‹ Pompeia décrite et dessinéeChapitre 271 sur 293 · HERCULANUM · texte numérisé non relu

HERCULANUM

L est impossible de quitter les bords du golfe de Naples sans donner un coup d'œil à la ville qui partage avec Pompéi une célébrité que toutes deux doivent surtout à la catastrophe qui les fit disparaître pour plusieurs siècles de la surface du globe. Peu à peu Pompéi renaît à la lumière; malheureusement il ne saurait en être de même d'Herculanum englouti aune profondeur considérable augmentée encore par les éruptions successives, d'Herculanum qui, surmonté des deux villes de Portici et de Résina, semble condamné à rester à jamais enseveli dans son linceul de cendres pétrifiées. Dans c{uelques parties seulement plus éloignées du Vésuve , et plus voisines

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de la mer, les couches de lave cl de cendres sont moins épaisses, ci (liiel(iii(\s édifices oui j)u cire déblayés à ciel ouvert'. En toute autre coiili'ée ces découvertes seraient bien inléressantes, bien précieuses, et ici encore, ([uoique le voisinage de Pompéi leur enlève une grande parlie de leur valeur, le voyageur instruit ne regrettera pas de leur consacrer (luelciues instants. Toutefois, dussent ces ruines soullVir de la comparaison, nous conseillerons de ne les visiter qu'après avoir étudié Pouipéi , dont les édifices mieux conservés et entièrement dégagés rendront compréhensibles les maisons moins complètes d'IIerculanum, et surtout son théâtre qu'on ne peut visiter que par fractions et à la lueur incertaine des flambeaux.

llerculanum paraît avoir été une ville plus artistique que Pompéi, dont presque tous les habitants se livraient au commerce, et généralement les peintures , les marbres , les bronzes - qu'on y a trouvés sont supérieurs à la plupart de ceux qui sont sortis des ruines de sa rivale.

Les fouilles d'Herculanum n'ont jamais été suivies d'une manière méthodique et régulière, et, ainsi que nous l'avons dit dans l'introduction de cet ouvrage , la plupart des édifices ont été remblayés après qu'on en eut retiré tous les objets portatifs et trop souvent sans qu'on eût pris le soin de relever un plan de ces constructions condamnées cette fois à disparaître pour toujours. On chercherait même en vain dans les catalogues du musée de Naples la désignation précise des monuments où furent découverts la plupart des objets d'art provenant des premières fouilles.

Avant de passer à la description des édifices peu nombreux qu'il nous est donné de visiter aujourd'hui , jetons un coup d'œil rapide sur ceux dont le souvenir nous a été conservé par les auteurs contemporains de leur renaissance éphémère. Rien du reste n'est plus difficile

1. Pendant nombre d'années , les fouilles d'Herculanum ont été interrompues; le roi d'Italie Victor Emmanuel II vient d'accorder sur sa cassette une première somme de 30,000 fr. et il a tenu à honneur de présider lui-même à la reprise des travaux.

2. Nous consignerons ici une remarque assez singulière qui jusqu'ici n'a été démentie par aucune découverte. Par l'effet sans doute de la différence des matières qui ont englouti les deux villes, les bronzes d'Herculanum sont revêtus d'une patine d'un vert plus ou moins foncé, comme tous les bronze antiques, tandis que ceux de Pompéi sont couverts d'une couche d'oxyde du plus beau bleu d'outremer, ce qui les rend facilement reconnaissables.

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que de démêler la vérité parmi les rapports contradictoires que ces écrivains nous ont laissés; pour n'en citer qu'un seul exemple, la plupart prennent pour le Forum l'édilice (jui incontestablement était une Basili(|ue, et, par compensation sans doute, donnent au Forum le nom de Basilique, confusion ([u'on ne i)eut comprendre en présence des plans, quelque imparfaits ({u'ils soient, que nous ont laissés Cocliin et Bellicard ^ et les académiciens d'Ilerculanum.

