VI — OUVRAGES DE PROTECTION DES FONDATIONS
Sur cette première couche de saucissons on en a disposé i^ne seconde, coupant ceux de la première à angle droit, et on les a reliés ensemble^ à tous les points d'intersection, au moyen de cordes goudronnées dont les bouts étaient^ après cela, relevés provisoirement sur des piquets. Par dessus le cadre ainsi formé on a étendu deux ou trois couches de fascines jointives, puis on a terminé par un second cadre semblable à celui de dessous et qu'on a fortement rattaché à ce dernier au moyen des cordes goudronnées dont il a été question.
Enfinf sur cette espèce de plateforme en branchages, ou de radeau, on a fixé, à tous les points de croisement, de forts piquets saillants qu'on a réunis les uns aux autres par des clayonnages verticaux, de façon à obtenir ainsi des comparti* ments de la dimension jugée nécessaire.
Cela fait, on a amené la plateforme au-dessus de remplacement où on voulait l'employer, et au moyen d'enrochements logés dans les compartiments en clayonnages, on a fait des-* cendre le tout jusqu'au contact du fond de la rivière.
Ce fond se trouve ainsi recouvert d'une couche d'enrochements retenus en tous sens par des clayonnages, et Ton comprend qu'en cas d'afTouillements venant à se produire en dessous, l'élasticité extrême du système puisse permettre h ces enrochements et aux fascines inférieures de conserver le contact avec le sol, et de recouvrir celui-ci sans qu'il y ait aucune solution de continuité et sans que les moellons soient en-» traînés.
La flexibilité est telle que dans certains cas, même avec des profondeurs constatées de 20 mètres pour les affouillements, le clayonnage est resté exactement appliqué sur les talus des excavations, continuant ainsi à protéger efficacement les ou« vrages.
La seule objection que comporte ce procédé est la durée sans doute assez courte des fascines immergées, composées de bois tendres de très faibles dimensions ; mais sans contester qu'il puisse y avoir à cela quelque inconvénient, on admettra que dans les circonstances indiquées aucun autre moyen de protection n'aurait comporté des garanties égales, et que,
âl8 CHAPITRE II — FONDATIONS
même on supposant la nécessilé d'un renouvellement périodique de toute la plateforme, il sera plus économique encore, dans les terrains vaseux, de défendre un ouyrage de cette fa-, çon que par tout autre moyeii.
Pour compléter Texposé qui précède des divers procédés de fondation auxquels il peut y avoir lieu de recourir et des ou« vrages accessoires qu'ils comportent Jl nous resterait encore k présenter, comme il est d'usage de le faire dans tout traité de construction des ponts, un résumé comparatif destiné à servir de guide pour le choix de celui de ces procédés qu'il convient d'appliquer de préférence dans telle ou telle circonstance déterminée.
^ Une étude de cette nature offre assurément de Tintérèt, mais on ne tarde pas à reconnaître l'impossibilité à peu près abso« lue de formuler des conclusions précises.
C'est qu'en effet, rien n'est réellement comparable en ma* tiëre de fondations; même lorsque les circonstances sont en apparence tout à fait identiques, les résultats peuvent varier du tout au tout, d'un chantier à un autre, suivant le plus ou le moins d'intelligence et de soin avec lesquels les travaux ont été dirigés et surveillés.
En ce qui touche, par exemple^ les prix réels de revient, tel entrepreneur chargé d'exécuter un ouvrage s'en acquittera de façon à donner satisfaction complète aux ingénieurs, tout en réalisant pour lui un bénéfice suffisant, tandis qu'un autre entrepreaeur se serait ruiné en faisant de détestable besogne.
L'identité des travaux d'ailleurs n'existe à peu près jamais. Chaque rivière a son régime particulier, et pour une même ri* vière des fondations d'égale importance, à exécuter sur des terrains exactement semblables^ peuvent tantôt être terminées sans qu'aucune crue exceptionnelle ou autre incident quelconque soit venu troubler les travaux, tantôt au contraire avoir à subir de longues interruptions et des charges imprévues de toute nature.
