‹ Pompeia décrite et dessinée (volume 2)Chapitre 48 sur 64 · O H 0 VOS · texte numérisé non relu

O H 0 VOS

» Je vous prie' de faire édile M. Marins. »

Quelquefois le nom des prétendants n'était désigné que par une initiale comme sur les bulletins de vote. Nouvelle preuve à l'appui de cette hypothèse : les noms des candidats sont presque toujours accompagnés de formules laudatives, telles que Dignissimum, Probissimum, Dignum Reipublicœ, etc., et surtout delà formule V. B. virum bonum, désignation que nous savons par Senèque être ordinairement appliquée aux candidats : omnes candidatos bonos viros dicimus (Epist. 3).

Nous avons accepté volontiers cette interprétation des sigles O. V. F. Mais nous ne croyons pas avec le savant napolitain qu'on doive l'étendre à la formule ROGAT dans laquelle nous persistons à ne voir autre chose qu'une invocation adressée à un magistrat. Nous verrons près de la maison du Taureau de bronze une inscription où le mot rogat est suivi des mots ut faveat en toutes lettres, ce qui ne laisse place à aucun doute.

1 Herc. et Pomp., II, pl. 64

MAISONS ET BOUTIQUES. un

vingt grammes, quatre boucles d'oreilles ornées chacune de deux perles, plusieurs anneaux d'or très-pesants, dont l'un avait un large chaton recouvert d'une lame de cristal de roche, et destiné à recevoir des cheveux ou un portrait, etc. On y a recueilli en outre une foule de coins et d'instruments en bronze et en fer qui durent servir à la fabrication de ces joyaux, des poteries, un petit poêle portatif d'une forme bizarre, et une lampe magnifique. On y trouva aussi plusieurs squelettes. L'emplacement qu'occupe cette maison est un peu irrégulier, mais l'architecte a su rendre ce défaut insensible à l'intérieur.

La porte était, comme à l'ordinaire, flanquée de deux piliers ; sur celui de gauche était écrit en lettres rouges aujourd'hui effacées :

M. HOLGONIVM AED.

G. GAVINIVM

Cette inscription , qui devait être une invocation semblable à celle que nous avons vue à la même place à la porte de Pansa, était malheureusement incomplète et ne nous apprend rien sur le propriétaire de cette belle habitation. La porte à deux vantaux tournait sur pivots dans deux ombilics de bronze fixés dans le marbre. Le seuil en mosaïque représentait un chien enchaîné avec ces mots : cave canem, prenez garde au chien 1, pré-

OOO OOOQOO OOOOOOOO

Seuil do la Maison du Poëte.

caution moins fâcheuse pour les visiteurs que la présence de l'énorme molosse qui souvent accompagnait le portier. Cette mosaïque forme

1 «A gauche de l'entrée près de la loge du portier était peint sur le mur un énorme dogue enchaîné, et au-dessus on avait écrit : gare, gare le chien ! cave, cave canem! »

(Pétrone. Satyricon, XXIX).

242 PÛMPEIA.

aujourd'hui le seuil de la salle des objets précieux au musée de INaples.

Après avoir franchi le prothyrum 3, on trouve un atrium toscan A S pavé en mosaïque, et qu'ornaient de nombreuses peintures dont presque tous les sujets sont tirés des poésies d'Homère; on y voyait les Adieux d'Achille et de Briséis 2, une des plus jolies peintures antiques qu'on connaisse; Chryséis rendue à son père, que quelques antiquaires croient être Hélène réunie à Ménélas; la chute d'Icare,- Or.es.le, Pylade et Electre, Junon cherchant à détacher Jupiter de la cause des Troyens2', enfin une Vénus nue avec des cercles d'or aux jambes, que GeU ne craint pas de comparer à la Vénus de Médicis pour la pose, à la Vénus du Titien pour le coloris; à ses pieds est une colombe tenant dans son bec une branche de myrte. De toutes ces peintures, la plupart au musée, il ne reste en place qu'un petit génie ailé bien conservé, et le fragment inférieur d'un tableau avec un Triton qui devait conduire un char, et un Amour tenant un trident k.

Au centre de Y atrium est le compluvium avec un joli puteal de marbre. A droite en entrant on trouve la loge du portier 9, puis une chambre 8, qui ne conserve plus des peintures qui la décoraient que des panneaux jaunes avec un soubassement rouge et quelques arabesques. La première chambre à gauche 6 avait une porte et une fenêtre, disposition assez rare, et un renfoncement creusé dans le mur pour le dossier du lit; sa décoration était simple et du même genre que celle de la chambre précédente. La chambre 5 était beaucoup plus riche ; pavée en mosaïque , elle présente sur ses parois des panneaux alternativement jaunes et rouges, séparés par des architectures; au centre des panneaux rouges étaient de petits Amours; dans les jaunes, trois sujets : au fond Phryœus et Hellé, à gauche Y Enlèvement d'Europe, à droite Apollon et Daphné, sujet obscène souvent reproduit à Pompéi 5. Au-dessus règne une frise sur fond blanc représentant des Amazones debout sur des chars combattant des ennemis à pied 6. Dans les panneaux également jaunes et rouges de la chambre h sont peints des oiseaux. En face de cette pièce, de l'autre côté de Y atrium,

1 V. Planche VIII.

2 Heuc. et Pomp., II, pl. 72.

3 ïbid. II, pl. 70.

* Ibid. II, pl. 61.

s C. Famin. Cabinet secret, -pl. 49.

6 HEiiC et Pomp., I, pl. 56 et, 57.

est une ala 7 pavée en mosaïque noire et blanche; ses parois n'avaient que de simples ornements en architecture peinte, au-dessus d'un soubassement présentant des plantes sur fond noir.

Au fond de Y atrium est le tablinum 13 où se trouvait à droite une peinture médiocre, mais l'une des plus intéressantes par le sujet; elle est aujourd'hui au musée. On y voit un poète assis en costume d'esclave, et dans lequel on croit reconnaître Térence lisant ses vers devant six personnages, parmi lesquels Apollon et Minerve qui semblent l'applaudir l. Le pavé de eette salle est en mosaïque; au centre était une composition qui a été enlevée et portée au musée; elle est placée à juste titre au nombre des plus curieuses découvertes faites à Pompéi; c'est, une répétition théâtrale, c'est l'intérieur des coulisses, le choragium d'un théâtre antique. On y voit le choragus, le régisseur, entouré de masques scénkraes et de ces objets divers que les modernes nomment accessoires, faisant répéter leurs rôles à deux acteurs costumés en satyres ; un troisième, aidé d'un habilleur, s'efforce de passer une tunique qui paraît être trop étroite 2.

A gauche du tablinum est une petite salle carrée lli, un tabularium qui dut servir à contenir les archives ; sa décoration est simple ; ses panneaux offrent seulement au centre des oiseaux, une panthère et des masques scéniques sur fond blanc. La salle G dut être une bibliothèque. Après avoir franchi le corridor D, on se trouve dans le péristyle E, décoré de grands panneaux rouges et entouré de portiques de trois côtés seulement; sur le quatrième se trouve dans l'angle, et adossé à la muraille, un laraire 10, petite niche très- élégante, où l'on a trouvé une statuette de Faune. Dans le petit jardin qu'enferment les portiques, on a recueilli la carapace d'une tortue, et plusieurs gouttières de terre cuite en forme de crapauds. A gauche du péristyle sont deux chambres à coucher, cubicula, 11 et 12; dans la première on voit Vénus et l'Amour péchant à la ligne*, Ariane abandonnée 4 et Narcisse se mirant dans la fontaine. Ce dernier sujet est presque effacé. La seconde chambre n'offre que trois petits paysages, deux cerfs et deux panthères.

1 Herc. et Pomp. II, pl. 7.

2 Ici. V. Mosaïques, pl. M.

3 Herc. et Pomp. III, pl. 181.

* Id. III, pl. 10c.

A côté de ces chambres se trouve une sortie dérobée, un posticum 13. A droite du péristyle sont deux salles; la plus petite F fut la cuisine; on y voit encore le fourneau, et dans l'angle à droite les latrines; la plus grande G dut être le trïclinium. Cette pièce, longue de 5m,95 sur 5m,60 et richement décorée, offrait plusieurs peintures très-remarquables ; on y voit au milieu d'élégantes arabesques quatre charmantes danseuses, quatre héros, Léda présentant à Tyndare Castor, Pollux et Hélène dans un nid \, Y Amour se plaignant à sa mere du mépris de Diane et 'Thésée abandonnant Ariane. Les mosaïques du pavé blanc et noir représentent des 'poissons, des cygnes et d'élégantes arabesques. Enfin sous le péristyle, auprès de la porte du triclinium, se trouvait une peinture bien précieuse, si, comme tout semble l'annoncer, elle est une copie du fameux Sacrifice d'iphigénie de Timanthe, ce tableau si vanté par Pline2 et par Cicéron. Cette belle composition, très-bien conservée et d'assez grande proportion, a été portée au musée.

Cette habitation avait un second étage; on distingua dans les premières fouilles, parmi les fragments du pavé en mosaïque qui étaient tombés au rez-de-chaussée, une tête de Bacchus et quelques autres figures. Sur le mur occidental de cette maison, à l'entrée de la rue de la Fullonica, on voit encore quelques restes de cette inscription en langue osque Numeri poemata accïpies , tu recevras les poèmes de Numerius.

En face de cette habitation sont les Thermes, Pl. T., p. 1/j.O.

A la suite de la maison du poète, on trouve plusieurs boutiques dont un magasin d'huile et un grand thermopole avec leurs dépendances, et on arrive à 1'

Arc de triomphe, Pl. 38, p. 111, placé au carrefour formé par la rencontre des rues des Thermes, de Mercure, de la Fortune et du Forum. Tournant à gauche dans la rue de Mercure, on trouve la * Boutique du rarrier, n° U; (Pl. 39. ) Elle est très-petite, n'ayant que 3'", 30 de profondeur sur 2'", 18 de largeur. A droite en entrant est un

1 Herc. et Pomp. I, pl. 105 et III, pl. 140.

2 L'Iphigénie de Timanthe a été célébrée par les éloges des orateurs (Ciceron. de Oratore). L'ayant représentée debout près de l'autel où elle va périr,, l'artiste peignit la tristesse sur le visage de tous les assistants et surtout de Ménélas, puis ayant épuisé tous les caractères de la douleur, il voila le visage du père, ne trouvant plus possible de lui donner l'expression convenable.

(Pline, L. XXXV. C. 36).

Herc. et Pomp. III, pl. 92.

MAISONS ET BOUTIQUES. 245 banc, et au-dessus se trouvent deux niches en forme de laraire, mais qui peut-être n'ont servi qu'à déposer des vases de toilette. Au centre de la boutique est une sorte de tabouret en maçonnerie où s'asseyait le client; enfin, dans la petite arrière-boutique, est le fourneau pour chauffer l'eau.

Fullonica, n°38. (Pl. 40.) L'édifice désigné sous le nom delà Fullonica, la foulerie, est le plus intéressant exemple d'un établissement industriel qui soit sorti des fouilles de Pompéi *. Découvert en 1827, il ouvre à la fois sur la rue de Mercure et sur celle à laquelle il a donné son nom. Sur la pre-

Plan de la Fullonica.

mière de ces rues sont plusieurs boutiques 1, 2, 3, dont la première a une grande arrière-boutique k. A la suite est la porte principale donnant accès à un prothyrum 5 plus grand qu'à l'ordinaire, ayant à gauche une loge de portier 6 et la fenêtre d'un réduit de lm en carré dont il est difficile d'expliquer la destination, car il n'avait pas de portes ; on a cependant peine à croire qu'il n'ait eu d'autre emploi que celui de dessiner l'alcôve de la chambre 7 qui se trouve sous le portique à gauche en entrant dans Y atrium A. Celui-ci, long de 25,n sur 16n,,60, avait son portique soutenu par douze piliers carrés. Quelques fûts qu'on a trouvés renversés pourraient faire supposer qu'au-dessus des piliers s'élevait un ordre de colonnes portant un toit qui aurait protégé Varea contre le soleil et la pluie, sans empêcher la circulation de l'air. Dans cette hypothèse, Yatrium eût été de ceux qu'on nommait testudinala2. Ainsi que nous l'avons dit, la première pièce qui se présente sous le portique est la chambre à coucher 7 ; cette pièce était assez élégamment décorée; on y voit encore deux chars tirés l'un par

1 Nous avons en décrivant l'édifice d'Eumachia eu occasion de dire quelle importance avait à Pompéi la corporation on collège des Foulons.

* Voy. page 197.

deux biches, l'autre par deux paons; elle était pavée en mosaïque et ouvrait à la fois sur le prothymm par une petite fenêtre, sur Y atrium par une large baie, et par une porte sur la salle 8. Celle-ci, ouverte dans toute sa largeur sur Y atrium, me paraît avoir été une sorte de salon destiné à recevoir les clients de l'établissement; elle était ornée de peintures médiocres parmi lesquelles on reconnaît encore Vénus et Adonis et Thésée vainqueur du Minotaure. Devant cette salle, entre les colonnes du portique,

Atrium de la Fullonica.

était une charmante fontaine 9 composée d'une vasque de marbre blanc posée sur un pied cannelé. Sur le pilier à droite de cette fontaine, se trouvaient de très-curieuses peintures qui ont été emportées au Musée de Naples avec le pilier lui-même ; elles peuvent donner une idée des différentes opérations de l'art du foulon chez les anciens ; on y voit un ouvrier occupé à frotter avec une- espèce de carde un manteau blanc bordé d'une bande de pourpre ; un autre ouvrier apporte une grande cage d'osier sur laquelle on étendait les étoffes pour les exposer à la vapeur du soufre brûlant sur un fourneau ; l'ouvrier est couronné d'olivier, et sur la cage est perché l'oiseau de Minerve, divinité protectrice de ceux qui travaillaient les tissus. Sur le premier plan est une femme assise et richement vêtue recevant une étoffe des mains d'une jeune ouvrière. Dans un autre compartiment on voit des ouvriers qui, placés dans des espèces de niches semblables à celles qui existent dans une pièce de l'édifice, foulent de leurs pieds nus ou lavent avec les mains des étoffes renfermées dans des cuves1. Sur un

l Ufrc. et Poihp. TU, pl. 127.

autre côté du pilier est une presse sous laquelle on mettait les draps, et un groupe représentant la directrice de l'établissement donnant des ordres à des esclaves près desquels sont des étoffes étendues sur une perche. Sur le pilier à gauche de la fontaine, on voit encore en place les deux serpents symboliques et un Fleuve appuyé sur son urne.

