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TRIBUNAL

mains d'ivoire et de verre faisant de l'index et du petit doigt un geste que les anciens regardaient comme un préservatif contre les mauvais sorts. C’est à la suite de ces chambres qu'est une sorte de vestibule h où existent deux entrées donnant, l’une sur le grand théâtre, l’autre sur le portique + À du Forum triangulaire. Toutes les colonnes sont en place, la plupart entières, quelques-unes avec leurs chapiteaux; mais, ce qui est assez élonnant, on n’a retrouvé aucun vestige de l’entablement. Peut-êlre pourrait-on en conclure que, renversé par le tremblement de terre de 65, cet édifice était en reconstruction à l’époque de la catastrophe de 79. Une colonne voisine de la principale porte servait

Tribunal.

de fontaine et versait l'eau dans le caniveau qui règne tout autour de l’area. Dans cetle partie découverte, en face de la porte, entre la troisième et la quatrième colonne du côté méridional, existent deux massifs carrés, deux sortes de piédestaux de hauteur et de diamètre inégaux, enrichis d’élégantes moulures. Le premier { n’est élevé que de 1",20; il n'a de corniche que sur sa face antérieure et sa surface paraît usée par un frottement fréquent; le second m, qui se trouve entre celui-ci et le portique, est plus large et haut de 1",45 ; il est surmonté d’une corniche et présente à sa surface un creux carré de 0",14 de profondeur sur 0°,59 de largeur et 0",60 de longueur. On montait sur cette plateforme par un escalier très-étroit n'ayant que 0",38 de largéur, placé

sous le portique même, et dont les six marches, fatiguées par l’usage,

ont 0",28 de hauteur. Cet escalier est composé de trois blocs dont chacun forme deux degrés.

Ceux qui veulent voir dans cet édifice un marché pensent que le grand piédestal dut porter une statue de Mercure ; que sur l’escalier se fût tenu le crieur ou præco chargé de vendre à l’encan les marchandises exposées sur le massif le moins élevé; 1l faut avouer que cet arrangement eût été bien peu commode pour le crieur, qui, placé sur une marche très-étroite, n’eût pu voir la marchandise qu’il vendait, étant séparé d’elle par la statue du dieu. La seule raison un peu spécieuse en faveur de cette opinion est tirée de l’état de dégradation des dalles qui entourent la fontaine qui, dans la supposition d’un marché, eùt été d’un usage continuel.

La construction très-soignée du monument seraif peut-être encore un indice d’une destination plus relevée. Était-ce donc plutôt une école,

et le grand piédestal servait-il de chaire au professeur? Mais alors

quelle eût été la destination du petit? Etait-ce, comme d’autres le pré-

tendent, une curie isiaque, un lieu où les prêtres d'Isis auraient instruit les initiés? Encore moins, à notre avis. D'abord, il n’existe aucune communication entre l'édifice qui‘nous occupe et le temple d’Isis; puis, est-il bien supposable que, pour de mystérieuses initiations ‘, on eût choisi une cour découverte, entourée de portiques peu élevés, dominée de plusieurs côtés, et séparée par de simples portes d’une des rues les plus bruyantes de la ville, et du portique le plus fréquenté, adossée enfin à un théâtre? Reste donc l'hypothèse qu'ici fut un tribunal, et celle-ci nous semble la véritable. Le grand piédestal aurait porté le siége du juge, et la cavité ménagée à sa surface aurait empêché de tomber ce siége qui s’y serait emboîté; le petit autel en avant aurait recu les offrandes et les libations d'usage en l'honneur de Thémis et de Dicé, et le serment que le magistrat devait prêter au commencement de chaque audience; les chambres auraient servi de dépôt pour les archives et les

pièces de procédure, de logement au gardien, de bureaux aux scribes,

1. « Sans doute, lecteur studieux, votre curiosité va s’enquérir de ce qui se dit, de ce qui se fait dans ces initiations. Je le dirais s’il était permis de le dire; vous l’apprendriez s’il était permis de l’apprendre. Mais il y aurait crime égal pour les oreilles et la langue complices de cette curiosité téméraire; sed parem noxam contraherent aures et linguæ illæ temerariæ curiositatis. »

APULÉE, Metam. 1. XI.

