Pomp. ANT. Hisr., VI
POMPEÏIA.
Auprès de l'égout est un de ces piliers pour les eaux dont nous avons déjà parlé.
Remontant la rue de Stabia, on trouve à droite sur le pilier n° 84 une image phallique ; lorsqu’en 1856 on fouilla la boutique de laquelle il dépend on y trouva un lacrymatoire de verre, un certain nombre de lampes de terre cuite et un petit autel de même matière qui fut déposé dans le temple de Mercure.
Égout de la rue des Holconius.
Du même côté de la rue est une sorte de prothyrum qui était fermé par une porte battant sur une barre de fer encore encastrée dans le seuil de pierre. Avant les fouilles de 1856, on avait cru que ce passage était l'entrée d'une ruelle; on voit maintenant qu’il conduit, non pas à une maison, mais à une vaste salle, un magasin sans doute, qui semble avoir été couverte d'une voûte ou d’un toit que soutenaient de chaque côté quatre contre-forts; au fond, descend de la muraille un tuyau de plomb qui réunissait les eaux supérieures et les conduisait sous terre jusqu’à
la rue.
Sur la porte d’une boutique n° 76 est une plaque de terre cuite
portant en relief un symbole phallique accompagné d’une espèce de bêche, d’une pioche et d’une équerre, rapprochement qu'il serait difficile d'expliquer.
Plus loin, au n° 71 et presque au coin de la ruelle de la Fontainedu-Bœuf, est un bâtiment en forme d’équerre (Pr. 449) où deux commerces semblent avoir été exercés simultanément. Sur la rue de Stabia est une belle boutique de marchand d'huile, fouillée en 1852 et renfermant un puits; le comptoir, composé de marbres cipollin et gris antique,
est orné sur le devant d’une précieuse plaque ronde de porphyre vert et de deux belles rosaces; sur son appui on voit encore une partie du pied d’un vase de bronze qui y est restée adhérente. Dans le comptoir sont encastrées huit belles jarres de terre cuite; une neuvième est déposée dans langle de la boutique, où se trouvent aussi un fourneau et l'ouverture d’une petite cave revêtue de ciment dans laquelle on puisait l'huile, ainsi que cela se pratique encore en Toscane et dans plusieurs autres endroits de l'Italie. On à trouvé dans celte boutique quelques monnaies d’or et d'argent et un grand nombre d'objets de toutes sortes. L’arrière-boutique, qui formait la seconde branche de l’équerre, avait une porte sur la ruelle de la Fontaine-du- Bœuf ; c’est une boulangerie où se voient encore trois moulins, un grand four à courant d'air et des pétrins doublés de plomb.
Sur le mur de gauche, à l'entrée de la ruelle, est une peinture des serpents symboliques (PL. 76) qui est au nombre des plus belles et des mieux conservées qui existent à Pompéi; elle est surmontée d’un pelit laraire et de plusieurs inscriptions en grande partie effacées aujourd’hui;
en voici quelques-unes :
CN. HELVIVM SABINVM AED. POPIDIVM RVFVM TVR DA SR PRO ENT
« Je vous prie de faire édile Helvius Sabinus!, et duumvir Popidius Rufus,
dignes des affaires publiques. »
P. PAQVIVM PROCVLVM II VIR. IL D. THALAMVS CLIENS.
« Thalamus, client, invoque P. Paquius Proculus, duumvir, chargé de rendre la justice ?. »
Q. MARIVM RVFVM AED. R. P. D.
LENS Q. Marius Rufus, édile digne des affaires publiques. »
En face, dans l’arrière-boutique du n° 65, on voyait un Bacchus entre deux peintures obscènes couvertes par des volets. Ces peintures
4. Une autre inscription en l'honneur du même personnage avait été trouvée à Pompéi, dès 1760 :
CN. HELVIVM
SABINVM AED. O.V.rF.
IVNIA ROGAT.
Pop. Ant. Hisr., I, 116.