A. côté de la salle que nous avons décrite, est une chambre à coucher 10, puis, sous le côté méridional du portique, se présente d'abord un grand triclinium 11, ou peut-être un magasin, pavé en mosaïque blanche et noire, et dont le seuil est orné de rinceaux de diverses couleurs. Suit une chambre à coucher 13 à laquelle on montait par trois degrés et que précédait improcœton 12. De cette chambre, on descendaitpar trois autres degrés dans la chambre ili, qui avait aussi son procœton 15. Dans le corridor 16 se trouve l'entrée d'une pièce 17 contenant un petit moulin, deux pieds de table, un fourneau et un four autrefois surmonté d'une image du même genre que celle qui existait au même lieu dans la "boulangerie de la maison de Pansa; dans l' avant-four sont trois tuyaux de terre cuite pour l'évaporation de la fumée. A côté du fournil est une chambre d'esclave 18 près de la porte de laquelle, sous le portique, se trouve un grand vase de terre rouge, un dôlium, qui avait été raccommodé avec de fortes agrafes de métal. Enfin, à l'extrémité du portique, se trouvent deux petites pièces 19 et 20 dont la première contint probablement une presse, tandis que la seconde était la loge du portier préposé à la garde de la seconde entrée de la maison, du posticum 21. La partie ouest de la cour adossée à la rue des Foulons, est occupée presque entièrement par quatre grands bassins carrés 22 construits en maçonnerie, placés à des niveaux différents afin que l'eau pût passer successivement de l'un dans l'autre; leur profondeur varie de lm,15 à 0m,50. On montait au bassin le plus élevé par un escalier au pied duquel est un cinquième bassin carré 23 enfoncé dans le sol. Au devant des bassins 22 règne une large et longue banquette de pierre, à l'extrémité gauche de laquelle est un petit bassin ovale en marbre, tandis qu'à l'autre bout existent un vase de terre encastré dans la maçonnerie, et sept bassins plus petits, ou plutôt des espècesde cases 24 dont le fond est légèrement creusé et dans lesquelles les étoffes étaient probablement empilées pour être foulées aux pieds comme nous l'avons vu dans la peinture du pilier voisin de la fontaine ; peut-être aussi ces cases servaient-elles de dépôt pour les différentes matières nécessaires à la loin-

2iS POMPEIA.

ture. Les anciens semblent avoir teint et nettoyé leurs étoffes avec un grand soin, et s'être servis de soufre et autres ingrédients tels que la terre grasse dite à foulon, et la chaux dont on a trouvé ici une jarre pleine. Sous le portique septentrional est une pièce voûtée 25 où existent encore les restes d'une baignoire ou d'une cuve, puis une chambre à coucher 26 pavée en mosaïque et précédée d'un procœton 27.

A côté de celui-ci, et près d'un petit réduit 28 qui dut servir de resserre ou de bureau pour un caissier, est l'entrée d'une petite maison qui semble avoir servi d'appendice à l'habitation du propriétaire de l'établissement. Celle-ci qui a une entrée particulière 29 sur la rue de Mercure, se compose de deux pièces 30 et 31 dont la seconde contient un escalier, d'un atrium a b c d soutenu par six colonnes avec un compluvium présentant à l'une de ses extrémités un puteal de terre cuite, et à l'autre une base carrée de marbre blanc.

Maison de la grande fontaine de mosaïque, n° 36. (Pl. /il.) Cette maison, contiguë à celle que nous venons de décrire, a été découverte en 1826. Son atrium toscan n'a pas moins de 16", 25 sur 13m,10. Au fond, entre les deux ailes , est le tablinum qui était orné de gracieuses peintures représentant des cerfs qui tirent un char, des Amours qui combattent des animaux ou qui traient une chèvre. Le pavé, en mosaïque blanche encadrée d'une belle grecque noire, est bien conservé. Dans l'exèdre, à côté du tablinum, est une peinture représentant une Répétition théâtrale, et dont la composition a beaucoup d'analogie avec celle de la fameuse mosaïque de la maison du poëte; M. Bonnucci croit y reconnaître une scène du Miles de Plaute; cette peinture est presque entièrement effacée.

Derrière le tablinum règne une galerie qui ouvre sur un xyste dont la muraille est divisée en panneaux décorés de peintures représentant des bosquets, ainsi que nous l'avons vu à la maison de Salluste. Au centre de cette muraille et faisant face au tablinum est la fontaine qui a donné le nom à la maison; c'est une grande niche surmontée d'un fronton et ornée de mosaïques en émaux de diverses couleurs parmi lesquelles le bleu domine. Les grandes divisions et les bordures sont formées de coquillages que le temps ni l'éruption n'ont pu détruire ou calciner. Aux pieds-droits sont adossés deux grands masques creux en marbre blanc, derrière lesquels on plaçait des lampes dont la lumière, passant au travers des yeux et de la bouche, devait produire un effet bizarre. L'un de ces

masques avait les cheveux et la barbe teints en rouge. A.u fond de la niche, au-dessous d'une tête de Fleuve en mosaïque, est une ouverture rectangugulaire en bronze, large de 0m,10 et haute de 0m,0/i, d'où l'eau s'écoulait par six petits degrés dans un grand bassin également de marbre, au milieu duquel est une petite colonne creuse d'où s'élançait un jet d'eau.

En sortant de cette maison, on voit peinte sur sa façade, en grandes lettres rouges, une inscription qui paraît se rapporter au magistrat dont la statue décorait le théâtre :

« Tous les marchands de fruits et Helvius Vestalis invoquent M. Holconius Priscus, duumvir chargé de rendre la justice. »

Maison de la petite fontaine de mosaïque, n° 35. (Pl. ù2). Sa découverte date de 1827. Outre son entrée principale, elle avait également sur la rue de Mercure une seconde porte par laquelle on pouvait arriver à la partie reculée de l'habitation en passant par un petit atrium, où se trouve l'entrée de deux petites chambres d'hôtes très-simplement décorées, placées aux côtés du prothyrum, un laraire qui n'est qu'une petite niche creusée dans le mur, et la porte d'une assez grande pièce que ses peintures représentant des poissons, des langoustes, des poulets, un sanglier et autres

Grande Fontaine do mosaïque.

M. HOLCONIVM

PRISCVM II VIR. I. D.

POMARI VNIVËRSI CVM HELVIO VESTALE ROGANT.

comestibles, semblent désigner comme ayant été un triclinium. A côté de cette pièce sont une porte donnant dons Y ala de Yatrium principal, une petite chambre d'esclave, le corridor conduisant aux communs, enfin un petit tablinum dans lequel on reconnaît encore des masques scéniques, quatre petits Amours, et les têtes de deux bacchantes.

Au milieu du grand atrium de l'habitation principale et sur le bord du compluvium se trouvent les embouchures de deux citernes, et on voit, encore les tuyaux par lesquels l'une d'elles recevait le trop-plein de la fontaine. Au fond de Yatrium est un petit tablinum pavé en mosaïque, ayant à droite une seconde ala séparée de la première par une chambre à coucher 1. Cette seconde ala est décorée de peintures présentant plusieurs figures de femmes et des Amours sur fond blanc. A gauche du tablinum est le corridor conduisant au jardin.

C'est au fond de ce xyste que se trouve une fontaine en forme de niche, ornée de mosaïques et de coquillages; elle est plus petite que celle que nous avons trouvée dans la maison voisine, mais elle était décorée de deux chefs-d'œuvre inestimables qui sont aujourd'hui au nombre des ornements les plus précieux du musée de Naples. Ce sont deux petites statues de bronze appartenant à l'art grec et représentant, l'une un génie ailé tenant une oie qui jetait l'eau par son bec, l'autre un pêcheur assis sur un rocher 2 contre lequel était appuyé un masque tragique dont rien ne paraît avoir motivé la présence, si ce n'est le besoin de lui faire aussi jeter de l'eau dans le bassin de la fontaine. Le génie ailé était placé sur une petite colonne au milieu du bassin, et le pêcheur sur le bord; le premier a été remplacé à Pompéi par une copie. La muraille contre laquelle est appuyée la fontaine est ornée de grands paysages dont le plus curieux est la vue d'un port placé à l'embouchure d'une rivière 3. Un grand nombre d'objets intéressants ont été recueillis dans cette habitation ; les principaux sont diverses monnaies impériales en or, deux grands bracelets de même métal, un superbe candélabre représentant un arbre contre lequel s'appuie un Silène ivre tenant sous le bras son outre à moitié vidée 4, un autre candé-

1 On remarquera qu'ici, par une disposition très- singulière, les deux alœ, au lieu de se faire face, se trouvent du même côté de Yatrium ; il est vrai que la première n'est guère qu'une sorte de passage réunissant les deux atrium.

2 Herc. et Pomp. VI, pl. 89.

:i Id. III, pl. 28.

> fd. VU, pl. 28.

labre surmonté d'un sphinx, une baignoire dans laquelle on trouva une éponge, un strigille, des bouteilles, des tasses en verre, un petit chaudron avec son fourneau, etc.

C'est au coin de cette maison qu'existe la fontaine (Pl. 43) dont le cippe porte une tête de Mercure qui a donné le nom à la rue.

De l'autre côté de la ruelle de Mercure se trouve la

*Boijtiquedu parfumeur, n° 32. (Pl. 44.) Sur les piliers qui décoraient l'entrée de cette boutique étaient deux très-curieuses peintures qui malheureusement n'existent plus. L'une représentait "un sacrificateur conduisant un taureau à V autel; l'autre, quatre hommes portant une caisse énorme autour de laquelle étaient pendus quelques vases. Au-dessus, plusieurs personnages étaient occupés à parfumer un cadavre qui allait être brûlé. Ces deux enseignes indiquaient, selon toute apparence, un mycopolium, une boutique où se vendaient les aromates employés dans les sacrifices et dans les funérailles.

A côté de cette boutique est une maison à l'entrée de laquelle on voit peint à gauche sur un pilier Mercure avec tous ses attributs; à ses pieds est un globe autour duquel se replie un serpent. Sur le pilier de droite -est représentée une corne d'abondance. D'autres peintures ornaient cette maison, mais elles ont disparu.

Maison d'Adonis blessé (Adone ferito), n° 25. (Pl. 45.) Cette maison, découverte en 1836, doit son nom à une belle peinture qui décore la muraille de son xyste, et qui représente Adonis expirant dans les bras de Vénus. Plusieurs Amours assistent à cette scène de douleur : l'un essuie ses larmes avec sa main; un autre tient un flambeau renversé; un troisième soutient le bras du blessé, dont un autre Amour bande la blessure, tandis qu'un dernier exprime dans un bassin d'or une éponge qui a servi à la laver. Cette peinture, de proportion colossale, est une des plus importantes qui soient sorties des ruines de Pompéi. Aux côtés de cette composition, en avant de deux colonnes feintes, sont des groupes également peints, Marsyas et Olympe et Achille et Chiron1. Dans un grand panneau à droite est représenté un enfant endormi sur le bord d'un bassin dans un bocage peuplé d'innombrables oiseaux. A gauche du péristyle est

1 Ces deux sujets, placés également en pendants, ont été trouvés dans les fouilles de Résina en 1739 Herc. et Pomp., 11, 3 et 4.

un tablinum, dans lequel se trouve une magnifique peinture représentant la toilette d'Hermaphrodite , à laquelle assiste un homme barbu que sa longue robe semble désigner comme un philosophe dont la présence est assez difficile à expliquer. Une autre figure nue fort effacée, peinte au fond de la même pièce, semble représenter aussi un Hermaphrodite. Enfin , dans une petite pièce voisine de celle-ci , on voit un Faune et une Nymphe.

Sur le mur qui sépare cette maison de l'habitation voisine sont plusieurs inscriptions; deux seulement peuvent être déchiffrées, et encore la première est-elle incomplète :

CASELL1VM AED

« N*** invoque Casellius édile. »

S A M E L L I V M AED.

FABIVS ROGAT

« Fabius invoque Samellius édile. »

* Maison d'Iïuchus et Io, n° 24. (Pl. /|6.) Découverte en 1829, elle doit son nom à l'une des peintures qui y ont été trouvées. En tête de son cqmpluvium est une . belle table de marbre blanc dont les pieds se terminent par des griffes. Le péristyle était soutenu par des colonnes de tuf d'un style très-sévère.

Maison dell'Argenteria , n° 23. (Pl. kl.) Cette maison doit son nom à un riche dépôt de vases d'argent qui y fut découvert. Elle avait deux entrées ouvrant chacune sur un atrium différent; le plus petit de ceux-ci était précédé d'un prothyrum très-large, dont le frontispice à l'intérieur était porté par deux colonnes corinthiennes. Quatre colonnes semblables soutenaient le portique de Y atrium. Celui-ci donnait entrée à une petite, pièce voûtée contenant un puits et un amas assez considérable de chaux réduite en poudre très-fine, ainsi qu'à un corridor voûté conduisant au péristyle et à un escalier montant au premier étage. Deux portes réunissaient cet atrium à Y atrium principal; celui-ci était toscan; son portique était garni de chéneaux en terre cuite ornés de têtes de lion se détachant sur un fond jaune avec des Amours et des volutes en blanc; plusieurs fragments ont été retrouvés. Dans le tablinum, dont le pavé en mosaïque est défoncé, sont peintes deux femmes ailées tenant, l'une un préféricule et un plateau, et l'autre une cassette. Le péristyle est vaste et élevé; il entoure de trois côtés un xyste au fond duquel est un grand laraire, et dont le centre est occupé par un grand bassin de hm de long sur

in',20 de large. Dans deux pièces ouvrant sur le péristyle se trouvent encore quelques peintures, un cerf poursuivi par un lion, et quatre médaillons contenant deux têtes d'hommes et deux têtes de femmes.

