‹ Pompeia décrite et dessinée (volume 2)Chapitre 50 sur 64 · GAPRIS1VM II. VIR. 0. V. F · texte numérisé non relu

GAPRIS1VM II. VIR. 0. V. F

« N*** prie de faire duurnvir Caprisius. »

Cette habitation est surtout remarquable par la beauté de son péristyle, où ont été trouvées plusieurs peintures parmi lesquelles une Ariane abandonnée rencontrée par Bacchus, et une grande et superbe composition représentant Oreste etPylade amenés captifs devant Iphigénie. Dans l'angle du péristyle est une fontaine où. l'eau était apportée par des tuyaux de plomb en très-bon état. Près de cette fontaine a été découverte une statue de bronze de la plus parfaite conservation, haute de 1"',45, et qu'un plectre qu'elle tient dans la main droite semble désigner comme un Apollon. Cette figure aujourd'hui au musée est du plus beau travail ; on peut seulement trouver que ses formes sont un peu lourdes, ses épaules un peu carrées, et qu'elles conviendraient mieux à un jeune athlète qu'à un dieu. Les cheveux retombent en boucles sur les épaules; les yeux sont en émail. La statue repose sur une plinthe circulaire de bronze entourée de moulures et d'oves.

Continuant à parcourir la rue de l'Odéon, nous voyons à gauche, sur le pilier de la maison n° 109, cette inscription :

Q. POSTVMIVM PROCVLVM AED.

PRISCVM ROGAT CR1SPVS.

« Crispus invoque Q. Postumius Proculus Priscus, édile. »

Presque toutes les murailles de cette rue sont couvertes d'invocations de ce genre; beaucoup d'entre elles offrent le nom de M. Holconius Rufus si souvent reproduit sur les monuments de Pompéi.

Dans la boutique n° 104, parmi une foule d'amphores brisées, j'ai lu sur l'une d'elles, en petits caractères rouges, l'année du vin qu'elle avait renfermé1 : TT glavdivs gaesar

SIN. CANVTIVS COS.

1 0 nota mecum ronsule Manlio.

Horace L. HT, Od. 21, ad amphoram.

Cette amphore est maintenant déposée dans le temple de Mercure.

A droite, au coin de la ruelle qui fait suite à la rue de la Fontaine d'Abondance, est une boutique portant le n° 90; elle a été fouillée en notre présence le 9 décembre 1853; on y a trouvé de nombreux fragments d'amphores, les débris d'une cassette garnie de fer, plusieurs grosses perles cannelées de porcelaine verdâtre , une coupe de terre, un vase de bronze sans ornements, et une petite bague d'argent; mais on y a fait aussi une bien plus précieuse découverte, celle d'une magnifique lampe de bronze à deux becs, garnie des chaînes pour la suspendre et ornée de deux taureaux à mi-corps du plus beau travail. Les chaînes sont réunies par un cartel sur lequel on lit le nom du propriétaire, DIVNI PROQVLT.

En avant de cette boutique est une fontaine, et le grand pilier dont nous avons parlé (page 288), au pied duquel se trouve encore le fragment du tuyau de plomb qui élevait l'eau à son sommet.

En face est l'entrée de la rue de la Fontaine d'Abondance, beaucoup plus large entre ce carrefour et la rue des Théâtres, qu'entre celle-ci et le Forum. Sous son pavé règne un large égout en pierre de taille. A droite est une base de marbre sur laquelle on lit cette inscription :

M. HOLCONIO. M. F. RVFO TRIB. MIL. A POPVL. ÎT VIR. I. D. V. QVINQ. ITER.

AVGVSTI CAESARIS SACERDO.

PATRONO COLONIAE.

« A Marcus Holonius Rufus, fils de Marcus, tribun des soldats, nommé par le peuple, cinq fois duumvir, chargé de rendre la justice, deux fois quinquennal, prêtre d'Auguste César et patron de la colonie. »

En effet, la statue en marbre de ce magistrat, dont le nom se rattache à presque tous les édifices publics de Pompéi, a été trouvée brisée sur le sol, et sa restauration a été confiée à l'habile sculpteur Gali. La tête avait été rapportée sur un torse qui avait évidemment appartenu à quelque statue impériale. La cuirasse est d'un travail bien supérieur dans la plupart de ses parties, mais quelques autres, provenant sans doute d'une restauration contemporaine du changement de tête, sont, comme celle-ci, l'œuvre d'un artiste plus que médiocre. Au moment de la découverte de cette figure, les chairs ainsi que quelques parties de l'ajustement conser-

vaient encore des traces très-visibles de peinture. Près de là fut trouvée une assez belle tête de femme aujourd'hui déposée dans le temple de Mercure. Trois autres piédestaux existent à l'entrée de cette rue, mais veufs de leurs statues, et privés de leur revêtement de marbre.

