‹ Pompeia décrite et dessinéeChapitre 95 sur 293 · THERMES · texte numérisé non relu

THERMES

ous un ciel brûlant, l'usage des bains est un des premiers besoins de la vie, et l'on ne peut comprendre comment les modernes Italiens en sont venus à se baigner bien plus rarement que les habitants des contrées du Nord. Dans l'antiquité, les ablutions fréquentes n'étaient pas moins nécessaires à la santé que rendues indispensables par la coutume de porter des sandales; aussi, riches et pauvres, grands et petits se baignaient-ils chaque jour, et arriva -t- il un Frigidarium. momcut OÙ Ics olsifs , comme nous l'ap-

prend Pline, se baignèrent jusqu'à sept fois par jour et pas-

ici i»o.mim:ia.

scrcnt aux thermos la plus «:;raiide [)arlie dos journées cl des nuits.

Les bains ne furent d'abord que de simples piscines dont l'usage avait ('lé, dil-on , emprunté aux Spartiates, cl où Ton venait nager et se laver, comme le prouve leur ancien nom, lavatrina, A la fin de la République, il n'y avait encore que fort peu d'établissements de ce genre particuliers ou publics ; ils furent introduits à Rome au temps de Pompée; mais aucun n'était monumental, aucun surtout n'était pourvu (te toutes les recherches ({u'on y apporta plus tard.

Ainsi que l'indicjue son étymologic (HepfWi, étuves), le mot tliermes, Iherwœ, ne désigna dans le principe que les bains d'eau chaude, soit naturelle, soit artificielle; on lui donna une plus grande extension en l'appliquant également aux bains d'eau froide. Nous croyons toutefois que la dénomination de thermes doit être réservée aux vastes édifices, et que les bains simples et modestes ne portèrent jamais que les noms de lavatrina , balnea ou halineœ. Ceux-ci se multiplièrent à l'infini, et leur nombre s'accrut tellement qu'au iv"" siècle, Publius Victor en compte huit cent cinquante-six dans sa statistique de Rome. Quant aux thermes proprement dits, ils ne datent guère que de l'époque impériale ; ce ne fut que sous Auguste et ses successeurs qu'ils devinrent, à l'instar des gymnases des Grecs, des édifices somptueux, couvrant un énorme espace et renfermant dans leur vaste enceinte tout ce qui pouvait charmer les sens et récréer les esprits. On peut les regarder comme les constructions dans lesquelles les Romains, vainqueurs du monde et enrichis des dépouilles de presque tous les peuples de l'univers, ont déployé le plus de luxe et de magnificence. Les chefsd'œuvre de tous les arts concouraient à Fembellissement de ces lieux de délices ; on sait que le groupe du Laocoon fut découvert dans les bains de Titus, et que des ruines des thermes de Garacalla sortirent l'Hercule et le Taureau Farnèse, le Torse du Belvédère, la Flore et les deux Gladiateurs. Les murs et les plafonds étaient décorés de peintures ; le pavé de presque toutes les salles était revêtu de mosaïques ; les baignoires étaient creusées dans les marbres les plus précieux. Aux thermes de Garacalla, trois mille personnes pouvaient se baigner à la fois, et on n'y comptait pas moins de mille six cents sièges de marbre. Pline nous apprend que le luxe des bains des empereurs sur le mont Palatin étaient bien plus grand encore, puisqu'on trouvait

ANCIENS BAINS. iG'.y

dans les salles destinées aux femmes des sièges et des baignoires d'ar2;cnt.

Au temps de Constantin, Uomc renfermait dans son sein quinze de ces thermes magnifiques dont les premiers furent construits par Agrippa, et dont les ruines gigantesques de ceux de Titus, de Caracalla, de Dioclétien , peuvent encore nous faire concevoir l'immensité. Là se trouvaient réunis, outre les bains publics et leurs nombreuses parties constitutives, des cabinets pour les bains particuliers, des portiques, des xystes ou promenades plantées d'arbres , des gymnases , des l)alestres, des conisleria où les athlètes se couvraient de poussière , des sphéristères ou jeux de paume, des exèdres pour les conférences philosophiques, des ephœhea, lieux destinés à l'éducation des jeunes gens, des bibliothèques , des théâtres pour les représentations dramatiques , des arènes pour les combats de gladiateurs, enfin jusqu'à des palais et des temples.

