‹ Pompeia décrite et dessinée (volume 2)Chapitre 45 sur 64 · C. S AL L VST. M. F · texte numérisé non relu

C. S AL L VST. M. F

et le second à une des fresques qui la décorent. Elle fut découverte de 1805 à 1809. Quoique moins vaste que celle de Pansa et que plusieurs autres qui nous restent à "visiter, elle n'est pas moins intéressante par ses peintures, par son atrium, un des mieux conservés, par son triclinium d'été, et surtout par la présence d'un venereum ou appartement secret. L'espace qu'elle occupe est un quadrilatère irrégulier, mais l'architecte a su à l'intérieur dissimuler cette irrégularité avec une rare adresse.

plan de la Maison de Salluste.

La façade présente plusieurs boutiques. A gauche est une boulangerie composée de trois pièces, i, 2 et 3. La première est un fournil où se trou-

1 Souvent c'étaient des esclaves qui remplissaient ces pénibles fonctions, et il est assez digne de remarque que tel fut l'emploi des deux grands comiques latins, Plaute et Térence, pendant leurs

vent trois moulins semblables à ceux que nous avons déjà vus. Un escalier dont les quatre premières marches sont en pierre, et dont les autres étaient en bois, conduisait aux logements situés au-dessus de la boulangerie, et nommés hibernacula. Au fond est le four de forme ovale et absolument semblable aux nôtres. A côté une pièce 2 éclairée par deux petites fenêtres donnant sur le xyste, dut servir de magasin soit pour la farine, soit pour les pains cuits. Dans la salle 3 on pétrissait la pâte et on faisait la cuisine. Les vases pour l'eau et les amphores contenant la farine étaient encore en place. Dans l'un des angles était une pierre d'évier, et dans l'autre une latrine, dont la présence en pareil lieu ne doit pas étonner puisque cet usage s'est conservé encore dans la plupart des maisons de Naples et de Rome.

La boutique h, communiquant avec V atrium et le prolhyrum par des baies aussi larges que celle donnant sur la rue, était garnie d'un comptoir en maçonnerie dans lequel étaient scellés six vases de terre cuite destinés à contenir l'huile et les olives, que faisait vendre par son dispemator le propriétaire de la maison. Au fond de la boutique est un petit cabinet. La boutique 5 entièrement isolée paraît, d'après les objets qu'on y a trouvés, avoir été occupée par un marbrier ; elle avait un puits mitoyen avec la boutique 6, qui ayant un comptoir semblable à celui de la boutique k et le fourneau ordinaire dut avoir une destination analogue ; il est même assez singulier que le propriétaire de la maison ait loué une des boutiques qui en dépendaient à un marchand qui pouvait lui faire une fâcheuse concurrence. Cette boutique est accompagnée de deux arrière-boutiques 7 et 8, qui durent ne servir que de magasins ; la première a une sortie sur la ruelle de Mercure. Ces boutiques, comme toutes celles de Pompéi, se fermaient sur la rue au moyen de volets glissant dans des rainures et retenus par des barres.

Au centre de la façade est la porte d'entrée que flanquaient suivant l'usage deux pilastres surmontés de chapiteaux de fantaisie sculptés dans une pierre de lave tendre et grise ; l'un d'eux n'existe plus, mais sur l'autre

années de captivité. Plaute n'avait garde de l'oubliep, aussi fait-il souvent allusion à l'usage d'envoyer les esclaves au moulin lorsqu'on voulait les punir de quelques méfaits. C'est ainsi que dans la comédie A'Epiclicus, Stratippoclès dit à son esclave : « Procure -toi comme tu pourras les 40 mines que je te demande ; mais si tu ne reviens pas avec la somme avant le coucher du soleil, n'entre pas à la maison; va droit au moulin. » Act. I. se. 3.

2!0 l'OMPElA.

est représenté un satyre enseignant à un jeune faune à jouer de la syrinx. A droite du prothyrum 9, est le vestibule 10, salle d'attente pour les clients; ce vestibule a quatre ouvertures : la première, sur la rue, était fermée autrefois par des portes quadrivalves ou pliantes ; la seconde donnait sur le prothyrum et sans doute demeurait toujours ouverte ; la troisième conduisait à Y atrium les clients qui étaient admis ; la dernière enfin ouvrait sur la petite chambre 11, qui fut la demeure du portier ou celle de l'intendant.

V atrium A est toscan, avec un compluvium de pierre ; au milieu est une base sur laquelle posait un superbe groupe de bronze, Hercule atteignant à la course la biche aux pieds d'airain, qui jetait l'eau par les. naseaux dans une conque de marbre grec. Ce morceau, l'un des plus précieux qui soient sortis des fouilles de Pompéi, est aujourd'hui au musée de Palerme. Derrière cette base était une table de cipollino dont les pieds de rouge antique avaient la forme des serres d'un aigle.

Les pièces 12, 13 et 14 étaient des chambres à coucher pour les esclaves, ou plutôt pour les hôtes, à en juger par l'élégance de leur décoration. La première surtout était remarquable par sa frise ornée de refends avec de petites colonnes ioniques portant un entablement à triglyphes, le tout en relief et de stuc.

La pièce 15 était un procœlon, ou antichambre servant en même temps à la chambre ïli, et à la grande pièce 16 qui fut probablement éclairée par le haut, et dans laquelle Mazois croit voir un triclinium d'hiver, supposition que le voisinage du four du boulanger pourrait rendre assez probable. 17 et 18 sont les deux ailes, alœ, décorées de refends de diverses couleurs avec des moulures et une corniche de stuc ; derrière la première est une pièce 20, qui donnait accès par un degré à une latrine. Sous l'aile. 17 et près du tablinwn, est une espèce de niche qui servait de laraire , comme le prouvent les peintures qu'on y voit encore. A l'autre aile est attenant un cabinet pour Yatriensis, esclave préposé à l'entretien et à la surveillance de Y atrium. Peut-être aussi pouvait-il servir aux audiences particulières que le Patron donnait aux étrangers admis dans Y atrium, et qui attendaient assis dans les ailes, si toutefois telle n'était pas plutôt la destination de la salle 20. Entre l'aile 18 et la chambre 12, est un corridor 19 qui donne accès au venereum, et à côté duquel se trouve la loge où se tenait l'esclave chargé de la garde de cette enceinte interdite au public.