Maison d'Apollon, n° 20. (Pl. 48.) Cette maison doit son nom aux nombreuses peintures qu'on y a trouvées représentant Apollon , et surtout à une charmante statuette de bronze d'Apollon Hermaphrodite jouant d'une lyre qui conserve encore quelques-unes de ses cordes d'argent1. On entre d'abord dans un atrium toscan n'ayant point de chambres à gauche; c'est sur la muraille de ce côté qu'existe encore une figure d'Apollon, la tête radiée, et tenant dans la main droite un fouet, dans la gauche la boule du monde. Au côté droit de Y-atrium sont deux pièces exhaussées de deux degrés, où se trouvent quelques restes de peintures. L'entrée du tablinum est flanquée de deux piédestaux qui portaient des bustes ; cette pièce était ornée de charmantes peintures, dont l'une représente Vénus, et l'autre Adonis. Sur les autres panneaux quatre médaillons offrent des têtes de femmes accompagnées chacune d'un Amour. Franchissant le tablinum, dont le fond est entièrement ouvert , on se trouve dans une cour qui ne paraît pas avoir eu de portiques et dans laquelle est une singulière fontaine de marbre blanc : c'est une espèce de petite pyramide du centre de laquelle partait un jet d'eau qui retombait sur quatre petites cascades de marbre, et de là dans plusieurs bassins contenus les uns dans les autres, et de la forme la plus bizarre et la plus inexplicable. La muraille à laquelle est adossée la fontaine est entièrement peinte ; au milieu d'un cadre de festons bachiques est une figure de Diane debout sur un piédestal au milieu d'un bassin où nagent des canards ; le bassin est dans un bocage peuplé de nombreux oiseaux ; on y reconnaît des paons, des grues, ut ibis, des poules, des perdrix, des cailles, des chouettes, etc. Dans cette cour se trouve à droite une sorte d'a/a communiquant avec le xyste, et sur laquelle ouvrent quatre petites chambres dont une était pavée de beaux marbres, un vestibule contenant un escalier, et une cuisine qui a son fourneau , son évier, un petit laraire avec la peinture ordinaire des serpents et du prêtre faisant la libation , et en avant le petit autel de pierre consacré à Fornax. Enfin, au fond de la cour est un exèdre avec un seuil d'albâtre oriental, d'une blancheur et d'une transparence merveilleuse, et un pavé formé

1 Herc. et Pomp. VI, pl. 32.

d'un assemblage des marbres les plus précieux. Au centre est une petite table de marbre blanc portée par un pied cannelé; les peintures sont toutes détruites. Traversant Yala dont nous avons parlé, on trouve un xyste entouré de trois côtés d'une terrasse de lm,20 de hauteur. Sur cette terrasse ouvre à gauche un cabinet dont le pavé est composé de superbes rosaces de porphyre et de serpentin se détachant sur un fond de jaune antique. Les murailles de la terrasse étaient couvertes de peintures peu soignées représentant des arbustes, des oiseaux, et plusieurs figures qui semblent être des esclaves apportant des plats. Au fond du xyste, à l'angle droit, était un portique soutenu par deux piliers carrés; à l'angle opposé est une belle chambre à coucher à deux alcôves, exemple presque unique à Pompéi. Sur sa muraille extérieure, une peinture grossière représente une Bacchanale , et en retour est une assez belle mosaïque, Achille à Scyros reconnu par Ulysse1. Déidamie, qui assiste à la scène, paraît effrayée. Parmi les armes offertes par Ulysse est un bouclier sur lequel est retracée Y éducation d'Achille. L'intérieur, très-richement décoré, présente au milieu d'élégantes architectures plusieurs esclaves et de charmantes figures de divinités parmi lesquelles on reconnaît encore Apollon jouant de la lyre. Au-dessus des peintures est une sorte de frise sans ornements que recouvrait une draperie dont les restes étaient carbonisés et que surmontait une corniche de stuc. Les murs de la chambre étaient doubles, pour mieux préserver de l'humidité.

On descend par trois degrés dans la partie inférieure du xyste; au centre est un bassin rond de marbre inscrit dans une petite enceinte carrée qui était entourée d'un garde-fou soutenu par quatre piliers de marbre, encastrés dans quatre dés qui existent encore. Enfin, au fond du xyste était un grand triclinium d'été pavé en mosaïque , dont le toit à deux versants était soutenu par six colonnes ayant leur premier tiers revêtu de marbre, et la partie supérieure de mosaïques en émaux colorés accompagnés de coquillages. Trois niches, également revêtues de mosaïques, occupent le fond et continrent sans doute des statues. Parmi les objets trouvés dans cette maison, citons une biche de bronze avec son faon, la statuette de marbre d'un enfant endormi tenant un panier qu'une souris vient mettre à contribution 2, un tableau représentant

1 Hkrc. et Pomp. III, pl. 95. Cette mosaïque y est par erreur décrite comme une peinture.

2 1,1. Mil. pl. 3(i.

la Paix, suspendu à un clou, et qui avait été détaché d'une autre muraille peut-être après le tremblement de terre de 63, les fragments d'un bisellium de bronze avec des méandres d'argent, enfin une cassette de bronze avec des instruments de chirurgie et des médicaments. Au coin de la rue de Mercure et près des remparts est la * M /vison de duc d'Aumale, n° 16. (Pl. 49.) Ainsi nommée parce qu'elle fut fouillée en présence de ce prince en 1843. Elle occupe une grande surface, mais paraît avoir été peu décorée; elle n'offre de remarquable qu'un bloc de pierre placé dans Y atrium et creusé pour recevoir un pressoir.

Maison du Méléagre, n° 15. (Pl. 50.) Cette maison, découverte en 1829, est remarquable par la disposition exceptionnelle de son péristyle qui , au lieu de se trouver derrière le tablinum et dans l'axe de l' atrium , est placé à la gauche de celui-ci avec lequel il communique par une large baie que fermaient des portes quadrivalves. Le prothyrum, large de lm,70 et profond de 5m,25, présente au milieu d'arabesques sur fond rouge quatre danseuses, et deux tableaux médiocres dont l'un représentant Méléagre et Alalante auprès de la dépouille du sanglier de Calydon 1 a donné le nom à la maison; l'autre, Mercure donnant une bourse à la Fortune2, est une ingénieuse allégorie du commerce source de la richesse. V atrium est toscan; sur ses murailles étaient deux belles peintures, aujourd'hui au Musée, représentant la Toilette de Paris et d'Hélène, et Thétis recevant de Vulcain les armes d'Achille. Au centre est un superbe compluvium de marbre blanc en tête duquel se trouvent un piédestal de cipollino, d'où l'eau jaillissait d'un masque de bronze dont les restaurations ont fait disparaître la trace, et une magnifique table de marbre blanc soutenue par des griffons, entre lesquels sont sculptées à l'extérieur des cornes d'abondance, et à l'intérieur de petites têtes d'Amours. Sous cette table est une espèce de petite cave de marbre de 0"',30 de profondeur, 0m,47 de largeur et 0"',65 de longueur, séparée en deux par une dalle verticale, et que recouvrait une autre dalle aujourd'hui détruite; elle était sans doute destinée à mettre rafraîchir les boissons. A la droite du prothyrum se trouve une grande salle éclairée par deux fenêtres et peu ornée, dans laquelle est le commencement d'un escalier.

1 Herc. et Pomp. III, pl. 102.

- Ici. III, pl. 9fi. Selon quelques antiquaires cette peinture représente Mercure et Ci/hèle.

256 P0MPE1A.

Le côté droit de Y atrium présente trois chambres à' coucher où se trouvent encore quelques restes de peintures; les sujets les mieux conservés ont été portés au musée : ce sont le Sacrifice d'un satyre et d'une bacchante àPriape; Mercure présentant à Apollon la lyre qu'il vient d'inventer, et le Repas des deux amants. Au fond de l'atrium est le tablinum qui n'a que llm sur /j.m,65 ; il est pavé en opus signinum ; des peintures qui le décoraient, il ne reste que des Divinités marines sur des dauphins ou des hippocampes, et une figure ailée tenant un plateau; deux grandes compositions d'un très-beau style et d'une parfaite conservation, Mars et Vénus et Inachus et Io ont été enlevées pour le musée. Au fond du tablinum est un renfoncement qui dut contenir une armoire, et à la droite une bibliothèque de 7m. 55 sur4m, 35 simplement décorée et pavée enopus signinum; enfin à gauche du tablinum est l'entrée d'un long corridor sous lequel on trouve à droite la porte d'une chambre basse voûtée, ornée de stucs, et qu'une alcôve désigne comme ayant été une chambre à coucher d'été, cubicnlum œstivum. En face de la porte de cette chambre est une entrée sur le péristyle. En continuant de parcourir le corridor, on trouve à droite un escalier et au fond des communs très-étendus. Enfin il existe encore dans Y atrium, à gauche du prothyrum, une jolie chambre pavée en mosaïque noire encadrée de filets blancs, ouvrant sur le péristyle par une porte et une fenêtre. Les murailles offraient sur fond bleu des génies, et deux tableaux aujourd'hui au inusée. Le péristyle est le plus magnifique qui soit sorti des fouilles de Pompéi, tant par son étendue que par la richesse de son architecture; il n'a pas moins de 22'", 80 sur 18'", 70. Le portique qui l'entoure large de 3'", 80 était soutenu par 2ft colonnes surmontées de chapiteaux de fantaisie, et au pied desquelles régnait un large et profond caniveau dont les eaux se réunissaient dans une citerne où l'on puisait par plusieurs ouvertures; un seul puteal en tuf grossier est encore en place. Les murailles étaient ornées de nombreuses peintures ; la plus importante et la mieux conservée, aujourd'hui au musée, présente trois figures de femmes dans lesquelles on croit voir les trois parties du monde connues des anciens1. Parmi celles qui sont restées en place, on reconnaît Apollon, Narcisse, Vénus et l'Amour et une Nymphe couchée. Au centre de Yarea est un très- grand bassin d'une forme analogue à celui du jardin de la

' Hf.rc. et Pomp. III, pl. 104.

villa de Diomède; ses parois en stuc étaient peintes en bleu; sa profondeur est de lm,20; au centre est une colonne creuse qui dut porter une vasque et un jet d'eau ; enfin, du côté qui fait face à l'exèdre est une petite cascade de marbre blanc composée de sept gradins, en haut desquels on voit encore le tuyau de bronze qui y amenait l'eau. Dans l'angle de Varea est déposée une énorme jarre de terre cuite qui contenait encore de la chaux. Au fond du péristyle est un rare- exemple d'un œcus corinthien, c'est-à-dire entouré de trois côtés de colonnes isolées. Celles-ci, au nombre de douze, sont peintes en jaune, tandis que celles du péristyle sont rouges et blanches. Vœcus, pavé en mosaïque blanche et large de 5m,85 sur 6m,40, avait ses murailles ornées de peintures en camaïeu jaune représentant plusieurs danseuses, Vénus et Adonis, et un jeune homme offrant à une bacchante effrayée un serpent entortillé autour d'un bâton recourbé, <¥un pedum, sujet encore inexpliqué et qui est emprunté à quelque trait mythologique resté inconnu aux modernes K

Le soubassement en camaïeu rouge offre des petites figures de Faunes, des paysages et des animaux fantastiques. A droite de Y œcus est une petite pièce sans ornements ; à gauche en est une plus vaste dont au contraire la décoration était d'une grande richesse. Le pavé est une jolie mosaïque blanche et noire ; le soubassement des murailles présente sur fond noir plusieurs divinités marines couchées sur des monstres; au-dessus sur fond bleu sont plusieurs figures isolées, dont un hermaphrodite. Le sujet principal qui occupait le fond de la pièce est presque entièrement détruit. A gauche de cette pièce est un vaste triclinium de 10m,80 sur 5m,20. Le soubassement offre sur fond noir de charmantes figures assises au milieu d'iris. Au fond de la salle, une peinture assez médiocre représentant le Jugement de Paris est placée au-dessus d'une grande Chimère qui semble jouer avec un cor de chasse. Dans une autre peinture nous voyons Achille retiré dans sa tente sollicité par les chefs grecs.

Enfin, à côté du triclinium était une assez jolie chambre à coucher décorée d'arabesques sur fond rouge. On a trouvé dans cette habitation quatorze vases d'argent dont plusieurs d'un poids considérable.

Quatre de ces vases, en forme de calices à deux anses, enrichis de basreliefs et de dorures, paraissent avoir eu une destination sacrée; les autres

Herc. et Pomp. III, pl. loi.

258 POMPKIA.

sont des coupes, de petits vases cannelés, une passoire, un petit seau à anse, etc.

La maison contigué est nommée la

Maison du centaure, n° U. (Pl. 51.) L'habitation désignée sous cenom fut découverte en 1829-1830; elle se compose de deux maisons distinctes, mais réunies entre elles. Après avoir franchi le prothyrum de la plus petite, on trouve un atrium toscan, dans le mur duquel étaient à droite deux portes de communication avec la maison voisine ; l'une d'elles avait été murée dès l'antiquité. A droite du prothyrum est une chambre à coucher ornée de deux corniches en stuc, séparées par des refends peints à l'imitation de marbre; le pavé est un opus signinum, incrusté de petits cubes de marbre blanc régulièrement disposés. L'alcôve, pavée de la même manière, est exhaussée de 0"V20. A côté est un petit cabinet voûté qui fut sans doute une garde-robe. Près de là était un coffre-fort où on trouva treize cuillers d'argent, six petites et sept plus grandes, dont plusieurs avaient pour manche un pied de chèvre. De l'autre côté du prothyrum est une grande chambre également ornée de stucs, qui présente sur Ses panneaux, alternativement rouges et jaunes, des animaux fantastique h, des cygnes, un char traîné par des lionnes et une femme nue debout sur un piédestal Ces deux chambres avaient de petites fenêtres sur la rue. Le côté gauche de Y atrium est occupé par de petites chambres dans l'une desquelles est l'estrade pour le lit. Au fond, à la gauche du tàbÛnum, est une grande pièce très-simplement décorée, qu'un renfoncement carré qui dut servir d'armoire désigne comme un archivium, et à droite est le corridor qui, ainsi que le tablinum, communiquait au péristyle. Celui-ci avait un portique très-étroit soutenu par huit colonnes, réunies par un plùteus ou mur d'appui creusé pour recevoir des fleurs. A gauche est une petite chambre à coucher, puis dans une espèce d'alà un escalier et l'entrée des communs qui avaient une sortie sur la rue du Faune. Au fond du péristyle est Vœèus, où des restes de peinture représentent une femme coiffée d'un diadème auprès de laquelle un jeune homme est introduit par un esclave qui, par son geste, paraU lui recommander la discrétion.

