Voyage d'Anacharsis, ce
haranguaient le peuple assemblé dans le théâtre pour assister à des délibérations sur les intérêts de l'État. Nous pourrions supposer également que les poëtes et les philosophes y prenaient place lorsqu'ils convoquaient le public pour juger leurs vers ou leurs discussions *.
Comme, dans les théâtres romains, il n’y avait ni thymèle ni chœurs, l'orchestre était moins étendu que dans les théâtres grecs, et il était réservé aux principaux spectateurs. La place d'honneur pour le préteur ou pour le prince était au centre de la courbure du cercle; il y avait aussi dans cette enceinte des siéges disposés pour les vestales, les sénateurs ?, et, ainsi que nous l’avons dit, les gradins qui lentouraient étaient réservés aux personnages les plus distingués.
Nous voici arrivés à la seconde des grandes divisions du théâtre, à la partie rectangulaire destinée aux représentations, la scène. Le mot cunvi, scena, scène , avait une signification plus étendue dans les théâtres anciens que dans les nôtres. On appelait ainsi toute la construction rectangulaire qui faisait face au xoïlov où cavea, et formait le fond du théâtre. La scène comprenait donc le proscenium , l'hyposcenium, la scène proprement dite, et le postscenium.
Le proscentum, où doyeov, ne correspondait que fort imparfaitement à ce que nous appelons aujourd’hui avant-scène. Au-devant était une plate-forme avançant sur l'orchestre , construite le plus souvent en bois, ce qui fait que dans beaucoup de théâtres on n’en trouve plus de traces. C'était le pulpitum qui occupait une place beaucoup plus large que le proscenium même, et qui n’était jamais fermé par le rideau *.
4. C'était sans doute du haut de la thymèle que le poëte Philémon avait commencé la lecture d’une comédie que la pluie interrompit et que la mort subite qui le frappa pendant la nuit ne lui permit pas d’achever le lendemain. Apucée. Flor. XVI.
Un autre passage du même auteur nous apprend que quelquefois les théâtres servaient aussi de tribunaux dans les causes qui attiraient un tel concours de peuple que la basilique ou les tribunaux ordinaires ne suffisaient pas :
« Déjà les magistrats avaient pris place sur l'estrade et l'huissier commandait le silence, quand tout d'une voix l'assemblée se récrie contre les dangers d'une agglomération si considérable dans un si étroit espace, et
l'on demande qu’en raison de son importance la cause soit jugée au théâtre, jJudicium tantum theatro redderetur. » Apuz. Mélam. L. III.
Enfin, ce fut encore au théâtre que, l’an de Rome 471, le peuple de Tarente reçut les ambassadeurs du sénat romain, suivant l'usage des Grecs, ut est consueludo Græciæ. VAL MAX L.'c2S 15:
DANIERUVE TN Cr U0.
3. « La hauteur du pulpitum ne doit pas être de plus de cinq pieds, afin que ceux qui sont assis dans l'orchestre puissent voir tout ce que font les acteurs. »
Ibid.
Ge serait chez nous l’espace compris entre le rideau et la rampe; c’était là que se tenaient les acteurs.
L'hyposcenium était le dessous du théâtre.
La scène proprement dite correspondait à notre toile de fond, avec cette différence que c'était une construction solide, embellie des plus riches ornements de l'architecture. Sa largeur était double de celle de l'orchestre; elle présentait trois portes; celle du milieu, ordinairement à plein cintre, s'appelait aula regia, la porte royale; elle conduisait au palais du principal personnage chez lequel le drame se passait. Les deux autres portes, plus petites et rectangulaires, portaient le nom d'hospitales, parce qu'elles servaient aux hôtes ou étrangers. Le mur de la scène d'Orange présente une sorte d’alcôve ou de renfoncement au milieu duquel s'ouvre la porte royale, et qui probablement avait pour but de renvoyer vers la cavea la voix des acteurs. Cette construction de la scène faisait retour sur les côtés pour circonscrire l’espace réservé à l’action, et sur ces ailes, appelées versuræ, étaient ouvertes deux autres portes, dont l’une était supposée conduire au port, et l’autre à la campagne.