Outre ses thermes splendides, dont le Panthéon était le principal ornement. Agrippa ne construisit pas moins de cent soixante-dix bains publics et gratuits. Plus tard, à l'exception des enfants qui. jusqu'à quatorze ans, ne payaient pas, ainsi que nous l'apprend Juvénal, tout le monde paya à la porte la rétribution d'un quadrant^, petite monnaie d'airain, quatrième partie d'un as, et pour cette modique somme on put prendre bain froid, bain tiède, bain chaud et bain de vapeur. Ce prix si peu élevé ne dut pas peu contribuer à répandre l'usage des bains jusque dans les dernières classes du peuple; d'ailleurs, c'était surtout pour les pauvres que furent institués les bains publics , les riches ayant presque tous des bains dans leurs propres maisons. Ceux-ci en vinrent cependant à préférer les bains publics où ils trouvaient un lieu de réunion et des récréations de toutes sortes.

Dès l'aurore , le son d'une cloche annonçait l'ouverture des bains, sonat œs thermarum, dit Martial; mais les riches ne les fréquentaient pas aux premières heures de la journée ; ils préféraient y aller entre midi et le coucher du soleil ; les débauchés différaient jusqu'après

1. « Pendant que, fier comme un roi, tu iras te baigner pour un quadrant. »

Dum tu quadrante lavatinyï

Rex ibis

Horace, L, 1. Sat. 3.

11)0 POMIM-IA.

souper ' et s'y l'eiidaient aux heures avancées de la nuit, plus favorables iui\ plaisirs (ju'ils allaieiil y chercher-.

Connaissant combien était généi'al Tusa^^e des bains dans l'antiquité, on s'étonnait avec laison de no voir sorlir (h<, ruines de Pompéi aucun édilice ([ni leur lïil consacré, (piand d'ailleurs on savait ({u'il en avait existé, car dès le coniniencenient des fouilles, le i'"'' mars lll\[) \ on avait trouvé dans l'habitalion de la rue des Tombeaux appelée maison de Gicéron, employée connue piei're à la niche d'un autel, une inscription })ortant (ju'un certain Januarius, (i/franc/uj, ilonixiil des bains (Ccau de mer et d'eau douce dans les thermes de Marcus Crassus Frugi,

TIIKUMAK.

M. CUASSI FRVGI

AQVA. MARINA. ET BALN.

AQVA. DVLCI. lAKVARlVS L.

Enfin en juillet 1824, cette lacune fut comblée en partie par la découverte de bains voisins du Forum; mais ceux-ci n'avaient point assez d'étendue pour avoir pu suffire aux besoins d'une ville aussi considérable, et on devait compter sur quelque nouvelle découverte, du même genre. Cette espérance n'a pas été trompée et nous aurons à décrire un second

i. Cet usage du bain immédiatement après le repas semble peu compatible avec nos principes d'hygiène et, malgré son adoption presque générale, il n'était pas moins dangereux pour les anciens; témoin ces vers de Juvénal :

« La punition ne se fait pourtant pas attendre lorsque tu déposes tes vêtements, encore tout gonflé de ton repas, et que tu portes aux bains un paon non digéré. De là les morts subites et sans testament*. »

Pœna tamen prœscns, quum tu deponis amictus

Turgidus, et cnidum pavonem in balnca portas.

Hinc subitœ mortes, atque inleslata senectus.

Sat. I.

« Néron, dit Suétone, restait à table depuis la moitié du jour jusqu'à la moitié de la nuit, prenant ensuite des bains chauds, ou, pendant l'été, des bains rafraîchis par de la neige. » Vie de Néron. C. XXVII,

' On sait que les anciens tenaient à déshonneur de décéder intestat.

2. Alexandre Sévère fut le premier qui permit les bains publics pendant la nuit, dans les grandes chaleurs de l'été; mais il paraît que plus tard on y alla en toutes saisons et même à l'époque des plus grands froids.

« Je ne vais pas aux bains au coucher du soleil pendant les Saturnales * pour ne point perdre la nuit après avoir perdu le jour; je ne laisse pourtant pas de me baigner, mais à une heure convenable, pour ne pas me glacer le sang; il sera temps après ma mort d'être raide et livide au sorlir de l'eau. »

Non lavo siib noctem Satnrnalibus, ne et noctem et diem perdam ; attamen lava et débita liord et salubri, quœ mihi et calorem et sanguinem servet : rigere it pallere post lavacrtim mortuus possmn. Tertulian. Apologet. XLII.

* Les saturnales étaient célébrées du 17 au 22 décembre.

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