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Plan de la Maison de Pansa.
L'architecture et la distribution de la maison de Pansa, ses ornements, ses fresques, ses marbres, tout indique qu'elle appartenait à l'un des premiers citoyens de la ville. Découverte de 1811 à i81/i, elle occupe une île entière, insula, c'est-à-dire un espace circonscrit par quatre ruesS et formant un rectangle presque régulier de 98 mètres de longueur sur 37'", 80 de largeur, entouré d'un trottoir de 0'",66 environ. La façade principale, qui forme le côté méridional du rectangle, donne sur la rue des Thermes; outre la porte qui se trouve au milieu , elle présente six boutiques ; les deux grands côtés de l'île en sont également garnis. Les boutiques qui occupaient ainsi la partie extérieure du rez-de-chaussée de presque toutes les maisons de Pompéi n'ont pour la plupart aucune communication avec le reste du logis, et étaient données à loyer. Nous dirons quelle était la destination de quelques autres, percées de portes ouvrant sur l'intérieur.
Nous passerons en revue les boutiques qui l'entourent avant de pénétrer dans l'intérieur de la maison de Pansa, et nous commencerons par la dernière, à l'occident, marquée 1 sur notre plan, et derrière
1. Cicéron appelait le produit do quelques habitations ainsi disposées Merces insularum , lo revenu des îles. Ad Atticum, L. XV, ep. 17.
248 POMPKIA.
la(|iicllc est uiK^ polilo cour t2. Dans celte boutique et dans les deux sni\;mt(>s. .') cl !\ , ou a trouvé des espèces de comptoirs en maçonnerie cl les couleurs nécessaires à la peinture murale'. On y voit également (l(\s II aces (i'(\scaliei\s (\{ù indi(juent ((ue celle partie de la maison avait un s(M'ou(l clause, (lliacune des boutiques 3 et /| était accompagnée d'une arricre-l)ouli([ue 5 et (i.
Les pièces mai-cjuces 7, S, î). M), il et 12 composaient une boulangerie complète avec toutes ses dépendances. La pièce 7 sans communication avec la rue dut èli'e le magasin de la farine ou du combustible; mais il serait dilTiciie de décider laquelle des deux boutiques, 0 ou 10, servait au débit de la marchandise ; seulement, si les anciens avaient la même prédilection pour les coins de rue que nos marchands modernes, il doit y avoir présomption en faveur de la boutique 10, qui d'ailleurs était placée sur la rue principale, et qui était accompagnée d'une arrière-boutique 12. La pièce 9 a oHert une particularité que Mazois n'a pas manqué de signaler : sur la paroi intérieure du trumeau existait une peinture représentant un serpent, symbole d'une divinité custode,, ou gardienne de la maison, et à côté était scellée dans le mur une brique en saillie, qui servait à porter la lampe qui brûlait continuellement en son honneur. En face de cette représentation toute païenne, et bien en évidence, était une croix latine en bas-relief, ou du moins un objet qui en a toute la forme; il serait bien singulier qu'il fût permis d'y voir un symbole de la nouvelle religion du Christ.
La pièce la plus intéressante est le Pistrimnn- S, où se trouvent encore trois moulins à bras en lave, à peu près de la forme de nos moulins à café% des chaudières sur des fourneaux, et le pétrin dans lequel
1. Quatre de ces couleurs étaient dans leur état naturel et n'avaient encore subi aucune préparation; c'étaient du blanc, une sorte de terre verte, de l'ocre jaune et de l'ocre brune. D'autres couleurs étaient composées ; l'analyse chimique a fait connaître que le rose tirait son principe colorant de l'alun, et que les divers bleus étaient formés d'oxyde de cuivre, de chaux et d'alun.
2. Les peuples de l'Asie connaissaient depuis longtemps l'emploi des moulins quand les Romains broyaient encore le grain dans des mortiers, de là les noms de Pistrinum et Pistor donnés à la boulangerie et au boulanger. On nommait aussi ce dernier siliginarius , de siligo, farine de froment.
3. Pompéi était renommée pour ses meules et ses pressoirs, dont elle faisait un grand commerce. Cato, De re rustica, c. XXII.