acluarti, altachés au tribunal; il n’est pas jusqu'aux clous implantés dans les colonnes qui n’eussent été employés à suspendre les tablettes portant les jugements, les annonces et autres documents dont le public devait avoir connaïssance ; enfin, la fontaine eût servi à désaltérer les plaideurs et les curieux qui se pressaient dans l'enceinte du tribunal. On voit que toutes les parties de l'édifice sont expliquées d’une manière satisfaisante par l'hypothèse que nous adoptons, et nous espérons qu'il ne restera aucun doute quand nous aurons ajouté qu’une inscription, découverte dans le grand théâtre contigu, nous apprend que les deux Holconius firent bâtir à leurs frais une crypte, un théâtre et un tribunal. Nous trouvons bien le théâtre et la crypte, devons-nous chercher le tribunal ailleurs que dans l'édifice adossé aux deux autres ?

QUARTIER DES SOLDATS (Pr. S). Non loin du tribunal, et-sur le côté oriental du Forum triangulaire, s'élève un édifice généralement désigné sous le nom de Quartier des Soldats. Découvert en 1766, fouillé en 1767, il n’a été toutefois complétement déblayé qu’en 1794 ; il fut le premier monument dont les fouilles aient été exécutées avec soin et dans une pensée de conservation ; on a même rétabli une partie du côté méridional d’après les indications et autant que possible avec les matériaux fournis par les ruines mêmes.

La destination de ce monument à donné lieu à de nombreuses controverses, et les savants ne sont pas encore tous d’accord sur ce sujet. Sa position à côté des deux théâtres avait d’abord fait penser que ce pouvait être le portique où les spectateurs se réfugiaient en cas de pluie ‘; et en effet il a pu servir à cet usage, tout en ayant une autre destination qui seule peut expliquer la multiplicité des chambres qui accompagnent les portiques. Une supposition plus moderne, mais non plus vraisemblable selon nous, est que ce lieu fut un marché qui, suivant l'usage assez fréquent chez les Romains, se serait tenu tous les neuf

jours ?; en Conséquence, quelques auteurs lui donnent le nom de Forum

1. « Il doit y avoir des portiques derrière ia scène, afin que quand il surviendra inopinément des pluies au milieu des jeux, le peuple s’y puisse abriter en sortant du théâtre. » VETROVES LeeV01c2 9; 2, « C’est un vrai cuisinier de foire ; il ne fait la cuisine qu’un jour sur neuf, »

Cocus ille nundinalst, in nonum diem

Solet ü'e coctum......

PLAUTE, Aulularia. Act. II, sc. 4.

156 POMPEÏIA.

Nundinaritum. Les partisans de cette hypothèse, entraînés par l'aspect réel de l'édifice, ont bien voulu pourtant convenir que peut-être des soldats pouvaient y être établis, mais seulement pour maintenir l’ordre dans le marché.

Je ne sais en vérité pourquoi on a cherché à substituer cette dénominaltion à celle de Quartier des soldats qui lui fut assignée dès l’origine ‘. Il est évident qu’une ville de l'importance de Pompéi, une ville fortifiée , dut avoir une garnison et, pour loger cette garnison, une caserne. Pourquoi donc chercher cette caserne ailleurs que dans un monument dont le plan-est si conforme à cette destination? Les portes étroites et peu nombreuses eussent été très-incommodes et même dangereuses pour un marché où une foule nombreuse se serait pressée en désordre, tandis qu’elles pouvaient parfaitement suffire pour des soldats marchant régulièrement et deux par deux. Un harnais de cheval de selle *, des armes, des casques *, des cnémides ou bottines de bronze, ont été trouvés ici; mais ce sont, il est vrai, des armes de gladiateurs et non de soldats *. Que doit-on en conclure ? Que des gladiateurs de passage à Pompéi logeaient à la caserne, ce qui est plus naturel que de loger au marché. Dans les chambres on n’a pas trouvé de traces de lit; mais les soldats couchaient assez ordinairement sur la paille. Le seul grand appartement qui existe dut être destiné au chef de la garnison.

Une seule cuisine eût été insuffisante si la nourriture de tous n’eût pas été préparée en commun, et nous verrons que celle du Quartier des soldats était évidemment destinée à la préparation des aliments d’une grande quantité de personnes. Enfin quelle eût été dans un marché la destination d’une prison aussi sévère que celle qui a été reconnue ici?

Ajoutons qu’en aucun lieu de la ville on n’a trouvé une aussi grande

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