TERRAINS ACCESSIBLES A L'AIDE D'EPUISEMENTS
tout entière sur ces parois, qu*ea outre la matière pâteuse dont le batardeau est composé agit elle-même à la façon d'un liquide plus lourd que Teau, de sorte que la charge devient réellement très forte dès que les épuisements atteignent 3 ou 4"" de profondeur.
Pour des batardeaux du genre de ceux dont nous nous oc* copons, établis dans le lit de la Garonne pour la restauration des ponts de Muret et de Cazères, dont plusieurs piles avaient été emportées par la crue exceptionnelle de 1875, les panneaux étaient composés de palplanches jointives de O**, 10 d'épaisseur; la différence de niveau entre l'eau extérieure et le sol de fondation était de 4*" seulement, et cependant quelques-unes de ces palplanches, en très petit nombre d'ailleurs, ont cédé et se se sont rompues, ce qui prouve qu'on avait atteint la limite de résistance des bois employés.
 la suite des observations qu'il avait été à même de faire dans celte circonstance, l'ingénieur en chef chargé de la direction des travaux, M. Lenteirès, a proposé pour la détermination de l'épaisseur à donner à des bois employés dans des conditions analogues la formule :
^ =: 0,04 + 0,02 ft
h étant la hauteur d'épuisement et e l'épaisseur à calculer.
Des batardeaux disposés comme ceux que nous venons de décrire ont été employés pour les fondations des culées et des piles du viaduc d'Hennbont, bien que la profondeur à atteindre fût de 9*". On avait commencé, il est vrai, par établir des enceintes blindées constituant un excellent point d'appui pour les batardeaux; mais les charges à supporter n'en étaient pas moins considérables, aussi les avaries ont-elles été fréquentes et le succès eût été difficilement assuré même au prix de très fortes dépenses de temps et d'argent, sans l'habileté et l'énergie exceptionnelles dont ont fait preuve les ingénieurs chargés des travaux.
Il semble donc que lorsqu'il faut pousser au-delà de 4 ou 5"* la profondeur des épuisements nécessaires, pour atteindre le terrain solide sur lequel on a projeté de s'établir, le mieux est de renoncer aux batardeaux ordinaires pour leur substituer des
enceintes exclusivement en charpente^ ou caissons sans fond à parois calfatées et bien étanches, qui ne font du reste que continuer sous une autre forme l'application du même procédé de fondation.
C'est au pont de Port-de-Piles, sur la Creuse, et par M. l'ingénieur Baudemoulin, que la première application de ce système parait avoir été faite.
tJn dragage préalable avait permis de dresser des plateformes presque exactement horizontales sur les emplacements où les caissons devaient être amenés et ceux-ci se terminaient, dans le bas, par de fortes semelles sur lesquelles tous les. montants de la charpente étaient assemblés ; deux cours de moises et des traverses disposées à la partie supérieure reliaient en outre ces montants, dont la hauteur était de S^^TS, et Tensemble formait une pyramide rectangulaire tronquée dont la base inférieure avait en tous sens 3"" 80 de largeur d^ plus que la base supérieure.
Malgré le soin avec lequel on avait dressé le fond de la fouille, les semelles inférieures ne pouvant pas s'appliquer exactement partout sur le sol, on avait disposé à lextérienr sur tout le pourtour des caissons, des bourrelets en forte toile * remplis d'argile corroyée, puis immergé par dessus ces bourrelets un mélange d'argile et de fumier, et consolidé entin le tout à l'aide d'enrochements.
Grâce à ces dispositions les épuisements^ à l'intérieur des "caissons, ont pu s'effectuer dans les conditions les plus satisfaisantes de temps et de dépense.
Lorsque le fond sur lequel un caisson doit être descendu se trouve plus ou moins incliné ou irrégulier, l'emploi des semelles inférieures horizontales n'est plus praticable. Pour le pont que nous avons déjà cité, construit sur le Scorf, à Lorient, après avoir exactement déterminé les hauteurs inégales à donner aux poteaux d'angle, ceux-ci ont été reliés par quatre cours de moises horizontales, le cours inférieur étant disposé de façon à se trouver le plus près possible du fond. Des palplanches ont été logées entre les moises sans y être fixées ; un bordage calfaté recouvrait, en outre, toute la paroi extérieure depuis le bord supérieur jusqu'aux moises inférieures.
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Les caissons étant amenés en place, un battage facile permettait de faire glisser les palplanches entre les moises pour les faire porter partout sur le fond ; on avait d'ailleurs, comme dans le cas précédent, garni le bas des caissons de forts bourrelets en toile remplis d'argile corroyée, mais lorsqu'on a voulu commencer les épuisements on a reconnu que, malgré ces bourrelets, l'eau passait en telle abondance à travers les joints des palplanches qu'il était matériellement impossible de mettre à découvert le fond des enceintes. En outre, par TefFet des marées, les bourrelets déjà insuffisants pour étancher la partie inférieure des caissons se trouvaient emportés, de sorte qu'on ne pouvait songer, même en leur donnant plus d'importance, à atteindre par leur emploi seul le résultat qu'on se proposait : Après divers essais, il a fallu en venir à disposer, à l'intérieur même des caissons, des batardeauxen ciment dont la hauteur dépassait le cours inférieur des moises de façon à garnir ainsi complètement toute la partie de la paroi, de hauteur irrégulière, formée par le bas des palplanches. Ces batardeaus sont restés compris dans les massifs de fondation qu'on est enfin parvenu à exécuter, mais les épuisements ont toujours été difficiles et dispendieux.
