‹ Ponts en maçonnerieChapitre 74 sur 133 · Traité d'architecture^ 1858. Seconde partie, page · texte numérisé non relu

Traité d'architecture^ 1858. Seconde partie, page

vue de la solidité matérielle, mais encore en ce qui louche les Questions d'art dont nous nous occupons en ce moment.

Ce choix dépend des ressources locales, mais avec les moyens de transport dont les ingénieurs disposent aujourd'hui, il est bien rare qu'ils ne puissent pas amener à pied d' œuvre et employer à leur gré telle sorte de matériaux qui leur convient.

Anciennement on considérait l'emploi de la pierre détaille comme obligatoire en quelque sorte, pour iaconstruclion d'un grand pont, et l'on s'efTorçail de tirer des carrières des blocs des plus grandes dimensions possibles. C'est ainsi x]u'on peut voir, sur certains ponts datant des siècles derniers et même du commencement du nôtre, des pierres qui feraient assurément fort bonne figure même dans des constructions cyclopéennes. Aujourd'hui l'excellente qualité des chaux hydrauliques et surtout-des ciments dont tout ingénieur peut disposer a fait donner une plus large place aux petits matériaux, et l'emploi de la pierre de taille peut très bien être limité à l'exécution des socles des piles, aux avants et arrière-becs et à leurs chapiteaux, aux archivoltes ou lëlos de voûtes, aux chaînes d'angle des culées, aux plinthes, couronnements ou corniches el aux parapets.

Toutes les autres maçonneries, c'est-à-dire les massifs principaux des culées' et des piles, les voûtes entre les têtes, les murs des tympans et toutes les constructions intérieures peuêtre très bien exécutées en matériaux de petites dimensions, sauf à employer des moellons smillés, piques ou têluéa pour les parements vus el à n'admettre le moellon brut que dans la masse même de la maçonnerie.

Quand la pierre de taille et le moellon smillé ou piqué font défaut, la brique peut les remplacer et parfois même avec avantage ; mais on ne devra toutefois l'employer que très rarement pour les avant et arriëre-becs et pour les parements habituellement immergés. La maçonnerie de briques est, du reste, relativement assez coûteuse ; il convient donc d'en limiter l'emploi aux parements vus, si ce n'est pour les voûtçs dont elles facilitent tout particulièrement l'exécution par rou-

452 CH. in — PONTS .ET VIADUCS AU-DESSUS DES POND»

Après avoir réglé ces divers détails, sur lesquels il nous paraît inutile de nous appesantir, on devra passer à Tétude du dessin d'ensemble, en élévation, de l'ouvrage projeté ; les cas susceptibles de se présenter sont si nombreux, les solutions qu'ils comportent offrent une telle diversité, qu'aucune règle même vaguement approximative ne peut être énoncée à ce sujet. Le mieux à en dire, c'est qu^il sera toujours bon de se guider d*après des ouvrages déjà exécutés dans des conditions analogues ; après avoir ébauché d'après ces précédents le des* sin dont on s'occupe, on y apportera par degrés les modifica* tions, les améliorations ou innovations que Ton jugora utiles, pour créer autant que possible une œuvre réellement originale, exactement appropriée à l'emplacement qu'elle doit occuper.

S'il s'agit d'un pont il convient tout d'abord d'en projeter les arches en nombre impair, non pas que ce soit absolument né-* cessaire, mais parce que c'est plus rationnel et qup TefTet en est toujours préférable h celui de la disposition contraire.

Pour les grands viaducs dont l'œil ne peut pas, du premier coup, compter le nombre d'ouverlures, il importe peu que ce nombre soit pair ou impair, pourvu qu'en cas de traversée d'un cours d'eau, les arches qui y correspondent en embrassent bien le lit dans des conditions régulières.

