‹ Pompeia décrite et dessinée (volume 2)Chapitre 41 sur 64 · FIDELIS · texte numérisé non relu

FIDELIS

En face, au trumeau qui sépare les deux portes du Forum, est une

1 Cette enseigne rappelle les vers d'Horace :

Conlento poplite miror

Prœlia, rubricd picta aut carbone; velut si Re verâ pugnent, feriant, vitentque movente.i Arma viri. ....

L. H, sat. 7, v. 71 Dans la rue en passant quelquefois je m'amuse A regarder l'enseigne où l'on a charbonné De deux gladiateurs le combat acharné.

Trad. de Daru.

2 On remarquera l'analogie du mot POMPEIIANA, ainsi écrit avec le nom de la ville, tel qu'on trouve constamment dans les inscriptions osques : R I ! R fi \W VTI

fontaine ornée d'une tête de chien. Tournant à gauche, dans la rue des Augustals, on trouve 1' Autel de Jupiter (Pl. 10, p. 67).

Prenant la ruelle des Thermes, qui s'ouvre presque en face de cet autel, et à gauche de laquelle on trouve une maison avec un escalier bien conservé conduisant à l'étage et à la cave, on arrive à la

Maison de Pansa (Pl. 11), que nous prendrons pour type, comme offrant plus qu'aucune autre toutes les parties constitutives et ordinaires d'une habitation pompéienne; mais, avant de la décrire, nous demanderons au lecteur la permission d'exposer quelques considérations générales.

Les monuments des Romains, répandus sur la surface entière de leur immense territoire, semblaient construits pour l'éternité, et, malgré les ravages du temps et des barbares, sont parvenus jusqu'à nous en grand nombre, et plusieurs dans un état de conservation suffisant pour que depuis longtemps on ait pu en étudier l'ensemble et en comprendre les parties. Il n'en était pas de même des habitations particulières, qui, toutes formées de matériaux moins solides, avaient presque entièrement disparu, ou au plus avaient laissé quelques traces informes, souvent inintelligibles, et ouvrant un large champ aux conjectures. La découverte de Pompéi a pu seule nous initier aux secrets de la vie privée des anciens, et nous permettre de les suivre pas à pas dans leurs demeures, comme nous les avions depuis longtemps accompagnés dans le Forum, dans les temples, dans les basiliques et dans les théâtres.

Les maisons des Romains furent très-petites dans l'origine, et durent être à peine comparables aux plus modestes habitations de Pompéi; plus tard, elles s'agrandirent de telle sorte qu'y loger quatre cents esclaves ne fut plus regardé comme une chose extraordinaire. A Rome, où les terrains par l'accroissement de la population avaient acquis une immense valeur, les étages se multiplièrent au point qu'on en compta quelquefois jusqu'à onze, et qu'Auguste, dans l'intérêt de la sûreté et de la salubrité publiques, dut rendre un décret qui fixa la hauteur des maisons à 70 pieds, que Trajan réduisit encore à 60.

Il n'en était pas de même à Pompéi, où la plupart des maisons paraissent n'avoir eu qu'un rez-de-chaussée surmonté tout au plus d'un premier étage, que recouvrait en partie une terrasse appelée Solarium.

Ces maisons n'ont généralement aucune fenêtre sur la rue, et nous

MAISONS ET BOUTIQUES. m

verrons que, même à l'intérieur, beaucoup de pièces n'étaient éclairées que par la porte, ou par un imposte ouverte au-dessus de celle-ci.

Le peu d'étendue et la distribution des maisons de Pompéi ne font que confirmer ce que nous savions déjà par tant de témoignages de l'antiquité, que la vie des Romains se passait presque entièrement au dehors, et que si l'intérieur de leurs habitations offrait quelque magnificence, ce n'était que dans les parties où pénétrait le public, les salles réservées à la vie privée manquant souvent de l'utile et toujours du confortable.

Un des traits caractéristiques des maisons de Pompéi est l'absence totale de cheminées ou de poêles, usage qui, du reste, dans ce pays, s'est conservé en partie jusqu'à nos jours, et que ne justifie pas complètement un climat où parfois le thermomètre descend jusqu'à deux degrés audessous de glace. Les Pompéiens, comme les Napolitains modernes, avaient recours au brasier, au foconc, ustensile aussi incommode que dangereux.

