COUPES ET PROFILS DU COURONNEMENT DES PILES DE DIVERS PONTS
Pont des Tuileries.
Pool llarie h Paris.
Pont Pouchard, près de Sauniar. Pont au Change à Paris.
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à adopter pour ces ouvrages. L'auteur d'un projet de pont reste toujours libre de chercher des dispositions nouvelles ; mais le résultat de semblables recherches peut parfois n'être pas très heureux, comme nous l'avons vu, et le mieui: est encore, pensons-nous, de s'en tenir â l'une ou à l'autre des combinaisons déjà appliquées ailleurs, en se bornant à en mettre la composition et les proportions en rapport avec les autres parties de l'édifice.
PoDr tes grands viaducs, les aqueducs et autres ouvrages très élevés et de grande longueur, les piles sont rarement pourvues d'avant et d'arrière becs ; lorsque ceux-ci sont nécessaires, ils n'occupent à la base qu'une faible partie de la hauteur totale, et les dispositions de l'ensemble ne peuvent être exactement les mêmes qu'aux ponts ordinaires. On les a généralement traitées avec beaucoup de simplicité, s'en tenant à bien accentuer tout ce qui tend à leur assurer une parfaite stabilité ; comme il s'agit de supports dont la hauteur est très grande par rapport à la section en plan de leur base, on a été amené à élargir celle-ci et à disposer ensuite une succession de retraites de distance en distance depuis les fondations jusqu'aux naissances des arches, ou bien à donner aux parements un fruit plus ou moins prononcé.
L'un des exemples les plus anciens de retraites réparties sur toute la hauteur se voit à l'aqueduc de Melz, dont la construction est antérieure au commencement de notre ère. Les piles de l'aqueduc de Ségovic construit également par les Romains, un siècle environ plus tard, sont disposées de même; pour celles-ci, comme le montre le cro-
quis ci-contre, les retraites sont accusées
par un recouvrement formant saillie et servant ainsi à préserver les maçonneries de l'infiltration des eaux pluviales.
Quelques viaducs modernes ont des piles construites de cette même façon, notamment celui de Dolhain en Belgique, ceux do Lobau et de GorJitz en Allemagne, etc. ; mais le plus souvent, en France surtout, on a préféré munir les piles de contreforts saillants
dont les grandes lignes, se profilant sans interruption de la base au sommet, accusent mieux Timportance et la hardiesse de Tédifice et permettent de 8*en tenir à une ornementation extrêmement simple de toutes les autres parties.
Nous donnons toutefois, d'après Morandière, la coupe transversale d'une pile du viaduc de Dolhain, pour bien montrer comment en sont disposées les retraites superposées. Son épaisseur est de 2" 40 à la base et de 2 mètres sous l'imposte recevant la retombée des arches*
-Viaduc de Dolhain
Coupe transversale
En décrivant le pont-aqueduc du Gard, dont le dessin se trouve à la page 46, nous avons eu l'occasion de dire que sa beauté vient surtout de ses grandes proportions et de l'harmonie de l'ensemble ; c'est dans le même ordre d*idées qu'il est bon de se maintenir pour Tétude des grands viad ucs en généraL , L'important est de bien mettre en évidence, au lieu de les dissimuler, les caractères principaux de la construction; si la hauteur des piles doit être très grande, le mieux est de le faire ressortir en maintenant intactes les lignes les plus propres à en donner la mesure.
Même lorsque, l'ouvrage étant composé de plusieurs rangées d'arcades superposées, on a jugé devoir couper les piles
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dans leur hauteur p«r d«g moulures saillantes formant imposte au droit des naissmtee» des voâtes, on peut parfaitement encore ménager de grandes lignes dont la continuation reste bien saisissable pour l'œil depuis le sol jusqu'aux parapets.
C'est ainsi notamment que sont disposées les piles des viaducs de Chaumont et de Morlaix, celles de l'aqueduc de Roquefavour dont le dessin se trouve à la page 236 du premier volume, etc.
Lorsqu'il n'y a qu'une seule rangée d'arcades, on a souvent coupé de même les piles par une moulure saillante au droit des naissances des voûtes, mais les grandes lignes se poursuivent jusqu'au sommet, eootme on le voit par exemple sur le dessin ei-contre du viaduc deDinan.
Au viaduc de Laval, au contraire (tome I, page 267), les piles exactement disposées en pilastres, socle et chapiteau, s'arrêtent au niveau des naissances des arches ; l'aspect en est cependant excellent, ce qui montre encore une fois qu'il ne saurait y avoir de règle bien précise en pareille matière, et que pour les viaducs surtout, dont les conditions d'établissement sont tout k fait spéciales à chaque édifice, c'est au goût qu'il appartient de décider quelles sont dans chaque cas particulier les dispositions dont on doit attendre le meilleur effet.
Dans tous les cas, malgré les grandes surfoces qu'ils présentent, il suffit pour
toute ornementation de mettre en évidence l'appareil de la
pierre de taille, et de ne chercher d'autre beauté que celle
à provenir d'une exécution parfaite.
I n — VOUTES 359
Le viaduc de Laval offre un exemple de piles de ce genre, ornées seulement de chaînes d'angles appareillées en carreaux et boutisses et de moulures d'une extrême simplicité, tant au socle qu'à T imposte.
En Angleterre, au pont de Mouse-Water, la surface des piles dans le plan des têtes est occupée par un encadrement rectangulaire (dessin, p. 114), qu'on retrouve dans la hauteur des tympans, et même dans les dés du parapet situés audessus; mais les moulures de ce genre tendant toujours à élégir les maçonneries auxquelles on les applique, Topportunité en est contestable pour des édifices de hauteur exceptionnelle, dont les parties élevées demandent à reposer sur des appuis d'une grande fermeté d'aspect.
. En résumé, accentuer nettement la hauteur des piles, mettre bien en évidence les dispositions prises pour en assurer la stabilité, et s'en rapporter ensuite plutôt à la perfection de rexécution qu'à une ornementation compliquée pour produire l'effet que l'édifice comporte, tel nous paraît être le meilleur programme applicable à la composition d'une pile de grand viadtic ou autre ouvrage semblable ; sans être bien nombreux, les exemples que nous venons de citer et les dessins que nous donnons dans ce volume suffiront, sans doute, pour mettre sur la voie de la solution la plus satisfaisante à adopter dans quelque situation que ce soit.