Au fond de l' atrium, est le tablinum B, à droite duquel est le corridor G. A gauche est une salle D, communiquant avec le tablinum et avec le portique ; on a cru y voir un triclinium d'été, mais je pense que ce fut plutôt une bibliothèque ou une pinacothèque, pièces qui ordinairement étaient voisines du tablinum, ainsi que nous l'avons vu chez Pansa. Sa décoration est semblable à celle des alœ, mais un peu plus riche. On y reconnaît aussi sur la muraille une porte peinte comme celle que nous avons vue à l'édifice d'Eumachia. Derrière le tablinum, au lieu de péristyle régnait une simple galerie E E soutenue par lx colonnes et un pilier, et ouverte sur le xyste ou parterre. Les chapiteaux des colonnes sont de fantaisie et conservent encore des traces de peinture. Les eaux pluviales tombant du toit étaient reçues dans un conduit en pierre qui s'étend dans toute la longueur du stylobate sur lequel reposent les colonnes.

A l'une des extrémités du portique se trouve en retour un nymphée ou bain domestique singulièrement placé en un tel endroit, et à côté sont un petit fourneau pour l'eau destinée à réchauffer le bain, et une petite pièce 21 qui fut sans doute un cabinet de toilette.

A l'autre extrémité du portique est un passage conduisant à la cuisine 22, où est encore un fourneau. Près de l'entrée du passage existent à droite un escalier et une petite chambre d'esclave 23. Cette partie de la maison est la plus ruinée.

A gauche est un vestibule 2k , où se trouvent une sortie dérobée, posticum, et un cabinet d'aisances. En avant du portique E E et en retour s'étend le xyste ou parterre FGHI élevé de quelques inarches et dont la forme irrégulière a permis de dessiner d'équerre les autres parties de l'habitation. A l'une des extrémités du xyste se trouve une citerne, puteal, I, et à l'extrémité opposée est l'élégant triclinium d'été H. Celui-ci était recouvert d'une treille dont la muraille présente encore les traces; les murs étaient décorés de riches peintures où l'on retrouvait tous les attributs d'une salle de festin, mais qui aujourd'hui ont presque entièrement disparu. Les trois lits en maçonnerie qui entouraient le monopodium ou table à un pied existent encore.

La muraille du xyste faisant face au portique est ornée dans toute sa longueur d'une caisse de pierre qui recevait des arbustes, et au-dessus, de paysages avec des treillages, des fontaines, des guirlandes et des oiseaux, le tout partagé par des pilastres, genre de peinture que Vitruve nomme

topia, et que Pline nous apprend avoir été inventée sous Auguste par le peintre Ludius l. Dans le panneau le plus voisin du Iricliniiim est une fontaine dont la partie inférieure, composée d'une vasque de marbre posée sur un piédouche de maçonnerie, était seule en relief, le reste étant sim-

fi — f==

Triclinium de la Maison de Sallusle.

plement peint sur la muraille, et représentant une colonne surmontée d'un cerf. L'eau était jetée dans le bassin par une tête de lion en bronze qui a disparu, mais on voit encore le tuyau qu'elle renfermait.

De toutes les pièces que nous avons visitées, il n'en est aucune qui paraisse avoir pu être la chambre à coucher du maître d'une habitation aussi élégante; il est probable que cette chambre faisait partie du premier étage, qui n'existe plus.

Revenons maintenant dans Y atrium, et pénétrons dans cet appartement secret, ce venereum ou aphrodisium consacré aux orgies, que nous trouvons si souvent mentionné dans Horace, dans Pétrone, dans Suétone, dans Juvénal et dans tant d'autres écrivains de l'antiquité 2. Après avoir franchi le corridor 19, qu'une porte fermait à chaque extrémité, on se trouvait dans un péristyle K L M formé de huit colonnes octogones peintes en rouge , entourant de trois côtés un parterre N. Les murailles de ce péristyle étaient décorées d'élégantes peintures sur fond noir avec des architectures 3, des oiseaux, des faunes, etc. Sur la muraille qui forme le quatrième côté est la peinture qui a fait donner à cette habitation le nom

» Pline, L. LXXXV. C. 37.

2 Une inscription découverte à Pompéi en 1755 offre à louer dans les propriétés de Julia Félix des bains, des boutiques, des appartements et un venereum. 8 Ces architectures fantastiques se nommaient Expolitiones. Vitiiuve. L. VII. C. 5.

de maison d'Actéon. Cette composition très-bien conservée et l'une des plus grandes trouvées à Pompéi (lr sur 3'"), offre, à la manière des peintres du moyen âge, une double scène dans un seul tableau. A gauche on voit Actéon surprenant Diane au bain, et à droite Y infortuné chasseur déchiré par ses chiens i. Il semble que ce sujet ait été choisi comme un avertissement à l'indiscret qui chercherait à pénétrer les secrets de la mystérieuse enceinte. Sur les murailles sont encore quatre grandes figures de faunes et de bacchantes, Y Enlèvement d'Europe , et Phryxus et Hcllé traversant VHellespont. Ces deux dernières peintures se voient au-dessus des fenêtres éclairant deux cabinets 33 et 34 placés aux côtés de la peinture d' Ac téon et ouvrant sous le portique. Dans le dernier de ces cabinets, qui est pavé en marbre, une charmante peinture offre Mars et Vénus et des Amours jouant avec les armes du dieu ; on y voit aussi un laraire, petite niche de marbre surmontée d'un frontispice, et "dans laquelle on trouva une petite idole de bronze, un vase d'or du poids de quatre-vingtquinze grammes, et quelques monnaies de Vespasien.

