‹ Ponts en maçonnerieChapitre 46 sur 133 · I V FONDATIONS DANS LES TERRAINS VASEUX · texte numérisé non relu

I V FONDATIONS DANS LES TERRAINS VASEUX

afiloarer le sol, on l'enlevait pour exécuter une autre assise de maçonnerie de 1 mètre do hauteur, an plaçait de nouveau le rouet provisoire par dessus, et après l'avoir relié comme précédemment au rouet du bas au moyeu dos tirants verticaus, on reprenait le déblai et ainsi de suite jusqu'à la profondeur qu'on avait à atteindre.

De la sorte, toute déformation de la maçonnerie a été effectivement évitée, et le travail a progressé trës révulièreraent sans donner lieu à beaucoup de dépense.

Des disposition? analogues ont été appliquées vers la même époque, avec un égal succès, par M. Giiillemain, alors ingénieur ordinaire à Rochefort, pour la fondation de l'écluse du bassin & flot.

Au lieu d'un rouet semblable à celui employé dans le caa précédent, M, Guillemain a fait nsage de caisses circulaires en t61e. destinées à remplir le même oQice tout en offrant de meilleures garanties de résistance ; pour éviter la dislocation des maçonneries, les tirants verticaux étaient reliés entre eux de distance on distance, dans le sens de ta hauteur, au moyen de boulons transversaux.

Le travail s'effectuait dans des vases très molles, où les déversements étaient fort à craindre ; pour les prévenir on avait d'abord battu, autour de l'emplacement do chaque massif, des pieux destinés à en diriger la descente. On a été en outre obligé de recourir plusieurs fois à des surcharges artitioielies pour déterminer l'enfoncement des massifs, Malheureu* sèment la surface du rocher s'est trouvée très inclinée, en sorte que l'un desbords du rouet était encore à une assez grande hauteur lorsque l'autre touchait le sulide. Pour surmonter cette cause très grave de déviation des massifs, oq a eu recours k de solides étais en bois posés au-dessous de ta partie du pourtour du rnuet portant à faux, et l'on a exécuté ensuite en sous-œuvre un remplissage en maçonnerie.

C'est là une difficulté assez habituellement rencontrée dans ce genre de travail, et qui a été résolue suivant les circonstances do diverses manières.

L'une des solutions les plus intéressantes à citer à ce sujet est celle appliquée aux fondations du hfissiQ ie Penhouet, ai) port de Saint-Nazaire.

Les dimensions adoptées pour les massifs étaient de 11 mètres sur 5, avec vide intérieur de 5 mètres sur 2. Bien qu'on eilt à traverser une épaisseur de vase de 15 à 18 mètres^comme celleci était assez homogène et de consistance suffisante, le travail n'offrait aucune difficulté particulière tant qu'on n'atteignait pas le rocher ; mais^ parvenu à ce point, il est plusieurs fois arrivé que tandis que l'un des côtés du bloc de maçonnerie commençait à porter sur le rocher il y avait encore, sous le bord opposé, une hauteur de 5 à 6 mètres à déblayer.

Avec des masses d'un volume de 350 à 400 mètres cubes à diriger, la difficulté devenait vraiment sérieuse, et le succès avec lequel elle a été surmontée fait le plus grand honneur aux ingénieurs chargés des travaux, MM. de Garcaradec et Pocard-Kerviler.

Au lieu de soutenir le massif du côté où il ne portait pas sur le fond solide et d'exécuter de la maçonnerie en sous-œuvre, comme dans le cas précédent, on a préféré attaquer le rocher et le déblayer du côté où il était le plus élevé, afin d'arriver à dresser une surface horizontale de dimensions suffisantes pour recevoir la base entière du massif.

A cet effet, un peu avant d'atteindre les parties les plus hautes du rocher, on arrêtait le déblai intérieur et on battait contre la paroi de la maçonnerie des pieux de 0"*,40 à 0",50 d'équarrissage dont on récépait les têtes à 1"*,50 ou 2 mètres en contrehaut de la plateforme inférieure ; au moyen de forts I

vérins hydrauliques/ ces pieux, dont le bout inférieur portait sur le rocher, étaient amenés à s'arc-bouter, parle haut,contre de forls palâtres engagés dans la maçonnerie. On pouvait reprendre alors le déblai et procéder à l'enlèvement du rocher en étayant solidement sur tout le pourtour à mesure qu'on s'enfonçait, et l'on descendait ainsi la fouille d'une hauteur égale à celle des pieux. Cela fait on logeait une certaine quantité de cartouches de dynamite dans les intervalles des étais et des pieux, et l'on en déterminait l'explosion. Par l'effet de celle-ci les bois étaient brisés, mais les éclats en restaient en place, et le massif de maçonnerie ayant à les écraser en s'enfonçant, le mouvement de descente était ralenti et est toujours resté assez régulier.

g VI - OUVRAGES DE PROTECTION DES FONDATIONS 307

Pour un bloc de 12 mètres de long'ueur sur 9 de largeur, notamment, le nombre des étais s'est trouvé parfois de 25 avec équarrissage moyen de 0*°, 45, et cependant toutes les pièces de bois ont toujours été brisées à chaque explosion de dynamite, exactement comme on l'avait prévu, et l'on a pu descendre ainsi de 4 mètres de hauteur sans aucun incident particulier.

La marche du travail a d'ailleurs été relativement plus facile et plus sûre avec ces grands massifs qu'avec d'autres, de moindres dimensions, dont on a également essayé, et ce qu'il y a de particulièrement remarquable c'est que la dépense moyenne n'a pas dépassé 57 francs par mètre cube.

Ces exemples suffisent, sans qu'il soit nécessaire de s'y arrêter plu» longuement, pour montrer comment des fondations peuvent être établies dans' d'excellentes conditions de solidité à travers des terrains vaseux, même à de très grandes profondeurs, au moyen de puits blindés ou de massifs isolés, sans qu'on ait k surmonter des diHîcultés excessives ni à s'imposer des dépenses exagérées.

Il arrivera sans doute rarement qu'on trouve k appliquer exactement les mêmes dispositions que celtes déjà appliquées ailleurs, et il y aura toujours quelque perfectionnement de détail ou quelque disposition nouvelle à imaginer; mais cela ne peut qu'ajouter à l'intérêt des travaux, et, en s'aidant de l'expérience acquise, on parviendra certainement par ce procédé, aussi bien que par tout autre, à fonder de grands ouvrages offrant les meilleures garanties de durée.

OUVRAGES DE PROTECTIOiV DES FONDATIONS.

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