‹ Ponts en maçonnerieChapitre 34 sur 133 · CAISSON SANS FOND DU PONT DU CHER · texte numérisé non relu

CAISSON SANS FOND DU PONT DU CHER

(Lipie de Tours à Bordeaux)

Elévation.

Plan.

Cou\ye longitudinal».

•« if ta. — ■«

Coupe transversale.

tenir le béton. Enfin un bordage horizoDlal en planche» joiolivos fixées au moyen de tire-fonds à la partie supérieure des poteaux formait batardeau, pour permettre la construction à sec dos premières assises des piles.

VIADI't; DU POINT DU JOUH. — Fondation des piles en rivière.

Caisson avant I

Pour le levage et l'écbouage des caissons, quatre bateaux, de ceux désignés sous le nom de margotals, avaient été amenés et amarrés au-dessus de remplacement de la fondation et portaient un plancher de dimensions en rapport avec celles des caissons qui avaient 34" 94 de longueur, 8" 95 de largeur et 8" de hauteur. Pardessus le plancher s'élevait uo échafaudage composé de chevalets d'environ 9" 50 de hauteur convenablement reliés entre eux, et portant des treuils destinés à soulever les caissons et à les soutenir pendant l'immersion. Quatre cbfevres fixées aux extrémités servaient également pour celte dernière opération.

On a commencé par assembler et lever sur le radeau l'ossature des grands côtés, puis on les maintenait avec fioclinaison de un vingtième qu'ils devaient présenter ; après avoir proci^d<5 de même pour les petits côtés, on les a réunis aux

I m — ENROCHeMËM^. PILOTIS, BÉTON , lUDIEItS I8â

premiers, pais on a fixé le bordage supérieur et mis en place les palplanches des angles, celles qui à cause de la forme trapézoïdale des parois devaient avoir elles-mêmes plus de largeur à la base qu'au sommet.

Le caisson était alors prêt à immerger et l'opération a pu s'ef« fectyer très régulièrement, en quelques heures, à Taidc des treuils, des chevalets et des chèvres disposées, en outre, aux quatre angles. La descente terminée, on faisait descendre entres les moïses, par les moyens ordinaires, les palplanches réunies à l'avance en panneaux, et Ton avait soin, d'ailleurs, de lester convenablement le caisson pour l'empêcher de flotter.

L'ensemble de l'échafaudage et du radeau qui le supportait offrait une extrême rigidité, et cette circonstance a été fort heureusement utilisée pour transporter d'une pile à une autre, à la suite d'une crue de la Seine, un caisson qu'on ne pouvait pas immerger sur remplacement au-dessus duquel on en avait effectué le montage, parce que la fouille ayant été ensablée un nouveau dragage était devenu nécessaire. : Après l'échouage du caisson, une grue roulante, figurée sur le second dessin ci-dessus, et pouvant se mouvoir sur rails d*ùn bout à l'autre du plancher, était disposée sur ce der^ nier pour servir à l'immersion du béton.

Afin de protéger Tensemble de l'installation contre le choc dos bateaux circulant sur la Seine, des estacades en pieux, re« liés entr'eux par quelques bordages, eulouraient complètement remplacement de la pile sur laquelle on travaillait.

Lorsque toutes ces dispositions préliminaires étaient prises at qu*on en venait au coulage du béton, l'opération a toujours été conduite à peu près de la même manière et il n'en est pas, d'ailleurs, dans la construction d'un pont, qui exige, de la part de l'ingénieur, une surveillance plus attentive et plus constante. ,

Les fondations sur massif de béton immergé ont été si souvent pratiquées avec succès qu'on ne saurait contester la valeur de ce procédé, eu égard surtout aux avantages qu'il comporte sous le rapport de l'économie de temps et d'argent, mais il ne faut jamais perdre de vue que la moindre faute, la

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négligence en apparence la plus excusable, peut entraîner les conséquences les plus graves.

Pour un travail de ce genre, l'ingénieur doit être constamment présent sur le chantier, et s'il ne le peut pas, il faut qu'il y soit remplacé par un conducteur ou chef de chantier méri* tant toute sa confiance et assisté de surveillants avec le cou* cours desquels on ne puisse avoir aucun doute sur les dosages de la chaux, du sable et du caillou, la fabrication du mortier et du béton et la rigoureuse observation de toutes les dispositions spéciales prescrites pour éviter la moindre malfaçon.

n va sans dire qu'aucune chaux ne doit être employée sans avoir au préalable fait Pobjet des essais les plus attentifs, renouvelés pour chaque livraison en particulier.