FouuM. Nous avons dit que le premier édifice reconnu à Ilerculanum fut le théâtre; animé par cette découverte, Charles III voulut que des fouilles fussent poussées en tous sens à la recherche de nouveaux monuments, et l'une des galeries souterraines vint aboutir au Forum, situé au S.-E. du théâtre. JMalheureusement cette partie si intéressante de la ville antique ne fut explorée que du côté du S.-O. qui seul figure sur le plan donné par l'Académie d'Herculanum. D'élégants portiques, une grande basilique, l'hémicyle du grand théâtre décoré des nombreuses statues de la famille Balbus, et sans doute aussi quelques autres monuments restés inconnus contribuaient à rendre ce Forum plus magnifique encore que celui de Pompéi. Quelques auteurs ont écrit que les deux belles statues équestres des Balbus avaient été trouvées dans son enceinte ; mais telle est l'incertitude qui règne sur ces premières fouilles, que d'autres placent ces groupes au théâtre où nous verrons qu'ils n'ont jamais pu exister, tandis que d'autres encore, avec plus de vraisemblance, croient qu'ils ornaient le vestibule de la Basilique.

Basilique. Une partie de l'aire du Forum était occupée par un édifice exploré en 1739, long de 76 mètres suivant Romanelli ^ et dont la façade se reliant h la colonnade de la place publique ouvrait au S.-O. sur une rue large d'environ 10 mètres. La description et le plan les moins incomplets que nous en possédions se trouvent dans le petit ouvrage de Gochin et Bellicard, qui pourtant sont au nombre de ceux qui ont confondu ce monument avec le Forum lui-même, erreur peu pardonnable si réellement sur le frontispice existait cette inscription :

1. Observations sur les antiquités de la ville d'Herculanum. In-12, Paris, 175i.

2. Viaggio a Pompei, a Pesto e di ritorno ad Ercolano. In-8, Naples, 1817.

508 llMHClF.AXrM.

M. NOMVS M. I'. BAlJiVS PROCOS.

liASIIJCAM l'OUTAS MVi;VM

PKCVMA SVA.

«i M. .Noiiiiis HallMis, fils (le Murcus, a fdit ronstnii^'i' à sos finis lu basilique, les portes

et les murailles. »

Nous Iroiivons dans la r)asilici(ic d'Ilcrculanum la reproduction identique de celle de Pompéi, et la descriplion (Ui Tune pourrait presque sutfire à faire connaître Taulre. O'abord se [)résentail, connne à I^jinpéi, un vestibule ou chalciilù/ue divisé de môme en cinq travées par doux rangs de piliers carrés. A chaque extrémité était encore en place une statue équestre de marbre blanc, aujourd'hui au nombre des ))lus précieux ornements du musée de Naples. Ces statues sont celles des M. Nonius Balbus, père et fils^

Après avoir franchi le chalcidique, on se trouvait dans une area ou cour découverte entourée de trois côtés de portiques soutenus par /i2 colonnes. Au fond de l'édifice, dans un renfoncement carré, toujours comme à Pompéi, était le piédestal continu qui servait de tribunal, et qu'ornait une statue de Vespasien entre deux figures assises dont les têtes avaient été brisées. Aux côtés du tribunal et en tête des galeries latérales se trouvaient, et en cela la basilique herculanienne diffère de la pompéienne, deux espèces d'absides presque semi-circulaires ; sur leur muraille concave furent trouvées deux des plus grandes peintures du musée de Naples , Hercule et Télèphe nourri par la biche ^ et Thésée vainqueur du Minotaure entouré des jeunes gens qu'il vient de délivrer^.

En avant de ces niches étaient deux piédestaux portant les figures de bronze d'Auguste et de Glaudius Drusus^ Plusieurs autres bustes et statues provenant également de la Basilique d'Herculanum sont conservés au musée de Naples.

Tribunaux. On a vu qu'à Pompéi, dans le voisinage de la Basilique,

1. Voj'. à la fin du chapitre la statue de Balbus père. \oy. aussi Heuc. et Pomp., VI, pi. 57 et 58.

Ces statues avaient été placées dans la cour du palais royal de Portici; en 1799, un boulet enleva la tète de Balbus fils, qui a été habilement refaite par le sculpteur Angelo Brunelli, qui réunit tous les débris et en composa le modèle de la tète que la statue porte aujourd'hui,

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