L. VI. Lettre XVI. Traduction par Sacy
2. Le pin d'Italie, ou pin-parasol. Lorsque la fumée du Vésuve prend cette forme, c'est encore aujourd'hui l'annonce d'une violente éruption.
IM UdDLLTION IlISTuUlnli:. 15
curiosité. II l'ail venir des tj:alères. monte lui-mêinc dessus, et part dans lo dessein de voir quel secours on pouvait donner, non seulement à Hélina, mais à tous les autres hou r'j^s de cette côte, qui sont en «^nand nombre à cause de sa beauté. II se presse d'arriver an lien d'iu'i lout le monde fuit, et où le péril i)araissait plus j^rand ; mais avec une U'Wc liberté d'esprit, qu'à mesure qu'il apercevait quelrpie mouvement ou (juebiue figure extraordinaire dans ce prodige, il faisait ses observations et les dictait. Déjà sur ses vaisseaux volait la cendre plus épaisse et plus chaude à mesure qu'ils approchaient; déjà tombaient autour d'eux des pierres calcinées et des cailloux tout noirs, tout brûlés, tout pulvérisés par la violence du feu ; déjà la mer semblait refluer, et le rivage devenir inaccessible par des morceaux entiers de montagnes dont il était couvert, lorsque, après s'être arrêté quelques moments, incertain s'il retournerait, il dit à son pilote, qui lui conseillait de gagner la pleine mer : La fortune favorise le courage. Tournez du côté dô Pomponianus. Pomponianus était à Stahies, en un endroit séparé par un petit golfe que forme insensiblement la mer sur ces rivages qui se courbent. Là, à la vue du péril, qui était encore éloigné, mais qui semblait s'approcher toujours, il avait retiré tous ses meubles dans ses vaisseaux, et n attendait pour s'éloigner qu'un vent moins contraire. Mon oncle, à qui ce même vent avait été très-favorable, Taborde, le trouve tout tremblant, Tembrasse, le rassure, l'encourage, et pour dissiper, par sa sécurité, la crainte de son ami, il se fait porter au bain. Après s'être baigné, il se met à table et soupe avec toute sa gaieté, ou (ce qui n'est pas moins grand) avec toutes les apparences de sa gaieté ordinaire. Cependant on voyait luire, de plusieurs endroits du mont de Vésuve, de grandes flammes et des embrasements dont les ténèbres augmentaient l'éclat. Mon oncle . pour rassurer ceux qui raccompagnaient, leur dit que ce qu'ils voyaient brûler, c'étaient des villages que les paysans alarmés avaient abandonnés, et qui étaient restés sans secours. Ensuite il se coucha et dormit d'un profond sommeil ; car, comme il était puissant, on l'entendait ronfler de l'antichambre. Mais enfin la cour, par où on entrait dans son appartement, commençait à se remplir si fort de cendres, que, pour peu qu"il fût resté plus longtemps, il ne lui aurait plus été libre de sortir. On l'éveille : il sort et va rejoindre Pomponianus et les autres qui avaient veillé. Ils tiennent conseil et délibèrent s'ils se renfermeront dans la maison, ou s'ils tiendront la campagne ; car les maisons étaient tellement ébranlées par les fréquents tremblements de terre, que l'on aurait dit qu'elles étaient arrachées de leurs fondements et remises à leurs places. Hors de la ville, la chute des pierres, quoique légères et desséchées par le feu, était à craindre. Entre ces périls, on choisit la rase campagne. Chez ceux de sa suite, une crainte surmonta l'autre ; chez lui, la raison la plus forte l'emporta sur la plus faible. Ils sortent donc et se
l'OMPl'ilA.
coiniviil 1.1 Iric (roicilliMs alInclK's iiNcc des mouchoirs; co lïil loulo In pnîcaulioii ([irils piiiciil coiilrc ce (](ii lonihail d'en luiiil. Le jour rccoiiiiiKMicail .lillciiis ; mais dans le lieu où ils ('laiciil coiiliniiail une nuil, la pins sombre et la plus allVeiise de loiiles les niiils, el (|iii iiiMail un peu (lissi[)('e (|Me j)ai- la lueur d'un <;iand nombre de llauilx^aux et d'auli'es lumières. On iiouNa bon de s'appiocber du ri\a^^e el d'examiner de pi-ès ce (pie la mer permellail de leiilei' ; mais on la trouva eucoi'e Tort j'i'ossc el l'orl agitée d'un \eiil conlraire. Là, mon oncle, avant demandé de l'eau et l)u deux fois, se coucha sur un drap (pi'il fil ('dcndre. Knsuile des flammes (jui pai'urenl plus <;randes, cl une odeur de soufre (jui aimoneail leur
Mort do Pline.
