‹ Pompeia décrite et dessinée (volume 2)Chapitre 44 sur 64 · C. IVLIVM POLYBIVM II V I R. M V L I 0 N E S R 0 G · texte numérisé non relu

C. IVLIVM POLYBIVM II V I R. M V L I 0 N E S R 0 G

« Les muletiers implorent C. Julius Polybe, duurnvir. »

Cette maison présentait plusieurs particularités remarquables; elle avait, et ceci est sans exemple à Pompéi, deux portes sur la même rue ouvrant directement et sans prothyrum sur deux salles plus vastes que les vestibules ordinaires.

Le grand atrium corinthien n'avait pas moins de 28'", 90 de largeur; son portique était formé par des arcades et des piliers auxquels étaient adossées des demi-colonnes. Ces arcades 'étaient closes par des châssis vitrés, car on distinguait encore parfaitement les trous carrés ménagés dans la tablette de marbre du pluteus pour recevoir les montants des châssis K

Le portique de Yalrhim était, ainsi que plusieurs chambres, pavé en mosaïque blanche et noire 2. Une fontaine qui décorait Yarea n'était point placée dans l'axe de l'atrium, mais un peu de côté, afin de faire face à la porte du principal vestibule. Dans l'une des pièces qui entourent Yatrium était une autre petite fontaine. Sous cette maison règne la plus belle cave qui ait été trouvée à Pompéi.

Au côté droit de la rue Domitienne est la

* Boutique du Forgeron. (Pl. 15.) Elle n'offre plus rien de remarquable, mais on y a trouvé divers objets curieux, tels qu'un levier terminé par un pied de porc, beaucoup de cercles de fer, des essieux, des tenailles, des

1 Ces portiques vitrés ne sont pas sans autre exemple dans l'antiquité; on en a vu représentés dans des peintures antiques, et d'ailleurs leur usage est attesté par ce passage de Pline le jeune décrivant sa maison de Laurentum : « On trouve d'abord une galerie semi-circulaire qui enferme une petite cour assez riante, et qui offre une agréable retraite contre le mauvais temps ; car elle es protégée par des vitres, et encore plus par le toit qui la couvre. » ( L. II. epist. 17. )

2 Herc. et Pomp. T. V. mosaïques, pl. 13.

marteaux et autres outils. On y voit encore un petit laraire et les restes d'un four. La forge n'occupait que la première pièce d'une grande habitation dans laquelle, parmi des chambres destinées à divers usages, on voit les vestiges d'un bain et d'un cellier, cella vinaria, qui contenait des amphores. Un mur mitoyen sépare cette maison de 1'

* Académie de musique. (Pl. 16.) En face de la maison de Polybe est une maison qui doit ce nom aux nombreux instruments de musique peints qui décoraient plusieurs pièces de Yalrium. A gauche de la porte est une boutique communiquant avec le prothyrum. JJ atrium toscan avait au milieu un complvvium de pierre bien profilé. A droite se présentent d'abord deux chambres, puis, âu lieu d'ala, une salle de bain tout ouverte, ayant au fond un alveus ou baptisterium dans lequel on descendait par deux degrés, ainsi que nous l'avons vu aux Thermes, mais qui ici est en pierre et pavé en briques. A gauche est un grand triclinium qui avait une sortie sur le péristyle. Le tablinum, placé entre deux fauces, est entièrement ouvert devant et derrière. Le péristyle, n'ayant de portique que d'un côté, était soutenu à l'angle par un pilier de briques. Dans les fauces ou corridor de droite est l'entrée de la cuisine. A droite du péristyle est Vœcus, qui conserve encore quelques peintures, Bidon apprenant le départ dltnéc, et une scène religieuse presque effacée; sur le pavé de cette salle étaient des fragments de flûte et de cadran solaire. On voit au fond du péristyle un petit autel surmonté du symbole ordinaire des deux serpents et du prêtre faisant la libation ; à côté, un posticum ouvre sur la rue de Fortunata. On trouva dans cette habitation plusieurs ustensiles très-élégants de bronze et de verre, un vase d'albâtre d'une forme gracieuse, une petite table de porphyre, et une statuette de jeune homme appuyé sur un terme.

Boulangerie. (Pl. 17.) Nous avons déjà trouvé une boulangerie dans

la maison de Pansa; en voici une plus considérable découverte en 1809, qui occupe à elle seule un bâtiment spécial d'une assez grande étendue.

