ORO VOS
« Je vous prie de faire édile M. Marius. »
Quelquefois le nom des prétendants n’était désigné que par une initiale, comme sur les bulletins de vote. Nouvelle preuve à l’appui de cette hypothèse : les noms des candidats sont presque toujours accompagnés de formules laudatives, telles que dignissimum, probissimum., dignum reipublicæ, etc., et surtout de la formule V. B. virum bonum , désignation que nous savons par Sénèque être ordinairement appliquée aux candidats : omnes candidatos bonos viros dicimus (Epist. 3).
Nous acceptons volontiers cette interprétation des signes O. V.F., surtout lorsque, comme ici, la phrase n’a pas de sujet, quoique nous ne nous portions pas garant de la justesse de cette lecture; mais nous ne croyons pas avec le savant napolitain qu’on doive l’étendre à la formule ROGAT dans laquelle nous persistons à ne voir autre chose qu’une invocation adressée à un magistrat. Nous verrons près de la maison du Taureau de bronze une inscription où le mot rogat est suivi des mots ut faveat en toutes lettres, ce qui ne laisse place à aucun doute.
1. Évidemment cette place entourée de portiques est la palestre mentionnée dans l'inscription que nous avons citée. On appelait Palæstra, du grec Taraiorpa, un lieu où on se livrait aux divers exercices de corps et qui souvent était adjoint aux thermes.
18% POMPEÏTA.
conséquent portait un étage. Ce portique était formé des deux piliers, de huit colonnes et d’une colonne engagée dans le mur occidental. À l’est, en comptant de nouveau la colonne d'angle, nous trouvons dix-neuf colonnes dont une n’a plus que le fût et dont quatre ont perdu leur revêlement de stuc qui, en tombant, a laissé découvert le tuf dont elles sont formées ‘. Ces colonnes, sans appartenir à un ordre bien déterminé, se rapprochent cependant plutôt de l’ordre dorique.
Péristyle, côté S.-E.
Le portique oriental n’avait pas d'étage, mais un simple toit en appentis reposant sur un entablement richement colorié dont il reste un fragment considérable * porté par quatre colonnes et qu’on a eu soin de protéger par un toit moderne. Au pied du portique régnait dans l’area un caniveau de pierre interrompu de distance en distance par ces petites cavités rectangulaires dont nous avons déjà parlé plusieurs fois et dans lesquelles les eaux déposaient leurs impuretés avant de se rendre dans les citernes. :
Le côté occidental de la palestre est occupé en entier par le grand bain froid, la piscine B et les salles qui en dépendent. Le premier tiers de ce côté est fermé par la muraille adossée aux pièces / et m. Cette muraille, percée d’une porte carrée À, à l’extrémité du portique méridional, ouvrant sur la salle / et d’une grande arcade o à laquelle on monte par deux degrés de marbre pour pénétrer dans la salle m , est richement
1. Quatre de ces colonnes avaient été renversées dans la nuit du 26 au 27 novembre 1855, par un éboulement causé par une pluie torrentielle; elles ont été relevées. Poe. ANT. Hisr., VI, 626. 2. V. à gauche de la vignette.
décorée de stucs et de peintures, malheureusement en assez triste état. Cette décoration, dont on connaît peu d'exemples, est une heureuse combinaison des deux arts. Les sujets, soit peints, soit sculptés, étaient encadrés d’arabesques et d’architectures en stuc. Deux grands sujets en bas-reliefs ont beaucoup souffert ; le premier était Hercule tenant un rhyton * que vient de lui présenter un jeune homme, peut-être Ganymède, tenant un flambeau et plus petit que lui des deux tiers ; le stuc est tombé, mais les figures ont laissé leur silhouette sur la muraille. Plus malade encore est le sujet à droite de l’arcade ; on en retrouve seulement des traces qui suffisent à faire deviner Apollon assis appuyé sur sa lyre à côté d’Admète debout et ayant une brebis à ses pieds.
Muraille occidentale. Bains froids.
Un bas-relief mieux conservé et placé au-dessus du grand arc représente Jupiter assis tenant son sceplre et ayant devant lui l'aigle posé sur une colonne. Quant aux peintures elles sont effacées et c’est à grand'peine qu'on reconnaît quelques vestiges de figures et de paysages.
La grande salle / n’avait aucun ornement et nous serions bien embarrassé de lui assigner une destination positive ; nous devons dire
1. Rhyton, ‘Purèy, vase à boire en forme de corne, percé par la pointe, espèce d’entonnoir.
cependant que ce n’est pas sans quelque vraisemblance que Dyer veut y voir le destrictarium mentionné dans l'inscription que nous avons citée. Le 24 avril 4856, on y trouva plusieurs monnaies de grand module fort oxydées et une grande quantité de lames de plomb *.