Ces dispositions prises, on doit s'organiser de façon que la fabrication et le coulage du béton soient menés le plus rapidement possible.

Au viaduc du Point du Jour, le coulage s'effectuait à l'aide de 6 caisses avançant parallèlement sur trois lignes, et le travail était conduit de façon à assurer l'accumulation des laitances vers Taval, où une pompe Letestu était disposée pour les enlever. L'emploi des enrochements avait lieu d'ailleurs en même temps que le coulage du béton, comme il est toujours nécessaire de le faire pour empêcher toute déformation des parois du caisson, sous Faction des poussées intérieures.

 cause de la rapidité avec laquelle on pouvait marcher, le béton parait avoir été coulé en un seul massif pour chaque, fondation, mais d'ordinaire ce n'est pas ainsi qu'on procède et' l'on règle l'avancement par gradins, comme le montre le croquis de la page 133. Pour le béton immergé, cette façon d'effectuer le coulage est d'autant mieux indiquée qu'elle favorise tout particulièrement l'écoulement des laitances vers un même point et en facilite l'enlèvement. Afin de mieux assurer encore cette concentration des laitances, on peut y employer un balai, mais en ayant soin qu'il soit très souple et ne puisse pas désagréger le béton.

On peut admettre pour cela les balais de bouleau, pourvu^

que les brins en soient très déliés et flexibles. Quelques ingénieurs préfèrent les balais composés de paille serrée entre deux planchettes boulonnées Tune sur l'autre. On pourrait également se servir de bandes minces de caoutchouc souple de 8 à 10 centimètres de largeur, serrées, comme dans le cas précédent, entre deux bouts de bois.

Divers appareils sont employés pour couler le béton sous Teau. Dans le principe, on s'était servi de trémies en planches dont la partie inférieure s'appuyait sur la surface où Ton voulait étendre le béton, ou bien encore de tuyaux en forte toile* Quelques fondations ont été exécutées avec succès de cette façon ; mais les trémies sont actuellement abandonnées et remplacées par les caisses qu'on descend dans Teau après les avoir remplies de béton^ et dont le fond s'ouvre à l'aide d'un mécanisme spécial , lorsqu'on a atteint la profondeur à laquelle l'emploi doit être fait.

De très importantes fondations ont été exécutées avec un plein succès en y employant des caisses carrées en bois con-

tenant seulement - de mètre cube de béton. Maintenant, au

contraire, on préfère les caisses de grand volume et on les fait demi*cylindriques , à convexité tournée en bas, avec portes à deux vantaux pour assurer d'un seul bloc la sortie de tout le béton qu'elles contiennent. La capacité de celles employées au viaduc du Point du Jour était de un quart de mètre cube.

Les caisses^ en se vidant, forment une série de petits monticules qu'il faut parvenir à égaliser en tâchant, en même temps, de comprimer la surface du béton. On doit, pour cette opération, qui demande comme les précédentes une extrême prudence, s'abstenir de toute percussion, et n'y employer que des dames composées de bouts de planches emmanchées et chargées de poids, qu'on pose sur le béton en le comprimant doucement et le serrant le mieux possible contre les parois du caisson. Quelques ingénieurs ont essayé de rouleaux en bois, dont le poids était réglé à l'aide de pièces de fonte ou de fer fixées à l'intérieur, mais l'usage en était gênant pour la marche régulière du coulage du béton et l'emploi ne s'en est pas généralisé.

I ni — enr(x:hements, pilotis, béton, radiers 493

On arrête le coulage du béton lorsque la surface du massif, bien exactement régularisée suivant un plan horizontal, n'est plus qu'à une faible distance en contrebas du niveau de Tétiage, et Ton suspend alors tout travail pondant le temps jugé nécessaire pour que le béton fasse une bonne prise.