B/Vins, n° 87. (Pl. 75. ) Au coin de la rue de la Fontaine d'Abondance et de celle de l'Odéon, on a commencé à déblayer un édifice public que tout annonce avoir été un établissement de bains. Sur la rue de l'Odéon sont ouvertes plusieurs fenêtres grillées et une porte flanquée de deux pilastres, au-dessus de laquelle est peinte cette inscription :

p. fvr. ii, v. v. b. o. ^VT

« Je vous prie de faire duumvir P. Furius, homme honorable. »

Sur un pilier du même édifice, nous retrouvons le nom de l'édile Pansa :

CVSPIVM PANS AM AED

A l'intérieur sont deux salles voûtées dont l'une, qui paraît avoir été le caldarium, offre une belle frise de stuc où sont représentés des galères, des dieux marins et des caryatides. On reconnaît à sa voûte les mêmes cannelures que nous avons vues à celle du caldarium des anciens bains *.

Continuant à remonter la rue de l'Odéon, on trouve à droite, sur le pilier n° 84, une image phallique; puis, à l'entrée d'une ruelle et sur la porte d'une boutique n° 76, le même symbole entre plusieurs instruments, tels qu'une pioche, une bêche et un équerre dont il serait difficile d'expliquer le rapprochement.

Au n° 71 est une belle boutique de marchand d'huile. Le comptoir, composé de marbres cipollin et gris antique, est orné sur le devant d'une précieuse plaque ronde de porphyre vert et de deux belles rosaces; sur son appui, on voit encore une partie du pied d'un vase de bronze qui y est restée adhérente. Dans le comptoir sont encastrées huit belles jarres de terre cuite; une neuvième est déposée dans l'angle de la boutique, où se trouvent aussi un fourneau et l'ouverture d'une petite cave revêtue de ciment dans laquelle on puisait l'huile, ainsi que cela se pratique encore en Toscane et dans plusieurs autres endroits de l'Italie. On a trouvé dans cette boutique quelques monnaies d'or et d'argent.

' v. page 110.

A l'entrée d'une ruelle, près du n° 67, est une peinture de deux serpents symboliques (Pl. 76), la plus belle et la mieux conservée qui existe à Porapéi ; elle est surmontée d'un petit laraire et de plusieurs inscriptions :

CN. HELVIVM SABINVM AED. POPIDIVM RVFVM II VIR. D. R. P. 0. V. F.

« Je vous prie de faire édile Fulvius Sabinus, et duumvir Popidius Rnfus, digne des affaires publiques. »

P. PAQVIVM PROGVLVM II VIR. L D. THALAMVS CLIENS.

«Thalamus, client, invoque P. Paquius Proculus, duumvir chargé de rendre la justice.»

Q. MARIVM RVFVM AED. R. P. D.

« Q. Marius Rufus, édile, digne des affaires publiques. »

En face, dans l' arrière-boutique du n° 65, on voit un Bacchus entre deux peintures obscènes couvertes de volets. Un peu plus loin à droite est la

Maison de la fontaine de l'Amour, n° 55 (Pl. 77), fouillée en 1850. Sur l'un de ses piliers est répétée l'image que nous avons déjà vue deux fois dans la même rue. On entre dans cette petite maison par une boutique et une arrière-boutique derrière laquelle est une petite cour avec une ala à gauche, contenant des jarres pleines de chaux, des tuiles, une amphore et des fragments de chéneaux de terre cuite. Dans la cour sont un puits, un escalier et un petit bassin carré, pavé en morceaux de marbre et en opus signinum, et entouré d'une caisse à fleurs. A droite, au fond du bassin, sur un petit piédestal en forme de tronc d'arbre, était un Amour également de marbre. Cette figure était placée en avant d'une niche peu profonde dans laquelle est peinte la figure d'une nymphe derrière la vasque d'une fontaine. A gauche de la niche est représenté en camaïeu Hercule armé des flèches et de la massue.