MAISONS 1:T liOUTIOUES. 2i9
on pr('parait la pâte. On y a Iroiivé éj^alemcnt divers vases de terre cuite ((ui avaient servi à contenir Teau , la farine et le sel, et à coté desquels était un puits dont on voit encore la margelle. Dans un angle de cette salle est l'entrée du four dans lequel étaient encore plusieui-s pains. Ce four présente une disposition particulière dont nous trouverons plusieurs autres exemples à Pompéi ; sa bouche n'ouvre pas directement sur le pisfriiuiiii, mais sur une espèce de couloir ou de conduit semi-circulaire ayant à ses extrémités et à des niveaux diiïérents une ouverture sur le pistrimim et sur le magasin 7. Cette espèce de ventilateur avait pour effet d'activer la flamme quand le four était allumé, et plus tard de chasser la buée qui se dégageait du pain déposé dans le four. C'est en avant de ce conduit qu'est l'arc extérieur du four qui se fermait, comme chez les modernes, par une porte de fer sans gonds munie de deux poignées ^ Au-dessus de Tare du four était un bas-relief dont il est bien difficile d'expliquer la présence en ce lieu; c'est une image phallique colorée en rouge et accompagnée de l'inscription : J/ic habitat félicitas -.
La pièce 11 enfin a dû servir de logement au boulanger. Revenons à la façade sur la rue des Thermes.
La boutique 13, la seule qui communique avec l'intérieur de la maison, témoigne de l'existence, chez les Romains, d'un usage qui s'est perpétué en Italie, et principalement à Florence, où le vinajo a remplacé le dispe?isator ou institorj, comme le petit guichet percé dans la muraille du palais a succédé à la boutique où se tenait à son comptoir l'esclave qui, chez les anciens, était chargé de débiter le vin et l'huile que le propriétaire récoltait dans ses domaines. L'espèce d'arrière-boutique 14 dut servir de demeure au dispensator de Pansa, qui probablement remplissait aussi les fonctions de portier, sa loge ouvrant sur l'Atrium.
Les boutiques J5, 16, 17 et 18 sont entièrement indépendantes les unes des autres; derrière la boutique 17 est une arrière-boutique 20. Une pièce plus grande 19, éclairée par une fenêtre sur la rue de la
1. Plusieurs portes, semblables provenant de divers fours sont déposées dans le petit musée de la rue du Forum.
2. Une image semblable eu terre cuite avec la même inscription a été trouvée rue de Stabia, le 30 avril 1819. Pomp. Ant. Hist., IV, 5.
250 PO M PKI A.
FaUomca cl coiilcnaiil un piiils v\ un <;i-aii(l four', acc()iii[)agiic la boutique 18. Sur la incuic rue se Irouveiil trois a|)|)arlenienls . 21 , 2f| el ^25, couiposi's cliacuu de plusieurs pièees sans connnunicaliou avec Tiii- Irrieur; ces appaii(Miients élaienl sans doule loiirs à (niehjucs familles (le ces ciloNcns (lui , ircUml point pi'()j)riélaircs, liabilaient des appjulenients à loyiM" (M étaient dési^^nrs sous le nom d Iii<iiiiliin"- ; resclave chargé de la peiceplion des loyeis se nommait Iiisvhn'rc. Dans l'apparlcmenl ^25, on a trouvé (iuati-(î squelettes de l'ennnes avec des boucles (roreilles en or, des anneaux avec leurs pierres gravées, trente-deux pièces d'argent, el bcaucouj) d'autres objets.
Kevcnons maint(Miant à la l'ue des Thermes et présentons-nous à la porte de la demeure de Pansa. L'entrée principale 22, ainsi qu'on peut le voir par notre plan el par la vue que nous en donnons ici, était, comme toutes celles de Pompéi , fort étroite, très-haute et simplement décorée de deux pilastres avec des chapiteaux de fantaisie. Sur le pilastre de gauche, on a trouvé, le 11 août 18.1 i, Tinscription suivante peinte en lettres rouges dont il reste peu de traces :
PAN SAM AED.
PARATVS ROG.