Il n'y a pas de règle précise à l'égard du délai à observer pour cela ; Thydraulicité de la chaux employée en est le meilleur élément d'appréciation. Mais, quelque favorables que soient les conditions dans lesquelles on se trouve, plus on attendra pour commencer les épuisements par dessus un massif de béton, et mieux cela vaudra. Le désir de hâter l'exécution des travaux, d'atteindre tel ou tel résultat avant la fin d'une campagne, portent souvent les ingénieurs à abréger le délai dont il s'agit ; mais ils doivent ne jamais perdre de vue que pour s^avancer peut-être de quelques jours, ils s'exposeraient aux accidents les plus graves si, à grand renfort de pompes et de locomobiles, ils venaient pratiquer des épuisements par dessus des massifs de fondation hors d*état de les supporter.

Quelquefois, pour que le béton ordinaire soit moins exposé, on termine le massif, dans le haut, par une couche d*un mètre environ d'épaisseur en béton avec mortier de ciment; dans tous les cas, avant de commencer à épuiser, il est bon de garnir d'un bourrelet de ciment tout le périmètre du massif pour établir un raccordement étanche avec le bordage calfaté de la partie supérieure. Cette dernière disposition est figurée sur la coupe donnée ci-dessus à la page 184.

Pour les enceintes de pieux, le calfatage de la partie supérieure étant plus difficile à obtenir, on élève d'habitude contre les parois, tout autour de la fondation, comme le montre la figure de la page 182, un batardeau en béton de ciment, bien relié avec la surface du béton ordinaire et de force suffisante pour résister aux pressions éventuelles en cas de crues.

Au viaduc du Point du Jour, les (épuisements ayant été fort laborieux pour quelques piles, malgré toutes les précautions prises, on a eu recours à des caissons-batardeaux posés à la surface du massif de béton et à l'intérieur desquels on a exécuté les premières assises do maçonnerie.

Ce qui rend en giînj'ral ce8 sortes d'tîpuisements difficile», c'osl que l'adlit'rence parfaite du Wton, pendant le coulage,

VIADUC DU POINT DU JOUR — Fondations.

Caiason batonleau employé pour lea ëpuiaoïnente.

Coupe de la pile d° 3.

avec les parois de bois du caisson est impossible à obtenir, surtout à cause de la saillie des moises ; si l'eau arrivait par là en trop grande abondance, il faudrait suspendre les épuisements et disposer par dessus le massif de béton une sorte de cuve en ciment, à bords relevés contre les parois du caisson, et à l'intérieur de laquelle on exécuterait les maçonneries après l'avoir vidée. — Pour peu d'ailteurs que quelques solutions de continuité existent dans la masse du béton, i'eau y pénètre et remonte jusqu'à la surface, en donnant lieu à des sources de nature à entraîner le mortier dont la prise est encore incomplète et h causer les plus graves désordres. Si néanmoins le béton ne manque pas de solidité, on pourrait recourir & un caisson foncé parfaitement calfaté, dont le fond resterait engagé sous la première assise de maçonnerie.

Rien ne prouve mieux le danger en présence duquel on se trouve, pendant cette pbase de l'exécution de fondations sur béton immergé, que les faits rapportés par M. Croizette-Desnoyers, dans son Traité de la construction det ponts, à propos des ouvrages en assez grand nombre détruits par les crues exceptionnelles de 1875.

Au pont de Madame, sur l'Aude, chemin de fer de Carcas-

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sonne à Quitlan, une pile avait éprouvé des tassements inégaux, variant de 0°*,40 à 0",43, et la reconstruction en fût jugée nécessaire. Or, en enlevant l'ancien massif de béton, on constata que ce dernier, divisé par blocs, séparés par de larges fissures remplies de gravier, de sable ou de vase, était de consistance très inégale et que, au bout de quatre années depuis l'emploi, la prise n'en était pas partout complète.

De môme au pont d'Empalot, sur la Garonne, dont la reconstruction a eu lieu dans des circonstances analogues, on a constaté, pendant la démolition des anciens massifs de béton, que certaines parties n'étaient plus composées que de gravier, tout le mortier en ayant été délayé, et que d'autres contenaient encore des laitances à Tétat p&teux.

Plusieurs observations du même genre ont pu être faites lors delà reconstruction des nombreux ponts détruits^en 1870 et 1871, par suite des désastres que Ton sait. Dans les anciennes fondations en béton immergé sur lesquelles reposaient quelques-uns de ces ouvrages, qui s'étaient fort bien maintenues d'ailleurs jusque-là, on a souvent trouvé des amas de caillou délavé, soit que la chaux eût disparu par suite d'épuisements prématurés, soit que la prise n'en eût jamais été complète par suite d'un enlèvement insuffisant de la laitand^.