On parvient du reste aisément, pour cette ptemière esquisse, à fixer le nombre et l'ouverture des arches, ainsi que l'épaisseur des culées et des piles, toutes choses où les conditions techniques auxquelles il faut satisfaire et le calcul interviennent pour fournir de nombreuses indications ; la difficulté commence ensuite, lorsqu'il s'agit de préciser les formes extérieures de chacune des parties de l'ouvrage et d'en dessiner les profils.

Tout ce que nous avons dit dans le précédent chapitre a tendu surtout à montrer quelles sont les voies où l'on doit chercher les inspirations nécessaires pour donner quelque valeur arlisiique à l'œuvre projetée. L'ordre, la simplicité, l'utilité manifeste de chacune de ses parties, doivent toujours on être les qualités dominantes, de façon que le spectateur, sans trop grand effort d'intelligence et sans fatigue, en puisse comprendre et juger l'ensemble.

g IV — DISPOSITIONS D'ENSEMBLE EN ÉLÉVATION 453

« Si une œuvre d'art, dit Léonce Reynaud', exige du temps <( el un cerlain travail de l'intelligence pour être complètement « appréciée, elle doit cependantproduire sur nous une inipres- « sion instantanée, il lui faut quelque chose de saisissant dans « ses disposillonsprincipales; l'art veut ofTrirà l'esprit l'image » de ce qui est, mais il la veut plus claire, plus frappante que « la réalité. De là résulte la nécessité de sortir plus ou moins « de la vérité matérielle, en accusant les parties caractéristi- « ques de l'œuvre plus vigoureusement qu'il ne conviendrait « pour des esprits dont le développement intellectuel l'empori( terait sur le nôtre. >

L'objet d'un pont, son utilité, ses dispositions d'ensemble sont togjours aisées à saisir, mais cela ne suffit pas pour que l'efTct produit soit satisfaisant ; il faut en outre que l'ordonnance générale en soit bien en rapport avec le but qu'on s'est proposé d'alteiiidrc, que chaque partie de l'œuvre soit nettement justifiée et que le premier coup d'œil suffise pour faire éprouver l'impression que ces conditions ont été ei:actemenl observées. En un mot, ce qu'on doit poursuivre c'est le beau simplement ordonné, mais en ne perdant pas de vue que l'ordre et la simplicité n'ont en réalité rien d'absolu et qu'on doit, pour s'y conformer, savoir tenir compte dans une juste mesure des exigence-t particulières que comporte la situation de l'œuvre projetée.

Un point des plus importants est de se bien pénétrer de la destination des diverses parties de l'édifice, de la forme qui doit le mieux leur convenir et de l'effet que cette forme doit produire. Ainsi, les culées ayant à contrebutter la poussée des voûtes adjacentes, en même temps qu'elles en portent le poids, il faut que leurs formes extérieures en accusent netlernent la solidité un peu massive et la force de résistance. De même les^piles, bien qu'on puisse en partie les traiter à la façon de colonnes isolées, doivent laisser voir des dimensions en rapport avec ta masse toujours considérable des voûtes dont elles reçoivent les retombées : Dour les voûtes, le svs-

4SU Cit. m — PONtS ET VtADUCS AU DESSUS DES POND»

des archivoltes, eu donnant à celles-ci une largeur en rapport avec le diamètre des courbes d'intrados ; enfin les couronnements ou corniches dont l'objet, en principe, est de rejeter les esnx phnriales en dehors des murs de tympans, doivent être profilés de façon à rappeler le besoin auquel ils répondent, tout en revêtant une certaine distinction de contour qui en écarte la banalité ou l'insignifiance. Pour y réussir/ il faut, tout en se maintenant dans une extrême sobriété de moyens, savoir comprendre l'importance de telle ou telle combinaison de saillies préférée à telle autre, et se bien rendre compte par avance des effets d'ombres ou de lumière qu'on en pourrait obtenir. •

Rien n'est indifférent en pareille matière et ne peut être livré au hasard. On est trop souvent porté à copier simplement ce qui a été fait ailleurs, sans s'assurer que cette imitation était admissible ; de là, bien souvent, de médiocres résultats.