Dans l'autre cabinet, qui est pavé en mosaïque, étaient deux peintures aujourd'hui au musée et huit petites colonnes de bronze qui paraissent avoir fait partie d'un lit et auxquelles tenaient encore quelques fragments de bois doré.

Dans un des angles du péristyle est une petite pièce 0 contenant un fourneau pour tenir les plats chauds, un escalier conduisant à la terrasse qui régnait sur le portique et sur le triclinium, et enfin dans un réduit, sous l'escalier, l'inévitable cabinet d'aisances.

A l'angle opposé du péristyle est le triclinium P, entièrement ouvert du côté du portique. La place de la table est indiquée par un carré en marbre, le reste de la salle étant pavé en mosaïque; en avant était un espace assez large réservé aux mimes et aux danseuses qui venaient égayer le festin. Un renfoncement qui se trouve dans la muraille à droite contenait le buffet chargé de coupes, de vases et de flacons.

Tout porte à croire que cette habitation si riche, si élégamment décorée, avait été fouillée par les anciens eux-mêmes; car on n'y a découvert qu'un très-petit nombre d'objets, parmi lesquels une très-curieuse lampe de bronze à douze becs en forme de barque et quelques Pénates.

1 Gell et Gandy. Vues des raines de Pompéi. pl. 39.

Dans la ruelle voisine on a trouvé le squelette d'une femme que l'on suppose avoir été la maîtresse de la maison, ceux de trois hommes, probablement ses esclaves, un petit miroir d'argent, trois anneaux d'or, des boucles d'oreilles, un collier composé de chaînes d'or, cinq bracelets de même métal, trente-deux pièces de monnaie et un sceau portant le nom

EVTYCIIIA.

Avant d'arriver à la porte d'Herculanum, on rencontre à gauche de la rue Domitienne plusieurs grands souterrains voûtés qui, tournés vers la mer durent servir de magasins, et où l'on trouva en effet une grande quantité de blé carbonisé. Vient ensuite 1'

Auberge d'Albinus. (Pl. 19.) Cette maison, découverte en 1769 et 1770, était non-seulement une auberge, mais probablement aussi une de ces stations de poste, ma?isiones, établies par Auguste sur les voies consulaires 1. La distribution de cette maison, les objets qu'on y a trouvés, tout concourt à rendre cette supposition presque certaine. Près de l'entrée était une de ces pierres qui aidaient à monter à cheval. Le nom du propriétaire de l'auberge, Albinus, était écrit sur la muraille en lettres noires.

La porte, beaucoup plus large qu'à l'ordinaire et de plain-pied avec la rue afin de permettre l'entrée aux chars, conduisait à une vaste cour entourée de chambres pour les voyageurs et de cuisines munies de leurs fourneaux. Deux thermopoles étaient destinés au débit des boissons chaudes ; dans l'écurie étaient encore les ossements des chevaux à côté des anneaux auxquels ils avaient été attachés ; ailleurs on a trouvé des essieux et autres débris de charrettes; enfin, sous la façade et parallèlement à la rue s'étend une vaste cave, longue de 35'", large de 3m,50 et haute de 4m,75, éclairée par trois soupiraux et parfaitement conservée. Il n'en est malheureusement pas de même du reste de l'habitation, qui est dans le plus triste état de délabrement.

A côté de l'auberge d'Albinus s'élève le pilier portant, sculptée en briques , une image phallique qui a donné lieu à bien des hypothèses. Cette figure ayant été reconnue depuis sur un grand nombre d'autres maisons de Pompéi, il nous paraît certain qu'on ne doit y voir autre chose

1 « Auguste établit sur toutes les routes militaires d'abord des jeunes gens, ensuite des voitures pour apprendre plus vite ce qui se passait dans les provinces. Outre l'avantage qu'il y chercha,, on y trouve aujourd'hui celui de pouvoir, quand les cii constances l'exigent, avoir de promptes nouvelles par ceux qui portent les lettres d'une partie de l'empire à l'autre.» Suétone. In Oclavio. C. 49.

qu'un préservatif contre les sorts, le mauvais œil1, le fascinum, \ajeltaiura, qui fait encore trembler les Napolitains modernes, qui ont recours, pour s'en défendre, à un procédé analogue.

C'est presque en face de l'auberge d'Albinus, et à droite de la porte d'Herculanum, que se trouve le large escalier (Pl. 20) qui permet de monter sur les remparts de la ville 2.

Porte d'Herculanum (Page 184). Après avoir franchi la porte, nous commençons l'examen des monuments qui se présentent à droite du faubourg Augusto-Feliœ ou rue des Tombeaux, (page 70). Les premiers qui s'offrent à nous sont :

Un Tombeau commencé (Pl. l)â, et celui de T. Terentius (Pl. 2, page 71).

Viennent ensuite :

L'Enceinte Funéraire (Pl. 3, page 72).

Le Tombeau des Guirlandes (Pl. Jx, page 72).

La Tombe du Vase Bleu (Pl. 5, page 72).

L'Hémicycle couvert (Pl. 6, page 72).

Et nous arrivons à la

Maison des Colonnes de Mosaïque (Pl. 7).

La façade de cette maison présente de .chaque côté de l'entrée deux grandes boutiques avec arrière -boutiques qui avaient été découvertes dès 1813; la maison même n'a été dégagée qu'en 1838. La porte accompagnée de deux pilastres cannelés, peints en rouge jusqu'à lm,50 du sol, donne accès à un prothyrum de 2m,70 de largeur, sur 10m,05 de profondeur. Celui-ci était décoré de peintures présentant au milieu de panneaux rouges et jaunes séparés par des architectures, de petits cartels contenant des masques tragiques, des paysages, des oiseaux et des poissons. Après avoir franchi le prothyrum on se trouve dans une vaste cour ou plutôt un jardin de forme irrégulière ; dans son angle à droite est l'entrée d'une petite enceinte située derrière l'hémicycle, et sur laquelle donne la porte du tombeau 5. Au centre de la grande cour était une treille portée par quatre colonnes revêtues de mosaïques, d'un travail assez fin et dont

1 Oculi venena maligni.

Gratian. Cyn. 400.

