‹ PompeiaChapitre 134 sur 267 · CHAPITRE VIlII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIlII

“ut

Enseigne d'un Marchand de vin.

N pénèlre aujourd’hui dans les fouilles par la porte de la Marine (p. 236) voisine, ainsi que nous l’avons dit, de la station du chemin de fer et par la rue du même nom qui, séparant la basilique du temple de Vénus, conduit au Forum.

Depuis la porte de la Marine jusqu’à la basilique, cette rue est rétrécie à droite par un grand mur bâti après coup sur son pavé même dont il recouvre près

* AIS ESSENTIEL. Ce chapitre étant, ainsi que nous l'avons annoncé, destiné à servir d’itiné-

raire, nous y rappellerons tous les monuments à mesure que nous les rencontrerons, renvoyant

d’un tiers; ce mur est pourtant antique, car il est construit en opus reticulatum. Du côté opposé , la rue de la Marine, dont le pavé vers le Forum est un des plus réguliers de Pompéi, est dominée par une sorte de terrasse portant des boutiques et des maisons en avant desquelles régnait un portique continu dont une partie des piliers est conservée. Le trottoir présente un des exemples de pavage en petits galets dont nous avons déjà parlé. Nous réservant d'étudier ces maisons à leur tour, nous commencerons la visite de Pompéi par un coup d'œil sur l’ensemble du Forum, et l'examen des divers monuments qui l'entourent *.

Forum (Page 118).

Écore Pu8LiQuE (PL. J, p. 123).

ALBUM (Pc. 1, p. 3h).

Ébrrice p'Eumaemia (P£. K, p. 124).

Temeze DE Mercure (PL. G, p. 65).

Curie (PL. 270 190}

Panraéon ou Tewpre D'AuGusTE (PL. H, p. 69).

En face des boutiques qui font partie de cet édifice et ouvrent sur la rue des Augustals , on voit, au fond d’une habitation, une peinture bien conservée, représentant dans le bas le serpent symbolique, audessus le sacrifice d’un porc, et plus haut encore Jupiter et Junon.

Gran» Arc DE Triompne (PL. 2, p. 133).

TEMPLE DE Jupiter (PL. E, p. 54).

PociLe (PL. M, p. 437).

Mesures PUBLIQUES (PL. 8, p. 137).

TempLe DE Vénus (PL. F, p. 58).

BasiciQue (PL. N, p.138).

Trigunaux (PL. O, p. 145).

ArC DE Triompne (PL. 4, p. 447).

à la page où se trouve leur description. Le voyageur devra exiger du Cicerone qu’il lui fasse suivre rigoureusement cet itinéraire; cependant, s’il ne doit faire à Pompéi qu’une seule visite, il pourra omettre les édifices moins importants qui seront indiqués par un”.

4. Les lettres et chiffres qui suivent la désignation de chaque monument se rapportent au plan général.

Traversant le Forum dans toute sa longueur, du sud au nord, on trouve à gauche du perron du temple de Jupiter : Perrr Arc (PL. 5, p. 135).

LATRINES PUBLIQUES (PL. 6, p. 135).

* Prison (PL. 6, p. 135).

Porte pu Forun (PL. 7, p. 135).

Boutique du marchand de lait et École des Gladiateurs.

En face de cette porte, de l’autre côté de la rue des Augustals, est l’

ÉCOLE DES GLADIATEURS (PL. 9). C'est une boutique à laquelle on donne sans raison suffisante ce nom emprunté à une enseigne peinte sur son mur extérieur, découverte le 12 avril 1817, et offrant un combat de gladiateurs *, nom d'autant plus mal trouvé que la boutique est fort petite et bien peu propre à l'exercice de l’escrime. Ne serait-ce pas plutôt le bureau d’un lanista*, entrepreneur de jeux de l’amphithéâtre ? L’en-

1. Cette enseigne rappelle les vers d’Horace : RE Contento poplite miror

Prœlia, rubricà picta aut carbone ; velut si

Re verd pugnent, feriant, vilentque moventes

Arma viri..... \ ; L. 11, Sat. 7, v:271"et.suiy.