Le prothyrum de la deuxième maison avait à sa gauche une salle d'attente ouvrant aussi sur la rue, autrefois ornée de peintures dont il ne reste qu'une cigogne se promenant au milieu des roseaux. L' 'atrium semblerait plutôt devoir être appelé un second péristyle, car les pièces qui

l'entourent paraissent avoir été toutes consacrées à l'habitation des maîtres; il est soutenu par seize colonnes dont les chapiteaux étaient coloriés. A sa droite est un petit jardin entouré de portiques de deux côtés, et dans l'angle duquel est une citerne. De ce jardin part un petit corridor voûté qui descendait aux pièces souterraines. Du même côté de Y atrium est une enceinte de 1"\50 sur 2m,60, dont le devant est fermé par un mur d'appui de 0m,60, sur lequel on voit encore les traces d'une grille de fer. 11 serait bien difficile de lui assigner une destination certaine ; était-ce un bain, un lieu pour mettre des fleurs ou quelque animal? C'est ce que je n'oserais décider. Il existe dans Pompéi quelques autres exemples de cette disposition. L'exèdre placée au fond du péristyle était pavée en mosaïque noire, dans laquelle sont incrustés des morceaux de marbres variés de forme et de couleurs. Ses murailles présentaient de très-belles peintures aujourd'hui au musée : Déjanire sur un char se tournant vers Alcide et lui présentant son fils Ilus, pendant que Nessus à genoux lui offre de la porter de Vautre côté du fleuve Événe *, et Méléagre et Atalante avec le sanglier de Calydon étendu mort à leurs pieds. Au-dessus est une frise où l'on reconnaît encore des danses bachiques. Au fond de l'exèdre est une large baie avec un appui de marbre ouvrant sur le xyste, et accompagnée de deux niches carrées dont l'intérieur était peint en bleu.

A la gauche de l'exèdre est un triclinium dont le pavé, maintenant enfoncé, offrait au milieu une superbe mosaïque de forme circulaire, de 2m,30 de diamètre, représentant un lion enchaîné par des Amours2. Cette mosaïque, portée au musée, fut découverte en 1829, en présence du roi et de la reine de Sardaigne. Le sol du xyste au milieu duquel était une table de marbre et une petite statue d'Apollon servant de fontaine, reposait sur les voûtes écroulées de salles souterraines entièrement ruinées aujourd'hui, et qui servaient de caves ou d'habitations d'esclaves.

On a trouvé dans cette' maison un buste de Tibère jeune en bronze, deux petites boîtes contenant des pilules, un bas-relief ayant servi d'ornement à un meuble et représentant un triton et une sirène, un beau trépied, une romaine ayant pour poids un Mercure, de superbes candélabres, deux Hermès de Bacchus barbu dont un de rouge antique, une statuette d'Hercule coiffée du bonnet phrygien, tenant un petit chien dans ses

1 Herc. et Pomp. II, pl. 73.

- V, pt 30 mosaïques.

P0MPE1A.

bras, un anneau sur lequel est gravé le mot ave, enfin plusieurs vases de verre et de terre cuite.

Maison de Castor et Polllx. (Pl. 52.) Cette belle habitation (rue de Mercure, nos 40 et 11) fut découverte de 1828 à 1829 ; elle se compose de deux maisons distinctes, séparées par un péristyle qui paraît avoir été commun. La façade sur la rue de Mercure est décorée de refends rouges et blancs séparés par de jolies moulures en stuc; on y trouva sur un des piliers un Mercure tenant mie bourse, dont la présence, jointe à celle du coffre-fort dont nous parlerons plus tard, fit substituer le nom de Maison du Questeur à ceux des Dioscures ou de Castor et Pollux, qui avaient d'abord été adoptés; c'est le dernier qui a prévalu. On lisait aussi sur la façade quelques inscriptions aujourd'hui effacées, mais dont plusieurs ont été publiées ; en voici quelques-unes :

A V L V M VETTIVM F I R M V M AEDTLEM VIRVM BON V M ORAT VT FAVEAT FELIX GVPIT.

« Félix désire et prie que Aulus Vettius Firmus, homme vertueux , le favorise. »

M A R G V M HOLCON1VM PRISCVM AEDILEM DIGNVM REIPVBLIGAE FVSGVS orat.

« Fuscus supplie Marcus Holconius Priscus édile digne de la république. »

CAESELLIVM ERASTVS CVPIT A E D.

« Eraste désire que Cœsellius soit édile. »

La première habitation (n° 10) est la plus modeste ; on y entre par un pro-

Plan de la Maison de Castor et Pollux.

thyrum 1 large de 4m,75 et profond de Sm,75. Après l'avoir franchi, on se

MAISONS ET BOUTIQUES. 261 trouve dans un atrium toscan A A A A de 10m sur 8n',20, ayant au centre un compluvium de pierre B. A la droite du prothyrum et ouvrant sur Y atrium est une cuisine 2 munie de son fourneau, au-dessus duquel se trouve dans l'angle la peinture ordinaire des deux ser pénis protégeant F autel deFornax. La cuisine est éclairée sur la rue par une petite fenêtre, ainsi qu'une espèce d'office 3 à la suite, dans lequel venaient s'écouler les eaux potagères, et où se trouvait un escalier conduisant à une chambre placée au-dessus, éclairée par trois espèces de meurtrières, et communiquant avec une autre pièce qui s'étendait au-dessus de la cuisine. A droite de V atrium sont trois chambres à coucher h, 5, 6. La première seule avait une petite fenêtre donnant sur la ruelle de Mercure ; elle était décorée de peintures fort simples avec une corniche en stuc. On y trouva un assez grand nombre d'objets, dont plusieurs grands vases de bronze avec des bas-reliefs incrustés d'argent, un vase à encens, acerra, trois patères, un candélabre à trois pieds, un strigile, une balance, une petite hache en fer, etc. Les deux autres chambres étaient un peu plus élégantes. A gauche du prothyrum est une jolie petite chambre 7 destinée aux hôtes. Le côté gauche de Y atrium ne présente qu'un mur percé d'une porte 8 ouvrant sur le péristyle. Au fond de Y atrium est un petit tablinum C de 3m,20 sur 3m,10, pavé en opus signinum, et dont la décoration est presque entièrement détruite. A sa gauche est une petite pièce 9 que l'entaille pratiquée dans le mur pour le dossier du lit fait reconnaître pour une chambre à coucher. A droite du tablinum, un large passage 10 donne accès à une grande pièce D qui fut évidemment un triclinium ouvrant sous un portique E E E qui entourait un petit jardin F de deux côtés seulement. A la gauche du portique se trouvent un cabinet 11 et trois petites chambres 12, 13 et lli. Un passage 15 conduisait dans un grand espace G qui, ouvrant par une large baie sur la rue du Faune, doit avoir été une cour servant de remise et contenant sans doute aussi une écurie. Dans toute cette partie de l'habitation il n'existe aucune peinture ayant quelque importance, soit par son sujet, soit par sa conservation. Franchissant la porte 8, on se trouve dans la partie qui était commune aux deux habitations. D'abord se présente un grand péristyle HIJK de 21m de long sur 12m,50 de large. Le portique est soutenu aux quatre angles par autant de piliers en équerre , à chacun desquels sont appliquées deux demi-colonnes, et en outre des deux grands côtés H J et I K, par quatre colonnes dont les cannelures, remplies

et peintes en rouge jusqu'au tiers de la hauteur, sont blanches dans les deux autres tiers, et surmontées de chapiteaux de fantaisie. Le portique a des trois côtés HJ, JK, et RI, une largeur de 2m,60; du quatrième côté, devant l'exèdre, cette largeur est de l\m. Le pavé est en mosaïque; les murs étaient décorés de riches peintures dont plusieurs sont encore con-

Péristyie de la Maison dp Castor et Pollux.

servées. La première qui se présente à droite en entrant^par la porte 8 est un héros armé du bouclier et de la lance,- un petit tableau représentant un perroquet, des pigeons morts, des œufs et des fruits, le sépare d'une autre figure de héros debout auprès d'un cheval, dans laquelle il est facile de reconnaître un des Dioscures qui avaient donné à la maison son premier nom it

Presque en face, sur le pilier qui soutient le portique au S.-E, est une jolie caricature bien conservée représentant un nain qui fait danser un singe 2. Au côté gauche du tablinum, sous le portique, est un médaillon qui paraît représenter un poète lisant, des vers à une jeune femme. Au côté de la porte 22 qui communique avec la troisième partie de l'édifice, on trouve une Vénus céleste, vêtue d'une longue robe bleue couverte d'étoiles d'or, portant une couronne sur la tête et s'appuyant sur un sceptre et un gouvernail, près duquel un Amour se tient debout sur un piédestal 3. De l'autre côté de la porte est une bacchante k, puis un petit tableau représentant dans le bas un pigeon de grandeur naturelle tirant un épi d'une corbeille, et au-dessus deux petites antilopes couchées d'une parfaite conservation. Un Méléagre partant pour la chasse est suivi d'un petit cadre con-

1 Herc. et Pomp. ÏII, pl. 115.

2 Td. V, pl. 36.

s M. IV, pl. 51.

4 M. IV, pl. 202.

tenant deux poules d'eau, et une perdrix rouge morte à côté d'un panier de figues. Sous le portique JK, il ne reste parmi les sujets de figures qu'une femme portant le doigt à la bouche pour recommander le silence, mais on y voit encore plusieurs petites compositions représentant un cygne, et au-dessus une corbeille de fruits et de champignons, un pigeon et des vases à.boire, et un porc blanc mort, qu'on est assez étonné de voir représenté dans ce pays, où ces animaux sont tous noirs1. En retournant vers la porte 8 on trouve, après deux sarcelles vivantes pendues par les pattes, le lieu où existait le second Diosciire aujourd'hui au musée.

Dans Varea, autour de laquelle règne un caniveau de ciment dont les eaux venaient se réunir dans le bassin dont je parlerai tout à l'heure, sont un petit compluvium L sans décoration aucune, et en avant du tabiinum, le grand bassin M de 2"' de profondeur sur km,hQ de large et 5"', 50 de longueur, au centre duquel s'élève une colonne d'où sortait un jet d'eau du milieu d'un groupe de plantes aquatiques, de grenouilles et de lézards, le tout sculpté en marbre blanc. A 0m,75 de la surface existe un écoulement pour le trop-plein. A l'angle N.-O. du péristyle est une petite pièce 23 pavée en mosaïque, voûtée, sans fenêtres et ornée d'arabesques sur fond noir et de jolies moulures en stuc blanc. Au fond de ce même péristyle est l'exèdre N, grande pièce de 10"1 sur 7m,50; cette salle ne conserve plus aucune trace des riches ornements qui durent la décorer, mais tout annonce que le soubassement était revêtu de plaques de marbre maintenues par des crampons de bronze dont quelques-uns ont encore été trouvés en place. A la droite de l'exèdre sont deux pièces 4 6 et 17 qui durent être destinées à renfermer des archives et une bibliothèque. Derrière l'exèdre, avec laquelle il communique par deux portes, se trouve un corridor OP dans lequel est une porte dérobée, un poslicum 18 ouvrant sur la rue du Faune ; sur son seuil on trouva le squelette d'une femme portant dans un sac de toile cinq bagues en or, cinq pierres gravées, plusieurs monnaies en argent et en bronze, un petit flacon de cristal et deux pendants d'oreilles en forme de balances.

A l'extrémité du corridor 0 P existent deux petites chambres 19 et 20 communiquant par un passage 21 et ayant dû servir d'habitation à des esclaves.

1 On trouve des porcs blancs en Çalaftre

Par la porte 22, on entre dans Y atrium Q R S T de la seconde habitation ; on y arrivait également de la rue par un prothyrum 24, long de 3m,60 et large de 2m, décoré de peintures dont il ne reste qu'un Amour sur fond jaune et quelques plantes au-dessus desquelles voltige un oiseau. Sous le prothyrum ouvre la loge du portier 25. V atrium a 11", 15 sur llm,40 ; son portique large de 2m,80 dans tout son pourtour, excepté dans le renfoncement rectangulaire en avant de la porte 22 où il n'en a pas moins de cinq, était soutenu par 12 colonnes dont la moitié inférieure pleine est peinte en rouge et qui entourent un compluvium U à gauche duquel se trouve un petit puteal 26 cannelé et en pierre calcaire. Les murailles de Yatrium étaient ornées de peintures dont il ne reste en place qu'un Héros et une Victoire dont le bouclier porte les lettres S G. Plusieurs autres peintures ont été portées au musée. A la droite de Yatrium se trouvent deux cabinets 27 et 28 dont la décoration excessivement simple semble indiquer des chambres d'esclaves. A gauche du prothyrum, une jolie chambre 29 élégamment ornée de peintures, présente au milieu d'arabesques une danseuse, un génie tenant une torche, et deux personnages, l'un appuyé sur un arc, l'autre passant son carquois à ses épaules. La moitié de la surface de cette salle est occupée parmi massif élevé de 0m,ll sur lequel reposait le lit; une petite porte murée dès l'antiquité avait communiqué avec le cabinet 30 qui paraît avoir été une latrine. A côté de ce cabinet et à gauche de Yatrium est une grande chambre à coucher 31 qui n'a conservé de ses riches peintures que quelques arabesques et les vestiges d'un tableau représentant Narcisse se mirant dans la fontaine. A la suite, se présentent deux chambres plus petites 32 et 33 dont la première n'a de remarquable que les deux entailles faites dans le mur pour placer les dossiers du lit ; la seconde a un pavé de mosaïque blanche très-bien conservé entouré d'une charmante grecque noire, verte, rouge, jaune et blanche; au soubassement étaient des plantes peintes sur fond noir. On trouva dans cette chambre le squelette d'une femme. A la suite se présente Yala 34, à l'entrée de laquelle sont deux massifs de maçonnerie sur lesquels posaient deux coffres-forts de bois, doublés de cuivre, cerclés de fer et garnis de leurs serrures et de nombreux ornements en bronze. Dans une de ces caisses on trouva 45 monnaies d'or et 5 d'argent, et dans l'autre un petit buste de la Fortune et un bas-relief en bronze représentant un chien couché.