2, Nous avons vu que la maison de ce P. Proculus a été découverte en 1868. V. page #19.
ont à peu près disparu; il ne reste rien du Bacchus, et dans la peinture de gauche on distingue à peine quelques traces d’un homme et d’une femme.
Un peu au delà de la ruelle est à droite la
Mason DE LA FONTAINE DE L'Amour, n° 55 (PL. 77), fouillée en 1850. Sur l’un de ses piliers est répétée l’image que nous avons déjà vue deux fois dans la même rue. On entre dans cette petite maison par une boutique et une arrière-boutique derrière laquelle est une petite cour avec une ala à gauche contenant une jarre pleine de chaux. Dans la cour sont un puits, un escalier et un petit bassin carré pavé en morceaux de marbre et en opus signinum et entouré d’une caisse à fleurs. À droite au fond du bassin, sur un petit piédestal en forme de tronc d'arbre, était un Amour également en marbre qui a été portéau musée. Cette figure était placée en avant d’une niche peu profonde dans laquelle est peinte la figure d’une nymphe derrière la vasque d’une fontaine. A gauche de la niche est représenté en camaïeu Hercule armé des flèches el de la massue.
Au delà de la cour est un très-petit jardin dont le mur de fond était orné de peintures presque effacées maintenant, représentant dans le haut une chasse, dans le bas plusieurs grues et un trapézophore ou pied de table en forme de sphinx presque semblable à celui de marbre trouvé dans la maison du Faune. À gauche du jardin nous avions encore vu naguère dans une petite chambre une fort jolie Léda remar-
quable par le nimbe qui entourait sa tête, et dans une autre Apollon
appuyé sur sa lyre et l’Aigle de Jupiter tenant dans son bec le bonnet phrygien qu'il vient d'enlever à Ganymède endormi ; ce dernier sujet est seul reconnaissable aujourd’hui, bien que très-effacé lui-même.
En face de cette maison est celle des Princes de Russie que nous avons décrite (page 450) en même temps que celle de Siricus avec laquelle elle communique.
Revenant un peu sur nos pas, nous entrerons dans la petite rue à laquelle nous avons donné le nom de ruelle de la Fontaine-du-Bœuf. Cette ruelle, qui se replie à angle droit à la moitié de sa longueur, présente une particularité bien inexplicable. Lorsqu'on y arrive par la rue de Stabia, on voit qu’elle admettait les chars, car le pavé est sillonné d'ornières, mais vers le milieu de cette première branche, la circulation
est interrompue par une borne placée au milieu de la chaussée et les ornières n'existent plus jusqu'au coude, où se trouve une seconde borne après laquelle les ornières reparaissent dans toute la partie parallèle à la rue de Stabia. Il est certain que le passage dut être libre autrefois dans toute la longueur de la ruelle; elle est trop étroite pour que les chars aient pu y tourner, ils n'ont donc tracé les ornières que lorsqu’ils la traversaient tout entière, et c'est quand, pour une cause restée inconnue, la partie comprise entre les deux bornes leur fut interdite, que celle-ci fut repavée à neuf, ainsi que le prouve l'absence d’ornières. Au coude se trouve une fontaine composée d’un bassin carré, comme à l'ordinaire, dans lequel l’eau était jetée par une tête de bœuf traversée encore par le tuyau de plomb qui l’amenait.
A l'extrémité de la ruelle on se trouve dans la Via della casina dell Aquila qui la coupe à angle droit. Cette rue dans sa partie comprise entre la ruelle et la rue de Stabia a été fouillée en 1858, mais les maisons qui la bordent n’ont été déblayées ‘que plus récemment. De nombreuses inscriptions sont peintes en rouge et en noir sur tous les piliers de cette rue, principalement au côté qui se présente à droite au voyageur venant de la ruelle.
Sur le pilier à droite de la porte de la maison qui fait l'angle des deux rues, est celle-ci qui reproduit le nom d’un des personnages dont nous avons décrit l'habitation‘.
GAVIVM RVFVM.