Pour. ANT. Hisr., VI
Près de la baignoire sont déposés des fragments de marbre blanc que leur forme circulaire indique avoir appartenu au labrum 13, qui n’est plus qu’un massif de maçonnerie presque informe de 2",30 de diamètre. Gelui- ci était dans la grande niche que couvrait une voûte en cul-de-four presque entièrement détruite. Une petite portion de la voûte existe aussi au-dessus de la baignoire, mais on n’y retrouve aucun vestige d'ornement *.
Entre le caldarium et le second établissement G H I appelé le bain des femmes *, est l’hypocauste 414, où sont encore trois grands fourneaux de près de deux mètres de diamètre. Un corridor 15, interrompu par un petit palier au niveau des fourneaux auquel on montait par cinq marches de chaque côté, conduisait du passage 16° au péristyle ou plutôt au vestibule 17 ouvrant sur le péristyle.
Sur le mur de ce vestibule, en face de la porte 18, est une peinture en Jaune, rouge et vert représentant un autel et un serpent qui s’en approche *.
À l'extrémité méridionale du vestibule est une porte 49 * ouvrant sur l’apodylerium G&, pièce longue de 14°,35 et large de 4",90, entourée de trois côtés de banquettes, hautes de 0",60, profondes de 0",38, où l'on devait être fort mal assis, car à 0,45 seulement commençait le plan incliné, l'espèce de console continue qui portait les niches que nous avons déjà observées dans le tepidarium des anciens bains et dans l’apodyterium des nouveaux. Ces niches sont ici au nombre de vingt-neuf sans
1. Le 4 juillet 1856, on à trouvé dans le caldarium un banc de bronze long de 2,15, dont malheureusement les pieds étaient brisés. Pomp. Ant. Hisr., VI, 638.
2. Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit de cette dénomination appliquée également à une partie des anciens bains; il nous semble probable qu’un seul établissement s'étant trouvé insuffisant, on avait jugé convenable d’en faire deux contigus à des prix différents. Dyer croit cependant pouvoir adopter le nom de bain des femmes, et nous devons avouer que la présence des deux longs corridors 28 et 22 conduisant aux rues de Stabia et du Lupanar, sans aucune communication avec le reste de l'établissement, semblerait jusqu’à un certain point confirmer cette supposition. Ne serait-il pas possible pourtant de penser que cet isolement ait eu pour but d'interdire l’accès de la palestre à ceux qui fréquentaient les bains à bon marché?
3. En fouillant ce corridor pour construire un contre-fort destiné à soutenir le mur du caldarium , on a trouvé, le 11 septembre 1856, quelques monnaies de bronze, quatre petites clefs, cinq squelettes humains et les os d’un chien et de plusieurs poulets. PomP. Anr. Hisr., VI. 640.
4. Dyer voit dans cette représentation un avertissement au sexe mâle de ne pas pénétrer dans cette enceinte, selon lui réservée aux femmes.
9. L'existence de cette porte unique qui pouvait être tenue fermée ne dément en rien le système que nous ayons proposé.
196 POMPEÏIA.
autres ornements que quelques enroulements et une rangée de feuilles d’eau à la corniche. Sur les pieds-droits qui séparent les niches, des baigneurs oisifs ont tracé à la pointe des syraffih, dessins grossiers prétendant représenter des vaisseaux”, des oiseaux, etc.
Oiseau tracé à la pointe.
Cette salle, qui, par exception, servait à la fois d'apodyterium et de frigidarium , disposition économique qui conviendrait assez bien à des bains à bon marché, avait dans son angle S.-0. une orande baignoire 20 pour les bains froids , longue de 2",90, large de 2 mètres et profonde de 0",85, où l’on montait par quatre marches. À l'intérieur, le long du grand côté régnait une banquette unique couverte d’une tablette de marbre. La salle était éclairée par une fenêtre percée à son extrémité occidentale et par deux trous ronds, deux œils-de-bœuf ouverts dans la voûte. Celle-ci est complétement conservée, mais, comme le reste de la salle, elle n’avait recu aucun ornement. Le pavé est en opus signinum divisé en losanges par des lignes de cubes blancs. Une porte 21 dans l'angle N.-E. donnait sur le corridor 22 conduisant à la porte v sur la rue de Stabia, et dans lequel est encore un gros tuyau de plomb pour l'écoulement des eaux. Dans l'angle opposé de l’apodylerium est la porte 23 conduisant au tepidarium H, pièce longue de 8",08, large de 4”,53, dont le sol posant sur des suspensur@æ est pavé en mosaïque blanche, et dont les murs creux étaient garnis de tuiles à pieds semblables à celles que nous avons décrites. Ces murs étaient simplement couverts de panneaux de stuc de 4",60 de large séparés par des baguettes verticales. La voûte qui est entière n’avait d'autre ornement que des canaux de stuc dont les seuls restes gisent à terre au pied de la muraille. On voit encore à la voûte la marque des nombreux clous
4, V. la vignette à la fin du chapitre.
qui les ont si mal retenus. La salle était éclairée par un grand soupirail ménagé à son extrémité occidentale.