Au fond de Y atrium est un beau tablinum Y de 5n,,30 sur /j.m,80 entièrement ouvert et ayant dû être fermé par des rideaux, cortiîiœ; il est pavé en mosaïque blanche encadrée d'un filet noir. De ses nombreuses peintures, il ne reste que deux groupes de Bacchantes et de Faunes, et trois Muses, Thalie, Euterpe et Melpomène 1, quatre génies ailés, et Ganymède enlevé par l'aigle de Jupiter. Les peintures principales ont été portées au musée; elles représentent la Colère d'Achille, Achille reconnu par Ulysse, Ulysse mendiant secouru par Eumée, enfin deux groupes de Bacchantes qui faisaient pendants aux premiers. A la droite du tablinum est une pièce X qui ouvrait par une large fenêtre sur le portique du xyste, et qui dut tenir lieu de l'exèdre qui n'existe pas ici à sa place ordinaire ; cette salle est pavée en mosaïque ; ses peintures ont malheureusement beaucoup souffert; on y reconnaît cependant encore de petits médaillons contenant des Amours dansant et jouant de divers instruments, Thétis portant les armes d'Achille, et deux grandes compositions : l'une représente Thétis plongeant Achille dans les eaux duStyx2, l'autre un personnage armé d'un sceptre, assis sur un trône et paraissant repousser des présents.

A gauche du tablinum est un corridor 35 où se trouve un escalier 36 conduisant à l'étage supérieur, et la porte d'une jolie pièce 37 ornée de peintures et de stucs, et qui, ouvrant sur le xyste par une fenêtre à appui de marbre, dut être un cabinet de repos et d'étude. Ses principales peintures étaient Narcisse qu'un Amour s'efforce de détourner de sa passion insensée et un Faune donnant une grappe de raisin à un enfant. Ces deux peintures ont beaucoup souffert, mais il n'en est pas de même de celle qui fait face à la fenêtre; celle-ci a été conservée par les volets dont on l'a recouverte à cause de l'obscénité du sujet. Derrière le tablinum régnait une large galerie ou pergula Y Z W soutenue par sept colonnes d'ordre dorique dans la partie inférieure desquelles on voit encore jusqu'à lm,15 du sol les entailles qui reçurent une grille à hauteur d'appui dont existent encore quelques restes; cette galerie entoure de deux côtés un xyste a fermé des deux autres par un mur partagé en panneaux par des colonnes engagées. Sous le portique, en face du corridor 35, se trouvent un puteal d et à côté une belle table de marbre e portée par des consoles terminées par

1 Herc. et Pomp. IV, pl. 114.

* l'd. III, pl. 141.

des griffes; la tablette est ornée de deux petites têtes de lion. Sur le mur méridional se voient encore deux peintures : l'une fort grande représente une prêtresse tenant d'une main une torche, et de Vautre une patère; debout sur les marches d'un temple, elle paraît s'apprêter à faire des libations sur un autel qu'un Hermès voisin désigne comme consacré au dieu de Lampsaque; sur le second plan est un homme tenant un panier et péchant à la ligne l. L'autre peinture, plus petite et d'un meilleur style, représente Phèdre et Hippolyte ou Jason et Hypsipyle 2. Sur le mur du fond du xyste on trouve entre les demi-colonnes des peintures analogues à celles que nous avons vues dans le jardin de Salluste, et un charmant petit laraire c. Enfin sur la muraille septentrionale, qui ne paraît pas avoir eu de peintures, on lit en lettres rouges de 0'",35 de hauteur le mot PRO- SALVE. A la même extrémité de la galerie Y Z est le triclinium b, pièce de 8m,70 sur 3"\60, qui dut être éclairée par le haut; on y voit encore les restes de peintures représentant Hector reprochant à Paris sa mollesse, et Vénus auprès d'Adonis; le pavé était un opus signinum dans lequel étaient encastrés des morceaux de marbre de différentes formes. Près de la porte du triclinium est l'entrée d'un petit vestibule 38 où se trouvent à droite un puits, et au fond une chambre 39 assez vaste, éclairée par une fenêtre donnant sur le xyste, et que précède un renfoncement liO qui dut contenir une armoire; dans le vestibule, en face du puits, est l'entrée d'une cuisine liï où existent encore une pierre d'évier, un fourneau, un escalier conduisant à l'étage supérieur, et dans l'angle les restes d'un petit laraire; enfin, à la suite de la cuisine est une pièce 42 pavée en briques de champ et sous laquelle s'étend une cave. Parmi les objets trouvés dans cette maison, un des plus précieux est un superbe ex-voto de bronze en forme de croissant, présentant au milieu l'aigle de Jupiter tenant la foudre, et aux extrémités les têtes de Minerve et de Junon.

Citons encore parmi les peintures qui décoraient cette belle habitation une Médée s' apprêtant à tuer ses enfants 3 , une Ceres 4 et quatre charmants Amours sur des chars traînés par des chèvres ou des biches 5.

« Herc. et Pomp. Vllï, pl. 24-:

2 Id. III, pl. 100.

3 Id. II, pl. 103.

'< Ibid. IV, pl. 50.

N 6 Nous avons reproduit l'un de ces jolis groupes, page 24.

Suivant la ruelle de Mercure on trouve au coin de la rue du Faune la Maison du Labyrinthe. (Pl. 53). Cette maison, comme la plupart des grandes habitations de Pompéi, avait un double atrium, l'un fort simple habité par les esclaves, fréquenté par les clients de second ordre et conduisant aux communs ; l'autre très-riche réservé pour le maître et les personnes considérables. Tous deux avaient leur entrée sur la ruelle de Mercure, bien peu digne de cette splendide habitation. On entre dans la partie principale de la maison par un prothyrum 1 aux côtés duquel sont

Plan de la Maison du Labyrinthe.

à droite une loge de portier 2, à gauche une petite chambre 3. L'atrium est tétrastyle et d'ordre corinthien. Au fond du compluvium est une table de marbre derrière laquelle est une citerne. La première pièce à droite h n'avait qu'une décoration très-simple; son pavage en opus signinum et l'embouchure d'un évier qui s'y trouve semblerait indiquer une buanderie qui eût été ici placée assez singulièrement. A la suite vient une petite chambre à coucher 5 avec son estrade surélevée. En avant de cette chambre et sous le péristyle est encore un coffre-fort 6 rempli de lapillo, mais dont le bois et le fer sont assez bien conservés. Tient ensuite une ala 7 qui est répétée en face 8. En avant de cette seconde ala est la porte d'une grande pièce 9 ouverte dans toute sa largeur et à hauteur d'appui sur le péristyle. Un corridor 10 communique avec le second atrium; il en est de même de la chambre 11 qui quoique servant de passage fut une chambre à coucher ainsi que l'indique l'entaille qui existe dans la muraille pour le dossier

du lit ; dans cette chambre est une peinture médiocre , Paris, Hélène et l'Amour. La chambre 12 n'offre rien de remarquable. Au fond de Y atrium est le tablinum 13 ouvert par une large baie sur le péristyle et décoré de refends en stuc ; il est pavé en mosaïque blanche avec une large grecque de couleur au seuil , et un carré du même genre au centre. A la droite du tablinum est le corridor 1/j. dont la partie supérieure présente une petite fenêtre fermée par une plaque de terre cuite percée de six petites arcades ouvrant sur le péristyle et ressemblant absolument à l'entrée d'un colombier.

Lucarne en terre coite.

On a trouvé à Pompéi une assez grande quantité de lucarnes de ce genre. A droite du corridor est une chambre 15 qui put être une bibliothèque.

Le péristyle ab cd, large de 23m,20, long de 26m,50, était entouré d'un portique de lim de largeur soutenu par trente colonnes doriques de briques revêtues de stuc. Ses murailles latérales a b et c d sont ornées de pilastres fort simples entre lesquels il ne reste plus aucune trace de peinture. Au fond du péristyle, on trouve à droite une belle chambre à coucher 16 avec son alcôve décorée de petites têtes de femmes et d'Amours, et de nains monstrueux peints dans de petits panneaux carrés alternativement jaunes, verts et rouges ; le pavé est une mosaïque à damier. A côté est un œcus corinthien 17 pavé en mosaïque et en marbres rapportés, et décoré de six colonnes cannelées; sa profondeur est de 6n,,70, et sa largeur de 6m80. Il reste peu de choses des peintures qui le décoraient ; on y distingue cependant encore un temple monoptére au centre duquel est suspendu un lustre de bronze porté par un cygne, puis quelques vases, et des perdrix et des pigeons pendus par les pieds. Au fond de Y œcus se trouve l'entrée de deux cabinets 18 et 19 dont la décoration n'offre rien de remarquable. C'est dans le pavé du joli cabinet d'étude 20, au centre d'un labyrinthe, que se trouve une mosaïque très-fine de 0m,40 en carré, représentant Thésée combattant le Minotaure. Viennent ensuite deux très-grandes pièces 21 et 22 dont l'une dut servir de triclinium ; il est probable que ce fut la première dont le pavé en mosaïque de couleur est beaucoup plus riche ;

derrière est une petite chambre d'esclave 23 qui ouvrait par une petite fenêtre sur la pièce 22. Enfin, au côté b c du péristyle on voit un puieal 24 et dans l'angle b la pièce 25 ouverte de tous côtés, et dont il serait difficile de préciser la destination.

Revenons maintenant à la partie la plus simple de l'habitation : on entre par un prothyrum 26 dans un atrium toscan à la droite duquel est une pièce 27 dans laquelle est un escalier, et où l'on a trouvé un assez grand nombre d'amphores de formes variées qui ont été laissées en place. A côté de la porte de cette salle sous le portique est un massif de pierre 28 qui porta un coffre-fort dont il reste encore quelques parties adhérentes à la muraille. A la gauche de Patrium , un procœton 29 précède une grande chambre à coucher 30. La chambre 31 conserve encore en partie les jolies peintures dont elle était décorée ; l'une représente Y Enlèvement d'Europe, et l'autre Ariane abandonnée. Suit une ala 32 pavée en mosaïque blanche et noire. La pièce 33 a pu servir de logement à un esclave dont le dessous d'escalier formait l'alcôve. Par la porte 34 à la gauche de laquelle se trouve cet escalier, on entre dans une sorte de vestibule 35 sur lequel ouvrent trois pièces 36, 37, 38 ayant servi à la cuisine et à ses dépendances, une petite chambre 39, et un grand corridor 40 conduisant à la boulangerie et aux bains. La boulangerie 41 contient trois moulins, quatre cuves de terre cuite, une pierre d'évier au-dessus de laquelle sont représentés un fleuve , le serpent symbolique et quatre divinités parmi lesquelles on reconnaît Vénus Céleste. Enfin le four, derrière lequel sont plusieurs pièces 42, 43, 44 ayant dû servir de magasins de bois et de farine , offre à sa gauche une salle 45 contenant un puits et une table qui dut servir à la manutention du pain. Dans l'angle de la boulangerie est l'entrée d'un petit bain complet. Une petite pièce 46 accompagnée d'un cabinet et ayant servi tfapodylerium est suivie de deux pièces 47 et 48 qui recevaient la vapeur chaude amenée par des conduits de terre cuite. La première , qui conserve encore de jolies décorations en stuc, était le tepidarium ; la seconde enfin était le ealdarium, qui, ainsi que nous l'avons vu aux bains publics, se termine par une niche dont le cul-de-four en coquille est percé d'un œil de bœuf qui se fermait par une soupape. Au côté opposé est un renfoncement carré qui dut contenir Yalveus pour les bains chauds.

Revenant au carrefour formé par la rue et la ruelle de Mercure, on trouve à l'angle de gauche, en face de la fontaine, le

Lupaîsau, ev° 9> (Pl. 54V) D'abord se présente une taverne avec son comptoir en maçonnerie revêtu de marbres précieux de diverses espèces, parmi lesquels on remarque sur le devant une belle plaque de porphyre vert. Dans ce comptoir sont encastrées trois urnes de terre cuite, et non pas de plomb, comme l'ont répété toutes les descriptions de Pompéi; à son extrémité est un petit gradin de marbre qui servait à exposer les comestibles , et sans doute aussi les vases de verre et les tasses. Dans l'angle à droite est le fourneau où l'on préparait les aliments et les boissons. La peinture ordinaire des deux serpents ornait la paroi ; mais elle n'existe plus. Au fond de la boutique sont deux portes : l'une à droite conduit dans un premier cabinet, une espèce d'antichambre sur les murailles de laquelle sont peints deux chars à quatre roues chargés de vin; l'un est traîné par une paire de bœufs, en tête desquels se tient le bouvier armé de son aiguillon ; on est occupé à décharger l'autre. Audessus était représentée une fenêtre presque entièrement effacée aujourd'hui, et de laquelle sort un panier suspendu au bout d'un bâton K Dans cette antichambre se trouvaient deux portes, l'une ouvrant sur la maison voisine , dite des Cinq-Squelettes, l'autre donnant accès à une petite salle réservée aux buveurs. La présence de cette communication existant entre un lieu semblable et une maison qui paraît avoir appartenu à un personnage aisé , ne peut s'expliquer que par la supposition que ce propriétaire peu scrupuleux faisait vendre ses denrées dans la taverne, et, afin d'en tirer un plus grand profit, fermait les yeux sur les honteux moyens employés pour y attirer les chalands. Peut-être aussi était-il lui-même le Leno, le chef de l'établissement. Le petit salon dont nous avons parlé est orné de peintures médiocres représentant des Amours et deux sujets, Polypliemc et Galathée et Vénus péchant à la ligne. Au-dessous de ces compositions sont deux frises représentant d'un côté une chasse, de l'autre un ours attaché à un poteau et cherchant à s'élancer sur un cerf qu'un chien semble vouloir défendre.

La porte à gauche de la taverne donne accès à une pièce de /f ', 80 sur 2m,30 ayant une porte dérobée sur la ruelle de Mercure. Les peintures grossières qui décoraient ce lieu indiquent évidemment qu'il était destiné

1 C'est encore aujourd'hui le procédé employé par les ménagères de Naples pour recevoir les provisions sans descendre les escaliers.

aux plus honteuses débauches; elles étaient au nombre de treize, ayant chacune 0"',40 en carré; les plus obscènes ayant été effacées, il n'en reste que cinq représentant des hommes remplissant des amphores à une grande outre placée sur un char dont on vient de dételer des mulets l\ un valet versant à boire à un soldat, au-dessus duquel est gravée à la pointe cette inscription :

DA FRIGIDVM PVSILLVM

« Donne un peu d'eau froide. »

des joueurs de dés, des buveurs, et enfin deux hommes attablés avec deux femmes coiffées du capuchon, du cucullus"1 dont se servaient les débauchés clans leurs expéditions nocturnes 3. Au-dessus de leurs têtes , à un grand roseau suspendu au plancher, sont attachés divers comestibles, parmi lesquels on reconnaît des saucissons et divers fruits.