Nous estimons donc qu'on ne saurait trop multiplier les précautions prises, tant au moment du coulage du béton que pendant les épuisements ultérieurs, pour atténuer le plus possible les chances de délavage du mortier.

Les toiles, par exemple, dont on a obtenu de si bons effets pour certains batardeaux, pourraient sans doute être également appliquées avec grand profit aux fondations sur béton immergé, soit avec enceintes de pieux, soit avec caissons sans fond. L'augmentation de dépense ne serait pas excessive et les avantages réalisés la justifieraient pleinement. Au lieu de garnir la partie supérieure du caisson d^m bordage calfaté dont l'effet répond rarement à ce qu'on en attendait, nous préférerions voir disposer un bordage intérieur sur toute la hauteur du caisson en planches entières qui n'auraient même pas besoin d'être ejtactement jointives, de façon à former une

paroi unie supprimant les saillies des moises. C'est sur ces derniëresque les planches seraient fixées, en ayant soin de les soutenir par derrière & Taide d'un certain nombre de cours de tasseaux horizontaux, pour ne pas être obligé de leur donner une forte épaisseur et n'avoir pas à craindre cependant de les voir fléchir sous la poussée du béton. Par dessus ces parois unies serait clouée une toile garnissant complètement tout l'intérieur du caisson, avec coutures très soignées. Sur chacun des quatre côtés, la toile aurait dans le bas un excédant de deux ou trois mètres de longueur préparé pour être déroulé plus tard et étalé sur le fond de la fouille. Le caisson étant ainsi disposé et descendu sur l'emplacement qu'il doit occuper, des scaphandriers dérouleraients les bouts de toile enroulés au bas des quatre côtés du caisson et étendraient ensuite par dessus, en le déroulant également sous Teau à la façon d'un tapis, un cinquième panneau de toile ayant exactement les dimensions de la base inférieure du caisson. Le tout serait maintenu de distance en distance à l'aide de quelques blocs de pierre convenablement placés.

On procéderait alors à l'immersion du béton à la façon ordinaire et le massif tout entier se trouverait ainsi enfermé dans une sorte d'enveloppe continue en toile imperméable, de nature à atténuer dans une forte mesure sinon à supprimer complètement tout passage d'eau k travers le béton pendant les épuisements. Pour compléter l'installation, des pompes seraient disposées tant à l'aval qu'à l'amont, les premières pour aspirer au fond les laitances et les rejeter au dehors du caisson d'une façon permanente, les secondes pour puiser au dehors et introduire dans le caisson une même quantité d'eau claire, afin do maintenir l'égalité des niveaux, en évitant, cela va sans dire, tout tourbillonnement pouvant devenir nuisible.

Sur les rivières torrentielles, charriant à la moindre crue des eaux chargées de limon, mieux vaudrait suspendre l'opération que de laisser pénétrer dans le caisson des eaux bourbeuses dont l'effet serait d'ajouter au béton une proportion d'argile délayée suffisante pour en compromettre la prise, et offrant dans tous les cas le très grave danger de donner

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lieu, pendant les moments de repos, à la. formation de légères couches de limon divisant la masse du béton en blocs irréguliers sans liaison entr'eux.

Un autre moyen de succès plus efficace encore que l'emploi de la toile, serait d'exécuter le béton sôit entièrement avec mortier de ciment à prise lente, soit tout au moins avec mortier de chaux hydraulique additionnée d'une certaine proportion de ciment.

Des considérations d'économie s'opposent malheureusement presque toujours à l'emploi du ciment seul, mais une addition à la chaux de 10 ou 15 0/0 de ciment, par exemple, n'occasionne pas une bien grande augmentation de dépense et détermine toujours une prise bien plus prompte et plus complète du béton. Quelques ingénieurs, il est vrai, désapprouvent ces sortes de mélanges, mais nous nous en sommes toujours fort bien trouvé quand nous les avons pratiqués, et nous ne connaissons aucun exemple d'insuccès dû à cette cause. Le point essentiel est d'opérer avec le plus grand soin le mélange de la chaux et du ciment en poudre, avant de les employer à la fabrication du mortier.