Au delà de la cour est un très-petit jardin dont le mur de fond est orné de peintures, représentant dans le haut une chasse, dans le bas plusieurs oiseaux et un trapézophore ou pied de table en forme de sphinx presque semblable à celui de marbre trouvé dans la maison du Faune. A gauche du jardin, on voit dans une petite chambre une fort jolie Léda remarquable par le nimbe qui entoure sa tête, et dans une autre Apollon appuyé sur sa

lyre, et F Aigle de Jupiter tenant dans son bec le bonnet phrygien qu'il vient d'enlever à Ganymede endormi.

En face de cette maison est celle désignée sous le nom de Maison des princes de Russie, n° 57 (Pl. 78). Cette belle habitation a été fouillée en mai 1851, en présence des fils de l'empereur de Russie. Son plan présente une disposition particulière motivée sans doute par la forme du terrain, qui avait plus de largeur et moins de profondeur que celui d'une maison ordinaire d'égale importance. L' atrium et le péristyle sont plus larges que profonds, et ne sont séparés que par une simple muraille au lieu de l'être par un tablinum et quelques autres pièces.

Par un prothyrum pavé en opus signinum semé symétriquement de petites pierres blanches, on entre dans Y atrium toscan ; au centre est un très-joli compluvium de marbre en tête duquel est un cippe carré revêtu de marbre contenant un tuyau de plomb qui versait l'eau dans une vasque posée sur une petite base de marbre ornée de grandes feuilles d'acanthe. La fontaine est accompagnée d'une table de marbre blanc portée par deux pieds d'un très-beau travail, composés chacun de la partie antérieure d'une chimère et d'un griffon. Sur la face supérieure de la table est gravé le nombre lxxix.

Une grande porte donne entrée au péristyle large de 14m,10, et profond de 11 mètres seulement ; il était soutenu par dix colonnes qui portent encore un fragment d'entablement. Dans l'angle à droite est un renfoncement, une sorte d'armoire où l'on a trouvé quelques petits vases de terre cuite. Les murailles du péristyle étaient ornées de panneaux alternativement jaunes et rouges avec des figures de Diane, de Latone, de Victoires, de Bacchantes, etc. Au fond du péristyle sont : à droite un triclinium où se voient deux génies et un lévrier; au milieu un petit œcus précédé de deux piliers ornés de riches arabesques d'un style beaucoup moins léger que dans les autres édifices de Pompéi. Sur les parois de gauche de cet œcus est une peinture médiocre, mais intéressante par le sujet dans lequel M. Minervini reconnaît Alcméon tuant sa mere Eryphile. Enfin, à gauche de ['œcus, dans une petite pièce, sont plusieurs têtes dans des médaillons, et trois tableaux, Vénus et Adonis, Diane et Endymion, et une scène dans laquelle le même savant croit voir Oreste reconnu par Iphigénie, mais qui, selon nous, représenterait plutôt Léda et les Dioscures, sujet qui serait plus en rapport avec les compositions mythologiques qui l'entourent.

Le xyste, au milieu duquel était une treille soutenue par quatre colonnes peintes en vert, était entouré de portiques; sa partie droite n'a pas été déblayée, afin de conserver plusieurs toits, les plus intacts qui aient encore été découverts à Pompéi. ils présentent l'exemple le plus complet de la manière dont étaient assemblés les imbrices ou tuiles creuses, les tuiles à rebords parallèles, et certaines autres tuiles à rebord contigus qui se plaçaient dans les angles pour faciliter l'écoulement des eaux. Plusieurs tuiles portent le nom du fabricant N. SABINVS.

Presque à la hauteur de ce toit on a trouvé un squelette et un grand nombre de monnaies d'or et de bronze.

De l'autre côté de la rue est la

* Maison de l'archiduc de Toscane, (Pl. 79). Elle ne présente encore que trois boutiques, nos 47, 48 et 49, qui furent déblayées en 1851 en présence du fils aîné du grand-duc Léopold II ; elles étaient occupées par une fabrique de couleurs qui y ont été trouvées en très-grande quantité avec les moulins qui servaient à les broyer ; ceux-ci sont plus petits, mais absolument de la même forme que les -moulins à farine. Par l'analyse des couleurs, on a reconnu qu'elles contenaient une quantité notable de résine destinée à les fixer à l'aide du feu ; ainsi a été connu le procédé employé par les anciens, et que jusqu'alors on avait cru être l'encaustique. Dans ces boutiques, on a découvert aussi de la résine pure, du pain, du levain, un grand morceau de bois non carbonisé enfin 14 squelettes.