Ainsi que je l'ai dit, le lupanar paraît avoir dépendu de la maison voisine avec laquelle il communique; celle-ci est désignée sous le nom de

* Maison des Cinq-Squelettes, n° 8. (Pl. 55.) Dans cette petite habitation on trouva en effet les restes de cinq malheureux, avec des bracelets, des anneaux d'or et des monnaies de divers métaux qu'ils avaient cherché à emporter dans leur fuite. Dans une chambre à gauche est une peinturemédiocre représentant Hector écoulant les prédictions de Cassandre assise dans un temple au-dessous d'un trépied où repose Apollon lui-même.

* Maison de Pomponius, n° A. (Pl. 56.) Dans son atrium sont les débris d'un petit moulin à huile semblable à celui que nous avons vu dans l'une des chambres du quartier des soldats; par un escalier, elle avait une sortie sur la rue du Faune. A côté est la

Maison de l'Ancre, n° 3. (Pl. 57.) Cette maison doit son nom à une ancre représentée sur son seuil en mosaïque blanche et noire. Quelques auteurs lui donnent celui de maison d'Amyinane et Neptune , emprunté à une peinture assez médiocre A qui existe dans la pièce à droite du prothyrum. Deux autres compositions décoraient la même salle, mais elles

1 Herc. etPoMP. III, pl. 126.

2 ïd. III, pl. 12G.

:' Un Priape en bronze, trouvé à Abbeville et que j'ai publié dans mon Introduction a l'Histoire de France, Pl. 31, est vêtu de ce mémo cucuUe.

4 Herc. et Pomp. H, pl.'fâ.

sont presque entièrement effacées; on y reconnaît cependant encore un Satyre découvrant une Nymphe endormie, sujet si souvent reproduit à Pompéi. Le cabinet de l'autre côté du prothyrum conserve aussi quelques peintures. L 'atrium est toscan et pavé en mosaïque; on y voit encore scellé dans un massif de pierre, le fond d'un coffre-fort. A la droite du tablinurn est un escalier descendant dans un vaste péristyle de niveau avec la rue du Faune. Ce péristyle, découvert en février 1830, est entouré de piliers entre lesquels sont des niches ou plutôt des arcades fermées contenant des piédestaux qui durent porter des bustes. A son extrémité méridionale est un beau laraire orné de deux colonnes et placé entre deux grandes niches de rocailles, qui sans doute servaient de fontaines. Les arcades étant fermées ainsi que je l'ai dit, le portique du péristyle était du nombre de ceux qu'on appelait crypto-portiques ; il était surmonté d'un second portique de niveau avec l'habitation, et soutenu alternativement par des colonnes et des piliers sur trois côtés, et par des colonnes seulement au-dessus du laraire. A l'extrémité opposée, sous la galerie supérieure, se trouve l'entrée de trois salles voûtées dont l'une fut unè éeurie et conserve encore la mangeoire. Une large porte praticable pour un char ouvre sur la rue du Faune. Du côté de l'ouest, plusieurs pièces souterraines avaient leur entrée sous le crypto-portique.

Continuant de nous diriger vers le Forum par la rue de Mercure, nous trouvons, près de l'arc de triomphe (Pl. 38) que nous avons déjà vu et au coin de la rue de la Fortune, la

Maison du Navire (del Naviglio), n° 61. (Pl. 58.) Cette maison, ainsi nommée à cause d'une trirème ou galère qui est peinte sur le pilier d'angle, près d'une boutique où, selon toute apparence, on vendait des objets à l'usage de la marine , est aussi désignée sous les noms de maison des Bacchantes, de Zéphire et Flore, et de Cérès, empruntés aux peintures qui y ont été trouvées. :

L'entrée principale est sur la rue de la Fortune, mais deux portes dérobées ouvrent en retour sur la rue de Mercure. Cette maison, découverte de 1825 à 1827, présente, après un prothyrum ou vestibule orné de jolis groupes de vases et d'oiseaux peints sur ses parois, un atrium assez bien conservé pour qu'on puisse reconnaître que la maison avait deux étages ; les murailles sont en effet au nombre des plus élevées de Pompéi. Cette habitation était enrichie d'un grand nombre de peintures dont les

MAISONS ET BOUTIQUES. 273 plus remarquables étaient les figures assises de Jupiter, de Bacchus, de Cybele, de Cérès et de Mercure, une Apothéose figurée par un Génie emportant une jeune femme sur ses ailes, deux jeunes héros qui peuvent être les Dioscures, Zéphire et Flore qu'on appelle aussi Zéphire et Chloris, enfin de beaux groupes de Faunes et de Bacchantes K Parmi ces peintures,' les principales sont au musée, d'autres n'existent plus, et il ne reste en place que le Jupiter fort effacé et les deux Dioscures.

En tête du compluvium est un puits qui était grossièrement incrusté de mosaïques représentant des griffons, des masques et autres objets; il est couvert d'une dalle de marbre africain qui fut trouvée brisée.

Dans le xyste est un petit triclinium d'été qui dut être, suivant l'usage abrité d'une treille. Le triclinium d'hiver était une grande pièce pavée en mosaïque et décorée de riches peintures. On y reconnaît encore les restes d'un tableau offrant une femme présentant un enfant coiffé d'un bonnet phrygien à un personnage assis dont on ne voit plus que les jambes, mais qu'une massue et un carquois font reconnaître pour Hercule^. Aucune des explications données jusqu'à ce jour ne nous paraissant admissible, qu'il nous soit permis d'émettre une nouvelle conjecture : peut-être l'artiste a-t-il voulu représenter V Apothéose d'Hercule reçu au ciel par Iris et Ganymède.

Dans une chambre à droite de V atrium, on a trouvé quatre cercles de fer qui avaient entouré des roues dont le bois était entièrement décomposé.

A l'angle formé de l'autre côté de la rue de la Fortune par la rencontre de la rue du Forum , est le

Temple de la Fortune (Pl. 1, page 63).

Suivant la rue du Forum, on trouve à gauche, en face de l'une des entrées des Thermes, la

* Maison de Bacchus (Pl. 59), qui doit son nom à une grande peinture qui la décorait ». Une autre composition non moins remarquable représentait Mars et Vénus ou plutôt Vénus et Adonis*. Cette maison, convertie en bureaux pour la direction des fouilles, n'offre plus rien de remarquable.

1 Herc. et Pomp. II, pl. 75; IV, pl. 52, 53, 54, 55, 56, 57, 58, 59, 60 et 106.

2 Herc. et Pomp. II, pl. 60.

3 Herc. et Pomp. II, pl. 69.

4 Herc. et Pomp. III, pl. 139.

274 POMPEiA.

Continuant de parcourir la rue du Forum, on trouve au pied du grand arc de triomphe et au coin de la rue des Augustals, la

Boutique du marchand de vins (Pl. 60). Cette boutique est inconnaissable à un bas-relief de terre cuite qui existe sur un de ses piliers et qui représente deux hommes portant une amphore suspendue à un bâton K Revenant au carrefour et tournant à droite dans la rue de la Fortune, on trouve, immédiatement derrière le temple de cette divinité, la

* Maison des moules de terre cuite {délie forme di creta), n° 2. (Pl. 61.) On y a en effet trouvé plusieurs moules de ce genre, aujourd'hui au musée. On y voit encore quelques peintures médiocres, l'Enlèvement d'Europe, Narcisse, des Amours, etc.

Maison de la Muraille Noire {délia parete nera) , n° 4. (Pl. 62.) Cette maison, découverte de 1832 à 1833, doit son nom aux charmantes peintures sur fond noir qui décorent l'exèdre. Les principales de ces compositions sont des sacrifices à Priape, à Minerve et à Junon, et un petit Amour cherchant à s emparer d'un panier que porte une jeune fille ailée. Dans le triclinium, à gauche de l'exèdre, on voit Apollon jouant de la lyre en gardant les troupeaux d'Admete,- un pâtre paraît l'écouter avec admiration. Le tablinum et la pièce voisine ont leurs pavés de mosaïque presque intacts; on doit regretter qu'il n'en soit pas de même de leurs peintures.

Maison des Chapiteaux a Figures (capitelli figurati), n°6. (Pl. 63.) Elle a pris cette dénomination des belles têtes de Faunes et de Bacchantes sculptées sur les chapiteaux des pilastres de la porte d'entrée. Près du compluvium est une large ouverture qui dut être fermée par une dalle, et qui permet de se rendre compte de la disposition de la citerne dans laquelle on puisait par un puteal de marbre. Le pavé du tablinum présente au centre une superbe rosace de mosaïque blanche et noire , et sur le seuil une guirlande de pampres. Contre le pilier qui sépare le tablinum du corridor communiquant au péristyle est le massif en maçonnerie sur lequel reposait le coffre-fort, Le péristyle est très-beau , et entouré de trois côtés de portiques soutenus par quatorze colonnes ioniques; le quatrième côté est fermé par une muraille avec des demi-colonnes en saillie portant encore une partie de l'entablement de stuc. Un laraire est adossé à cette muraille.

i Voy. la lettre en tète du chapitre

MAISONS ET BOUTIQUES. iT:> Derrière cette maison, dont elle dépendait, est, sur la rue des Augustals, la demeure d'un pâtissier. On y a trouvé quelques peinture! et plusieurs de ces petits moulins qu'on nommait pistrillœ et qu'un seul homme suffisait pour mettre en mouvement. Le four qu'on y voit encore est d'une forme particulière; c'est un véritable four à réverbère composé

Four à réverbère.

de deux cavités superposées; le feu se mettait dans la cavité inférieure, et la chaleur se répandait par une ouverture dans la cavité supérieure où l'on déposait les gâteaux. Deux de ceux-ci ont été trouvés et portés au musée de Naples : l'un est une sorte de couronne, et l'autre a presque la forme d'une brioche.

En face, de l'autre côté de la rue de la Fortune, est la Maison du Faune, n° 55. (Pl. 64.) Cette maison, découverte en 1830 en présence du fils de Gœthe, fut entièrement déblayée dans l'espace de deux années; elle est une des plus vastes, et, surtout pour les mosaïques , la plus richement décorée de toutes celles de Pompéi. De même que la maison de Pansa, elle occupe une île entière, formant presque un rectangle régulier de 80'" de long sur 35'» de large. La quantité considérable d'amphores qu'on y a trouvées, les emblèmes bachiques qui s'y présentent de toutes parts, semblent indiquer que son propriétaire faisait un important commerce de vins, auquel il devait sans doute son opulence. Les amphores portaient des incriptions grecques ou latines.

Cette habitation présente sur la rue de la Fortune deux prothyrum 1 et 2, ouvrant sur deux atrium distincts A B C D et FG H I, et quatre boutiques 3,' II, 5 et 6. La première avait une arrière-boutique 7 et communiquait avec V atrium ABCD par deux portes aujourd'hui murées, dont l'une donnait directement dans ï atrium et l'autre dans l'arrière-boutique. La boutique k, dans laquelle est l'embouchure d'une citerne ouvrait aussi sur Yatrium. La boutique 5 est isolée et contient un escalier qui conduisait à une

276 PO M P El A.

chambre placée au-dessus ; enfin la boutique 6 ouvrait sur le prothyrum 2 par un petit escalier dont le palier était formé pas un massif d'amphores noyées dans la maçonnerie, genre de construction dont on rencontre de nombreux exemples à Pompéi. Mazois pense qu'il est possible que quelqu'une des boutiques 3, II et 6 ait pu servir d'antichambre, tandis que les autres étaient destinées au commerce de vins du propriétaire. Dans le trottoir de la rue, en avant du prothyrum 1, est incrusté dans de Yopus signinum le mot have, écrit en grandes lettres de mosaïque, composées de carrés longs de marbres rouge, jaune, blanc et vert. La porte est, comme

à l'ordinaire, accompagnée de deux pilastres; sa largeur est de 2m,90. Le prothyrum, profond de 5ra,45, était divisé en deux parties inégales par une seconde porte ; la plus petite comprise entre les deux portes et voisine de la rue était sans ornements et restait probablement ouverte dans la journée. On entrait dans la seconde partie du prothyrum en gravissant deux degrés, dans lesquels on voit encore entaillée la place des gonds et des verrous. Le pavé est un plan incliné montant vers la cour ; il est formé d'un assemblage de petits triangles de marbres blanc, noir, rouge, jaune et vert. Les murailles, comme toutes celles de l'habitation , présentent des refends en stuc grossièrement peints à l'imitation de marbres1 ; ici ils s'élèvent jusqu'à la hauteur de 2m,40 et sont surmontés d'une petite moulure en stuc. .4u-dessus, de chaque côté, est une corniche saillant de 0m,40, autrefois portée par des consoles en forme de sphinx et de lions; elles portent chacune un petit péristyle de temple, formé de quatre colonnettes cannelées et d'autant de pilastres placés aux côtés d'une porte

■ Il est assez singulier que, dans cette habitation si riche en mosaïques, en marbres et en bronzes, les peintures aient été plus négligées que dans la moindre des maisons de Pompéi. Les stucs, composés de poudres de marbre blanc, sont de grandes tables appliquées après coup sur la muraille comme on l'eût fait d'un revêtement de marbre, et fixées par des crampons.