. De même pour les matériaux, pour le prix de la main d'œuvre, les difficultés plu^ ou moins grandes d'accès, l'éloignement des ateliers de construction et une multitude d'autres
§ VI — OUVRAGES DE PROTECTIOiN DES FONDATIONS 319
circonstances. Tous les éléments du prix de revient sont modifiés et la comparaison faite & l'avantage de tel ou tel procédé, sur un point, peut très bien aboutir ailleurs à une conclusion tout opposée.
En outre, Tusage a prévalu de prendre, comme terme principal de comparaison, le prix du mètre cube de fondation, alors que rien n'est moins précis qu'un terme de cette nature^ quantité relative et non absolue, dépendant, poqr chaque cas particulier, d une* foule de circonstances locales qu'on ne retrouvera pas ailleurs, et essentiellement variables pour un même procédé comme le montre ce fait que pour les fondations à l'air comprimé, par exemple^ ce prix a passé à quelques années d'intervalle de 271 francs pour le pont de Bordeaux à 72 francs pour le pont de Marmande, bien qu'il s'agisse dans les deux cas de la même rivière et de la même contrée.
Nous nous bornerons donc, pour tout résumé, à quelques indications très succinctes données à titre de simples approximations, et dont on ne devra tenir compte que sous toutes réserves.
Le point principal, celui qui doit dominer tous les autres^ c'est que, dans quelque situation qu'on se trouve, le procédé de fondation à adopter de préférence est celui qui assurera aux travaux les meilleures garanties de bonne exécution et de parfaite solidité.
C'est ainsi que jusqu'à des profondeurs n'excédant pas 7 ou 8 mèlres, au plus, si le terrain solide peut être mis à découvert à l'aide de batardeaux et d'épuisements, on ne doit pas hésiter à appliquer ce procédé, bien qu'il ne soit pas toujours . le plus économique. et qu'il entraine souvent à de plus longs délais pour l'exécution des travaux.
Dans des conditions normales, c'est-à-dire en supposant que pendant le cours de l'entreprise il ne survienne aucune crue expeptionnelle enlevant en tout ou en partie les batardeaux, causant des avaries graves et obligeant à recommencer une partie des ouvrages, on peut admettre que le prix du mètre oube de fondation, pour l'exécution par exemple d'une pile en eau courante, variera :
Jusqu'à 5 mètres de profondeur : de 20 à 30 francs ;
Àtt*delà de a mètres jusqu'à 7 à 8 mètres, limite qu*on ne peut dépasser par ce procédé : de 30 à 100 francs.
L'écart entre ces deux deriûers chiffres s'explique surtout par rinfluence exercée sur le prix de revient par les difficultés plus ou moins grandes du dragage, le plus ou moins d'imperméabilité du sol, et les charges très variables qui en résultent pour les épuisements.
Si Ton voulait, au lieu des batardeaux ordinaires, faire usage du caisson-batardeau de M. Montagnier, la dépense, tout en restant comparable à celles indiquées ci-dessus, pourrait quelquefois être plus élevée ; mais, par contre, dans certains cas, avec un soûs-sol de sable ou de gravier par exemple, ou autre très perméable, ce dernier procédé devrait être préféré, malgré le petit excédant de dépense à prévoir, à l'emploi des pilotis ou des massifs de béton immergé, à cause des garanties bien plus certaines qu'il comporte pour la bonne exécution des travaux .
Toutefois il est k présumer que, même au-delà de cette limite de 7 ou 8 mètres, malgré les progrès des appareils à air comprimé, on persistera longtemps encore, dans quelques situations spéciales, à fonder sur pilotis ou sur massifs de béton immergé. Les dépenses seront approximativement dans ce cas :
r Pour les fondations sur pilotis :
En dehors des eaux courantes :
Jusqu'à 10 mètres de profondeur de 20 à 30 francs.
Au-delà de 10 mètres de 30 à 40 id.
En rivière :
Jusqu'à 10 mètres do profondeur de 40 à 50 id.
De 10 à 15 mètres de profondeur de 50 à 60 id.