<( Substituer à des conceptions raisonnées une sorte d'em- « pirisme consistant à imiter, sans les comprendre, des force mes antérieures, soit à les mélanger sans ordre ni raison, (( c'est s'exposer à produire de véritables monstruosités qui, « le premier étonnement passé, n'inspirent que le dégoût (c et l'ennui. L'avenir fera justice de ces conceptions et ne « verra dans ces produits bâtards, amoncelés à l'aide de « puissants moyens et de dépenses énormes, que confusion « et ignorance. »

Ce n'est pas à propos de ponts ou de grands viaducs que Viollet le-Duc a formulé ce jugement en ces termes sévères ; mais on peut, à beaucoup d'égards, leur en faire l'application et il y aura toujours profit à le méditer.

Nous nous sommes déjà occupé, dans un précédent paragraphe, de la question de fart de profiler ; sans voèiloir y revenir à cette place, il nous paraît instructif de montrer par un dernier emprunt fait à l'architecte que nous venons de citer comment, même à l'époque où l'art semble avoir été le plus livré au caprice personnel de chaque constructeur, au moyenâge, on procédait au contraire de la façon la plus rationnelle et d'après des règles déterminées, pour ébaucher les dispositions principales d'un profil.

Soit ABCD une assise de pierre dans laquelle une corniche doit être taillée ; pour assurer le rapide écoulement des eaux pluviales et éviter, en même temps, que la saillie de là moulure empêchât de voir la galerie ou autre partie de l'édifice siluée au-dessus, on commençait par abattre l'arrête AB snivaut l'angle de 60* qui est celui des cdtés du triangle équilatéral, et l'on obtenait ainsi la face supérieure AB'. Le carré de la raoochette S'd se retournant k angle droit sur AB' donnait l'angle de 30 degrés avec l'horizontale. La longueur h'd dépendait de la nature de la pierre employée, plus grande avec de la pierre tendre, plus faible et plus fine avec de la pierre dure, et réglée d'ailleurs dans loua les cas d'après l'effet qu'on voulait obtenir. Cette dimension fixée, on en prenait les

deux tiers, que l'on portait de d en f ce qui donnait le centre servant à décrire la mouchetle avec le rayon df; du point /on traçait la verticale fg et du point d l'horizontale de, puis eu-

456 CH. m — PONTS ET VIADUCS AU-DESSUS DES FOND»

core du point / la ligne fe^ inclinée à iS"", et Ton obtenait le centre e de Tare de cercle décrit avec eg pour rayon ; par le point e on menait une ligne inclinée à BO"" sur Tborizon pour avoir le centre h de Tare décrit avec le rayon hn et terminé à rhorizontale hml ; entin du point A:, limite inférieure, une ligne menée à 30^ donnait le centre / de l'arc à décrire avec le rayon /m pour compléter le proBI. Celui-ci se trouve ainsi compris en entier dans Tépannelage AB'pD.

C*est assurément de cette façon qu'a dû procéder M. Robaglia pour tracer les profils à la fois si simples et si élégants du couronnement et de TarchivoUe du nouveau pont de Lavaur, que nous avons déjà cité, mais sans que l'observation de ces règles Tait empêché de donner aux lignes définitivement adoptées le galbe particulier jugé le plus apte à produire l'effet qu'il avait en vue.

Nous n'avons rapporté, du reste, cet exemple de tracé d'un profil de corniche gothique que pour montrer comment intervenait, dans ce cas particulier, l'application de ces procédés géométriques ou autres règles dont il a été plusieurs fois question. Bien d'autres citations seraient nécessaires pour mieux faire comprendre encore la part à réserver à ces moyens spéciaux dans une esquisse d'œuvre d*art, mais quelqu'en fût le nombre nous ne parviendrions pas à formuler des conclusions plus précises que celles à déduire de ce que nous en avons déjà dit.

