renfermait les dieux Pénates ; mais nous trouverons dans quelques maisons une autre sorte d'édicule consacrée à ces divinités domestiques.

Derrière le tabularium est un petit cabinet X, consacré à l'étude ou au repos, donnant sur le jardin et où le maître pouvait se retirer pour jouir de la fraîcheur et de la vue des fleurs qui garnissaient ses parterres. Dans toute la largeur de ta maison régnait une vaste galerie couverte à deux étages Y, nommée pergula, sous laquelle on trouvait un abri contre le soleil et la pluie. On a découvert dans cette galerie divers objets précieux et entre autres le plus beau candélabre de bronze qui soit au musée deNaples.

Enfin le jardin, le œyste ou viridarium, Z, était disposé par platesbandes que l'on a encore retrouvées indiquées sous les cendres. On y a découvert également des conduits en plomb qui distribuaient les eaux nécessaires à l'irrigation et deux grandes chaudières de bronze aujourd'hui au musée. Dans l'une d'elles était le joli groupe de Bacchus et Ampelus 2, enveloppé dans un morceau de toile qui, dans plusieurs

1 Voy. la lettre du ch. Il, page 33. (Ovide. Fast. 25, v. 525.)

2 Herc. et Pomp. VI, pl. 42.

endroits, est resté adhérent au métal. Ce groupe pose sur une base de même métal dans laquelle est incrustée une guirlande d'argent. Il est probable que, dans le désordre de la catastrophe, il avait été ainsi enveloppé pour l'emporter, mais qu'on n'en eut pas le temps. Parmi les peintures qui décoraient cette habitation, les plus remarquables étaient une Nymphe et une Danaé assises \.

Nous ne pouvons rien dire de bien positif et nous sommes réduits aux conjectures sur la distribution et la destination des pièces de l'étage supérieur, aujourd'hui entièrement détruites, et dont les principales doivent avoir été affectées au gynécée ou habitation des femmes. Les objets qui y ont été trouvés confirment cette supposition; ils consistent en bracelets, boucles d'oreilles, colliers, chaînes, épingles d'or ou d'argent, petits pots de cosmétiques, pure-dents, ciseaux, étuis, en un mot en ces mille bagatelles qui composaient chez les anciens la toilette d'une femme, le mundus muliebris, et que renfermait ordinairement une boîte nommée pyxis.

Telle était la demeure d'un riche Pompéien; quelquefois on trouvait, outre les pièces que nous avons décrites, un alœatorium, salle consacrée aux jeux de hasard, un sphœristerium ou jeu de paume, une pinacolheca, galerie de tableaux, et plus souvent encore des bains, ordinairement situés dans la partie la plus reculée de la maison et parfois dans des souterrains. Nous verrons aussi que des caves étaient ordinairement destinées à la conservation du vin, de l'huile et des autres denrées.

Maintenant que nous connaissons la disposition générale commune à presque toutes les habitations de Pompéi, nous allons passer plus rapidement en revue toutes celles qui nous offrent à signaler quelque particularité remarquable, soit par leur décoration, soit par leur distribution, soit enfin par la destination des boutiques qui en font partie.

Taverne de Fortunata. (Pl. 12). En quittant la maison de Pansa, on trouve un carrefour formé par la rencontre des rues des Thermes et Domitienne et de celle à laquelle j'ai assigné le nom de rue de Fortunata h Là se trouve une fontaine surmontée d'un bas-relief représentant un aigle tenant un lièvre dans ses serres. Derrière cette fontaine s'ouvre la taverne à laquelle une inscription a fait donner le nom de Fortunata.

1 Herc. etPosip. III, pl. 117 et 122.

- Planche I.

Les tavernes, chez les Romains aussi bien que chez nous, avaient reçu des dénominations différentes, selon la classe de pratiques qui les fréquentaient. Lespopinœ représentaient les gargottes modernes; c'était là que se préparait la nourriture du peuple, et elles devaient leur nom à la manière dont elles s'approvisionnaient ordinairement en achetant aux popes ou sacrificateurs leur, part des victimes. Les œnopoles ou tabernœ vinariœ étaient nos cabarets; enfin les thermopoles répondaient à nos cafés; on y débitait des boissons chaudes, du vin cuit, du vin doux et de l'hydromel.

C'est à cette dernière classe qu'appartenait la taverne de Fortunata ; elle présente, comme toutes celles que nous rencontrerons, un comptoir en maçonnerie recouvert d'une tablette de marbre où l'on voit encore l'empreinte des tasses. Les liquides qu'elles contenaient renfermaient quelque principe acide qui a attaqué le poli du marbre. Dans le fond, un massif plus élevé dut porter le brasier destiné à entretenir la chaleur des diverses boissons.

Pharmacie. (Pl. 13.) Une boutique, fouillée en 1809 et qui, faisant face à la rue Domitienne,. occupe l'un des angles d'une île triangulaire, était celle d'un pharmacien. A. l'extérieur était peint un serpent dévorant une pomme de pin; on sait que cet animal était l'attribut d'Hygie et d'Esculape, mais comme ce symbole est souvent répété à Pompéi dans des endroits différents et dans une tout autre intention, il n'eût pu suffire à faire connaître la destination de la boutique; mais les tablettes, les pilules, les vases pleins de médicaments qu'on a recueillis dans celle-ci, ne peuvent laisser aucun doute. Un des objets les plus curieux est une boîte en bronze à compartiments contenant des drogues ; en dessous est ménagée une coulisse pour glisser une spatule et une mince lame de porphyre qui servait à étaler les emplâtres. Cette boîte est au musée, ainsi qu'un beau candélabre de bronze trouvé dans la même boutique.

Tout le côté gauche de la rue Domitienne jusqu'à l'auberge d'Albinus, voisine de la porte d'Herculanum, est occupé par de nombreuses habitations tellement ruinées, qu'aucune ne mérite d'être décrite. La seule qui eût encore quelque importance a été défigurée pour la transformer en habitation pour des gardiens ; c'est celle qui était comme sous le nom de maison de Polybe; sur l'une des boutiques qui la précèdent est cette inscription :

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