Ces boutiques occupent presque le coin d'un carrefour où se trouve une fontaine surmontée d'une tête de femme grossièrement sculptée qu'une colombe fait reconnaître pour Vénus. De l'autre côté de la ruelle, sont quelques autres boutiques, (Pl. 80) , qui ont été fouillées le 22 octobre 1849 devant le pape Pie IX; elles n'offrent plus rien d'intéressant, mais on y a trouvé un assez grand nombre d'objets curieux parmi lesquels plusieurs vases de verre, un strigile, des fragments de vitres , un petit sanglier de

Toiture.

ces objets sont déposés au musée dans le cabinet des objets précieux.

bronze, deux couteaux de fer, un petit vase en terre cuite, un bassin ovale à deux anses et plusieurs autres vases dont une chaudière en bronze, une pelle, une pioche et un levier de fer, enfin un bas-relief de marbre de travail grec que l'on croit représenter Alexandre domptant Bucépliale l.

A côté de ces fouilles est une magnifique habitation dont aucun dessin n'a encore été publié, la

Maison de M. Lucretius, dite des Suonatrici, n°33. (Pl. 81.) Cette maison, la plus importante qui ait été découverte à Pompéi depuis celle du Faune, a été déblayée du 17 mars 1847 à la fin de juin de la même année. Elle est plus remarquable par l'abondance des ornements, par quelques détails particuliers, et la bizarre disposition de son xyste que par le goût qui avait présidé à sa décoration. Les peintures qu'on y a trouvées, les sculptures qui y sont restées en place sont d'un mérite très-inégal, et les pavés sont généralement peu soignés. Son plan est en forme d'équerre et renferme un terrain X occupé par une habitation indépendante, formant l'angle de la rue de l'Odéon et de la ruelle sur laquelle ouvre le posticum.

Plan de ix Maison de Lucretius.

La façade présente trois boutiques A B C ; les deux premières sont accompagnées de petites arrière-boutiques; la dernière a été récemment convertie en corps de garde.

Après avoir franchi le seuil, on se tronve dans le prothyrum 1, long de 5m,50, large de 2m,/j.O, dont les parois offrent les peintures qui avaient fait donner à cette habitation le nom de maison des suonatrici, des musiciennes. On voit à droite une femme couronnée de lierre, jouant de la double flûte ;

i Le roi de Naples ayant fait présent de ces divers objets à Pie IX, ils sont aujourd'hui réunis dans une même vitrine an musée Grégorien du Vatican.

un homme la suit s'appuyant sur son épaule, et semblant chanceler sous le le poids de l'ivresse; un jeune garçon les précède portant, un flambeau allumé. De la composition qui faisait face à celle-ci, il ne reste que la partie inférieure d'une figure abaissant deux torches allumées devant deux autres personnages. Sur les mêmes murailles sont encore trois Bacchantes, l'une avec un thyrse et une coupe qui lui échappe de la main, la seconde portant une corne d'abondance, et la troisième tenant une lyre. Le pavé, qui monte rapidement de la rue à Y atrium, est en mosaïque blanche et noire. A la gauche du prothyrum est lauloge du portier 2 communiquant avec l'atrium ab c d. Celui-ci, large de 8n,,36 et profond de 9m,7, est pavé en mosaïque, mais son compluvium, qui n'est qu'en maçonnerie grossière, dut être en réparation au moment de la destruction de Pompéi.

A droite, en entrant dans Y atrium, on voit un laraire 3 dont la niche élevée sur une base d'un mètre de hauteur était accompagnée de deux colonnes et richement ornée de stucs coloriés. On y trouva trois figurines de bronze parmi lesquelles un Hercule. Les murailles de Yatrium sont décorées d'architectures fantastiques. A droite sont deux chambres à coucher k et 5. Dans la première sont trois peintures, Adonis, une Néréide sur un cheval marin, et YEducation d'Achille, qui malheureusement est presque effacée ; sur les autres panneaux sont peints des Génies armés. Trois peintures décoraient également la chambre 5; l'une presque entièrement effacée offrait deux figures mâle et femelle; dans la seconde, on reconnaît encore Cyparisse et sa biche,- la troisième représente Vénus sur un dauphin, tenant une feuille de lierre. Dans des cartels oblongs sont de petits Génies ai lés jouant avec un ours, un lion, une gazelle et une panthère. Au fond de la salle, aux côtés de la peinture principale, sont deux Faunes, enfin dans le haut on voit Apollon assis, décoré des attributs de Dieu de la médecine, et plusieurs figures de femmes et de génies.