Le pavage en mosaïque est presque général à Pompéi ; il avait reçu des Grecs, ses inventeurs, le nom de AiÔocpwToç. Les cubes qui composent ces mosaïques sont de marbre, de pierre calcaire, de lave grise ou d'émaux colorés. On trouve aussi quelques exemples d'un dallage en marbre, d'aires en stuc peintes avec un certain soin, et surtout dans les habitations les moins riches, ou les pièces les moins importantes, un sol en opus signi?ium, sorte de composition inventée dans la ville de Signia, et dont Pline nous a conservé la recette : « On broie, dit-il, des tessons de terre cuite; on les lie avec une pâte de chaux, et on forme avec cet enduit des aires ou pavés dans les appartements. »

La distribution des maisons, quoique subordonnée aux localités, ainsi qu'au rang, à la fortune et au nombre des maîtres, était assez généralement uniforme. Les principales divisions consacrées par l'usage se répétaient clans chacune d'elles, et il n'existait guère d'autre différence entre les habitations des citoyens que leur décoration et les pièces accessoires que le luxe ajouta à celles qui étaient indispensables. Quand donc nous aurons parcouru en détail la maison de Pansa, expliquant le nom, l'usage et la disposition de chacune de ses parties, ce que nous aurons dit pourra s'appliquer au diverses habitations que nous aurons à visiter plus tard, et dans lesquelles nous trouverons encore à faire quelques nouvelles découvertes.

L'architecture et la distribution de la maison de Pansa, ses ornements, ses fresques, ses marbres, tout indique qu'elle appartenait à l'un des premiers citoyens de la ville. Découverte de 1811 à 181 Zt, elle occupe une île entière, insula, c'est-à-dire un espace circonscrit par quatre rues 1, et formant un rectangle presque régulier de 98"' de longueur sur 37ra,80 de largeur, entouré d'un trottoir de 0m,66 environ. La façade principale qui forme le côté méridional du rectangle, donne sur la rue des Thermes; outre la porte qui se trouve au milieu, elle présente six boutiques; les deux grands côtés de l'île en sont également garnis. Les boutiques qui occupaient ainsi la partie extérieure du rez-de-chaussée de presque toutes les maisons de Pompéi n'ont pour la plupart aucune communication avec le reste du logis, et étaient données à loyer. Nous dirons quelle était la destination de quelques autres, percées de portes ouvrant sur l'intérieur.

Nous passerons en revue les boutiques qui l'entourent avant de pénétrer dans l'intérieur de la maison de Pansa, et nous commencerons par la dernière, à l'occident, marquée 1 sur notre plan, et derrière laquelle est une petite cour 2. Dans cette boutique et dans les deux suivantes, 3 et li, on a trouvé des espèces de comptoirs en maçonnerie, et les couleurs nécessaires à la peinture murale 2. On y voit également des traces d'escaliers qui indiquent que cette partie de la maison avait un second étage. Chacune des boutiques 3 et lx était accompagnée d'une arrière-boutique 5 et 6.

1 Cicéron appelait le produit de quelques habitations ainsi disposées Mer ces insularum, le revenu des îles. Ad Atticum. L. XV, ep. 17.

2 Quatre de ces couleurs1 étaient dans leur état naturel, et n'avaient encore subi aucune préparation ; c'étaient du blanc, une sorte de terre verte, de l'ocre jaune et de l'ocre brune. D'autres couleurs étaient composées; l'analyse chimique a fait connaître que le rose tirait son principe colorant de l'alun, et que les divers bleus étaient formés d'oxide de cuivre, de cbaux et d'alun.