2 V. page 182.

8 Nous rappellerons que ces chiffres se rapportent sur le plan à la série exlrà-muros.

les ornements se composent d'arabesques et d'écaillés de poissons; les chapiteaux manquent ; ces colonnes ont été portées au musée. Au fond de la cour et en face du prothyrum, est une grande niche également en mosaïque, encadrée d'une ligne de bucardes 1 ; le cul de four en forme de coquille présente au centre une Néréide sur un taureau marin. Dans la grande niche en est une plus petite avec une corniche formée aussi de coquillages naturels, et de mosaïques représentant des feuillages et un vase à deux anses. Du fond de cette niche l'eau tombait par plusieurs gradins dans un bassin semi-circulaire. En avant sont deux piliers carrés qui durent porter la continuation de la treille, ou un petit toit destiné à protéger la fontaine.

Au côté nord de la cour, une baie large de /r\50, et que fermaient des portes quadrivalves, donne accès à une seconde cour à laquelle on pouvait aussi arriver directement de la rue par un passage large de 2m,50, ouvrant sur la chaussée de la rue des Tombeaux, sous la première arcade du portique de l'hôtellerie voisine. Dans la cour, en face de cette entrée se trouve un sacrarium, une chapelle consacrée aux dieux Lares, avec un

Sacrarium,

petit autel peint, présentant sur sa face antérieure un pope s' apprêtant à sacrifier un porc, à gauche une patère, à droite une massue, et derrière un coq. A gauche de la cour se trouvait un portique soutenu par six colonnes dont le tiers inférieur peint en noir repose sur des dés colorés en rouge. Sous ce portique ouvrait un posticum et un assez grand nombre de pièces dont aucune ne paraît avoir pu servir à l'habitation des maîtres, qui sans doute

1 Sorte de coquillage bivalve.

occupaient le premier étage dont deux escaliers attestent l'existence. Les pièces groupées à gauche, autour d'un petit atrium, composent des communs avec toutes leurs dépendances, office, cuisine, fourneaux, pierre d'évier, moulin, cave, etc. Dans la cuisine, le petit laraire n'est pas oublié. Dans l'angle de droite, du même côté de la cour est une grande écurie avec sa mangeoire et son abreuvoir, séparée du posticum par plusieurs petites chambres destinées sans doute aux esclaves. Toute cette habitation est dans un état de ruine presque complet.

Auberge ou Magasins (Pl. 8). A côté de cette maison, sur la rue qui dévie vers la droite et près de son embranchement dans la rue des Tombeaux, est un long bâtiment qui fut découvert en 1813 ; il est composé d'un portique extérieur dont les arcades existaient encore presque toutes au moment des fouilles, et de boutiques pour des marchands de comestibles, ou d'objets communs comme l'indique la grossièreté de l'enduit qui revêt les murailles, et des peintures qui les décorent. Une fontaine et un abreuvoir semblent indiquer que là faisaient halte les paysans qui apportaient leurs denrées au marché de Pompéi. On y a trouvé en effet le squelette d'un âne, les débris d'une petite charrette et quelques comestibles, deux foyers, un morceau de marbre, un reste de balances, deux sceaux de bronze , un mors, etc. Au-dessus de chaque boutique était une chambre où l'on montait par des escaliers dont les premières marches seules étaient en briques ou en pierres. Le bâtiment entier était recouvert de terrasses, et quelques pièces conservent encore leurs voûtes. Presque au milieu du portique, dans un renfoncement se trouve un réservoir revêtu de ciment dans lequel se réunissaient les eaux pluviales et dont le trop-plein s'écoulait dans l'abreuvoir en maçonnerie placé en avant. Dans l'avant-dernière boutique plusieurs noms étaient tracés en grandes lettres rouges sur le stuc ; un seul est lisible sur la muraille de droite : i, staivs procvlvs. La dernière boutique est excessivement curieuse ; c'est une

Fabrique de Poteries. (Pl. 9). Le four qui se trouve dans l'arrièreboutique, est d'une construction très-remarquable. C'est un fourneau à réverbère, bâti en pierres et en briques, formant un massif carré de 2ni,60 sur 2m,/j0, et 0m,90 de hauteur. La voûte du fourneau est plate et percée de petits trous pour laisser entrer la flamme dans le four, qui se trouve audessus. Celui-ci avait à l'intérieur lm,25 en tous sens et lm,80.de hauteur au milieu de sa voûte. Cette voûte, qui est la partie la plus singulière de la

construction, est formée de vases de terre cuite emboîtés les uns dans les autres, comme on le fit dans le vi" siècle pour la fameuse coupole de Saint Vital de Ravenne1. Des ouvertures ménagées dans les parois du four et garnies de tuyaux de terre cuite, permettaient de modérer la chaleur à

Four à Poteries.

volonté. Dans une pièce à gauche, et communiquant également avec la boutique, se trouve un four plus petit que l'on n'a point entièrement dégagé, mais dont la construction ne présente rien de remarquable.

Les monuments suivants sont ceux désignés sous le nom de :

Ustrinum (Pl. 10, page 73).

Tombe a porte de marbre (Pl. il, page 73).

Tombeau ruiné (Pl. 12, page lh).

Tombeau des Libella (Pl. 13, page 75).

Enceinte sépulcrale (Pl. 14, page 75).

Tombeau de Céius et Labéon (Pl. 15, page 75).

Enceinte sépulcrale (Pl. 16, page 76).

Tombeau de Salvius (Pl. 17, page 77).

Tombeau de Gratus (Pl. 18, page 77).