A la suite de ces chambres est Yala 6, large de 3,n,18 et profonde de &m,05; les panneaux étaient jaunes , mais par l'effet de la chaleur ils sont devenus rouges en partie, phénomène qui s'est souvent reproduit à Pompéi, mais qui ici est plus remarquable que partout ailleurs *. Au mi-

1 Les parties ronges se trouvent dans le hant ; on pourrait en tirer un argument à l'appui du système de ceux qui croient qu'une partie de la cendre et des lapilli qui ont couvert Pompéi fut apportée par des torrents d'eau comme à Herculanum. C'est ainsi que la partie inférieure des murailles aurait conservé sa couleur primitive, tandis que le haut aurait été rougi par les lapilli incandescents tombés

lieu de ces panneaux étaient sept peintures qui ont été portées au musée ; les principales représentent un Auteur couronné de lauriers remettant à un comédien un rôle écrit sur un rouleau de papyrus, et un Auteur tragique, ou un Choragus donnant un masque à une actrice; les petits tableaux offraient des Amours et des Psychés ou génies femelles. Vala est élevée d'ilh degré au-dessus de Y atrium; elle communique avec le triclinium 16 que je décrirai plus tard.

A la gauche de l'atrium sont également deux chambres à coucher 7 et 8 ; dans la première, on voyait à gauche une peinture qui a été portée au musée , et qui représente Narcisse se mirant dans une fontaine ou V Amour éteint son flambeau ; sur le mur de droite on voit encore Vénus et des Amours , et au fond de la salle est un Satyre découvrant une nymphe endormie. A droite de ce sujet, dans l'angle de la chambre, est un renfoncement de 0m,50 de large sur 0m,40 de profondeur et 2m de hauteur, au fond duquel est peint un génie. On pense que cette espèce de niche était destinée à recevoir un candélabre.

Au fond de la chambre 8 est représentée Vénus accompagnée de son génie; on y voit aussi plusieurs médaillons contenant les têtes de Mars, Vénus, Jupiter et Junon. Sur la paroi de droite, entre deux génies armés, et au-dessous d'une chasse au sanglier , est Polypheme recevant une lettre des mains d'un Amour, sujet déjà connu par une peinture anciennement découverte 1 ; la composition qui faisait face à celle-ci , Phryœus et Relié a été portée au musée.

Les peintures de Yala 9 sont presque effacées ; on y reconnaît cependant quelques figures théâtrales, et sur le mur de gauche une femme masquée, probablement Médée debout près de ses enfants. Dans cette ala se trouvent deux portes, l'une conduisant à une pièce 10 dénuée de tout ornement , et qui fut sans doute une chambre d'esclave, l'autre à la cuisine 11 qui contient un fourneau, un petit four, et les supports d'une table d'évier dont on voit encore le conduit. On y trouva divers ustensiles, plusieurs moules à pâtisserie et un fourneau de fer de forme cylindrique.

en pluie, et aussi sans doute par l'incendie des toits et de l'étage supérieur. J'ai soumis à l'action du feu quelques fragments de peinture jaune ramassés en divers endroits de Pompéi, et toujours j'ai obtenu le même résultat. On sait que le feu produit le même effet sur le beau marbré connu sous le nom de jaune antique.

1 Herc. etPoMP. II, pl. 45.

4 côté de la cuisine sont deux autres pièces 12 et 13 dont la première très-petite était une latrine , et la seconde une chambre d'esclave ou plutôt une office.