MAISONS ET BOUTIQUES. m feinte; le tout en stuc. Après avoir franchi le prothyrum, on se trouve dans Yatrium toscan ABCD, large de 10m,70 et profond de llm,65. Les murailles présentent une particularité fort remarquable : pour les préserver de l'humidité, on avait placé sous le stuc des lames de plomb attachées par des clous de fer semés avec une telle profusion, qu'on en compte , près de deux cents dans un mètre carré ; leurs têtes saillantes servaient en même temps à retenir le stuc. Cette précaution se retrouve dans diverses autres parties de l'édifice, et notamment dans le grand triclinium 34. Au milieu de Yatrium est un beau compluvium E de 3m,80 sur 2"\75, dont le fond est formé de losanges des marbres les plus précieux, assemblés avec un art merveilleux. Au centre est un petit piédestal creux, qui portait le charmant Faune de bronze, haut de 0"\78, l'un des plus précieux ornements du musée de Naples f. La chambre 8, la première qui se présente h la droite de Yatrium, est pavée en mosaïque; elle offre sur deux côtés et en équerre une espèce d'estrade ayant pu porter deux lits, élevée de 0m,06, pavée de cubes de marbres de diverses couleurs, et de 0"\03 de diamètre. La pièce suivante 9 communiquait avec Yatrium. FGH I par une grande porte à la gauche de laquelle est percée une espèce de meurtrière encore fermée en partie par un verre à vitre très-épais. La pièce voisine 10 appartient au second atrium, bien qu'ayant une porte sur celui où nous nous trouvons. 11 et 12 sont les alœ; la première est pavée en morceaux irréguliers de marbre imitant la brèche; au centre était une mosaïque excessivement fine, aujourd'hui au musée, offrant dans le haut un chat dévorant une caille, et au-dessous deux canards, plusieurs petits oiseaux morts, des poissons et des coquillages. Cette ala prenait jour sur Yatrium voisin par une large baie. Vala 12, pavée de la même manière, a conservé au centre une jolie mosaïque de 0"\60 en carré, présentant sur fond noir trois pigeons blancs tirant des perles dune cassette entrouverte. Les deux chambres à coucher 13 et ïk n'offrent rien de remarquable. Au fond de Yatrium est le tablinum 15 ouvert presque de toutes parts ; il était orné à l'entrée de deux grands pilastres cannelés; sa profondeur est de 5m,40 sur 5m,80; son pavé, élevé de 0"\15 au-dessus du niveau de celui de Yatrium, présentait à l'entrée une sorte de seuil en mosaïque d'une grande finesse, représentant des masques tragiques entremêlés de guirlandes de fleurs. Le milieu du pavé est composé de losanges de marbres noir, vert et blanc,

1 Herc. et Pomp. VI, pl. 69.

encadrés de filets jaunes, noirs et verts, enfin d'une frise de mosaïque blanche. A la droite du tablinum est un beau triclinium 16 ouvert dans toute sa largeur sur le péristyle; c'est au milieu de son pavé qu'a été trouvée une des plus belles mosaïques du musée de Naples, Acraius ou le génie de Bacchus à cheval sur une panthère K A gauche du tablinum est une chambre 17 ouvrant de même par une large baie et par une porte sur le péristyle. Au milieu de son pavé était une autre belle mosaïque représentant des poissons et des crustacés sur un rocher.

Revenons maintenant au prothyrum 2; nous y trouvons à gauche l'entrée d'une chambre 18 que l'absence de toute décoration désigne comme ayant été la loge du portier, cella ostiarii. L'atrium FGHI est tétrastyle, c'est-à-dire soutenu par quatre colonnes; la hauteur considérable de celles-ci indique que Y atrium était du nombre de ceux qu'on nommait displuviatum 2, dont les toits rejetaient l'eau dans un chéneau qui régnait le long de la muraille au lieu de la verser dans Yarea. C'est dans l'angle de Y atrium, à droite en entrant, que furent trouvés deux armillœ, grands bracelets d'or plats, en spirale et en forme de serpents, deux autres bracelets aussi en forme de serpents, mais ronds et plus légers, ainsi que plusieurs bagues, pierres gravées et scarabées conservés au cabinet des objets précieux. Près de là est une chambre 19 destinée à un hôte, puis une chambre à coucher 21 précédée de son procœton 20. Ces deux pièces contenaient des pieds de lit en ivoire et plusieurs vases en bronze, parmi lesquels un charmant petit brûle-parfums. Les pièces 10 et 22 sont les alœ; au milieu du pavé de la dernière est une jolie petite mosaïque d'ornement blanche et noire; nous avons dit que la première communiquait avec Y atrium voisin. Aux angles 23 et 24 de Y atrium sont deux blocs de pierre dont l'un, placé à gauche, porta sans doute un coffre-fort, tandis qu'on croit que sur l'autre existait un pressoir qui avait son écoulement dans la pièce voisine 25 par un trou qui existe encore dans la muraille. Cette pièce, dénuée de tout ornement, peut bien en effet avoir eu une destination de ce genre.

Toute la partie droite de l'habitation était occupée par les communs. La pièce 26 est une espèce d'antichambre où se trouvent deux escaliers, l'entrée d'une petite chambre d'esclave 27 et celle d'un long corridor 28

1 Herc. etPoMP. V, pl. 29. - Vny. page 197.

par lequel on arrivait au jardin sans passer par le péristyle. La chambre 29 est encore une chambre d'esclave; la salle 30 paraît avoir été une buanderie, à en juger par le large égout qui s'y trouve, aux côtés duquel existent deux piliers en maçonnerie qui durent porter une cuve. Viennent ensuite une petite chambre 32 précédée d'une antichambre 31, puis une grande cuisine 33 avec un fourneau, un puits, et dans le haut de la muraille un petit laraire; elle est éclairée par deux fenêtres. Près de la porte de cette cuisine , dans le corridor , est un escalier , et plus loin l'entrée d'une grande salle 34 ouverte dans toute sa largeur sur le jardin, et dans laquelle on doit reconnaître un Iriclinium de 5m,95 sur 9m,30. De toute sa décoration, cette salle ne conserve qu'une partie de son pavé en mosaïque; sur sa muraille on voit encore, ainsi que je l'ai dit, quelques restes du revêtement de plomb. De Y atrium FGHI, un corridor ou fauces 35, à la droite duquel se trouve une chambre 36, donne accès au péristyle.

Celui-ci JKLM, large de 2/T et profond de 19m,20, avait un portique de 3m,80 de largeur, soutenu par vingt-huit colonnes cannelées d'ordre ionique en tuf recouvert de stuc. Dans Yarea et un peu vers la gauche se trouve, au milieu d'un petit bassin carré, un monopodium 37 de marbre blanc qui portait une vasque avec un jet d'eau. Au fond du péristyle est l'exèdre 38, dont le frontispice était soutenu par deux colonnes corinthiennes et deux pilastres peints en rouge. Cette exèdre ouvrait par une baie de toute largeur sur le xyste.

C'est dans cette pièce que fut trouvée, le 24 octobre 1831, la célèbre mosaïque représentant un Combat entre les Grecs et les Perses, et dans laquelle l'opinion la plus générale est qu'on doit voir la Bataille iïArbelles ou celle d'Issus entre Alexandre et Darius. Cette mosaïque, le plus précieux monument en ce genre qui nous soit resté de l'antiquité, est large de 5m,40 et haute de 2m,80, sans la frise blanche qui l'entoure. On y compte 26 guerriers et 15 chevaux1. Au-dessous du sujet principal est une frise en trois morceaux représentant un fleuve, probablement le Nil, car au milieu de plantes aquatiques, parmi lesquelles figure le lotus, on reconnaît plusieurs animaux propres à l'Egypte, tels que des oies, des canards, des ibis, un hippopotame, un crocodile, enfin un ubœus, ou serpent à lunettes attaqué par un animal qui paraît être l'ichneumon 2. Cette mosaïque est maintenant au musée de Naples dans la salle des Marbres. Dans l'angle du péristyle se trouve un corridor 39 conduisant au jardin N qu'entourait un superbe portique 0 P Q R de 32'" sur 35'", 30. Sa largeur est de k mètres ; il est soutenu par 56 colonnes doriques au pied desquelles règne un caniveau en pierre conduisant les eaux dans une citerne où l'on puisait par deux puteal 43 et 46.

Le second est fort simple et de tuf ; le premier, qui est de marbre et cannelé, se fermait par un couvercle dont on voit encore les scellements. C'est à côté de ce puteal qu'a été trouvé un superbe trapézophore ou pied de table en marbre blanc, précieux monument de sculpture grecque représentant un sphinx accroupi, aujourd'hui au musée 3.

Dans chaque colonne du portique et près du chapiteau était implanté extérieurement un clou à crochet sur lequel reposaient des tringles portant des rideaux que retenaient des anneaux également scellés dans la colonne à 0m,80 du sol. Ces rideaux défendaient ainsi de l'ardeur du soleil les promeneurs des portiques. Au-dessus de ceux-ci paraît en avoir régné un second d'ordre ionique dont un assez grand nombre de fûts, bases et chapiteaux ont été retrouvés et sont déposés le long du mur oriental du portique. Contre le mur opposé, on a laissé encore engagées dans la cendre une grande quantité d'amphores.

A la gauche du corridor 39 est un œcus 40 dont le pavé en mosaïque

1 Herc. et Pomp. V, pl. 22, 23, 24, 25, 26 et 27.

2 Ibid. V, pl. 28.

3 Ibid. VU, pl. 88.

blanche avec des filets et des méandres noirs, offre au centre une superbe mosaïque de lm,45 en tous sens, présentant dans un riche encadrement en forme de grecque un admirable lion vu de face , malheureusement fort endommagé et qui, pour cette raison, n'a pu être porté au musée 4. De l'autre côté du corridor est une petite pièce 41 dont la muraille est d'une construction remarquable ; sous le stuc, au lieu de lames de plomb, se trouvent de grandes plaques de terre cuite de 0m,60 sur 0m,50 et 0m,03 d'épaisseur, fixées par des clous en fer. Cette pièce ouvre dans toute sa largeur sur le jardin, et elle a en outre deux petites portes donnant l'une dans le triclinium 34 et l'autre sur le corridor 28. Dans l'angle S.-O. du péristyle existe une salle 42 aujourd'hui convertie en magasin, et fermée. Enfin, au fond du jardin se trouvent deux chambres d'esclaves 45 et 46, un posticum ou porte dérobée 47 ouvrant sur la ruelle de Mercure, un escalier 48 conduisant aux portiques supérieurs, un grand sanctuaire 49 flanqué de deux cabinets 50 et 51, et dans lequel on a déposé un grand nombre d'antéfixes en terre cuite à têtes de lion provenant de la gouttière du portique; puis enfin , à l'extrémité de celui-ci, deux petits laraires en forme de niches carrées avec chacun deux pilastres et un fronton en stuc.

Aux nombreux objets que nous avons indiqués comme ayant été trouvés dans cette maison, j'ajouterai un curieux porte-lampe, en forme de corbeille, composé de fils de bronze, dans lesquels sont enfilés des grains de cristal de roche; il est suspendu à une chaîne, et on voit au milieu de la corbeille l'emplacement de la lampe dont la lumière faisait scintiller les cristaux ; cette espèce de lustre est un monument unique dans son genre.

Maison du grand duc de Toscane, n° 7, Pl. 65. Cette maison, fouillée en 1832 en présence de Léopold II, est très-petite, mais remarquable par une jolie fontaine en mosaïque en forme de niche dans laquelle on voyait une statue de Faune avec un piédestal élevé sur quatre gradins. Au-dessous est un petit tableau en mosaïque représentant un Hippopotame guettant deux bateliers. En avant de la fontaine sont trois vasques dans la plus grande desquelles était un jet d'eau sortant du milieu d'une fleur de marbre blanc. Un vase de fer très-oxydé est resté auprès de la fontaine dans le petit péristyle, ainsi qu'une énorme jarre de terre cuite brisée qui n'a pas moins de lm,25 de diamètre, et une autre intacte, de forme diffé-

1 Hfrc. et Pomp. V, pl. 32.

rente qui se fermait par un couvercle dont on voit encore les attaches de métal. A la droite du tablinum dont le pavé présentait au centre un joli assemblage de marbres africain, violet et cipollin, est une de ces espèces de grandes caisses à fleurs que nous avons déjà signalées dans Y atrium de la maison du Centaure. Dans ce tablinum était une belle peinture, Antiope ordonnant à ses fils de délivrer Dircé, sujet qui a été également reconnu à Herculanum, et qui était déjà célèbre par la découverte faite à Rome, dans les thermes de Caracalla, du fameux groupe connu sous le nom du Taureau Farnese, placé aujourd'hui au musée de Naples.

Enfin dans Yatrium à gauche du prothyrum,, et dans le haut de la muraille, sont deux laraires, l'un carré, l'autre arrondi ; ce sont les plus petits qui aient été trouvés à Pompéi ; ils n'ont pas plus de 0m,30 sur 0m,12.

De l'autre côté de la rue est la

* Maison du groupe de vases de verre, n° 49. (Pl. 66.) Le fond de cette habitation n'est pas entièrement déblayé. Le tablinum pavé en mosaïque a ses murailles décorées de six cartels sur fond rouge représentant des coqs, des poules, un plateau chargé de fruits, et un beau groupe de vases de verre de formes variées. Les autres pièces étaient également ornées mais peu de peintures s'y sont conservées.

Presqu'en face est la

Maison d'Ariane, n° il. (Pl. 66.) Cette maison est digne à plusieurs titres d'attirer l'attention , mais elle est surtout remarquable par une disposition tout exceptionnelle. Occupant tout l'espace compris entre les rues de la Fortune et des Augustals, elle a une entrée et un atrium sur chacune d'elles, et entre ces deux atrium est le péristyle , de sorte que de quelque côté que l'on entre dans la maison, on a toujours devant soi, et dans l'axe du prothyrum, un atrium, un tablinum et un péristyle comme dans les maisons les plus régulières.

Après avoir franchi le prothyrum ouvert sur la rue de la Fortune , on trouve un vaste et magnifique atrium corinthien 1 soutenu par vingt colonnes d'ordre toscan , dont deux portent encore un fragment d'entablement surmonté de ses cheneaux de terre cuite. Cet atrium n'a pas moins de 25m de long sur 13m de large. Ses entre-colonnements pouvaient, ainsi que nous

1 Nous avons dit déjà que le nom à' atrium corinthien est indépendant de l'ordre des colonnes du portique. -

l'avons vu à la maison du Faune, être fermés par des rideaux maintenus par des crochets scellés au haut et au bas des colonnes. Dans Yarea, outre un petit compluvium, on remarque dans un coin de singulières plates-bandes dessinées avec des briques mises de champ , formant quatre demi-cercles concentriques inscrits dans trois rectangles. Contre le mur à gauche est

Plates-bandes.

déposé un beau bloc de marbre dans lequel sont creusés un canal circulaire et un déversoir ; il est évident qu'il appartint à un pressoir. Les pièces qui entourent V atrium sont petites et sans ornements ; il faut cependant en excepter l'unique ala, qui est vaste et pavée en mosaïque, et dont le linteau était porté par deux colonnes ; dans ses angles sont déposés deux ollœ, grands vases de terre cuite. Entre les colonnes du portique, en avant de Y ala, est un puteal de marbre cannelé avec les sillons creusés par la corde. La seconde pièce à droite était un réservoir divisé en deux bassins, Y avant-dernière du même côté n'a pas plus de lm,20 de large; c'était un sacellum au fond duquel est un laraire qu'on avait peu respecté, car on avait agrandi la pièce voisine aux dépens de cette chapelle, et la muraille nouvelle recouvrait une partie du fronton et du pilastre du laraire.

