Pour. ANT. Hisr., VI
2, Pour, 177;
Revenons aux portiques de l’est et du sud; nous verrons leurs murailles ornées de panneaux rouges encadrés de jaune et séparés par des bandes verticales vertes et noires décorées d’arabesques. Au milieu des panneaux étaient de petits cartels presque tous effacés; on y voit cependant encore quelques jolis groupes de vases plus ou moins conservés. À l’époque de leur découverte en 1855, ces peintures étaient en meilleur état, et on a pu enlever de la muraille du sud et porter au musée un lion, un tigre et un cerf.
Près de là ‘fut trouvé en octobre 1854 un beau cadran solaire formé, comme à l'ordinaire, d’un demi-cercle creusé dans un rectangle, mais ayant pour soutien des pattes de lion et enrichi sur les côtés de gracieux ornements. Le gnomon, placé horizontalement au centre des rayons convergents du cadran, est parfaitement conservé, et ceci est une particularité jusqu'ici sans exemple. Une inscription osque gravée sur la base vient encore ajouter à l'intérêt que présente ce curieux monument. Cette inscription a été interprétée ainsi par le savant Minervini :
Marius Atinius, Marii filius, quæstor, ex multatitià pecunià conventäs decreto fieri mandavit.
« Marius Atinius, fils de Marius, questeur, à fait faire cette horloge, d’après un décret de l’assemblée, de l'argent produit par les amendes. »
Nous avons donc la certitude que ce cadran fut exécuté dans un temps où la langue osque était encore en usage à Pompéi ; mais nous y trouvons aussi la preuve de la continuation de l’emploi de cette langue, même après l’arrivée des colonies romaines, puisque nous voyons figurer dans l'inscription le titre de questeur, qualification essentiellement romaine et inconnue aux temps de l'indépendance de Pompéi ‘.
C’est à l’angle S.-E. de la palestre que se trouve sous le portique l'entrée des grands bains C D EF. On y pénétrait soit directement du
1. « À Rome, dès l’époque des rois, le soin du trésor fut confié à des fonctionnaires nommés questeurs , du verbe quærere, chercher, parce qu’ils étaient chargés de faire rentrer les impôts. Les rois les élisaient; après la destruction de la royauté , ils furent élus par les consuls, puis enfin par le peuple assemblé en curies. Dès ce moment la questure, qui avait été une magistrature patricienne, fut ouverte aux plébéiens, en conservant néanmoins les insignes des grandes magistratures patriciennes, la chaise curule et les licteurs, deux seulement, mais armés de faisceaux
avec la hache, »
Desorny. Rome au siècle d'Auguste. TITI. L. 79.
péristyle par la porte 1 dont le seuil est en marbre blanc !, soit par un passage détourné 2 très-simplement peint, présentant à gauche un banc de pierre, et à droite une petite salle 3 éclairée sur la rue par une large fenêtre et qui put servir de bureau au receveur, et à côté une sorte de corridor 4 où se tenaient probablement les esclaves attendant leurs maîtres ; à gauche enfin est une porte 5. Les portes 1 et 5 ouvrent toutes deux sur un charmant vestibule 6 long de 6",35, large de 3",80?. Sa voûte est ornée de caissons peu saillants, ronds ou composés de huit segments de cercles convexes, mêlés de bizarres enlacements où dominent aussi les formes arrondies. Ces caissons dont chaque détail était colorié contenaient des bas-reliefs de stuc se détachant sur des fonds bleus ou noirs et dont il ne reste que peu de traces ; cependant on y reconnait encore un cheval, des hippocampes , quelques Amours et des panthères.
Quatre figures plus importantes non encadrées dans les caissons représentent des femmes tenant une corbeille de fruits, une corne d'abondance , une corbeille de fleurs et un médaillon contenant une figure de femme debout. Les murs du vestibule étaient peints en rouge, mais On n'y reconnaît aucun vestige d’arabesques. Le pavé est en marbre.
Par une porte à gauche du vestibule, on entre dans le frigidarium ou cella frigidaria D dont la disposition est identique à celle du frigidarium des anciens bains, mais qui est beaucoup moins bien conservé. Le diamètre total de la rotonde est de 6,40 ; la voûte est en grande partie écroulée. Des peintures sur fond bleu qui décoraient les parois , il ne reste qu’une femme, couchée vue de dos, à gauche en entrant. Comme aux anciens bains, quatre niches assez larges pour recevoir des siéges sont ménagées dans la muraille ; dans une cinquième plus petite et ruinée faisant face à la porte, jai vainement cherché l'indication du tuyau qui devait amener l’eau dans le bassin. Celui-ci, dans lequel on descend par trois degrés, a dans sa partie supérieure 4",50 de diamètre ; sa profondeur est de 1,25.
Revenons au vestibule 6 ; il ouvrait par une large arcade 7, que
1. Auprès de cette porte on voit sortir de la muraille, à 1,30 de terre, un tuyau de plomb que l’on peut suivre à fleur du sol du portique pendant plus de 10 mütres. 2. V. ce vestibule au fond du dessin de l’apodyterium, page 190.
fermait peut-être un rideau, sur l’apodyterium G où l'on descendait par un degré.
r ST | Lg) À |
Apodyterium.