Le tablinum 15, ainsi que plusieurs autres pièces de la maison, n'est point un carré parfait ; il présente au centre de son pavé de mosaïque et d'une grecque noire sur fond blanc , un bel assemblage de marbres dont le centre est occupé par une plaque ronde de jaune antique entourée d'une guirlande en mosaïque de couleur. Les murailles étaient ornées d'architectures, et devaient être décorées de deux grandes compositions qui avaient déjà été enlevées, ou n'avaient pas encore été mises en place. On voit ici la preuve que souvent les peintures étaient portatives, soit qu'elles fussent, comme celles que nous possédons, exécutées sur un enduit, soit que, comme celles dont parle Pline, elles fussent de véritables tableaux sur bois, nivaxsç, tabulœ, genre dans lequel s'exerçaient les plus habiles artistes1. On croirait volontiers que les peintures qui manquent ici devaient appartenir à cette dernière catégorie dont aucun échantillon n'est parvenu jusqu'à nous ; en effet , les parois du tablinum présentent dans la maçonnerie un enfoncement carré de quelques centimètres de profondeur qui eût bien pu ne recevoir qu'une peinture sur enduit, telle que celles que nous verrons dans le triclinium voisin ; mais au fond de cet enfoncement, se trouvent deux entailles horizontales qui sembleraient avoir eu pour destination de contenir les barres transversales qui auraient assemblé les diverses planches composant des panneaux. Si notre conjecture pouvait être prouvée , cette découverte ne serait pas la moins curieuse de celles faites à Pompéi. Le fond du tablinum 2 est entièrement ouvert sur un xyste en terrasse élevé de 0n\90, xyste qui couvert de petites figures sans proportion entre elles est la partie la plus singulière de l'habitation , en même temps qu'elle est la plus grande preuve du mauvais goût de son propriétaire. C'est avec justice qu'elle a été comparée par M. Edward Falkener 3 à un théâtre de marionnettes. Au pied du mur à appui de marbre blanc qui soutient cette terrasse se trouve dans le pavé du tablinum un petit regard fermé par une dalle ronde de même marbre encore garnie de son anneau de bronze.

1 Nulla gloria nisi eorum qui tabulas pinxerunt. (Pune, L. XXXV.)

2 V. la vignette en tète du chapitre.

9 Muséum of classical antiqui ties , a quarterly journal of ancient art, V. TI part. I; 31 march. J 852.

m POMPEIA.

La grande pièce 16 à droite du tablinum, à en juger par la richesse de sa décoration, semblerait avoir été plutôt une exèdre qu'un triclinium, et tel est l'avis de M. Edward Fatkener; cependant, si on réfléchit à quelle énorme distance, grâce aux circuits qu'il aurait fallu faire, la pièce 32, dans laquelle il croit reconnaître le triclinium, se fût trouvée de la cuisine 11, force est de renoncer à cette supposition et de chercher ailleurs le triclinium, qui ne peut alors avoir été autre que la pièce 16. Celle-ci a 6m,40 sur 5m,70 ; son pavé est composé d'un dessin à la grecque exécuté en mosaïque blanche et noire. Les parois présentaient de précieuses peintures qui, à l'exception d'une seule, ont toutes été portées au musée. Les trois principales compositions étaient presque de proportion naturelle et sont du plus grand style. L'une, qui occupait le fond de la salle, représente Hercule ivre accompagné de bacchantes et debout près d'Omphale armée de la massue et couverte de la peau du lion de Mmée. Sur la paroi de droite, on voyait Bacchus enfant accompagné du vieux Silène, monté sur un char traîné par des bœufs guidés par des Faunes, et suivi de bacchantes et dun autre Faune jouant de la double flûte. La troisième composition, placée à gauche près d'une grande fenêtre ouvrant sur le xyste, est demeurée à sa place; elle représente Bacchus vainqueur des Indes entouré de bacchantes tenant des ttnjrses, des boucliers et des tambours. Sur le premier plan est assis un captif les mains enchaînées. Ces trois tableaux ainsi que plusieurs autres trouvés dans la même maison , avaient été mis en place tout faits, et il est encore facile de le reconnaître. Les autres peintures qui ornaient cette salle étaient six jolis sujets représentant des Amours dansant, couchés à table ou jouant avec des masques. Ces différentes compositions, toutes allusives au culte de Bacchus, sont un argument de plus à l'appui de l'opinion que nous avons émise sur la destination de cette salle. On y trouva un long banc, une sorte de leclislernium orné de plaques d'argent, mais malheureusement en mauvais état.

A la gauche du tablinum est le corridor ou fauces ïli, qui présente une disposition tout exceptionnelle, contenant un escalier de huit marches conduisant au niveau du péristyle qui entoure le xyste. Sur cet escalier où l'on trouva un squelette , on voit encore le tuyau de plomb bien conservé qui portait l'eau aux fontaines du jardin. Les parois du corridor présentent sur leurs panneaux rouges de jolies peintures, telles qu'un aigle et un paon près de masques tragiques. Gravissant l'escalier, on se trouve dans le

péristyle c f g h, dont deux côtés ef et fg étaient couverts d'un portique soutenu par des piliers sur lesquels étaient peints des feuillages et des vases ; sur l'enduit rouge du pilier d'angle est tracé grossièrement à la pointe un labyrinthe de 0m,09 de diamètre, dont nous donnons ici le facsimilé réduit.