On ne manquera certainement pas de relever ce défaut de précision pour une bonne part des considérations exposées dans le présent paragraphe ; nous avons prévu cette critique et nous l'acceptons. Actuellement, on n'a pas à prévoir le manque de science chez l'ingénieur appelé à construire un grand ouvrage d'art ; les longues études qui lui ont été imposées, les épreuves multiples qu'il lui a fallu subir avant d'obtenir son titre, sont un sûr garant de sa capacité, et Ton peut être assuré que toutes les règles scientifiques, avec le degré de certitude qu'elles comportent, lui seront familières; mais 6e que l'on doit craindre, c'est justement que l'habitude de précision qu'il contracte dans l'emploi des formules mathémÀliqUés ne lui inspire quelque dédain pour les règles tou*

I IV — DISPOSITIONS D*ENSËiMBLE EN ÉLÉVATION 487

jours un peu vagues et indécises particulières aux. questions d'art et qu'il néglige d'en tenir compte. Il n'est donc pas inutile d'insister sur ce point : que ces règles, malgré l'impossibilité de les énoncer avec la même netteté que des formules algébriques, n'en existent pas moins, que leur importance ne le cède en rien à celle de ces dernières et qu'elles demandent tout aussi impérieusement à être observées, sous peine de ne créer que des œuvres vulgaires et médiocres.

Nons compléterons ce que nous en avons dit par quelques observations très sommaires concernant la composition d'ensemble de quelques ponts choisis parmi les plus remarquables, depuis Tantiquité jusquè^ nos jours.

En examinant, par exemple, l'élévation du pont Œlius ou pont St-Ânge, à Rome, page 35, on constate que l'épaisseur des piles au-dessus des socles est le quart du diamètre extérieur des archivoltes entre lesquelles elles sont comprises ; que la largeur de ces archivoltes est le huitième de leur rayon extérieur; que la hauteur totale du pont, à partir des socles, parapets compris, est la moitié de la distance mesurée entre le milieu de deux piles consécutives, que la hauteur du couronnement et du parapet ensemble est le sixième de la hauteur totale de Touvrage, etc. Ce n'est certainement pas le hasard qui a donné lieu à la simplicité de tous ces rapports; elle a été voulue par l'architecte, qui a fait ainsi l'application des règles arithmétiques en usage à l'époque romaine. La largeur de la pile ëtant prise pour module ou unité, l'espacement des centres des arches est de 5, la hauteur du pont est de 2 et demi, les archivoltes de un quart, etc. Les dimensions de Tensemble n'étant pas suffisantes pour donner lieu à des effets de perspective pouvant dénaturer ces rapports, on les a appliqués à peu près sans altération.

Palladio, qui possédait à fond toutes les traditions de l'an* tiquité, en matière d'architecture, ne pouvait manquer de faire usage des mêmes procédés pour la mise en proportions de ses édifices, et si nous examinons l'élévation du pont qu'il avait projeté pour le Rialto, à Venise (dessin, page 84) nous voyons tout d'abord que le triangle ayant pour base l'ouverture totale et pour sommet l'angle supérieur du fronton du

458 CH. m — PONTS ET VIADUCS AL-DESSUS DES FOND*

bâtiment central a ses côtes inclinés à 45^, la hauteur étant exactement égale h la moitié de la base ; la direction de ces mêmes côtés passe parle sommet des arches latérales ; l'angle de 45^ se retrouve également pour les lignes qui partant du milieu de Tarche centrale passent paf le sommet des statues des bâtiments latéraux ; la hauteur du bâtiment central est double de celle du pont mesurée depuis la ligne d'étiage jusqu'à la corniche ; lès colonnades latérales ont la même hauteur que le pont ; la largeur des piles est d'ailleurs, comme pour le pont précédent, égale au quart de l'ouverture des arches ; la largeur des archivoltes égale au quart du rayon, etc.