Le plan de cette salle longue de 11",95 et large de 7°,15 est des plus singuliers par son irrégularité. En effet, l'apodyterium est divisé dans sa longueur en trois travées inégales par des arcs-doubleaux ” a b et c d : mais les piliers saillants de 0,60 qui les portent ne sont pas exactement en face les uns des autres, de telle sorte que les arcs
coupent la salle obliquement, au lieu d’être parallèles aux deux murailles
Plan de l’'Apodyterium.
qui la terminent. Rien ne semble motiver cet oubli de toute symétrie
dans une salle du reste parfaitement rectangulaire ; mais on ne doit
1, On appelle arc-doubleau un arc qui fait saillie à l’intérieur d'une voûte pour la consolider en doublant son épaisseur,
guère s’en étonner, car la plupart des édifices et surtout des maisons de Pompéi présentent des irrégularités tous aussi inexplicables. Le pavé en marbre gris est restauré dans quelques parties au moyen de dalles de marbre blanc ; il est encadré, de trois côtés seulement, d’une bordure en lave du Vésuve.
Au pied des murailles, excepté dans la partie comprise entre le vestibule et la porte du tepidarium, règne une banquette de maçonnerie revêtue dopus signinum , ayant en avant un marchepied continu couvert de tablettes de marbre blanc. À 1,40 du sol, au-dessus de la banquette, sont, comme aux anciens bains, des niches carrées en saillie hautes de 0",67, larges de 0",58, et dont la base est également inclinée !; seulement ici elles ne sont point séparées par des cariatides et
n’ont d'autre ornement que la corniche à palmettes qui les surmonte.
Palmettes.
Les niches sont au nombre de 9 à droite et de cinq seulement à gauche justement dans la partie qui n’a pas de banquette.
La voûte de l’apodylerium est par malheur presque entièrement écroulée et ce n’est guère que dans sa parlie inférieure qu’on peut apprécier la richesse de son ornementation. La première travée e avait de beaux caissons de stuc octogones entourés de canaux et dont les intervalles étaient remplis par des grecques. On y voit encore des trophées d’armes et quelques figures dont un Faune et des Nymphes. Sur la naissance de l’arc-doubleau à droite est une figure répétée à la même place sur le second arc: c’est une femme ailée tenant un dauphin suspendu par la queue. Dans la seconde travée f on voit à droite, au bas de la voûte, des caissons carrés et deux médaillons ronds conte-
nant des Amours ailés armés chacun d’une fronde et d’un bouclier;
1. Ilest à remarquer que c’est dans les anodyteria des nouveaux bains que se trouvaient ces niches qui aux anciens bains sont dans le tepidarium.
comme ces deux figures se font face, l’artiste à cru devoir, pour la symétrie sans doute, placer à l’une d'elles le bouclier au bras droit et la fronde dans la main gauche. Au-dessus est une rangée de Caissons hexagones contenant des rosaces. La troisième travée g offre à droite des encadrements avec fleurons. Aux trois travées les ornements de gauche ont entièrement disparu.
Au mur de fond, la grande lunette, l’espace semi-circulaire qui occupe toute la largeur de la salle offre dans sa partie inférieure des © stucs bien conservés ; on y distingue deux génies sur des dauphins tournés vers une espèce d’édicule ou de laraire surmontant la porte et où l’on voit encore les jambes de la divinité. À droite de la lunette est un Hermaphrodite debout, tenant un plateau chargé de fruits. De la figure du même genre qui lui faisait pendant à gauche il ne reste que la partie inférieure.
Ce mur est percé d’une porte carrée ouvrant sur un vestibule 8 ayant sur la rue de Stabia la porte b et communiquant avec un corridor irrégulier et dénué de tout ornement 16 conduisant à la fois à l’hypocauste 45 et à la porte c, qui probablement ne servait qu'à l'introduction des combustibles et au passage des employés.
Au mur formant l’autre extrémité de l’apodyterium * on voit sur le grand arc 7 du vestibule un Hercule couché sur le dos et un génie attachant une guirlande à une sorte de baldaquin. Ce génie est répété à gauche dans la partie pleine de la lunette où l’on voit aussi un Faune debout tenant un plateau qui semble contenir des chaînes.
A gauche de l’apodyterium est une porte 9 large de 1°,18 donnant accès au tepidarium E qui est dans le plus triste état. C’est une salle rectangulaire longue de 11 mëtres et large de 6",75. À son extrémité occidentale est la baignoire , alveus ou baptisterium, 10, longue de 3"38, large de 1",78 et profonde de 0",70 ; on y descendait par deux degrés, seulement sur le devant ; le milieu du fond est écroulé. Ce bassin était recouvert de marbres que l’on n’a point retrouvés. Une curieuse circonstance nous a révélé l'existence de ce revêtement. Extérieurement et sur deux côtés du bassin, on avait employé à cet usage d'anciennes dalles de marbre portant des lettres gravées qui ont laissé sur l’enduit leur