approche, mirent tout le monde en fuite. Il se lève, appuyé sur deux valets, et dans le moment tombe mort. Je m'imagine qu'une fumée trop épaisse le sufToqua d'autant plus aisément qu'il avait la poitrine faible, et souvent la respiration embarrassée. Lorsque l'on commença à revoir la lumière (ce qui n'arriva que trois jours après, on retrouva au même endroit son corps entier, couvert de la même robe qu'il avait quand il mourut, et dans la posture plutôt d'un homme qui repose, que d'un homme qui est mort. Pendant ce temps, ma mère et moi nous étions à Misène. Mais cela ne regarde plus votre histoire ; vous ne voulez être informé que de la mort de mon oncle. Je finis donc, et je n'ajoute plus qu'un mot : c'est que je ne vous ai rien dit, que je n'aie ou vu ou appris, dans ces moments où la vérité
INTUODIICTION II ISTOIUOU I-:. H
(io I aclion qui vient de se passer n'a pu rire allérée. C'est à vous de clioisir c(^ (pii vous paraîtra plus ini|)oiiant. Il y a bien de la diiïérence entre écrire une lettre ou une histoire, entie écrire pour un ami ou pour la postérité. Adieu. »
La seconde lettre est moins importante, n'ayant trait (ju'à ce (jui se passai! à Misène où se trouvait Taufeur ; aussi nous conienlvi'CHis-nous d'eu cvtraire (luelipies passages.
<( \|)rès (jue mou oiich^ lut parti, dit IMiuc U) Jeune', je continuai l'étude qui m'avait empêché de le suivre. Je piis le ])ain, je'sou|)ai, je me couchai et dormis peu, et d'un sommeil fort interrompu. Pendant plusieurs jours, un tremblement de terre s'était l'ait sentir et nous avait d'autant moins étonnés, (juc les bourgades et même les villes de la Campanie y sont fort sujettes. Il redoubla pendant cette nuit avec tant de violence, qu'on
eût dit que tout était non pas agité, mais renversé ! Il était déjà sept
heures du matin, et il ne paraissait encore qu'une lumière faible, comme une espèce de crépuscule. Alors les bâtiments furent ébranlés par de si fortes secousses qu'il n'y eut plus de sûreté à demeurer dans un lieu à la vérité découvert, mais fort étroit. Nous prenons le parti de quitter la ville ; le peuple épouvanté nous suit en foule, nous presse, nous pousse ; et, ce qui dans sa frayeur tient lieu de prudence, chacun ne croit rien de plus sûr que ce qu'il voit faire aux autres. Après que nous fûmes sortis de la ville, nous nous arrêtâmes ; et là, nouveaux prodiges, nouvelles frayeurs. Les voitures que nous avions emmenées avec nous étaient à tout moment si agitées, quoique en pleine campagne, qu'on ne pouvait, même en les appuyant avec de grosses pierres, les arrêter en place. La mer, semblait se renverser sur elle-même, et être comme chassée du rivage par l'ébranlement de.la terre. Le rivage, en effet, était devenu plus spacieux et se trouvait rempli de différents poissons demeurés à sec sur le sable. A l'opposite, une nue noire et horrible, crevée par des feux qui s'élançaient en serpentant, s'ouvrait et laissait échapper de longues fusées semblables à des éclairs, mais qui
étaient beaucoup plus grandes La cendre commençait à tomber sur nous,
quoique en petite quantité. Je tourne la tête et j'aperçois derrière nous une épaisse fumée qui nous suivait, en se répandant sur la terre comme un torrent. Pendant que nous y voyons encore, quittons le grand chemin, dis-jeà ma mère, de peur qu'en le suivant la foule de ceux qui marchent sur nos pas ne nous étouffe dans les ténèbres. A peine étions-nous écartés qu'elles augmentèrent de telle sorte qu'on eût cru être , non pas dans une de ces nuits noires et sans lune, mais dans une chambre où toutes les lumières
auraient été éteintes Il parut une lueur qui nous annonçait, non le
retour du jour, mais l'approche du feu qui nous menaçait ; il s'arrêta pour-