Pour terminer ce qui se rapporte à cette question des fondations sur massif de béton immergé, nous ne saurions mieux faire que de transcrire textuellement les conclusions de M. Croizette-Desnoyers, dont nous partageons de tous points Topiniôn sur ce sujet :

« En résumé, ce mode de fondation qu'il serait très regret- « table de prohiber d'une manière générale, attendu que dans « un très grand nombre d'exemples il a donné d'excellents i< résultats, ne doit être appliqué, a notre avis, qu'avec un « fond de roche très compact, pouvant être mis k nu facile- « ment, ou de gravier incompressible, avec des enceintes des- « c^ndues très bas et dans des eaux claires. Il faut l'écarter « quand la dureté du sol inférieur est variable, quand ce sol « est affouillable au-dessous des pieux, et enfin lorsque le « cours d'eau est rapide, torrentiel et que ses eaux apportent « de la vase ou de l'argile à la moindre crue. »

En d'autres termes, le procédé de fondation sur massif de béton immergé peut assurément être appliqué dans bien des

cas avec grand avantage, niais il exige des conditions toutes spéciales pour réussir à coup sûr, et lorsque ces conditions ne se trouvent pas réunies il y aurait imprudence à fonder de cette façon un ouvrage de quelque importance.

Quelques applications du béton immergé pour fondations ont été faites en Hollande et aux États-Unis suivant des dispositions très différentes de celles adoptées d'habitude en France ; il y a intérêt, sous ce rapport, à en dire quelques mots.

Pour un pont à construire sur le canal du Nordzée, on avait à établir les fondations sur un terrain situé à une grande profondeur sous une couche de vase fluente ; on ne pouvait donc pas songer à tenter un dragage à la façon ordinaire au-dessus de l'emplacement de chaque pile, puisque la fouille aurait été immédiatement comblée. Au lieu d'une enceinte de pieux ou d'un caisson sans fond en charpente, on a eu recoure à des caissons en fonte composés de plaques quadrangulaires portant des" nervures sur leurs quatre côtés, pour servir à les boulonner ensemble et en former d'abord des zones horizontales ou anneaux qu'on superposfi^it ensuite, et obtenir ainsi le caisson complet.

Le bord inférieur du premier anneau, dans le bas, était disposé en taillant. Un plancher établi à l'aide de pieux, au-dessus de l'emplacement de chaque fondation, servait à effectuer le montage ; lorsqu'une certaine hauteur de caisson était assemblée, on la laissait descendre dans l'eau, en ajoutant de nouvelles zones jusqu'au moment où le bord inférieur venait poser sur la vase. On disposait alors sur le plancher supérieur une drague à godets agissant au centre même du caisson, et celui-ci, par l'effet seul de son poids, s'enfonçait dans la vase à mesure du progrès de la fouille, en étant guidé d'ailleurs dans son mouvement de descente par des glissières fixées sur les pieux de l'échafaudage. On a pu atteindre ainsi le terrain solide à des profondeurs variant de 10 à 12 mètres sous l'eau ; cela fait, on immergeait du béton dans les cylindres de fonte sur 6 mètres environ de hauteur, puis on épuisait en ayant soin d'étançonner les parois à l'intérieur, et on exécutait les maçonneries à sec par dessus le béton. Sauf .quelques

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accidents occasionnés par des ruptures de la paroi de fonte, toutes les fondations exécutées de cette façon ont parfaitement réussi.

Aux États-Unis, il s'agissait d'un travail bien autrement important et difficile. Le sol de fondation était situé, en effet, à 30 et 38 mètres au-dessous du niveau des plus basses mers et pour l'atteindre il fallait, sous une profondeur d'eau de 15 à 18 mètres, à marée basse, traverser des couches de vase, d'argile bleue et de sable ayant ensemble une épaisseur d'environ 20 mètres. Le pont à construire, celui de Poughkeepsie, à la traversée de l'Hudson, était d'ailleurs composé de 5 travées de 160 mètres de portée chacune, franchissant la rivière à une hauteur de 62".

L'ouvrage en charpente employé pour les fondations peut bien être considéré comme un caisson, mais présentait des dispositions tout à fait spéciales. Pour une pile, ce caisson avait 30'",72 de longueur sur 18"*,48 de largeur, et Ton a employé pour sa confection 5.900 mètres cubes de bois de pin et 350 tonnes de fer.