Dans la rue en passant quelquefois je m'amuse

A regarder l'enseigne où l’on a charbonné

De deux gladiateurs le combat acharné.

Trad. de DaRU.

2. Le lanista, povouæyotpépos, exerçait les gladiateurs à combattre et leur enseignait leur art, mais aussi il était quelquefois propriétaire d’une bande de ces hommes, d’une famille, qu'il louait aux personnes désireuses de donner un spectacle de gladiateurs.

Anr. Ricn,, Dict. des antiquités grecques et romaines.

seigne, bien qu'on ait cherché à la protéger par un petit toit, est aujourd’hui presque effacée, ainsi que l'inscription tracée au-dessous :

ABIAT (Habeat) VENERE. POMPEIIANA‘t IRADAM QVI HOC LAESERIT.

« Qu'il soit en butte à la colère de Vénus, protectrice de Pompéi, celui qui endommagera cette enseigne. »

On voit que les peintres d’enseignes de l’antiquité n'étaient guère plus forts sur l'orthographe que les nôtres.

À côté de l’école des gladiateurs est une autre boutique qu'on désigne sous le nom de

BOUTIQUE DU MARCHAND DE LAIT (PL. 8). Sur l’un de ses piliers est un bas-relief en terre cuite, représentant une chèvre. Au-dessous est cette inscription, tracée en gr: ndes lettres rouges , maintenant presque

indéchiffrables :

M. CASELLIVM AED. DIF, FAC.

FIDBLIS: 4e

En face, au trumeau qui sépare les deux portes du Forum, est une fontaine ornée d’une tête de chien. Tournant à gauche, dans la rue des Augustals, on trouve l'

AUTEL DE JuPITER (P£. 10, p. 30).

Prenant la ruelle des Thermes qui fait face à la porte du Forum, on trouve à gauche, après deux boutiques dont l'une contient encore un fourneau , et l’autre un comptoir de marchand d'huile, une maison dont l'escalier bien conservé conduit à une cave, et monte à l'étage qui par des degrés en partie détruits communiquait avec la partie supérieure de la

Conserve D'EAU (PL. 75), dont nous avons déjà parlé (p. 180). C’est une énorme salle voûtée, fouillée en 1814, mais dont la partie extérieure n’a été dégagée qu’en 1840; elle est soutenue par trois arcsdoubleaux descendant jusqu'au niveau des caves. Il y a apparence qu’elle n’a jamais servi. Au bout de la ruelle, on se trouve en face de la

Maison pe Pansa (PL. 41), que nous prendrons pour type, comme

offrant plus qu'aucune autre toutes les parties constitutives et ordinaires

1. On remarquera l’analogie du mot POMPEIIANA , ainsi écrit, avec le nom de la ville, tel qu'on le trouve constamment dans les inscriptions osques : NIIRNHMVN

d’une habitation pompéienne ; mais, avant de la décrire, nous demanderons au lecteur la permission d’exposer quelques considérations générales.

Les monuments des Romains, répandus sur la surface entière de leur immense territoire , semblaient construits pour l’éternité, et, malgré les ravages du temps et des barbares, sont parvenus jusqu’à nous en grand nombre, et plusieurs dans un état de conservation suffisant pour que depuis longtemps on ait pu en étudier l’ensemble et en comprendre les parties. Il n’en était pas de même des habitations particulières, qui, toutes formées de matériaux moins solides , avaient presque entièrement disparu, ou au plus avaient laissé quelques traces informes, souvent inintelligibles et ouvrant un large champ aux conjectures. La découverte de Pompéi a pu seule nous initier aux secrets de la vie privée des anciens, et nous permettre de les suivre pas à pas dans leurs demeures, comme nous les avions depuis longtemps accompagnés dans le Forum, dans les temples , dans les basiliques et dans les théâtres.