Tombeaux ruinés (Pl. 19 et 20, page 77).

Sarcophages (Pl. 21, page 77).

Tombeau de Diomède (Pl. 22, page 77).

Tombeau des enfants de Diomède (23, page 78).

Traversant la rue des Tombeaux pour en visiter le côté opposé en reve-

1 Pour faire mieux comprendre l'agencement des matériaux de ces voûtes curieuses, nous avons donné aux côtés de notre vignette un exemple des poteries de Pompéi 1 et de celles de Ravenne 2.

En divers endroits de Pompéi, et notamment à côté même de cette fabrique, on trouve des murailles dans lesquelles sont employées comme matériaux de grandes amphores à vin.

riant vers la ville, nous trouvons en face des deux derniers monuments la fameuse

M /Vison de Diomède (Pl. 24). Cette maison est désignée par les divers auteurs sous les noms de maison de campagne, maison du faubourg, casa pseudo-urbana, ou suburbana, enfin de maison d'Arrius Diomède. Sa situation en face du tombeau de ce personnage ne peut pas" toutefois être regardée comme une preuve décisive qu'il en était le propriétaire, puisque toute la rue était bordée de tombeaux, et que celui de Nœvoleia Tyché et de Munatius Faustus étant également voisin de cette belle habitation, pourrait tout aussi bien avoir été la sépulture de ses propriétaires.

Plus voisine du volcan que toutes les autres, cette maison dut être détruite la première, aussi aucune ne paraît avoir fourni un pareil nombre de victimes. Découverte en 1763, elle est une des plus vastes qui soient sorties des fouilles, et en même temps une des plus intéressantes par le nombre de ses dépendances et sa distribution toute particulière.

Plan de la Maison de Diomi'de.

Elle est divisée en deux parties situées à un niveau différent; aussi indiquerons-nous sur notre plan, par des lettres et par une teinte moins foncée, les bâtiments qui se trouvent sur le sol le moins élevé, distiguant par une teinte foncée et par des chiffres ceux qui occupent la position supérieure. Ces derniers, qui composent la partie consacrée à l'habitation, couvrent un terrain exhaussé d'environ lm, 60 au-dessus du pavé de la rue des Tombeaux ; on y monte par un perron de 7 marches \ , que surmontait une sorte de porche formé d'un toit à fronton soutenu par deux colonnes dont les fûts sont encore en place

Après avoir franchi le seuil, et une espèce de petit vestibule ou prolhyrum 2 de forme triangulaire, on se trouve dans le péristyle 3 qui, par une

Entrée de la Maison de Diomède.

disposition indiquée par Vitruve comme propre aux maisons de campagne, ne se trouve pas relégué, comme à l'ordinaire, dans la partie la plus reculée de l'habitation l.

Le péristyle était entouré de 1k colonnes d'ordre dorique revêtues de stuc, lisses et peintes en rouge par le bas, blanches et cannelées dans les deux tiers supérieurs. Le chapiteau était orné de quelques filets rouges. On voit encore dans la muraille les trous des chevrons du toit qui couvrait les portiques et venait s'appuyer sur les colonnes. Autour de V area fx était un caniveau, d'où les eaux s'écoulaient dans une citerne placée au-dessous, dans laquelle on pouvait puiser par deux margelles cannelées 5 placées entre les colonnes; l'une était en travertin et l'autre, en marbre, et toutes deux étaient peintes en rouge ; on y voit encore les traces du frottement de la corde. Sous le portique, à droite de la porte d'entrée, est un escalier 6 descendant aux bâtiments que nous appellerions aujourd'hui les communs, et à un corridor 7 qui conduisait au jardin situé, comme je l'ai dit, à un niveau inférieur. A côté de la porte de l'escalier est un petit laraire dans lequel on trouva une Minerve. Sous le portique oriental du péristyle, existe l'entrée 8 de plusieurs pièces formant un charmant petit bain, qui avant la découverte des thermes publics avait déjà donné des renseigne-

î On a coutume à la ville de placer l'atrium près de l'entrée, mais dans les maisons de campagne le péristyle se présente le premier, et l'atrium vient ensuite entouré de portiques ouverts sur les palestres et les allées où l'on se promène. Vitruve L. VI. C. 8.

ments bien précieux. D'abord se présente une petite cour triangulaire 9, entourée de deux côtés d'un portique soutenu par six colonnes octogones à chapiteaux très-simples, et présentant à l'une de ses extrémités un petit

fourneau destiné sans doute à la préparation de quelque boisson chaude à l'usage des baigneurs. On y trouva un chaudron, une poêle à deux anses, un gril et plusieurs pots de terre. Dans l'angle à côté du fourneau est un petit cabinet de toilette.

4u troisième côté adossé à la muraille qui longe la rue des Tombeaux , est un bassin de 2m,17 de largeur, 2'", 85 de longueur et lm,10 de profondeur, revêtu de stuc, et dont le rebord, pluteus, est couvert de dalles de marbre. On y descendait par trois marches pratiquées dans l'un des angles. L'eau s'écoulait à volonté sur la voie publique. Cette baignoire, baptisterium, destinée au bain froid en commun, recevait l'eau d'un mascaron dont on voit encore la trace; elle était abritée par un toit h double versant soutenu d'un côté par la muraille, de l'autre par deux colonnes. La cour et le portique étaient pavés en mosaïque. La muraille au-dessus du bassin était ornée de peintures représentant sur fond bleu divers poissons et mollusques ; on y reconnaissait entre autres la sèche, seppid,' et le poisson à long bec que les Napolitains nomment pesce spada. Les panneaux à droite et à gauche de celui-ci offraient des arbres et des oiseaux sur fond jaune. Ces peintures que Mazois a pu dessiner sont aujourd'hui presque effacées, et il en est de même de presque toutes celles qui décoraient les diverses pièces de cette splendide demeure ; heureuse-

ment elles nous ont été conservées par la gravure1, et quelques-uns des sujets qui occupaient des milieux de panneaux existent au musée de Naples.

