Pomp. ANT. HIsr., I
établissement de bains, sinon plus beau, au moins plus considérable que le premier, établissement reconnu dès 1853 et aujourd’hui entièrement déblayé. Qui sait si l'avenir ne nous réserve pas encore quelque monument du même genre que semblent nous promettre diverses inscriptions trouvées dans les ruines ? Quoi qu’il en soit, les anciens bains sont restés au nombre des plus précieuses découvertes faites jusqu’à ce jour. Les thermes romains, malgré leur immensité, sont dans un tel état de ruine, que les parties qui les composent sont souvent méconnaissables et ont été différemment expliquées par les auteurs qui ont entrepris de les décrire. À Pompéi, au contraire, l'absence de xystes, de théâtres, de palestres et de ce nombre infini d’autres accessoires qui rendent les thermes de la capitale si difficiles à comprendre, permet de se rendre compte d’une manière satisfaisante et positive de chaque partie de l'édifice qui ne contient que les salles absolument nécessaires à sa destination réelle.
Plan des anciens Bains.
ANCIENS BAINS. (PL. T.) Ces bains, que l’on commença à fouiller le 22 mai 182/, occupent au nord du Forum un quadrilatère irrégulier de 49,50 dans sa plus grande largeur, sur une profondeur de 53 mètres, une île, insula, presque entière, circonscrite par les rues des Thermes, des Soprastanti et du Forum et la ruelle des Thermes; sur
!. Cette rue doit son nom au bureau des Sopr'astanti ou surveillants des fouilles établi sur l'emplacement des boutiques qui existaient à l’angle qu’elle forme avec la rue du Forum, près le grand arc de triomphe.
ces diverses rues ouvraient un grand nombre de boutiques æ sans communication avec l’intérieur ‘.
L’exiguité de cet établissement ne peut guère s'expliquer que par le prix élevé des terrains dans le quartier central et le plus fréquenté de la ville. |
Les bains avaient six entrées dont les principales a et f donnaient, la première sur la rue du Forum, la seconde sur la ruelle des Thermes, où s’en trouvait une autre e: les trois dernières b c d étaient ouvertes sur la rue des Thermes. Aucune de ces entrées n’était directe, précaution employée encore en Orient afin d'empêcher l’air de frapper trop vivement les baigneurs, et aussi sans doute afin de les préserver des regards indiscrets des passants. À côté des deux entrées a et f sont de petits réduits que quelques auteurs croient avoir été des latrines, mais qui pourraient bien plutôt avoir servi de bureaux aux receveurs chargés de percevoir le prix du bain.
Atrium des Bains.
Par ces deux portes a et f on arrive dans une cour, un afrium q formant un quadrilatère régulier de trois côtés seulement, large de 21",80 sur 16",30 en moyenne, y compris le portique qui entoure l’'impluvium des trois côtés réguliers ?. Deux ailes du portique, larges
4. Au commencement de 1824, et avant la découverte des bains mêmes, plusieurs de ces boutiques avaient été fouillées; un peu plus tard, l’une d’elles le fut en présence de Marie-Louise, duchesse de Parme, le 14 juin de cette mème année. Pomr. Ar. Hisr., IV, 105. Les quatre boutiques sur la rue des Thermes ont présenté une particularité sans autre exemple à Pompéi; elles étaient, ainsi que leurs trottoirs, pavées en asphalte dont il reste encore quelques traces.
9. On ne trouve point, au centre de l’atrium des bains de Pompéi, le grand bassin ou baptistervum qui existait dans la plupart des thermes antiques et où l’on prenait le bain froid en commun sous un toit léger qui préservait de l’ardeur du soleil. Nous verrons ce baplisterium dans les nouveaux bains.
de 4",20, sont soutenues par des colonnes doriques ; la troisième a cinq piliers carrés ayant porté des arcades dont une seule existe encore ; sa largeur n’est que de 2°,15, Ce portique était, suivant Vitruve, une des parties indispensables des thermes; c'était là que les baigneurs attendaient leur tour pour entrer aux bains qui, ici, ne pourraient admettre plus de trente personnes à la fois. Sur le mur méridional était peinte l’annonce d’une fête donnée dans l’amphithéâtre à l’occasion de leur dédicace, ce qui ferait supposer que leur construction, ou plutôt leur reconstruction à la suite du tremblement de terre, était récente à l’époque de la destruction de Pompéi. Cette inscription aujourd’hui disparue était conçue en ces termes :
MAIO.
DEDICATIONE PRINCIPI COLONIAE
FELICITER THERMARVM MVNERIS CN. ALLEI. NIGIDI. MAI.
VENATIO ATHLETAE SPARSIONES VELA ERVNT
« Pour la dédicace des thermes, aux frais de Cneius Alleius Nigidius Maius, il y aura chasse, athlètes, parfums et velarium 1. Bonheur à Maius, prince de la colonie ! »
Le même côté du portique était garni de bancs appelés scholæ ?, interrompus par une salle À dans laquelle on doit reconnaître celle qui, répondant à nos salons modernes, était désignée chez les anciens par le nom d'æœcus ou exèdre. On y trouva une épée à poignée d'ivoire et fourreau de cuir, aujourd’hui au musée, et quelques quadrants, circonstance qui à fait croire à plusieurs auteurs qu’en ce lieu se tenait le préposé chargé de la perception et de la police des bains; mais nous savons que l’exèdre, où les baigneurs pouvaient se reposer avant et après le bain, était partie essentielle et intégrante des thermes antiques, et d’ailleurs il n’est pas probable que, dans un espace aussi restreint que
1. Toutes ces expressions seront expliquées dans le chapitre vi consacré aux théâtres et à l’amphithétre.
2, Du mot grec £yo)ï qui signifiait à la fois lieu de repos et lieu d'étude, et par extension les bancs où, dans les gymnases grecs, les philosophes s’asseyaient pour instruire leurs disciples.