Le bois avait été préparé en pièces d'échantillon régulier ayant toutes 0*,30 sur 0°*,30 d'équarissage, et dans son ensemble le caisson se composait d'une enveloppe rectangulaire à l'intérieur de laquelle se croisaient à angle droit 4 cloisons longitudinales et 7 cloisons transversales, divisant ainsi, en plan, la surface du caisson en 40 cases de dimensions inégales comme le croquis ci-après le fera comprendre.

Cette énorme charpente étant destinée à descendre dans la vase à mesure de l'avancement d'un dragage à faire à l'intérieur, le bord inférieur des parois et des cloisons en était disposé en forme de biseau tranchant et recouvert d'une armature en tôle comme nous Tindiquons sur l'un des dessins suivants :

Les compartiments formés par les cloisons se coupant à angle droit étaient de dimensions inégales et avaient, ceux situés contre les parois longitudinales, environ 1",20 de largeur, ceux longeant les parois transversales, ou petits côtés du rectangle, 0*,90 ; les uns et les autres étaient remplis de béton à mesure de ravaneement et de la descente du caisson^ for-»

maot ainsi avec les paroi» de bois adJacunU de véritables murailles ayant en tout 2^,70 d'épaisseur pour les grands côtés et 2',40 dans l'autre sens.

Les comparu monts de la rangée occupant le cenlre, dans le sons de ta longueur, étaient également remplis de béton et formaient une muraille intermédiaire de 4",20 d'épaisseur, dont 3 mètres de béton et 0",60 de revêtements en bois sur cbaqiic face.

Sur les deux rangées de cases restées vides étaient disposées des dragues enlevant, à mesure, le terrain à déblayer et

§ m — ENROCHEMENTS, PILOTIS, BÉTON, RADIERS «M

leur fonctionnemeot était réglé de façon à obtenir une des-» cente exactement verticale. Au besoin, des scaphandriers descendaient dans ces compartiments, soit pour enlever les obstacles gênant les mouvements du caisson, soit pour dresser le sol de fondation quand on l'avait atteint. Parvenus à ce point, les travaux étaient continués comme avec les caissons ordinaires sans fond et le succès a d'ailleurs été complet.

Il y a eu là, sans contredit, une application des plus remarquables du béton immergé. Le procédé ne saurait convenir que pour des circonstances tout à fait exceptionnelles ; mais, celles-ci se rencontrant, il ofIi*e le trë^ grand avantage de permettre d'atteindre le sol de fondation à uiie profondeur plus grande que par tout autre moyen, même qu'avec l'emploi de Fair comprimé. On ne pourrait plus sans doute, au-delà de 30 à 35 mètres, faire descendre des scaphandriers au fond de la fouille pour la dresser, mais par le fait seul de l'action des dragues, la continuation du travail resterait praticable bien au-delà de cette limite, pourvu que le terrain à traverser ne contînt ni blocs de rocher, ni autres obstacles à une descente régulière.

Lorsque le lit d'une rivière est composé soit de gravier, soit de sable à peu près incompressible, mais éminemment affouillable, jusqu'à d'assez grandes profondeurs, on a pensé pouvoir fonder des ponts dans des conditions satisfaisantes en les établissant sur des radiers généraux.

Nous avons vu (page 35) qu'à Rome le pont Œlius avait été fondé de cette manière, dans des conditions particulièrement remarquables de solidité.

Le radier, en effet, se composait de voûtes renversées et entrecroisées, ayant pour objet non seulement de protéger le pont contre les affouillements, mais encore d'en faire porter le poids sur une très grande surface.

Toutes les pierres en étaient appareillées avec le plus grand soin et reliées entr'elles, sur toutes leurs faces de joints, par une multitude de crampons et de clefs, de sorte que pour exécuter un semblisiile travail on avait dû sans doute détourner la rivière^ au moyis par moitié alternativement, établir des batàrdeaux et pratiquer des épuisements permettant de ma*

a02 CHAPITRE II — FONDATIONS

çonner à sec. Le succès avait été complet et ces fondations exécutées dans la première pfioitié du n^ siècle existent encore, mais le procédé doit être à tel point dispendieux qu'il ne parait avoir jamais eu d'autre application^ si ce n'est pour des aqueducs ou ponceaux de faible ouverture, dont les radiers concaves sont également des voûtes renversées, établies d'ailleurs dans les conditions les plus modestes et les plus économiques.

Au moyen-âge et même dans des temps plus modernes, on a fondé des ponts sur des radiers généraux d'enrochements contenus entre des files de pieux jointifs, mais il est peu probable qu'on ait occasion, à l'époque actuelle, d'établir de nouveaux ouvrages dans des conditions semblables.