Un mur mitoyen la sépare de l'académie de musique, et son entrée 1 est également sur la rue Domitienne. A droite et à gauche de cette entrée sont deux boutiques 2 avec leurs dépendances 3, et des escaliers ayant conduit à un logement qui existait au-dessus. Ces boutiques n'ont point dû servir au débit du pain, qui se 'confectionnait dans la boulangerie avec laquelle elles n'ont aucune communication. Une peinture trouvée à Pompéi nous a appris que souvent le pain se débitait sur des tables dans les places publiques; souvent aussi les particuliers, ainsi que cela se pratique encore à Naples, apportaient leurs grains à la boulangerie, pour y être converti en pain. On ne doit donc pas être étonné de ne rencontrer ici aucune boutique- destinée à la vente des produits de l'usine.

Après avoir franchi le prothyrum, on trouve un atrium tétrastyle A, qui était soutenu par quatre piliers carrés, portant, au lieu de toit, une terrasse à laquelle on montait par l'escalier placé immédiatement à droite de l'entrée. Les deux premières marches seules étaient en pierre. Au pied de l'un des piliers est une petite citerne. Autour de Y atrium sont quatre chambres 4,5, 6 et 7. Dans la dernière on voit encore les restes des

Intérieur ihi ristrinum.

jambages de maçonnerie qui portaient une table, sans doute de bois, car elle a disparu. Au fond de Y atrium, et à sa place ordinaire, est le petit tablinum 8 qui donnait accès , non à un péristyle , mais au pistriimm 9, salle de 10"', 70 de profondeur sur 7'", 80 de largeur, ayant une sortie,

un posiicum sur la rue de Fortunata , et contenant quatre moulins semblables à ceux que nous avons vus dans la boulangerie de la maison de Pansa. Le fragment de bas-relief que nous reproduisons ici, et que nous empruntons à un grand sarcophage du musée du Vatican , fait connaître la disposition de l'armature en bois qui servait à mettre ces moulins en mouvement.

Moulin, bas-relief du Vatican.

En entrant dans le pistrinum, on trouve à droite l'embouchure d'une citerne entre deux massifs carrés portant des vases de terre pour recevoir l'eau. Au-dessus, sur la muraille, était une peinture offrant dans sa partie inférieure deux serpents, emblèmes des génies domestiques, rampant vers un autel chargé de fruits, et au-dessus le sacrifice à la divinité protectrice des fourneaux.

Entre la citerne et le four, dont la voûte est de la plus parfaite construction, est l'entrée d'une assez grande pièce sans fenêtres 11, pavée en mosaïque, communiquant également avec le tablinum.

Sous le four 10 est ménagé un réduit pour la braise; en avant, une cavité recouverte d'une dalle recevait les cendres; enfin à gauche était un vase dans lequel on mettait la farine dont on saupoudre la pelle pour que le pain ne s'y attache pas. Une grande table adossée à la muraille était séparée du four par l'entrée d'une pièce 12, où étaient les pieds en pierre d'une autre grande table sur laquelle on déposait sans doute les pains avant ou après la cuisson.

Dans l'angle du pistrinum est une autre pièce 13 où l'on trouve encore deux bassins de maçonnerie, qui durent servir à la manipulation de la pâte, et un escalier conduisant à des chambres d'esclave qui existaient au-dessus de l'écurie ÏI\. Celle-ci, dont la principale entrée est sur la rue de Fortunata, avait une petite porte donnant sur le pistrinum, afin qu'on

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pût y amener les ânes ou plutôt les chevaux qui tournaient les moulins 1 ; il est en effet probable qu'ici on dut employer à ce service des chevaux et non des ânes, à en juger par la hauteur de la mangeoire en maçonnerie qui règne le long de la muraille, à une élévation de 0m,90. L'abreuvoir était placé dans l'épaisseur de la cloison séparant l'écurie de la salle 13, ce qui permettait de le remplir sans entrer dans l'écurie.

On a trouvé dans cette boulangerie de grandes amphores pleines de grains et de farine, et plusieurs pains. Sur l'un de ceux-ci, d'environ 0m,20 de diamètre, on avait écrit à l'aide de caractères mobiles les mots siligo granit, farine de froment, et sur les autres, e cicera, farine de pois chichcs. Ces marques étaient ordonnées par la police, afin que les acheteurs ne pussent être trompés sur la qualité de la farine employée.

Maison de Salluste, ou d'Agtéon. Cette maison (Pl. 18) doit le premier de ses noms à une inscription qu'on lisait sur son mur extérieur :

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