La première partie du portique ef est divisée par un petit mur en deux espèces de cabinets 17 et 18 ouvrant par des fenêtres sur le xyste; au fond du premier on voit sur fond jaune une peinture fort endommagée qui représentait Vénus et l'Amour. C'est au fond du second que se trouvait la peinture aujourd'hui au musée qui a fait connaître le nom du propriétaire de la maison ; on y voit une tablette de cire avec tous les instruments

nécessaires à l'écriture, le style, la llieca calamaria ou écritoire, le roseau, calamus, enfin l'adresse d'une lettre avec ces mots :

tiïç HaS/tat

M. Lucretio Flam. Martis decurioni Pompei. « A. M. Lucretius, Flamine de Mars, décurion de Pompéi. »

Au fond de cette partie du portique est, à gauche, un espace découvert

304 PO M P El A.

et sans ornements 19, qui paraît avoir été une sorte de cour contenant l'escalier qui conduisait à l'étage supérieur.

A la suite de cette cour existe ici, comme nous l'avons vu dans plusieurs habitations, un second atrium j kl m moins riche, avec toutes ses dépendances, et ayant dû servir à l'habitation des esclaves. A gauche est le corridor ou fauces 20, et au milieu le tablinum 21, tous deux ouvrant sur Yatrium. Celui-ci, large de 5m,45 sur 6m,14 et pavé en opus signinum, avait au centre un petit compluvium, et à gauche deux espèces de niches carrées 22 et 23, profondes de 0m,90, et larges, l'une de lm,90, l'autre de 2'", 20. 11 serait assez difficile d'en préciser la destination. Sur le mur qui leur fait face était une grande peinture dont il ne reste que la partie inférieure.

Le prothyrum 2li ouvrait sur la ruelle aboutissant à la rue de l'Odéon; il est flanqué de deux chambres 25 et 26 qui ne conservent plus rien de leur décoration, non plus qu'une troisième chambre 27 voisine du tablinum.

Revenant au péristyle, nous trouvons au fond de celui-ci une pièce 28, profonde de 3m,60 et large de 6m. Deux peintures, représentant Narcisse et Apollon et Daphné, en ont été enlevées, et on n'y voit plus que trois têtes de bacchantes fort endommagées. Le pavé est, comme celui du péristyle, en opus signinum semé de petits morceaux de marbre blanc.

La position de cette salle semblerait indiquer un œcus; mais, outre que par son peu d'étendue elle n'eût guère été en rapport avec la grandeur de l'habitation, nous trouvons près de là une salle plus vaste que nous croyons avoir été le véritable œcus ; la pièce 28 dut être, selon nous, une bibliothèque et un cabinet de repos et d'étude.

Sur les piliers du portique qui font face à cette salle étaient deux peintures qui ont été enlevées; au pied de l'un d'eux est l'ouverture d'une citerne fermée par une dalle ronde de marbre blanc.

La chambre voisine 29 a un pavé en opus signinum orné de plaques de marbre; ce dut être un cubiculum, et le cabinet sans ornements 30 fut une garde-robe, au fond de laquelle était une latrine.

Dans l'angle g du portique sont l'entrée d'un escalier 31 descendant à la cave qui n'est point déblayée, et à côté celle d'une grande pièce 32 pavée en mosaïque. C'est dans celle-ci que M. Falkener croit reconnaître le triclinium, mais que, pour les raisons que nous avons exposées plus

haut, nous pensons avoir été Yœcus ou exedre. Cette salle était ornée de charmantes peintures qui ont été portées au musée et représentaient dés génies et des bacchantes.