Peut-être aurait-on pu obtenir de meilleursTésultats de l'emploi des bourrelets de toile renaplis d'ar- * gile corroyée, pour étancher la partie inférieure des batardeaux, si au lieu de lès fixer seulement à l'extérieur, on avait disposé la toile à cheval audessous du cours de moises le plus rapproché du sol, comme notre croquis le fera comprendre.
Le caisson étant amené en place, les palplanches, en glissant entre les moises, lorsqu'on en aurait effectué le battage, seraient venues presser fortement l'argile et la toile contre le sol et l'étanchéité eût sans doute été moins incomplète. Mais nous n^'avons pas eu l'occasion d'expérimenter celte disposition et nous ne pouvons la mentionner que sous toutes réserves.
Le parti pris en dernier lieu, pour compléter les
batardeaux du viaduc de Lorient, celui consistant à disposer des contre-batardeaux à Tintérieur des caissons en cliarpcnte, a été franchement adopté dans d'autres circonstances^ noiam* ment pour la construction du viaduc de Quimperlé, en donnant, à cet effet, aux caissons des dimensions notablement plus grandes que celles des fondations à établir ; une sorte de caisson intérieur en planches de 2'",50 <le hauteur était placé de façon à laisser partout une distance de l'",2S environ entre ses parois et celles du caisson principal, puis cet intervalle était rempli avec de Targile corroyée employée comme nous l'avons dit pour la confection des batardeaux ordinaires ; le résultat obtenu a été très satisfaisant.
Ce système a l'inconvénient d'exiger l'emploi de caissons de très grandes dimensions, mais par contre ceux-ci, après l'exécution des maçonneries, peuvent] être plus aisément démontés pour servir de nouveau.
L'une des applications les plus importantes du procédé de fondation par épuisement, avec caissons sans fond à parois calfatées jusqu'aux moises inférieures et palplanches jointives en dessous, est celle, faite pour la construction du viaduc de Port-Launay. Le succès a été complet et les dispositions spéciales auxquelles on doit l'attribuer méritent d'être mentionnées.
Le viaduc de Port-Launay est établi sur la rivière de l'ÂuIne, en un point où les marées atteignent une hauteur dfe 5"',20 audessus de leur niveau moyen ; le fond du lit est à 2*", 30 en contre-bas de ce dernier niveau, mais un barrage situé à l'aval maintient ordinairement les eaux à une hauteur de 5"',50.
La faculté qu'on avait de faire baisser ou remonter le plan d'eau à volonté à Taide de ce barrage, au droit de remplacement des fondations, a été utilisée de la façon la plus heureuse par l'ingénieur chargé des travaux, pour faciliter la manœuvre et la mise en place des caissons. Ceux-ci avaient, à la base, 22",75 de longueur surl0",60 de largeur, et devaient ainsi enclore une superficie de 2 ares 40. Leur poids atteignait 75.000 kilogrammes.
Pour amener un caisson en place après qu'il avait d'abord été préparé et monté une première fois sur la rive, puis dé-
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i48 CHAPITRE 11 — FONDATIONS
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monté, on a employé huit bateaux couplés deux par deux, eomme le montre le plan ci-dessus, et sur lesquels le montage du caisson a de nouveau été effectué en faisant porter ce dernier seulement sur des béquilles saillantes, figurées sur Télévation, page 148. Des rails étaient placés en R,R pour former contre-poids et empêcher le déversement des bateaux.
Dans la situation que Télévation représente, le caisson est à flot et la partie inférieure des béquilles se trouve à une certaine hauteur au-dessus du fond de la rivière.
Le montage étant terminé et le caisson amené bien exactement au droit de remplacement qu'il devait occuper, on manœuvrait le barrage d'aval, à mer basse, et Ton faisait baisser le niveau de l'eau de la quantité nécessaire pour que les béquilles vinssent porter sur le fond de façon à permettre de dégager les bateaux.
L'élévation de la page suivante représente le caisson dans cette seconde situation.
Afin de pouvoir dégager à leur tour les béquilles et laisser le caisson descendre jusque sur le fond, on fermait le barrage, le niveau de Teau s'élevait, le caisson construit entièrement en bois était soulevé et on en profitait pour enlever les béquilles qu'on fixait toutefois sur le troisième cours de moises. On ouvrait après cela le barrage encore une fois et la position du caislK)n étant bien exactement rectifiée on le laissait descendre jusque sur le fond à mesure que Teau baissait, puis on le chargeait pour le maintenir définitivement en place et on posait les paiplanches destinées à compléter la partie inférieure des parois.
C'est à Taide d'argile coulée et comprimée, tout autour du oaisson, qu*on a obtenu Félanchéité des paiplanches; mais pour atteindre plus sûrement ce résultat on avait d'abord disposé sur le cours des moises inférieures une forte toile destinée, en se déroulant, à venir recouvrir complètement le bourrelet d'argile.
Gr&ce à cette amélioration, consistant à remplacer le bourrelet d'argile contenu dans une toile, comme on l'employait précédemment, par de l'argile coulée et pressée contre les paj^is en paiplanches et contre le fond, puis recouverte par une