La salle 10 était Yapodyterium ou spoliatorium , où l'on quittait ses vêtements. Le frigidarium 11 et le tepidarium 12 ne contenaient point de baignoires, mais servaient seulement, par la température graduée qu'on y entretenait, à empêcher la transition trop brusque de l'air libre et froid à ta chaleur étouffante de l'étuve ou sudatorium. Us étaient pavés en mosaïque, et ornés de corniches en stuc et d'élégantes peintures.

C'était aussi dans le tepidarium, qu'ainsi que nous l'avons déjà dit, le baigneur, au sortir de l'étuve, s'asseyait sur des bancs de bois pour se soumettre aux massages, aux frictions et aux autres opérations en usage. Dans cette petite salle, la fenêtre était fermée par un châssis mobile en bois carbonisé, auquel tenaient encore des fragments de vitres; chaque carreau avait 0"',27 en carré. Cette salle recevait la chaleur de l'étuve par une ouverture ronde revêtue de stuc 2.

L'étuve 13 était une salle oblonguë, pavée en mosaïque, terminée par un hémicycle dont le cul de four est formé d'une coquille de stuc, et orné de petits bas-reliefs coloriés, représentant des animaux et des figures. Au fond de la niche est une fenêtre de 0n,,65 sur 0"',75 ; une seconde fenêtre de même grandeur est percée au-dessus de la niche. Cette étuve servait à volonté, soit pour les bains de vapeur, soit pour les bains d'eau chaude, ainsi que le prouve une baignoire en stuc autrefois revêtue de marbre. Le sol, reposant sur des piliers de briques, suspensura caldariorum, permettait de circuler à la vapeur brûlante, qui pouvait se répandre également dans l'épaisseur de la muraille par un espacement ménagé à cet effet, ainsi que nous l'avons déjà vu aux bains publics.

A côté du sudatorium est la pièce ïlx que Mazois appelle l'officine des bains; bien qu'elle soit très-petite, on y trouve une table en pierre, une sorte de cave, un fourneau pour chauffer l'eau, trois piédestaux qui portaient des vases de bronze, enfin les traces d'un escalier de bois qui con-

1 Ces peintures ont été publiées pour la première fois à Naples enl796, sous le titre de Gli ornati délie pareti ed i pavimenti deW antica Pompei, incisi in rame. En 1808, parut dans la même ville un atlas in-folio de cent planches ; enfin ces deux ouvrages ont été mis à contribution en 1840 parles éditeurs français d'Herculanum et Pompéi (T. I. pl. 03 à 98. Paris; F. Didot).

2 On a cru que cette ouverture était destinée à contenir une lampe, mais ses parois ne portent aucune trace de fumée, et d'ailleurs, pour un pareil usage l'ouverture n'eût point été circulaire.

duisait à l'étage supérieur aujourd'hui détruit. Les bains étaient alimentés par un réservoir que formait la salle 15, qui est voisine et sans issue. Revenant au péristyle, on trouve à gauche, à l'extrémité du portique, un passage, fauces, 16, conduisant à un jardin 18, élevé au même niveau que l'aire du péristyle, et duquel on descendait par vingt larges degrés à une terrasse AA, longue de Zi8m et large de /r,22 , que Mazois croit avoir été couverte d'une treille, mais dans laquelle je pense qu'on doit plutôt reconnaître un jeu de paume ou de boules, un sphœrislerium.

Sous le corridor 16 est l'entrée d'une assez grande salle 17 qui dut être une garde-robe, à en juger par les débris d'armoires, de tablettes et d'étoffes qui s'y trouvaient, et par l'absence de toute décoration ; elle était éclairée par trois fenêtres sur le jardin. Après une petite chambre 19 dont la fenêtre ouvrait sous le portique, une antichambre ou procœlon 20, très-richement peinte, accompagnée d'un petit cabinet, loge de l'esclave cubicularis, du valet de chambre, précède une chambre à coucher 21 qui paraît avoir été la principale de l'habitation. Cette pièce, terminée en hémicycle, était éclairée par trois fenêtres d'où la vue s'étendait à la fois à l'est, au sud et à l'ouest; chaque fenêtre était surmontée d'une plus petite, de forme carrée. Contre la muraille de la partie rectangulaire sont une alcôve et un massif creux en maçonnerie autrefois révêtue de marbre, une sorte de toilette où l'on a trouvé divers flacons, phialœ, et vases remplis de cosmétiques. L'alcôve était fermée par des rideaux, corlinœ, retenus par des anneaux de bronze dont quelques-uns ont encore été recueillis surplace. La pièce 22 a pu servir d'office, si, comme tout porte à le croire, la salle 23 fut un iriclinium d'été, ouvrant sur la galerie 2/i qui' règne en partie au-dessus de plusieurs salles que nous décrirons plus tard.

Le cabinet 25 est une espèce de loge pour un esclave préposé sans doute à la garde d'un escalier descendant à la partie inférieure de l'habitation, et permettant ainsi, à l'aide des portiques qui entourent le xyste, d'arriver à couvert à la porte dérobée, le posticum ouvrant sur la campagne. On voit encore quelques restes du plafond plat qui couvrait cet escalier. Quant à la pièce voisine 26, elle est tellement ruinée, qu'il est impossible d'en deviner la destination.

Continuant le tour du péristyle, nous trouvons un escalier 27 conduisant à l'étage supérieur, où dut exister l'habitation des femmes, le gynécée.