Enfin, au centre du péristyle est le xyste en terrasse dont j'ai déjà parlé ; au fond est une jolie fontaine 33, composée d'une niche en mosaïque et en

Fontaine.

coquillages, dans le bas de laquelle sont peints des roseaux et deux dauphins et où se trouve une charmante statuette de Silène en marbre blanc, presque semblable à celle de la villa Albani. Ses cheveux, sa barbe, la peau qui le couvre, portent des traces de peinture rouge; l'outre sur laquelle il s'appuie, est colorée en noir et jetait de l'eau formant cascade sur cinq degrés de marbre blanc, et se rendant ensuite par un canal de même matière dans un bassin circulaire de 2m de diamètre, profond de 0m,70. Au centre de celui-ci est une colonne portant une petite vasque de jaune antique d'où s'élançait un jet d'eau. Par suite de l'irrégularité qui règne dans tout le plan de l'habitation, la fontaine, le petit canal, le bassin ne sont point dans l'axe de Y atrium et n'ont pas même un axe commun. La niche de la fontaine est accompagnée de deux cippes de marbre blanc surmontés tfhermk à deux faces; le premier 34 offre les têtes de Bacchus et d'Ariane; le second 35 celles d'un Faune et d'une bacchante. Sur les bords du bassin sont disposées une foule de petites sculptures qui

POMPlilA.

ont été laissées en place ; elles sont sans rapport de proportion entre elles et d'un mérite très-inégal; ce sont un canard 36, un charmant Faune 37 portant la main à sa tête, deux ibis 38 et 43, un autre Faune 39, non moins précieux que le premier, terminé en gaîne, tenant de la main droite la syrinx et de la gauche une petite corbeille contenant un chevreau, et contre lequel se dresse une chèvre qui semble réclamer son petit ; deux

lapins 40 et 41, une petite vache 43, et un cheval couché encore plus petit 44. Sur le devant, près du tablinum, sont deux cippes 45 et 46 semblables aux premiers t avec des hermes doubles de Bacchus indien et de bacchantes. En avant de chacun d'eux sont autant de petits groupes 47 et 48 représentant des Amours montés sur des dauphins que saisissent des poulpes gigantesques. Au centre est un groupe médiocre 49 et de petite proportion, représentant un jeune Faune tirant une épine du pied de Pan ; enfin, devant celui-ci est un troisième lapin 50 mangeant une grappe de raisin.

•Les deux côtés du xyste adossés au portique du péristyle sont garnis d'une espèce de banquette creuse en ciment, sur laquelle on posait sans doute des vases à fleurs , et où se trouve la continuation du tuyau de plomb que nous avons vu sur l'escalier du corridor 14. Ce tuyau se divise en deux branches garnies chacune d'un robinet de bronze, et qui conduisaient l'eau à la fontaine et au jet du bassin.

Voici, outre ceux que nous avons déjà indiqués, quels sont les principaux objets trouvés dans cette maison : dans le prothyrwn , trois petits vases de terre cuite, une anse de vase en bronze, une moitié de gond, un verrou et une coupe de verre; dans la chambre 7, plusieurs vases de verre, une lanterne fermée par des lames de tôle, dix têtes de clou ayant servi d'ornement à une porte, et une romaine ou statère ayant pour poids une tête de Mercure; dans la chambre k, une bague d'or avec une pierre bleue un flacon, plusieurs gonds de bronze, une petite romaine avec son poids et son plateau, plusieurs sceaux, cinq bagues, une tirelire carrée, plusieurs tasses de terre rouge dont une contenait de l'orge calcinée, un manche de couteau en os, deux haches et deux couteaux de fer, plusieurs vases de verre et plusieurs morceaux de couleur bleue ; dans la chambre 5, un candélabre, haut de plus d'un mètre, terminé par un chapiteau ionique que surmonte un plateau en forme de patère destiné à recevoir la lampe ; dans Vala 9, trois pentures de bronze et une patère de même métal avec une tête de Méduse dans le centre, entourée d'un cercle d'argent; enfin, dans Yœcus 32, trois petites amphores. On lisait sur la première cette inscription, peinte en lettres noires :

L IQVAMEN OPTIM VM.

Sur la seconde :

OFFICINA SGAV.

Sur la troisième, enfin, étaient quelques lettres grecques inintelligibles. Une seule boutique sépare la maison de Lucretius de la Fabrique de produits chimiques, n° 25. (Pl. 82.) Sur sa façade sont plusieurs inscriptions, parmi lesquelles celle-ci :

CN. H E L V I V M SABINVM AED. 0. V. F.

« Je vous prie de faire édile Cneius Helvius Sabinus. »

Cette inscription est répétée sur le pilier d'angle de la ruelle voisine, et au-dessous est cette autre inscription dont les deux derniers mots, quoique parfaitement lisibles, me semblent difficiles à interpréter :

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