Une porte 24 conduisait au caldarium 1 sur lequel elle était ornée d'un chambranle de marbre blanc dont il ne reste qu’un fragment cannelé. La salle, dont le mur est mitoyen avec le corridor de l’hypocauste, est longue de 11",77 et large de l",78. La voûte, presque entièrement écroulée, était ornée de canaux ; le massif compris entre sa courbure et le plafond qui la surmontait était formé d’amphores de terre cuite noyées dans le ciment. Le pavé posé sur des suspensuræ est en mosaïque blanche avec une bordure noire. La salle étant rectangulaire, le labrum 25 ne se trouve pas comme à l'ordinaire dans une niche semicirculaire, un laconicon. Les murs creux garnis de briques à pieds présentaient de grands panneaux rouges séparés par des pilastres cannelés jaunes à chapiteaux blancs.
Nous avons vu que jusqu'ici toute la décoration de cette seconde division des nouveaux bains était de la plus grande simplicité et convenait bien à un établissement à bon marché ; mais le caldarium que nous décrivons semblerait par une de ses parties démentir nôtre supposition. En effet, à son extrémité orientale, est la plus grande et la plus belle baignoire, 26, qui ait encore été trouvée à Pompéi. Occupant toute la largeur de la salle, elle est entièrement revêtue en dedans et en dehors de plaques de marbre blanc d’une énorme dimension‘. La vasque a intérieurement 4",30 de longueur, 1",53 de largeur et 0",57 de profondeur. On y montait par un degré extérieur et on en trouvait un semblable à l’intérieur pour y descendre. Les parois des trois autres côtés sont légèrement évasées. À droite, à son extrémité, la baignoire est percée au niveau du fond d’un arc de 0",65 de diamètre pour l'écoulement de l’eau; on se rend difficilement compte du procédé employé pour fermer une aussi large ouverture donnant sur une conduite de briques et de ciment d’une grandeur égale. Du même côté, mais dans le haut, et juste sous la tablette de marbre qui couvre le bord de la baignoire, est l'embouchure d’un tuyau de bronze de 0,05 de diamètre qui y amenait l’eau ?.
1. On ne doit pas oublier toutefois combien les marbres et surtout le marbre blanc ont toujours été communs en Italie. à 2. Dyer dit que la grande ouverture amenait l’eau chaude, et le tuyau fermé par un robinet
À l'autre extrémité du caldarium est le labrum 25, vasque d'un seul morceau de pierre calcaire de 2",16 de diamètre posant sur un massif rond de maçonnerie. Dès l'antiquité, un morceau de la vasque avait été rejoint par deux attaches de bronze à double queue d’aronde, longues de 0",14. Au milieu de la vasque est en saillie un ajutoir de bronze qui lançait un jet d’eau.
Revenant à l’apodyterium G, nous trouvons dans son angle N.-0. l'entrée 27 d’un corridor 28 conduisant à la porte f ouverte sur la rue du Lupanar. Ce corridor, éclairé par des soupiraux carrés percés dans la voûte, n’a, comme nous l’avons déjà dit, aucune communicalion avec le reste de l'établissement.
Entre ce corridor et le péristyle À existe un quatrième groupe de constructions qui n’est peut-être pas le moins curieux , car rien d’analogue n'existait dans les anciens bains. Lorsqu'on entre du portique septentrional par la porte 29, on à à droite une petite salle 30 dont la destination est inconnue, et à côté la cage d’un escalier 31 qui montait à un étage maintenant disparu ou plutôt à des terrasses, solaria. Un passage 32 conduit à des latrines 33, voûtées, longues de 6”,32 sur 3",90, exactement semblables à celles que nous avons trouvées au Forum, et dont l’utilité n’est pas moins indiquée ici.
En sortant de cette salle on trouve à droite le corridor 84 conduisant à la porte e sur la rue du Lupanar. Dans ce corridor sont à droite quatre petits cabinets de bains 35, solia , ressemblant beaucoup à ceux de nos bains modernes; ils sont éclairés par le haut, nouvelle preuve qu'il n’existait pas d'étage, et chacun d'eux possède sa baignoire en maçonnerie. La voûte du dernier de ces cabinets est couverte d’incrustations calcaires produites par les infiltrations des eaux.
A gauche du corridor, dans une petite pièce 86, est l'escalier d’une cave où les exhalaisons méphitiques ne permettent pas de pénétrer ; une bougie s’y éteint dès la porte. Ces dégagements de gaz délétères, ces mofetles analogues à celles qui ont fait la célébrité de la grotte du Chien ne sont pas rares dans les souterrains de Pompéi, et le Journal des
l’eau froide, Cette supposition nous paraît d'autant moins admissible qu'il fallait bien qu'il y eût moyen de vider la baignoire.
fouilles constate que plusieurs fois, au grand théâtre, elles ont forcé les ouvriers de suspendre leurs travaux.
A la suite de cette pièce on trouve un dernier cabinet de bain à7, de forme irrégulière, mais un peu plus grand que les quatre autres, puis près de la porte 34 un réduit 38 qui put être la loge du portier, de l'ostiarius.
Si par cette porte nous sortons dans la rue du Lupanar, nous voyons à droite une grande boutique 39 portant le n° 14, au fond de laquelle est une enceinte sans porte AO qui dut être un réservoir, car ses murailles sont tout incrustées de dépôt calcaire.
On voit que par leur étendue et les particularités nouvelles qu'ils ont présentées, ces bains, quoique en général moins bien décorés et plus ruinés que les anciens, ne laissent pas d’être au nombre des monuments les plus intéressants de Pompéi. Peut-être l’avenir nous réservet-il encore quelque découverte du même genre, ne füt-ce que celle des Thermes de Marcus Crassus Frugi, dont l'existence nous a été révélée par
l’inscription que nous avons citée.
Vaisseau tracé à la pointe sur le mur de l’Apodyterium.
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