Les maisons des Romains furent très-petites dans l’origine, et durent être à peine comparables aux plus modestes habitations de Pompéi ‘; plus tard, elles s’agrandirent de telle sorte qu’y loger quatre cents esclaves ne fut plus regardé comme une chose extraordinaire. A Rome, où les terrains, par l'accroissement de la population, avaient acquis une immense valeur, les étages se multiplièrent au point qu’on en compta quelquefois jusqu’à onze, et qu'Auguste, dans l'intérêt de la sûreté et de la salubrité publiques, dut rendre un décret qui fixa la hauteur des maisons à 70 pieds, que Trajan réduisit encore à 60.

Il n'en était pas de même à Pompéi, où la plupart des maisons paraissent n’avoir eu qu'un rez-de-chaussée surmonté tout au plus d’un premier étage, que recouvrait en partie une terrasse appelée Solarium.

Ces maisons n’ont généralement aucune fenêtre sur la rue, et

| nous verrons que, même à l'intérieur, beaucoup de pièces n'étaient

1. C'est qu’à cette époque le nombre des esclaves était très-limité : « Ne sais-tu pas, dit

| Apulée à son adversaire, qu’un consulaire, Antoine, n'avait chez lui que huit esclaves ? que

Carbon, maître de l’État, en avait encore moins? que Manius Curius, illustré par tant de récom-

enses militaires, puisqu'il entra trois fois en triomphateur par la même porte, n’avait dans les ; Puisq L

camps que deux valets d’armée pour le servir? Ainsi cet homme, qui avait triomphé des Sabins, des Samnites et de Pyrrhus, comptait moins d’esclaves que de triomphes. » Apologie.

éclairées que par la porte, ou par une imposte ouverte au-dessus de celle-ci.

Le peu d’étendue et la distribution des maisons de Pompéi ne font que confirmer ce que nous savions déjà par tant de témoignages de l'antiquité, que la vie des Romains se passait presque entièrement au dehors, et que, si l’intérieur de leurs habitations offrait quelque magnificence, ce n’était que dans les parties où pénétrait le public, les salles réservées à la vie privée manquant souvent de l’utile et toujours du confortable.

Un des traits caractéristiques des maisons de Pompéi est l'absence totale de cheminées ou de poêles, usage qui, du reste, dans ce pays, s’est conservé en partie jusqu'à nos jours, et que ne justifie pas complétement un climat où parfois le thermomètre descend jusqu'à deux degrés au-dessous de glace. Les Pompéiens, comme les Napolitains modernes, avaient recours au brazier , au focone, ustensile aussi incommode que dangereux, auquel ils donnaient les noms de caminti porlatiles, foculi, ignitabula, ou enfin d’escharæ, mot qui semble prouver l’origine grecque de cet usage.

Le pavage en mosaïque est presque général à Pompéi ; il avait recu des Grecs, ses inventeurs, le nom de Atfostewroc, et fut introduit à Rome au temps de Sylla’. Les cubes qui composent ces mosaïques sont de marbre, de pierre calcaire , de lave grise ou d’émaux colorés. On trouve aussi quelques exemples d’un dallage en marbre, d’aires en stuc peintes avec un certain soin, et surtout dans les habitations les moins riches ou les pièces les moins importantes, un sol en opus signinum, sorte de composition inventée dans la ville de Signia, et dont Pline nous a con- | servé la recette : « On broie, dit-il, des tessons de terre cuite ; on Îles lie avec une pâte de chaux, et on forme avec cet enduit des aires ou pavés dans les appartements *. »

La distribution des maisons, quoique subordonnée aux localités , ainsi qu'au rang, à la fortune et au nombre des maîtres, était assez généralement uniforme. Les principales divisions consacrées par l'usage se répétaient dans chacune d'elles, et il n’existait guère d’autre diffé-

Page 1