MAISONS ET BOUTIQUES. 193 Les pièces marquées 7, 8, 9, 10, 11 et 12 composaient une boulangerie complète avec toutes ses dépendances. Il serait difficile de décider laquelle des trois boutiques 7, 9 ou 10 servait an débit de la marchandise ; seulement , si les anciens avaient la même prédilection pour les coins de rue que nos marchands modernes, il doit y avoir présomption en faveur de la boutique 10, qui d'ailleurs était placée sur la rue principale, et était accompagnée d'une arrière-boutique 12. La pièce 9 a offert une particularité que Mazois n'a pas manqué de signaler : sur la paroi intérieure du trumeau existait une peinture représentant un serpent, symbole d'une divinité custode, ou gardienne de la maison , et à côté était scellée dans le mur une brique en saillie, qui servait à porter la lampe qui brûlait continuellement en son honneur. En face de cette représentation toute païenne, et bien en évidence, était une croix latine en bas-relief, ou du moins un objet qui en a toute la forme; il serait bien singulier qu'il fût permis d'y voir un symbole de la nouvelle religion du Christ.

La pièce la plus intéressante est le Pistrinum1 8, où se trouvent encore trois moulins à bras en lave, à peu près de la forme de nos moulins à café 2, des chaudières sur des fourneaux, et le pétrin dans lequel on préparait la pâte. On y a trouvé également divers vases de terre cuite qui avaient servi à contenir l'eau, la farine et le sel, et à côté desquels était un puits dont on voit encore la mardelle. Dans un angle de cette salle est l'entrée du four dans lequel étaient encore plusieurs pains. Au-dessus de la porte de celui-ci était un bas-relief dont il est bien difficile d'expliquer la présence en ce lieu; c'est une image phallique, coloriée en rouge, et accompagnée de l'inscription : Hic habitat félicitas. La pièce 11 a dû servir de magasin à farine ou de logement.

La boutique 13, la seule qui communique avec l'intérieur de la maison, témoigne de l'existence, chez les Romains, d'un usage qui s'est perpétué en Italie, et principalement à Florence, où le vinajo a remplacé le dispensator, comme le petit guichet percé dans la muraille du palais a succédé à la boutique où se tenait à son comptoir l'esclave qui, chez les

1 Les peuples de l'Asie connaissaient depuis longtemps l'emploi des moulins quand les Romains broyaient encore le grain dans des mortiers, de là les noms de Pistrinum et Pistor donnés à la boulangerie et au boulanger. On nommait aussi ce dernier siliginarius, de siligo, farine de froment.

i 2 Pompéi était renommée pour ses meules et ses pressoirs, dont elle faisait un grand commerce.

Cato. De re rustica, ch. xxn.

Romains, était chargé de débiter le vin et l'huile que le propriétaire récoltait dans ses domaines. L'espèce d'arrière-boutique ïk dut servir de demeure au dispensator de Pansa.

Les boutiques 15, 16, 17 et 18 sont entièrement indépendantes les unes des autres ; derrière la boutique 17 est une arrière-boutique 20. Une pièce plus grande 19, éclairée par une fenêtre sur la rue de la Fullonica et contenant un puits et un grand four, accompagne la boutique iS. Sur la même rue se trouvent trois appartements, 21, 24 et 25, composés chacun de plusieurs pièces sans communication avec l'intérieur ; ces appartements étaient sans doute loués à quelques familles de ces citoyens qui, n'étant point propriétaires, habitaient des appartements à loyer et étaient désignés sous le nom tfbiquilini1; l'esclave chargé de la perception des loyers se nommait Insulaire. Dans l'appartement 25, on a trouvé quatre squelettes de femmes avec des boucles d'oreilles en or, des anneaux avec leurs pierres gravées, trente-deux pièces d'argent, et beaucoup d'autres objets.

Revenons maintenant à la rue des Thermes, et présentons-nous à la

Porte de la Maison de Pansa.

porte de la demeure de Pansa. L'entrée principale 22, ainsi qu'on peut

1 Les Romains regardaient comme une honte de ne pas posséder une habitation en propre, et d'être inquilini, locataires. Pour éviter cette humiliation, les demi-riches se réunissaient trois ou quatre ensemble pour bâtir ou acheter à frais communs une maison dont l'un possédait le rez-de-chaussée, l'autre le premier étage, un autre le second, ou une partie de ces étages, etc. (Denys d'Halic. X., 32.)

le voir par notre plan, et par la vue que nous en donnons ici, était, comme toutes celles de Pompéi, fort étroite, très-haute et simplement décorée de deux pilastres avec des chapiteaux de fantaisie. Sur le pilastre de gauche, on a trouvé l'inscription suivante peinte en lettres rouges :

PANSA M AED.

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