,Là encore, l'application des règles géométriques et des règles arithmétiques de l'architecture antique est manifeste, sans. que cela ait empêché en rien Palladio de créer une œuvre por- . tant bien la marque de son génie particulier.

Le pont de la Trinité, à Florence (tome premier, page 199), offre, à d'autres points de vue, un exemple intéressant de ce que peut un architecte habile pour introduire dans toutes les parties une ornementation susceptible de produire un grand effet, malgré la simplicité des moyens employés. A l'exception des clefs où l'on a fait intervenir la sculpture, c'est partout à des moulures qu'on s'en est tenu, et cependant c'est surtout par son caractère d'élégance et de richesse que l'ensemble de ToBuvre se fait remarquer.

Les mêmes observations peuvent être faites à propos du pont de Solférino, à Pise^ dont nos dessins donnent la moitié de l'élévation, puis la coupe d'une demi-arche et d'une demipile.

De même que pour le pont de la Trinité, l'emploi de la sculpture est très restreint, puisqu'on n'en trouve qu aux écussons occupant le centre des tympans et aux clefs des voûtes ;, partout ailleurs on ne voit que de simples moulures, avec des balustres pour les parapets, et cependant il eût été difficile d'obtenir un meilleur et plus grand effet d'ornementation pour un pont construit, comme celui qui nous occupe, à l'intérieur d'une ville importante où les grandes œuvres d'art abondent* Sans doute, les occasions sont rares, pour les ingénieurs, de projeter des ouvrages semblables ; mais il est bon d'étudier

i60 Ctt. m — PONTS ET VUDUCS Atî-DESSUS DES POND»

ceux déjh exécutés pour se bien rendre compte de tout ce que l'on peut ajouter à la valeur d'une œuvre quelconque, en usant des ressources que la connaissance de l'architecture met à la disposition de tout constructeur.

Si nous passons maintenant à des ouvrages de dates plus récentes comme l'aqueduc de Roquefavour, le viaduc du Point du Jour, celui de Dinan et beaucoup d'autres qui sont assurément de grandes et belles œuvres d'art des plus remarquables, en même temps que des constructions irréprochables sous II) rapport technique, nous aurons plus de peine à y retrouver la trace des procédés spéciaux dont noua parlions tout & iheure ; mais cela peut tenir à ce que le profil on travers des vallées traversées donnant lieu & de très grandes variations de hauteur d'une extrémité à l'autre de» ouvrages, il eût été sans

doute impossible d'établir, sur toute la longueur, des rapports simples entre les dimensions principales, puisque celles-ci ne sont pas les mornes partout. Cependant pour Taqueduc de Roquefavour, par exemple (page 236 du tome P'), en considérant la 2^ rangée d'arcades qui est celle sur laquelle le regard se porte tout d'abord, on constate que Tépaisseur des piliers est le tiers des vides adjacents^ que la hauteur de ces piliers jus<» qu'aux impostes est de 5 fois leur épaisseur à la base ; que les arcades depuis le seuil jusqu'aux impostes ont 3 de largeur sur 5 de hauteur ; que les archivoltes ont pour largeur le hui-^ tième du irayon, en un mot que des rapports simples existent entre les dimensions des parties de Tédifice qu'on est le plus porté à comparer ; l'harmonie de l'ensemble peut très bien tenir, pour une bonne partie, à cette simplicité des propor** tions.