Cette pièce communiquait par une porte percée dans l’angle avec la salle m ouvrant elle-même sur le péristyle par la grande arcade o dont nous avons parlé et sur la piscine par une arcade semblable p. Cette salle m, ainsi que la salle x qui lui fait pendant, servit évidemment d’apodyterium; elle conserve dans le haut de ses murailles quelques belles peintures. À gauche on voit au milieu de bocages un Faune avec le pedum et des crotales* et au-dessous un paysage maritime avec des nains grotesques. Au fond de la salle, aux côtés d’une niche carrée sont peintes deux femmes nues jusqu’à la ceinture, tenant des bassins ; à droite est un sphinx dont le pendant n'existe plus.
A la suite de cette salle est la grande piscine, le baptisterum , la frigida natatio B, longue de 44,30 sur 7",55 hors œuvre et dans œuvre de 43",20 sur 6,45, les murs ayant 0",55 d'épaisseur. On y descendait devant et aux deux bouts par quatre degrés continus ; d’autres degrés placés au milieu du mur de fond ne pouvaient servir que de siéges aux baigneurs. Il reste peu de traces du revêtement de marbre blanc de l’intérieur de la piscine. Du dehors on montait à celle-ci par deux degrés également revêtus de marbre blanc faisant suite à ceux de l’arcade o de la salle m et continuant devant l’arcade r de la salle n.
L'eau était amenée à l’angle N.-E. de la piscine par un conduit dont la voûte était formée de fortes tuiles appuyées les unes contre Îles autres, et figurant un toit à double rempant. De la décoration des murs de la piscine il ne reste que deux niches ss à côté des} grandes arcades p qg, et sur la muraille du fond quelques vestiges de stucs et de peintures. ;
La salle n était semblable à la salle m, sauf qu’elle ne communiquait que par les arcades q et » avec la piscine et la palestre, son mur septentrional étant entièrement plein et adossé non à une chambre, mais au passage j d conduisant de la palestre à la rue du Lupanar.
1. Pomp. ANT. Hisr., VI, 632, 2. Pedum, houlette. Crotales, sorte de petites cymbales.
Aux côtés de la niche du fond sont également deux femmes tenant des bassins et deux sphinx, et sur le mur de droite un paysage avec des nains. La muraille des deux salles »m et n n’a pas de peinture dans sa partie inférieure jusqu’à la hauteur d’un mètre et semble avoir dû être revêtue de plaques de marbre; mais aucune n’a été trouvée.
En avant de tout ce côté occidental de la palestre règne un jeu de boules, un sphœæristerium tu, large de 2,47, ayant un petit rebord du côlé de l’area et régulièrement pavé de dalles carrées assemblées pleins sur joints et non pas bout à bout comme au passage entre le Panthéon et le temple de Jupiter.
Le côté septentrional de la palestre est occupé par une galerie z soutenue, non par des colonnes, mais par des trumeaux, et que Dyer croit pouvoir nommer un crypto-portique. De cette galerie on ‘entrait dans la salle y qui ouvrait par une large fenêtre sur la palestre, et par une plus petite sur la pièce voisine æ. Dans la salle y fut trouvé en juin 1857 * un brasier de bronze long de 2",73, large de 0",94, et presque entièrement semblable à celui découvert dans le epidarium des anciens bains. Un pied de derrière était détaché et présentait en haut une tête, en bas un pied de vache; au levant, les pieds d’angle sont des espèces de sphinx, et au milieu on voit la même inscription M. NIGIpIvs P. s. et la petite vache en bas-relief, allusion au surnom de Vaccula que portait le riche citoyen qui avait fait don de ces beaux meubles aux deux bains de Pompéi. Dyer* remarque, et nous sommes complétement de son avis, que ce brasier ne nous apprend rien sur la destination de la pièce, car il n’est évidemment pas à sa place, et une petite chambre avec deux fenêtres ne pouvait être chauffée par un si grand appareil.
Le même auteur voit dans la pièce voisine + une sorte de loge d’où l’on assistait aux jeux de la palestre; cette pièce étant placée dans l’angle et en partie engagée dans le corridor j d nous paraît convenir moins à cette destination que la salle précédente y, dont nous avons signalé la large baie ouverte sur la palestre. La salle æ placée en tête du sphærislerium ne pouvait-elle pas plutôt servir de vestiaire aux
joueurs et de dépôt pour les boules dont ils se servaient?