Le péristyle était soutenu par seize colonnes ioniques dont le tiers inférieur est jaune et non cannelé. Les chapiteaux étaient peints des plus vives couleurs, aussi quelques auteurs donnent-ils à cette habitation le nom de maison des chapiteaux coloriés. Au centre de Yarea est un grand bassin carré de 5,u de long sur lm,80 de large et im de profondeur , au milieu duquel est une colonne creuse d'où s'élançait un jet d'eau. Au fond du péristyle entre les colonnes étaient deux puteal. Les pièces qui entourent le péristyle conservent presque toutes quelques peintures, bien que les principales aient été portées au musée. .

En entrant par le tablinum, la seconde pièce qui se présente à droite est une grande chambre à coucher ornée de cartels où sont représentés les combats des Pygmées et des Grues. Du même côté, dans une sorte à7 ala,

on voit Vénus et Adonis et un Marchand d'Amours, qui rappelle la célèbre composition connue sous le nom de la Marchande d'Amours. Au milieu du pavé est une mosaïque très-fine représentant des poissons. Au fond du péristyle se trouve, non point l'exèdre ordinaire, mais un second tablinum formant le complément du second atrium que nous décrirons tout à l'heure. A gauche de cette pièce est une salle dont l'entrée existe dans le corridor conduisant à Y atrium; les peintures en sont bien conservées ; elles représentent Ganyméde donnant à manger à l'aigle de Jupiter, le triomphe de Galatée, les deux Dioscures et Persée montrant à Andromède la tête de Méduse, enfin dans le haut plusieurs figures de femmes. Continuant le tour du péristyle, nous trouvons dans une chambre une peinture détruite en partie où se voit encore Apollon assis. Au milieu, du côté gauche du péristyle, est une grande pièce qui dut tenir lieu de l'exèdre qui, comme nous l'av onsdit, n'existait pas à sa place ordinaire. Le fond de cette pièce est un hémicycle, avec une niche; parmi les peintures qui la décoraient on voit encore les restes d'un sacrifice, Jupiter et Léda, une prêtresse recevant une offrande, et Apollon jouant de la lyre devant une femme et un jeune homme armé d'une épée. Enfin, dans la pièce qui se trouve à gauche du premier tablinum est la peinture d'Ariane abandonnée qui a donné le nom à la maison ; elle est très-effacée.

Franchissant le second tablinum, on se trouve dans le second atrium qui est toscan et très-ruiné. Dans son ala sont un laraire et une peinture très-bien conservée d' Apollon et Daphné. Le prothyrum est flanqué sur la rue des Augustals de deux boutiques dont l'une fait l'angle du vico storlo. Devant celle-ci se trouve une fontaine qui par la forme de son bassin arrondi diffère de toutes celles trouvées jusqu'à ce jour dans les rues de Pompéi. Les dalles qui le composent sont réunies par des crampons de fer.

Revenant à la rue de la Fortune, on trouve presque en face de la

Maison d'Ariane, au coin d'une ruelle, une fontaine surmontée d'une tête de bœuf, et la

* Maison du fourneau de fer, n° 46. (Pl. 68.) Son atrium était orné de jolis médaillons malheureusement fort effacés , contenant les têtes de Diane, de Vénus, de Bacchus, de Pan, etc. On y voit encore, dans une chambre à droite, Vénus et Adonis, et un joli Amour portant une cassette; dans la pièce voisine du tablinum une corbeille de fruits, et dans le péristyle à gauche les débris d'un fourneau de fer. Une peinture du tablinum a été portée au musée.

De l'autre côté de la rue est une boutique, n° 13, sur les parois de laquelle existe une peinture très-bien conservée représentant un poisson et une sèche; elle fait partie de la

Maison de la chasse, n° U. (Pl. 69.) Cette maison, découverte en 1832, occupe le coin du vico storlo. Son atrium est toscan ; au fond du compluvium était une très-belle mosaïque présentant au centre un petit masque scénique. Sur la muraille à droite sont peintes deux bacchantes. Dans la première chambre du même côté , on voit Léda, Vénus péchant, les têtes d'Apollon, de Mercure, de Jupiter et de Diane, enfin deux petits génies. Une autre peinture a été enlevée et portée au musée. Vala unique, placée à droite de V atrium, présente au milieu de belles architectures un guerrier et un Mercure. Dans la chambre à droite du tablinum étaient un Faune et une bacchante dansants, mais cette peinture a beaucoup souffert. Deux compositions ont été enlevées des parois du tablinum; l'une, à droite, représente Ariane remettant le peloton à Thésée; à gauche étaient Dédale et Pasiphaé. On voit encore en place plusieurs génies et six petites scènes de chasse ; le pavé est en mosaïque blanche et noire.

Le péristyle n'a de portique que de deux côtés soutenus par six colonnes doriques, dont la partie inférieure est peinte en rouge , et qui sont réunies à leur base par un pluteus. On voit à gauche, au-dessus de leur entablement, un tronçon de colonne encore debout, qui indique qu'il existait un second ordre. Au milieu de Yarea est un grand bassin rond en stuc de 2m,60 de diamètre et 1",35 de profondeur. Sur la muraille du fond est la grande peinture qui a donné le nom à la maison; elle représente une de ces chasses qui avaient lieu dans l'amphithéâtre. On y voit à droite un bestiaire perçant un sanglier avec un épieu ; à gauche un lion poursuivant un taureau aux flancs duquel un tigre est déjà cramponné;

sur le second plan un autre chasseur vient de tuer un ours et se prépare à en attaquer un second; enfin, au dernier plan, des biches s'enfuient effrayées. Sur le mur à droite sont des paysages très-effacés. Au-dessus est une belle corniche bien conservée de stuc richement colorié. Dans une pièce à gauche du péristyle on voit deux peintures médiocres, Apollon chez Admète et Vénus Anadyomene. Une troisième composition a été enlevée à cause de l'obscénité du sujet. Cette salle présente une particularité fort curieuse; elle avait été fouillée par les Pompéiens, et on voit dans le mur à droite le trou par lequel ils s'étaient introduits ; à côté on a conservé un massif de cendre contenant la petite galerie qu'ils avaient creusée, et qui conduisait à une autre ouverture percée dans le mur opposé. On a trouvé dans cette maison divers comestibles, et surtout une grande quantité d'œufs, un poids de marbre, des vases de terre cuite, et plusieurs objets de bronze tels qu'ornements de porte, ferrures de caisses, etc. , qui ont fait désigner par quelques auteurs cette habitation sous le nom de Maison des bronzes.

Tournant à gauche dans la ruelle en partie déblayée qui fait suite au vico storto, on trouve de suite à droite le

Grand lupanar, (Pl. 70 bis.) Voici la première fois que cette maison, découverte en 18/|5 devant les savants du vne congrès italien, reçoit cette dénomination infamante ; je crois cependant qu'elle peut lui être justement appliquée. Sans parler de son voisinage du vico slorto, que tout annonce avoir été, au moins en partie, consacré à la débauche, les nombreuses inscriptions gravées à la pointe sur toutes ses murailles me paraissent ne laisser aucun doute. Qui eût osé en tracer de semblables sur les parois d'une habitation respectable? Il suffira de citer quelques exemples des plus décentes parmi celles qui nous ont été conservées par ceux qui ont pu les déchiffrer lors de leur découverte, car aujourd'hui presque toutes ces inscriptions sont illisibles. On peut cependant distinguer encore sur le pilier qui sépare deux chambres à gauche de Y atrium les premiers mots de celle-ci :

CAND1DA ME DOGVIT NIGRAS ODISSE PVELLAS.

Au-dessous était écrite cette réponse maligne :

ODERIS SED ITERAS

NON INVITVS AMABO

qui paraît devoir être lue

Oderis sed itéras; ego non invitus amabo.

SGRIPSIT VENVS PHYSICA POMPEI AN A.

NOLANIS FELICITER STABIANAS PVELLAS.

Dans V atrium toscan de cette maison est un compluvium de inarbre blanc en tête duquel est une petite niche en marbre et en mosaïque grossière d'où l'eau tombait dans le bassin par un tuyau de bronze qui existe encore ; derrière est une table de marbre blanc portée par quatre pieds de broeatelle 1 terminés par des griffes.

Le péristyle n'est entouré que d'un côté et demi par des portiques soutenus par quatre colonnes ioniques réunies à leur base par un plut eus qu'interrompent un puits et son aUge. Au fond se trouve une charmante fontaine de mosaïque et de coquillages d'une parfaite conservation; elle a la forme d'une niche contenant un petit piédestal qui portait une figure jetant de l'eau.

Sous le portique à gauche est un petit laraire, nidie carrée au fond de laquelle est peint un serpent dévorant une offrande.

Plusieurs peintures de cette maison sont aujourd'hui détruites; quelques autres ont été portées au musée; elles représentaient Ariane abandonnée, Dédale et Pasiphaé, et une composition dans laquelle on croit reconnaître Y Apothéose d'Homère.

Au delà de cette maison, et du même côté de la ruelle, est la

* Maison de l'impératrice de Russie (Pl. 71). Cette habitation fut découverte le 20 mars 1846 en présence de la princesse dont elle porte le nom; on y trouva une grande quantité de statues, d'ustensiles, de monnaies et d'objets précieux ; aujourd'hui elle n'offre rien de remarquable.

Revenant à la rue de la Fortune et nous dirigeant vers la porte de Nola, nous trouvons à gauche, au coin de la rue de l'Odéon, au carrefour nommé quadrivio délia Fortuna, une fontaine sur laquelle est représenté Silène appuyé sur son outre. Derrière cette fontaine est un autel2 des Lares

1 Beau marbre rose.

2 Vny. pape 67.

compitales (Pl. 72.) Il est surmonté d'une peinture grossière représentant un sacrifice et au-dessous un serpent.

Auprès de cet autel, ainsi qu'en plusieurs autres points de la rue de l'Odéon, s'élève un très-haut pilier carré dans lequel sont creusées deux rainures d'environ 0'",20 en carré. Cette bizarre construction semble inexplicable au premier coup d'oeil, mais en remarquant que c'est toujours dans le voisinage d'une fontaine qu'elle s'élève, on est mis sur la trace de

Carrefour île la Fortune.

sa destination. Beaucoup de fontaines de Pompéi paraissent avoir été alimentées par une source qui existait sur le flanc du Vésuve et que les éruptions ont anéantie. Ces eaux amenées par un conduit souterrain, étaient, par un effet de siphon, élevées au sommet de ces piliers dans un tuyau de plomb, et redescendant de l'autre côté, acquéraient ainsi une plus grande force d'impulsion.

Le P. Garrucci a proposé une autre explication ; selon lui , les eaux se précipitant avec rapidité charriaient une certaine masse d'air qui comprimée eût pu faire crever les tuyaux, si de loin en loin on n'eût ménagé des évents. Or pour que l'eau ne jaillît pas par ces évents, il fallait élever leur orifice à un niveau supérieur à celui de la prise d'eau ; telle aurait été la destination de ces piliers dans lesquels on pourrait reconnaître les columnaria de Vitruve. Cette supposition est fort ingénieuse, mais elle

nous semble inadmissible , car pour obtenir le résultat demandé un seul conduit eût été nécessaire , et nous avons vu que chaque pilier porte deux canaux parallèles.

On a retrouvé en plusieurs endroits le tuyau sous les trottoirs de là rue de l'Odéon , et plus loin nous en indiquerons un fragment qui existe encore dans un pilier du genre de celui que nous décrivons. Les tuyaux ayant probablement crevé en quelques endroits , on voit dans les rainures qui les contenaient des incrustations calcaires qui attestent le long passage de l'eau.

Continuant la rue de la Fortune qui à partir du carrefour prend le nom de rue de Nola , on trouve à gauche deux boutiques fouillées en 1846 où existent plusieurs fourneaux ronds ayant contenu de grands vases de plomb.

Un peu plus loin est la

Maison du taureau de bronze. (Pl. 73.) Cette maison fouillée en 1837 doit son nom à un petit taureau de bronze découvert au milieu de son compluvium. L'entrée est accompagnée de deux pilastres ; sur le chapiteau de droite est représentée Érigone couronnée de pampres. La disposition de cette entrée est jusqu'à ce jour sans exemple à Pompéi dans les habitations particulières, mais nous l'avons déjà indiquée au temple grec (page 38). La porte 1 étant en arrière des piliers 2, un passage 3, h pratiqué dans la muraille à droite permettait d'entrer dans la maison par

Entrée de la Maison du Taureau de bronze

une petite porte 5 sans ouvrir la porte principale. Cet étroit passage était fermé du côté de la rue par une porte dont on voit encore quelques ferrements.

Le compluvium de marbre blanc est un des plus beaux et des plus grands de Pompéi. Les parois de Y atrium étaient ornées de guirlandes de fleurs et de fruits dont plusieurs, placées sous verre, sont d'un charmant travail et d'une parfaite conservation. D'autres guirlandes au-dessus desquelles est une Leda décorent Vala de droite. A droite du prothyrum est un sacellum

29Q PO M P El A.

avec un autel et la peinture symbolique des serpents. Enfin dans une pièce à droite sont de belles peintures d'architecture surmontées d'une corniche de stuc au-dessus de laquelle étaient des tentures suspendues à des clous qui existent encore. La partie antérieure de cette habitation est seule découverte ; elle occupe le coin d'une ruelle de l'autre côté de laquelle sont peints les serpents symboliques, et au-dessus plusieurs inscriptions parmi lesquelles celle-ci est seule lisible :

M. CERRINIYM A ED. CAPITO ROGAT Vï FAVEAT

« Capiton prie l'édile M. Cemnius de lui être favorable. »

Parmi les boutiques et les maisons non encore découvertes entièrement qui bordent la rue de Nola , il en est une h droite où l'on a trouvé une peinture représentant un sujet nouveau à Pompéi, Danaé et Persée enfant, et un peu plus loin à gauche Une autre sur la façade de laquelle est sculptée une triple image phallique.

A l'extrémité de la rue est la

Porte de Nola (page 185).

Après avoir examiné cette porte au sortir de laquelle on trouve à droite un grand pan de muraille romaine en blocage, nous suivrons les remparts en nous dirigeant vers le sud; ceux-ci, construits en grand appareil, sont en partie découverts ; leurs pierres portent plusieurs inscriptions en caractères romains telles que celles-ci :

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