A côté, après un cabinet destiné peut-être à l'esclave atriensis, est une salle de réception 28, une sorte de lablinum, ouvrant à la fois sur le péristyle et sur la galerie 2fr. Cette salle était, comme le péristyle luimême, entièrement peinte en rouge avec quelques ornements d'architecture et plusieurs sujets qui ont été emportés au musée ; on y trouva les fragments d'un vase d'argent orné de figures. A gauche sont deux petites pièces 29 et 30, dont la première seule communique avec le tablinum ; Mazois a cru y reconnaître un cabinet d'étude et une bibliothèque. Deux autres cabinets 31 et 32 occupaient les extrémités de la galerie ; le dernier seul est conservé, et leur destination est inconnue. Enfin, en avant de cette même galerie, et flanquée de deux larges terrasses 3 fr, existait une vaste salle 33 qui semble avoir été un de ces salons, un de ces œcus empruntés aux Grecs, auxquels on donnait le nom de cyz-icenes, et qui servaient à la fois de lieu de réception et de salle à manger Une large baie, ouvrant presque jusqu'au sol , permettait de jouir de la vue du jardin et du délicieux panorama qu'offrait aux regards le merveilleux golfe de Naples.

L'espace 35 qui fait suite au tablinum sur le péristyle, dut être une sorte (Vala garnie de bancs où les clients attendaient les audiences particulières que le patron donnait dans le cabinet voisin 36, disposition que nous avons déjà indiquée dans la maison de Salluste. On trouva dans Vala le squelette d'un chien, dans le cabinet trois médaillons de marbre sculptés des deux côtés, cinq masques et une table ronde d'albâtre ayant servi de fontaine du milieu de laquelle l'eau jaillissait et s'échappait autour par dix têtes de lion. En face est une pièce un peu plus grande 37 qui dut être une chambre d'esclave, peut-être celle de celui qui était préposé à la garde et à l'entretien du péristyle ; 38 et 39 sont également des chambres à coucher ; dans la première, la place du lit de deux esclaves était indiquée par une double alcôve2; la seconde, plus grande, était sans doute

\ « Ou fait encore de grandes salles d une autre manière que celles que l'on voit en Italie, et que les Grecs appellent cyzicènes. Ces salles sont toujours tournées au septentrion ; on fait aussi en sorte qu'elles aient vue sur les jardins, et que leurs portes soient dans le milieu. Ces salles doivent être assez larges pour contenir deux taldes à trois lits opposées l'une à l'autre, avec la place nécessaire pour le service. Elles ont, à droite et à gauche, des fenêtres qui ouvrent comme des portes afin que de dessus les lits on puisse voir les jardins. » Vitruve. L. VI. c. 6.

L'œcus de Pompéi est tourné à l'ouest et non au nord, mais Vitruve lui-même dit quelques lignes plus loin qu'il faut bien se plier aux exigences des localités.

2 Cette salle est aujourd'hui occupée par un escalier conduisant à une chambre destinée aux gardiens.

réservée à quelque serviteur d'un rang plus élevé, tel que l'intendant, le Rei domesticœ procurator. Le plancher en est enfoncé.

A la suite, et la dernière autour du péristyle, est une salle kO, dont le plancher est également détruit, et qui dut servir de logement au portier ; elle communiquait avec les communs dans lesquels nous allons descendre par l'escalier 6.

Cette partie des bâtiments était séparée du reste de l'habitation par une cour longue et étroite a qui portait le nom de Mesaula, entre-cour, et dont selon toute apparence la destination était d'empêcher la communication des incendies qui pouvaient s'allumer facilement dans les bâtiments consacrés à la boulangerie et à la cuisine. Les communs avaient une entrée b sur la rue des Tombeaux, avec une sorte de vestibule triangulaire, et une loge c pour un portier. Un corridor d ayant à sa droite une resserre e, conduit à une sorte d' atrium / autour duquel se trouvaient une assez grande salle g qui fut peut-être la cuisine, une petite pièce h qui put servir d'office, trois chambres i, /, k, un portique / soutenu par cinq colonnes, et enfin un cabinet m. Toutes ces constructions étaient tellement ruinées qu'il était presque impossible de déterminer positivement leur destination ; aujourd'hui c'est bien pire encore, le tout ayant été converti en logement pour les gardiens. On y a trouvé un grand nombre dé morceaux de verre à vitre très-épais, des vases de terre, une bouteille suspendue à un clou, quatre bêches et un râteau de fer, une amphore pleine de millet, une lampe, quelques ustensiles de cuisine, et le squelette d'un homme auprès de celui d'une brebis portant encore une clochette au cou.

Nous avons dit que la partie élevée de l'habitation communiquait avec la partie inférieure par un escalier 25 réservé sans doute aux maîtres, et par un corridor en plan incliné 7 destiné au service, le long duquel l'on trouve à gauche plusieurs cabinets qui durent servir de resserres. Nous arriverons sous un des portiques n, o, p, q qui entourent le jardin. Le portique n, o, ainsi que les pièces qui s'y trouvent, s'étend sous Vœcus cyzicene, et sous les deux terrasses qui l'accompagnent. Il serait impossible de préciser la destination de ces diverses chambres r jadis élégamment décorées; l'une d'elles cependant rr paraît avoir été un triclinium d'été, accompagné de son office. Parmi les peintures dont il était orné, on remarquait Uranie, Melpomene, Minerve et plusieurs danseuses. On trouva dans ces pièces du rez-de-chaussée deux squelettes dont l'un

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tenait 23 monnaies de bronze de Galba, l'autre une monnaie d'or de Néron, 43 deniers d'argent, quatre pendants d'oreilles en forme de quar-

Jardin de la Maison de Diomède.

tiers d'orange, enfin une cornaline sur laquelle était gravé un char traîné par deux cerfs conduits par un génie ailé ; tous ces objets étaient réunis dans un panier d'osier.

Entre deux de ces pièces est une fontaine s adossée à un réservoir qui était sans doute alimenté par l'eau de la citerne. Mazois dit avoir reconnu sur la terrasse 3/t qui est au-dessus de la fontaine les traces d'un puits qui permettait de puiser dans son réservoir, traces qui ont disparu depuis dans une restauration du sol de la terrasse.