Au milieu du siècle dernier, un pont construit à Moulins sur l'Allier, avec un plein succès, et fondé sur radier général en maçonnerie, avait mis ce procédé en faveur; plusieurs applications en ont été faites jusqu'à ces derniers temps, soit sur l'Allier même, soit sur d'autres rivières.

Le lit de l'Allier, aux abords de Moulins, se compose d'une couche de sable de 10 à 12 mètres d'épaisseur, extrêmement aSbuillable, mais incompressible d'ailleurs, et c'est sur le sable même que l'ingénieur chargé des travaux, M. de Régemortes, avait projeté de s'établir. Un dragage fut effectué à cet effet jusqu'à une profondeur de 2"',80 au-dessous de l'étiage, et après avoir dressé le fond de la fouille on étendit pér dessus une couche d*argile dont l'épaisseur assez faible fût tenue, autant que possible, rigoureusement égale partout, de façon à éviter plus tard des inégalités de tassement. Cette couche d'argile fût recouverte d'un plancher jointif , puis, à l'aide de batardeaux, on pût maçonner à sec, avec mortier, le radier général destiné à porter les piles.

Ce radier se compose d'une couche de maçonnerie de l^jôO d'épaisseur, arasée à ^'^,60 en contrebas du niveau de l'étiage ; pour le protéger contre les affouillements, cinq files de palplanches jointives, dont deux à l'amont et trois à Faval, ont été battues d'un bord à l'autre de la rivière, laissant entr'elles d'abord une largeur de 20 mètres pour le radier p4*oprement dit, puis des largeurs additionnelles de 5" à Ta*

§ m — ENROCHEMENTS, PILOTIS, BÉTON, RADIERS Î03

]iM)nt, de 5"* et 3" à l'aval, pour des rîsbermes de défense. La foadfttion avait ainsi plus de 33 mètres de largeur et les palpIanelM|6 destinées à la préserver des afFouillements étaient battues av«c une fiche de 7 mètres au-dessous de Tétiage.

Grâce à cet ensemble de dispositions et à la bonne exécution des travaux, le pont élevé sur ce radier s'est parfaitement maintenu, mais assurément la dépense a dû dépasser de beaucoup celle qu'aurait occasionnée la construction de fondations distinctes pour chaque pile, descendues assez bas pour n'avoir rien à craindre des affouillements.

Le succès obtenu dans cette circonstance, alors que d'autres ponts précédemment construits sur l'Allier n'avaient eu qu'une très courte existence, avait fait juger que c'était exclusivement sur radiers généraux, pour cette rivière, que tous les ponts devaient être fondés.

C'est ce qui explique les dispositions adoptées en 1829 par H. JuUien pour la construction du pont-canal du Guétin.

Elles sont représentées sur les dessins suivants :

Gomme au pont de Moulins, il s'agissait d'établir des fonda** tions sur un banc de sable. Deux files de pieux espacés de 3 en 3 mètres, avec palplanches jointives dans l'intervalle et moises à la partie supérieure pour les relier, ont été battues tant à l'amont qu'à l'aval, et arasées à G" 60 environ au-dessous de l'étiage. Elles laissaient entr'elles un intervalle de deux mètres, et la distance ménagée pour l'établissement du radier entre les deux files d'amont et les deux files d'aval était de 18 mètres.

Le fond du lit a été dragué jusqu'à 2"" 20 au-dessous de Tétiage sur l'emplacement du radier, et jusqu'à 4" 10 entre les files de pieux et palplanches ; puis on a immergé du béton dans le tout et maçonné seulement le parement supérieur du radier établi à O'' 60 au-dessous de Tétiage. A l'amont et à l'aval on a complété, avec des enrochements, le remblai de la fouille faite à la drague.

On a obtenu ainsi à bien moins de frais qu'au pont de Moulins une fondation qui s'est parfaitement maintenue.

La fiche donnée aux pieux est de 6"" 50 et celle des pal^ planches de 4*" 50.

I ni — ENROCHEMENTS, PILOTIS, BÉTON, RADIERS 205

La largeur totale du radier, y compris les murs de g^de ft'amont et d'aval, est do 22° et sa longueur, d'une nve à l'autre, d'en\iron 500 mètres.

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