L. III. Eleg
TOMnKAUX KT MONI'MINTS Kl' NK l{ A I IU:S. S")
par les fouilles récentes; mais à Poinpéi , ce ne soiil plus des constructions isolées, ou une succession (U\ nionuinenls informes; c'est une voie garnie tout entière et de clia(|iie côté, sin- une longueur de prrs do 250 mètres, de sépulcres et de monuments ayant tous une destination funéraire, la plupart d'une parfaite conservation; c'est enfin la fameuse voie des Tombeaux (jui commence à la porte même (Je la ville et se dirige sur llerculanum. Peut-être, lorsque les autres voies qui aboutissent à Pompéi seront dégagées, les trouvera-t-on également bordées de monuments funéraires dont quelques-uns pourront présenter, soit dans leur disposition, soit dans leur architecture, quel(|ue particularité nouvelle. Nous en verrons un exemple découvert en 1854 à la porte de Nola.
La rue des Tombeaux, déblayée de i76ê^ à 1770, et de 1811 àl81/|, traversait le faubourg Augusto-Félix, fondé, ainsi ({ue je l'ai dit, par Sylla et Auguste. Là des familles entières reposaient réunies comme au sein de leurs foyers; là dormaient pour l'éternité le père de famille, la matrone, leurs enfants, et autour d'eux leurs adranclns; là enfin, aux Ides ^ de février et de mai , se célébraient les Ferales ^ et les Lemuvales'\ ces fêtes lugubres destinées à honorer la mémoire de ceux qui avaient été; mais familiarisés dès l'enfance avec ce tableau funèbre, les Pompéiens avaient fait de leur nécropole le but de leurs promenades, et c'était aux tombeaux , aux cyprès funéraires qu'ils demandaient l'ombre et la fraîcheur si précieuses sous ce climat brûlant; c'était sur la pierre sépulcrale qu'ils s'asseyaient pour se reposer et jouer aux dés
1. On sait que les Romains divisaient le mois en trois parties : les Calendes, les Nones et les Ides. Le jour des Calendes était le l'""; les Nones étaient, selon les mois, les 4 ou 0 jours suivants; venaient ensuite les Ides, toujours au nombre de 8 ; puis on commençait à compter par les Calendes du mois suivant. Prenons pour exemple le mois de janvier. Le l*""" est le jour des Calendes de janvier, les 2, 3, 4 et 5 sont les 4, 3, veille et jour des Nones de janvier; les 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12 et 13 répondent aux 8, 7, G, 5, 4, 3, veille (!t jour des Ides de janvier; au 14, on cesse de dater du mois de janvier et ce jour répond au 19 des Calendes (avant les Calendes) de février; le 15 est le 18, le 10 est le 17 des Calendes, et ainsi de suite en diminuant jusqu'au 31, qui porte le nom de veille des Calendes de février, pridiè Calendarum februarii.
2. Feralia ab inferis et ferendo, quod fei'unt liim epulas ad sepulcrum quitus jus ibi parentare. Varro, De linguâ latinâ, L. VI, 13.
Voy. aussi Ovide, Fastes, L. II, v. 533 et suiv.
3. Le vrai nom de cette fête, que l'usage avait légèrement altéré, était Remuralia , du nom de Rémus, en l'honneur duquel Romulus l'avait instituée pour apaiser les mânes de son frère.
Voy. aussi Ovide, Fastes, L. V, v. 451 et suiv.
86 rOMIMJA.
OU aux ossclcls ' ; c/i'lail , (Miliii , dans celle avenue mortuaire (jue Tuii des |)Ius riches ciloyens élevait sa maison de plaisance ! Singulier con- (ras((* (les j()i(\^ el du mouvement de la terre avec le silence et le calme de la dernière demeure où gisaient les trépassés!
Dans la descri[)lion de ces divers monuments funèbi'es, nous suivrons Tordre le |)lus naturel. Partant de la porte dite d'IIerculanum, nous visiterons successivement tous ceux qui se trouveront à notre droite, et nous reviendrons à cette môme porte en examinant ceux qui forment le côté gauclie de la rue des Tombeaux.
PiÉDKSTAL. D'abord se présente un grand piédestal (Pl. ^2), découvert le 14 janvier 1704 % et construit en pierre avec des moulures de marbre blanc à sa base. Selon toute apparence, il devait supporter une statue colossale qui peut-ôtre eût décoré la tombe de quelque personnage illustre; mais tout aussi annonce que ce monument ne fut jamais terminé ^ A ses pieds sont déposées quatre grosses meules.
Vient ensuite le
Tombeau de Térentius (Pl. 1) , enceinte de maçonnerie grossière, où Ton trouva l'inscription suivante qui a été remplacée par une copie :
ï. TERENÏIO T. F. MEN.
FELICI MAIORI AEDIL.
HVIG PVBLICE LOCVS
DATVS ET HS. oo oo
FABIA PROBI F. SABINA VXOR^
« A Titus Térentius Félix Major, édile, fils de Titus, de la tribu Ménénia, à qui furent donnés par le peuple le lieu de la sépulture et 2,000 sesterces, Fabia Sabiua, sa femme, fille de Probus. »
En avant du tombeau de Térentius , mais un peu en arrière de l'alignement de la rue des Tombeaux, est une grande base formée de gros blocs
i . A Paris, au moyen âge, les portiques du charnier des Innocents étaient devenus le rendezvous des joueurs et des libertins; plusieurs ordonnances royales suffirent à peine pour les en chasser.
Aujourd'hui encore les cimetières sont la promenade favorite des peuples d'Orient.