Dans le principe, la scène n’avait d’autre ornement que ces colonnes, ces bas-reliefs, ces statues, qui étaient établis à demeure. Un artiste, nommé Agatharcus, conçut l’idée des décorations au temps d'Eschyle, et dans un savant commentaire il développa les principes qui avaient dirigé son travail. Ces premiers essais furent ensuite perfectionnés , soit par les efforts des successeurs d’Eschyle, soit par les ouvrages qu'Anaxagore et Démocrite publièrent sur les règles de la perspective. Les anciens avaient aussi poussé assez loin l’art du machiniste, mais la description de leurs machines théâtrales m’entraînerait dans une digression que les bornes de cet ouvrage me prescrivent d'éviter.
Le posiscenium, où magasxivz, était le derrière et les côtés extérieurs de la scène; c'était le lieu où les acteurs s’habillaient, et où se préparait tout ce qui était nécessaire aux représentations. Derrière le postscenium étaient ordinairement des portiques, des jardins, ou une
place publique. Le rideau, siparium ou aulœum*, paraît n’avoir été
1. Or désignait par le mot siparium le rideau de la comédie, et par aulœæum celui de la
usité que chez les Romains. Lorsque le spectacle commençait, au lieu de lever la toile, comme chez les modernes, on la descendait en la faisant entrer ou glisser par une coulisse dans l’hyposcenium. Ces rideaux peints représentaient en général des scènes historiques. Ovide, dans le 3° livre des Métamorphoses, dit :
Sic, ubr tolluntur festis aulœa theatris,
Surgere signa solent, primumaue ostendere vultus, Caœtera paulatim ; placidoque educta tenore
Tota patent, imoque pedes in margine ponunt.
Ainsi, lorsqu’au théâtre un rideau se déroule, Des figures qu’il peint aux regards de la foule Le visage, les bras, et le buste, et les pieds S'élèvent par degrés, tour à tour déployés.
Les premières pièces de théâtre furent représentées à Rome l'an 391 de sa fondation (363 avant J.-C.), à la suite d’un vœu fait aux dieux pendant la peste qui avait ravagé Rome deux ans auparavant et coûté la vie à Camille, le vainqueur de Brennus.
Longtemps les théâtres, comme je l’ai dit, furent en bois et temporaires; les spectateurs étaient debout. Marcus Émilius Lépidus fut le premier qui fit bâtir un théâtre avec des siéges. Les plus magnifiques de ces constructions précaires furent les théâtres que Scaurus et Curion élevèrent vers la fin de la république. Scaurus, gendre de Sylla, y dépensa des sommes énormes ; Curion, désespérant de le surpasser en magnificence, voulut se distinguer au moins par la singularité : il érigea
tragédie. 11 paraît que le premier était un double rideau qui s’ouvrait en se tirant comme ceux de nos fenêtres ; l’aulæum seul rentrait dans l’hyposcenium. Quelquefois aussi les deux sortes de rideaux étaient réunies, témoin ce passage d’Apulée : Aulæo subducto et complicitis siparis scena disponetur. Métam. L. X.
1. « Ce fut durant cette peste qu’on introduisit à Rome les jeux scéniques, autre peste plus funeste encore, non pour les corps, mais pour les âmes. »
In hâc pestilentiä scenicos ludos aliam novam pestem, non corporibus Romanorum, sed quod est multô perni-
ciosius, moribus intulerunt.
SAINT AUGUSTIN. De civitate Dei. L. III. c. 17.
Tertullien ne se déchaîne pas avec moins de violence contre l'introduction des jeux de la scène et de l’arène :
« Nous renonçons sans peine à vos spectacles ; pleins de mépris pour tout ce qui s'y passe, nous ne les réprouvons pas moins que les superstitions d'où ils tirent leur origine. Nous n'avons rien de commun avec les folies du Cirque, avec les impuretés du théâtre, avec les cruautés de l'arène, avec les vains exercices des athlètes. Nitil est nobis cum insanié cirei, eum impudicitià theatri, cum alrocitate arenæ, cum xysti vanitate.
Apologet. XXX VIII.