De 15 à 20 mètres de profondeur de 60 à 80 id.
2* Pour les fondations sur massifs de béton immergés :
Jusqu'à 5 mètres de profondeur de 20 à 30 id«
De 5 à 8 mètres de profondeur de 30 à 50 id.
De 8 à 10 mètres de profondeur de 50 à 75 id.
Les fondations sur massifs isolés, auxquelles il y aura lieu de recourir dans quelques circonstances particulières, comme par exemple dans les terrains vaseux, s'exécutent comme nous
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l*avoDs vu au moyen soit de puits blindés, soit de puits maçonnés commencés à la surface du sol et descendus graduelle* ment jusqu'à la profondeur nécessaire. Les dépenses à prévoir en ce qui concerne ces diverses dispositions sont évaluées d*or« dinaire :
i^ Avec puits blindés :
Jusqu'à 20 mètres de profondeur de 50 à 60 francs.
2o Avec puits maçonnés :
Jusqu'à 10 mètres de profondeur de 30 à 40 id.
De 10 à 20 mètres de profondeur de 40 à 60 id.
A regard des fondations à Tair comprimé, la diminution continue du prix du mètre cube, depuis que ce procédé relativement nouveau a commencé à être appliqué, ne permet guère de préciser des chiffres ; cependant, d'aprèa les exemples que nous avons cités, on peut admettre suivant qu'on aura à exécuter sur un même point des fondations d'une grande superfi* cie dans des terrains favorables, avec emploi successif des mêmes appareils pour plusieurs piles ou culées, ou bien des fondations restreintes dans des terrains particulièrement défavorables, que les dépenses varieront probablement :
Dans le premier cas : de 60 à 100 francs.
Dans le second cas : de 100 à 150 francs.
Quant à la durée à prévoir pour les travaux suivant le procédé adopté, et en continuant à considérer la construction d'une pile en rivière, tout ce qu'on en peut dire c'est qu'elle est très variable pour les fondations avec emploi de batardeaux et épuisements.
Que pour les fondations sur pilotis, elle dépendra nécessairement du nombre de pieux à battre, de la fiche à leur donner, des facilités plus ou moins grandes d'accès et d'une foule d'autres circonstances locales ; qu'elle sera par conséquent toujours assez incertaine et que, dans tous les cas, même dans de bonnes conditions moyennes, on doit prévoir 2 ou 3 mois environ ;
Que l'emploi des caissons sans fond ou des enceintes avec massifs de bélon immergé comporte moins d'éventualités de retards, et qu'une durée moitié moindre, c'est-à-dire de 1 mois à 1 mois 1/2, doit suffire pour l'exécution du même travail ;
Que pour les fondations sur massifs isolés la durée des travaux varie beaucoup suivant la nature des lorrains à traverser,
qu'il ne faut compter en moyenne que sur un avancement de 0'",50 environ par jour, et qu'en conséquence, en y comprenant le temps exigé parles travaux accessoires, on doit prévoir une durée de 40 jours environ pour une profondeur de 10 mètres, et de 2 mois s'il faut descendre jusqu'à 15 mètres;
Enfin qu'avec lemploi de Tair comprimé» tout en pouvant compter sur des délais plus certains et une célérité relativement plus grande dès que les installations préparatoires sont complètes, il y a lieu, de prévoir cependant, pour dos profondeurs de 15 à 20 mètres. (celles qui se rencontrent le plus habituellement) une durée de 3 à 5 mois- par pile, et qu'en cas de profondeurs plus grandes et de dimensions exceptionnelles, comme pour les ponts de St-Louis et de Brooklin, cette durée peut être de beaucoup augmentée.
Nous n'insisterons pas plus longuement sur ce sujet et pour terminer nous reproduirons le tableau suivant, emprunté à MM. Morandière^ Croizette-Desnoyers et Séjourné, dans lequel on retrouvera la mention des principaux ouvrages dont il a été -question au cours de ce chapitre, avec indication de la profondeur, de la superficie et du cube total de leurs fondations, et du prix de revient pour chacune de celles-ci du mètre cube de maçonnerie.