Il y a là, dans tous les cas, comme pour la plupart des ponts et des viaducs dont les dessins ou des croquis se trouvent dans ce volume ou dans le Tome premier, d'excellents modèles k étudier toutes les fois que l'on aura à composer Télévation de grands ouvrages analogues. Il faudrait assurément augmenter de beaucoup le nombre de ces dessins pour en former une série complète, comprenant à peu près tous les cas sus* ceptibles de se présenter dans la pratique. Les atlas des ou-* vrages de Dupuit, de Morandière, de M. Croizette-Desnoyers renferment des collections de ce genre qu'on aura toujours intérêt à consulter. Nous ne saurions songer à les reproduire^ mais peut-être les idées générales que nous nous sommes efforcé d'exposer avec toute la clarté possible pourront-elles suppléer en partie à cette lacune, et servir de guide pour don* ner à chaque ouvrage projeté le caractère d'œuvre d'art qui doit le mieux lui convenir.

Nous tenons d'ailleurs à ajouter encore un dessin d'ensem-* ble à ceux qui précèdent, c'est celui du nouveau pont de La^ vaur emprunté à l'une des planches du mémoire déjà mentionné de M. l'ingénieur Séjourné. Ce qui caractérise surtout cet ouvrage, c'est, s'il nous est permis de nous exprimer ainsi, la hardiesse de son originalité. Les ingénieurs qui l'ont pro^ jeté et coi^struit sont sortis sans hésitation des voies battues

465 en. m — PONTS et vuducs au-dessus des fond-

NOUVEAU PONT DE LAVAUR — DÉTAILS ■.Ccmpc CD Ir.ivcrs h In ckf

.AnUlnit a basr (Lu FOittre-

Barileaux cl tailloirs des voûtes de i'

pour chercher des dispositions nouvelles, particulièrement sous le rapport de l'ornementation ; ils y ont réussi et prouvé ainsi que ce n'est pas en se renfermant dans la stricte imitation de ce qui a été déjà fait qu'on peut trouver les solutions les meilleures, et qu'il y a toujours à innover et à perfectionner dans le champ illimité de Tart.

Indépendamment de sa valeur artistique, le nouveau pont de Lavaur se fait remarquer par les dimensions exceptionnelles de son arche principale, Pune des plus grandes que Ton ait exécutées jusqu'à ce jour ^ ; auësi ne lui mesurons-nous pas les éloges, ne trouvant matière à critiquer, dans l'ensemble de l'œuvre, que les arches accessoires faisant suite sur l'une et l'autre rive aux culées du pont principal. Il est à présumer qu'on aurait pu, sans une bien grande augmentation de dépense, disposer ces arches comme celles Jes tympans avec les mêmes proportions et les mêmes moulures, continuer de même sans changement le couronnement et les parapets jusqu'aux extrémités, et que l'ensemble deTœuvre y aurait beaucoup gagné. Et pour dire toute notre pensée, si des considérations impérieuses d'économie ont motivé cette plus grande simplicité relative des parties accessoires, peut-être y auraiton tout aussi bien satisfait en supprimant les évidements des parapets, dont l'exécution a dû être coûteuse sans que l'eflFet produit semble répondre à ce qu'on en avait sans doute attendu.

.Nous répétons en terminant que la pensée ne nous est pas venue, en rédigeant le présent paragraphe, d'écrire même sous la forme la plus sommaire un traité spécial d'architecture à Tusage des constructeurs de ponts. Ce que nous avons voulu, ne pouvant entrer dans tous les développements qui seraient nécessaires, c'est simplement signaler la nécessité d'études sérieuses ayant Vart pour objet, pour être à même de savoir dans le projet d'un grand ouvrage réserver aux formes extérieures, à leur agencement, à leurs proportions, la part d'im-

i. L'ouverture de cette arche est de 61°* ,50 ; elle n'a été dépassée que par celle du pont de Cabin-John,aux Etats-Unis (67,10; et celle de J ancien pont de Trezzo, t^n Italie i72"^,25).

portance qui leur revient, et faire bien comprendre que sans la connaissance approfondie de ce qui en constitue la valeur et la beauté on pourra bien élever des constructions admirablement maçonnées, irréprochables au point de vue technique et pratique, mais que Ton ne parviendra jamais à édifier une œuvre d*art vraiment digne de ce nom.

Page 1