« Paratus invoque l'édile Pansa ^. »
C'est d'après cette inscription que l'édifice qui nous occupe a été désigné sous le nom de maison de Pansa; peut-être était-ce aussi bien la maison de Paratus; peut-être même son propriétaire ne portait-il ni l'un ni l'autre de ces noms. Toutefois l'inscription étant une de ces
1. Ce four n'a pas le ventilateur que nous avons signalé plus haut.
2. Les Romains regardaient comme une honte de ne pas posséder une habitation en propre, et d'être inquilini , locataires. Pour éviter cette humiliation, les demi-riches se réunissaient trois ou quatre ensemble pour bâtir ou achètera frais communs une maison dont l'un possédait le rezde-chaussée, l'autre le premier étage, un autre le second, ou une partie de ces étages, etc.
De.nys d'Halic, X, 32.
3. Beaucoup d'inscriptions trouvées à Pompéi renferment le nom de l'édile Cuspius Pansa. En voici une dont la découverte remonte au l*""" septembre 17Ci.
AED. FABIVS EVPOR. PRINCEPS
LIBER TINOnVM.
«( Fabius Euporius, prince des affranchis, invoque l'édile Cuspius Pansa. »
PoMP. Ant. Hist., I, 100.
MAISONS HT BOUTIQUES. 2ol
invocations adulatrices dont on ivli'ouNC tant d'exemples sur les niuis
de Pompéi, il parai! assez vraisemblable (|u'elle put être tracée sur la
demeure même de l'édile Pansa auquel elle s'adressait ^ Quoi qu'il en
Porte de la Maison de Pansa.
soit, la porte de l'habitation que nous continuerons de nommer la maison de Pansa n'existe plus aujourd'hui, ayant été, comme toutes les autres portes de Pompéi , détruite par le feu du Vésuve ; on sait seulement, par les portes feintes qui ont été trouvées peintes sur plusieurs murailles, et surtout par la porte de marbre de l'un des tombeaux que nous avons décrits, que les portes étaient ordinairement en bois de chêne, à deux battants, à panneaux, et ornées de bulles^ gros clous à tètes dorées, et que, comme les nôtres, elles portaient souvent un marteau; elles étaient ordinairement surmontées d'une imposte éclairant le vestibule, ce qui explique leur hauteur si peu en rapport avec leur largeur. D'après un règlement de police, elles ne pouvaient s'ouvrir qu'en dedans ; Denys d'Halicarnasse et Plutarque nous apprennent qu'au seul Yalerius Publicola, en récompense des services qu'il avait rendus à la République, il fut permis de faire ouvrir en dehors les portes de la
1. « Je n'ai pas besoin que mes portes se couvrent d'éloges tracés au charbon. »
Impleantur meœ forets elogiorum carlonibus.
Placte, Mercator, Act. II, se. 3.
roi iM)Mi»i:iA.
maison (nfil possédait an pi(Ml du Palatin. J.cs portes tonrnaicnt sur dvs j)iv()ts, cl s(^ fcnnaicMit par des verrons perpendiculaires qui cntiai(Mil dans dos onllets creusés dans le senil. Les linteaux ont tons disparu, maison a pu r(îconnaUre (|n'ils n'étaient ordinairement composés (pie d'une planclie épaisse sup[)oi'lanL une architrave en moellons.
(ihez les Romains, l'entrée de la maison était |)lacée sous la ^arde de (piali-c divinités : Jantts qui présidait à l'ensemble de la porte, /(unid : rorcuhis (pii avait sous sa protection les ])attants, fores; Liiiirnli)ius (jni v(Mllait au linteau et au seuil, limen ; enfin la déesse (Atvdca ou Carna^ qu'on invoquait pour la conservation des gonds, canlines.
D'un passage de Suétone, nous devons inférer que la porte était ordinairement, comme chez les modernes, accompagnée d'une sonnette".
Après avoir franchi le seuil du pied-droit ^, on se trouve dans un corridor de 2'", 80 de largeur; c'est ]e prothyrum ou aditus, que les Grecs appelaient aussi diatliyrum et où se tenait le portier, l'o-s'^'arius, accompagné ordinairement d'un chien qui n'était quelquefois qu'une peinture sur la muraille ou une mosaïque incrustée dans le sol , comme nous en verrons un curieux exemple.
Quelquefois des portes percées dans les murailles du prothyrum donnaient accès à la loge du portier, cella ostiarii '' , et à des salles
1. Le l^"" ou jour des Calendes de juin était consacré à cette divinité.