‹ Pompeia décrite et dessinéeChapitre 8 sur 293 · L. VI. Lettre 20. Traduction par Sacy · texte numérisé non relu

L. VI. Lettre 20. Traduction par Sacy

18 POMI'IMA.

laiil loin (lo nous, r/ohscuiilr revint, (U la pluie do cendres recommença et plus Inilc cl plus ('paisse. Nous (Hions réduits à nous lever de temps en leni|)s |)()ur secouer nos hahils, et sans cela elle nous eût accablés et en-

l^loulis Knlin cette ('[)aisse (ît noire vapeur se dissipa peu à peu et se

perdit ton! à lait comme une fumée ou comme un nuaj^e. Bienlùt après parurent le jour et le soleil même, jaunAIre poiirlanl et hd qu'il a coutume de luiiedans une éclipse. Tout se montrait cliauf^^é à nos yeux encore troublés, et nous ne trouvions lien ([ui ne fût cacbé sous des monceaux de cendres, comme sous la neige. »

« Les vents s'assoupissaienl, dit l>ul\\ei'; l'écume expirait sur l'azur de celte mer délicieuse. Dans l'orient de légères vapeurs réfléchissaient par degrés les teintes de rose qui annonçaient le matin ; la lumière allait reprendre son empire. Cependant, immobiles et sombres se montraient encore dans le lointain les fragments compactes de la nuée destructive, au sein de laquelle les bandes rouges, mais d'un éclat de plus en plus faible, trahissaient les feux encore ardents de la montagne des Ckamps-BruUs. Les murs blancs et les brillantes colonnes qui ornaient cet admirable rivage n'étaient plus. Morne et triste était la contrée naguère couronnée par les villes d'Herculanum et de Pompéi. Ces villes, les filles bien-aimées de la mer, étaient arrachées à sesembrassements! Pendant une longue suite de siècles, elle étendra vainement ses bras azurés, ne les retrouvera plus et gémira sur les tombes de ses enfants perdus ! »

Aces détails que nous fournissent l'histoire et la poésie, nous en ajouterons quelques autres extraits des auteurs contemporains, ou que l'état des lieux a permis de constater. Les feux souterrains du volcan, dans leur effort pour s'ouvrir un passage, firent sauter le sommet de la montagne, qui roula en lave brûlante jusqu'à la mer, ou fut dispersée soit en éclats , soit en cendre si subtile que les vents la portèrent jusqu'en Egypte et même en Syrie. A Rome, dans la matinée du 2/i, le soleil fut obscurci par la masse énorme de cendres et de fumée que le volcan avait lancée dans les plus liantes régions de l'atmosphère. Herculanum, Retina (Résina) et Oplonte^ furent ensevelies sous la lave dans quelques parties, mais principalement par un déluge d'eau et de cendres que vomit la montagne, et qui remplit ces villes comme le métal en fusion remplit les concavités du moule. Cette espèce de mortier devint bientôt par le refroidissement aussi dur que la pierre, et les malheureuses cités se trouvèrent englouties sous une couche solide de plus de 20 mètres d'épaisseur.

Pompéi, au contraire, soit parce que sa position élevée la préserva de ces torrents, soit parce que les courants d'eau et de lave prirent une autre

1. Oplonte occupait à peu près le site de la Torre dell' Annunziata.

INTRODUCTION HISTOIUOrK. <9

direction, lut, aussi i)ioii (juc Stahies, recouvorlo suiluut d'une couclie de G à 7 mètres de cendres cl do [x-iites pierres ponces qu'on noninie à Naples Lapilli. Cette pluie voicanicpie luniha sans doute i)ar ondées successives et non en masse, c<ir aucun des habitants n'eût écliappr*, tandis que jusqu'à présent on n'a encore trouvé qu'environ 500 squelettes, nombre bien faible pour les deux tiei-s d'une ville dont les calculs les plus modérés évaluent la population à près de 60,000 âmes.

Dion dit, et une foule d'auleui^ ont répété après lui, qu'au moment de la catastrophe, le peuple presque entier était au théâtre et y fut enseveli. Les auteurs qui ont adopté la version de l'historien de Nicée n'ont pas réfléchi (ju'elle est absolument contraire à la nature et à raction des volcans et particulièrement du Vésuve, dont les éruptions sont toujours précédées d'indices sur lesquels il n'est pas permis de se méprendre. D'ailleurs, ce qui est bien plus décisif, un seul squelette a été découvert dans le théâtre. 11 est donc certain que la plupart des habitants eurent le temps de s'échapper, et nous verrons que beaucoup de ceux qui périrent furent retenus par des causes indépendantes des eflets du volcan, ou lurent victimes de leur cupidité et de leur amour pour leurs richesses. Les matières volcaniques ne s'élevèrent nulle part au-dessus du premier étage des maisons, et si les étages supérieurs, assez rares du reste, furent détruits et avaient entièrement disparu, ce dut être d'abord par l'efTet de Téboulement causé par la combustion des charpentes et le poids des pierres et des cendres accumulées sur les toits, et plus tard par suite de l'intempérie des saisons et du peu de solidité de la construction. On a trouvé des indices qui portent à croire qu'après la destruction de la ville, quelques habitants revinrent fouiller leurs demeures pour retirer leurs effets les plus précieux ; il fut même question de reconstruire les villes détruites, car nous lisons dans Suétone ^ : '(Le règne de Titus fut troublé par des événements aussi tristes qu'imprévus : l'éruption du Vésuve dans la Campanie ; à Rome, un incendie qui dura trois jours et trois nuits, une peste dont les ravages furent effroyables. Il montra dans ces malheurs la vigilance d'un prince et toute la tendresse d'un père, consolant les peuples par ses édits, les secourant par ses bienfaits. Des consulaires désignés par le sort furent chargés de réparer les désastres de la Campanie. Les biens de ceux qui avaient péri dans l'éruption du Vésuve sans laisser d'héritiers furent employés à la reconstruction des villes détruites. » Quoi qu'il en soit, ce projet de reconstruction n'eut pas de suite, soit à cause de la mort de Titus arrivée moins de deux ans plus tard, soit parce que l'on reconnut que la dépense excéderait le bénéfice et qu'il valait mieux abandonner un territoire voué pour plusieurs siècles à la stérilité.

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