Quelquefois les poëtes y récitaient leurs vers :
« 11 ÿ en a beaucoup qui débitent leurs poésies en plein Forum, et jusque dans les bains. »
sou In medio qui Scripta foro recilent sunt mulli, quique lasantes. Horace. L, 1. Sal. 4.
celui qu occupaient les bains de Pompéi, on eût sacrifié à un simple bureau de recette une pièce de 4",75 sur 5°,90”.
Au-dessus était un second étage où l’on peut observer encore quelques vestiges paraissant avoir appartenu à une cheminée.
De l’atrium , un corridor ?, dont le plafond était peint en bleu avec des étoiles d’or, conduisait les baigneurs à la salle où ils se déshabillaient°. On trouva dans ce corridor près de cinq cents petites lampes de terre cuite; le nombre de celles découvertes dans les thermes monte à treize cent quarante-huit. Toutes étaient semblables et à une mèche, à l'exception d’une seule qui était à sept becs. Ces lampes étaient sans doute en dépôt au moment de l’éruption, car elles n’ont jamais pu servir à l’éclairage des bains, où nous verrons que la lumière n’était pas prodiguée; il ne serait pas impossible toutefois qu'elles eussent été destinées à les illuminer dans quelque circonstance extraordinaire. On détruisit, dit-on, la plupart de ces lampes après avoir choisi les meilleures, afin de ne pas en embarrasser le musée de Naples. Parmi celles qui, malgré une exécution médiocre, ont été jugées dignes d’être conservées, plusieurs portent les figures d'Harpocrate et des Grâces. à
Le spoliatorium, spoliarium où apodyterium * j, dont le nom indique suffisamment la destination, est une salle voûtée de forme rectangulaire, longue de 11“,50 sur 6",80 de largeur. Gau, remarquant combien cette pièce avec ses six portes était exposée aux courants d’air, croit qu'elle ne dut être qu’une salle d’attente, une sorte d’antichambre, et que les baigneurs devaient se déshabiller dans les niches du frigidarium; mais il oublie que l'inconvénient qu’il signale n’en eût pas moins existé, puisque, après avoir déposé leurs vêtements, les baigneurs eussent eu à traverser nus cette même salle pour entrer dans le tepidarium et le caldarium; nous croyons donc qu’on doit s’en tenir à l'opinion la plus généralement recue. Dans cette salle se tenaient les capsarii, qui, munis
d’une cassette, capsa, gardaient les effets précieux des baigneurs
1. Cette salle est fermée aujourd’hui et sert de magasin, ainsi que l’atrium, qui est dans le plus triste état de délabrement.
2, Dans ce corridor, également interdit au public, sont de grandes corbeilles remplies des ossements des nombreux squelettes provenant des fouilles. |
3. ’Anoduthoptoy, du verbe ’Atoôvouar, se dépouiller. Voy. PLANCHE V.
moyennant une modique rétribution et veillaient à la sûreté des vêtements qu'on suspendait aux portemanteaux dont on voit encore les traces au-dessus des larges siéges à marchepied qui garnissent trois des côtés de la muraille’. La décoration de l’apodyterium est peu soignée ; les murs sont simplement peints en jaune; la corniche est lourde et a quelque chose du style égyptien; la frise est ornée de chimères, de lyres et de vases en relief se détachant en blanc sur un fond rouge?. Le pavé est en mosaïque blanche d'un travail grossier et entouré d’une bordure noire.
Dans le pignon sud, entre des bas-reliefs en stuc fort endommagés et qui représentaient la destruction des Titans par Jupiter, dont la tête colossale paraissait dans le centre, se trouve une fenêtre qui empiète sur la voûte et qui n’a pas moins de À mètre de largeur sur 0",70 de hauteur ; elle dut être fermée par quatre glaces coulées et non soufflées, ayant 0",009 d'épaisseur, mastiquées dans le mur même et soutenues sans doute par un croisillon de bronze semblable à celui dont nous parlerons bientôt.
Au-dessous de la fenêtre existe un trou carré qui fut également vitré et dont les parois sont noircies par la fumée de la lampe qui y brûlait pour éclairer la salle. Il est probable qu’une fenêtre semblable à la première existait à l'extrémité septentrionale maintenant détruite et protégée par un toit moderne.
Trois portes se trouvent dans cette dernière partie de la salle ; l’une est celle d’un corridor b donnant sur la rue des Thermes; la seconde, aujourd’hui murée, ouvrait sur un petit cabinet k converti en corps de garde et que je pense avoir été un unctuarium, lieu où l’on déposait les savons et les parfums; la troisième, enfin, est l'entrée d’un passage long et étroit conduisant à l’hypocauste.
A l'extrémité méridionale de l’apodyterium se trouve .le frigidarium |, salle destinée aux bains froids * et dont aujourd’hui encore la conservation est parfaite. C’est une rotonde de 5",70 de diamètre, for-
1, Ces marchepieds, quoique en lave, sont usés de telle sorte que leur hauteur primitive de 0,20 est parfois réduite à rien sur le devant et souvent à 3 ou 4 centimètres. C’est une des observations qui nous portent à croire que la dédicace dont nous avons parlé venait d’avoir lieu plutôt à l’occasion de leur restauration qu’après leur construction.