Les portiques n, o, p, q, surmontés de terrasses, et soutenus par des piliers carrés reposant sur un stylobate, environnent le jardin de quatre côtés. Celui-ci a 33 mètres en carré ; au centre était une piscine B du milieu de laquelle s'élançait un jet d'eau ; les bords de ce bassin présentent une succession de renfoncements carrés et semi-circulaires que quelques auteurs croient avoir eu pour destination de favoriser le frai du poisson. A côté s'élevait sur deux degrés une treille C que soutenaient six colonnes dont les fûts existent encore. Le portique p q offre une petite pièce à chacune de ses extrémités; l'une d'elles y paraît avoir été un cabinet de repos, et l'autre * un laraire, un oratoire dont la niche avait dû contenir une statuette. L'entrée de celui-ci est maintenant condamnée. Dans le premier, on découvrit un squelette portant encore un bracelet de bronze, et une bague d'argent.

Les deux portiques de l'est et du midi sont dans un parfait état de conservation. Le premier n o, consolidé par des contre-forts modernes, est de niveau avec le jardin, tandis que les trois autres sont élevés de quatre degrés pour donner de la hauteur et de la lumière aux caves dont nous parlerons tout à l'heure. A ses extrémités se trouvent deux jolis cabinets n et o richement décorés. Non loin du dernier, et sous le portique même, se trouve un passage u conduisant à un escalier v qui descend à un long corridor voûté, un crypto-portique , ou cella vinaria, large de 2 n,,75 et haut de 1 m,45 qui s'étend sous toute la longueur des trois portiques hp, p q et q o. Cette galerie souterraine était éclairée à fleur de terre par des soupiraux en forme de barbacane. C'est dans ce lieu aui

Cave de la Maison de Diomède.

servait de cave, à en juger parla quantité d'amphores à moitié ensablées qui y furent trouvées contenant encore du vin desséché, et au pied d'un petit escalier x, que s'accomplit le drame le plus déchirant que nous aient révélé les fouilles de Pompéi.

Au moment de l'éruption, 17 femmes et enfants crurent trouver un refuge assuré sous ces voûtes impénétrables ; des provisions qu'ils y avaient portées leur assuraient l'existence pour quelques jours ; mais bientôt les cendres fines et brûlantes y pénétrèrent par les soupiraux , une vapeur ardente remplit la galerie; les malheureux se précipitèrent vers la porte il était trop tard! Tous périrent étouffés et à moitié ensevelis. C'est là qu'on les a retrouvés au bout de 17 siècles, la tête encore

enveloppée des vêtements dont ils s'étaient voilés le visage, soit pour se préserver des cendres ardentes, soit par un acte suprême de décence et de résignation. On recueillit près d'eux divers bijoux, des monnaies, un superbe candélabre, des clefs, les restes d'une cassette, un peigne double en bois, etc. Les murs présentaient encore la silhouette des cadavres, et la cendre durcie avait gardé les empreintes des seins, des bras et des épaules d'une jeune fille d'une admirable beauté 1. Cette intéressante victime dut être la fille du propriétaire de l'habitation, à en juger par les vêtements précieux qui la couvraient, et on voit encore sur la cendre quelques traces d'une de ces étoffes légères que Pétrone appelait du vent tissé, vcntus textitis2. Elle portait un superbe collier composé d'une chaîne d'or en filigrane décorée au milieu d'une petite plaque à laquelle sont attachées deux chaînettes terminées par des feuilles de pampre, un joli bracelet formé de deux cornes d'abondance réunies par une tête de lion, deux pendants d'oreilles.

Abandonnant sa famille, et ne songeant qu'à sauver sa vie et ses richesses, le père, au lieu de chercher un asile dans le crypto-portique, avait essayé de s'échapper par la porte D ouvrant sur les champs et vers la mer au milieu du portique occidental ; mais là aussi la mort l'attendait. On a trouvé son squelette tenant encore à la main les deux clefs de sa demeure, dont une inscrustée d'argent, et portant au doigt un anneau formé par un serpent à deux têtes, un ampkûbhne; auprès de lui avait succombé un esclave qu'il avait chargé de quelques vases d'argent, d'un assez grand nombre de monnaies impériales ou consulaires réunies dans un morceau de toile, et d'une grande et belle lanterne de bronze aujourd'hui au musée 3. Enfin, à quelque distance de la maison, dans la direction de la mer, on découvrit encore neuf autres squelettes qui appartenaient peut-être à la même famille. 4 peu de distance étaient une aire pour battre le blé, et un champ labouré dont les sillons étaient encore apparents.

Les objets trouvés dans la maison de Diomède sont innombrables; les plus précieux sont un grand cratère de verre coloré à deux anses, et un

1 Ces empreintes sont conservées au inusée de Naples.

2 Satvricon, 55.

3 Une lanterne presque semblable fut trouvée à Herculanum en 1760. Herc. et Pomp., VII, pl. 62.

magnifique candélabre dont la base porte un génie bachique monté sur une panthère K

En sortant de cette maison, on trouve à droite :

Le triclinium funèbre (Pl. 25, p. 78);

Le tombeau de Noevoleia Tyché (Pl. 26, p. 80);

Le tombeau de la famille Nistacidia (Pl. 27, p. 83);

Le tombeau de Calventius Quietus (Pl. 28, p. 8k ) ;

L'espace vide (Pl. 29, p. 86);

Le tombeau rond (Pl. 30, p. 86);

Le tombeau de Scaurus (Pl. 31, p. 87);

Le tombeau de la seconde Tyché (Pl. 32, p. 91);

Le tombeau de Servilia (Pl. 33, p. 92);

Et on arrive à la • '.

* Maison de Cicéron. (Pl. 34.) Cette habitation est désignée par quelques antiquaires sous le nom de Villa de Frugi, parce que , au-dessus d'une niche ornée d'un frontispice et de deux colonnes, on trouva cette inscription aujourd'hui au musée :

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