‹ Ponts métalliques (volume 4)Chapitre 82 sur 101 · TRAVÉE SOLIDAIRE · texte numérisé non relu

TRAVÉE SOLIDAIRE

ISB

Prenons, à titre d'exemple, la travée iadépendande de 150** du pont de Kailemburg, sur le Lek (fig. 126, page 372).

Les données relatives à cet ouvrage sont :

Longueur totale, /= 157 m.;

Hauteur moyenne, A = 15*,80 = Jq /;

Poids des grandes poutres : semelles, 1. 160.000 k.; Irian* gulations, 60.000 k.;

d'où

Poids du tablier, du contreventemenl et des accessoires :

Pi=

CHAP. V. - PONTS-GllUES. 503

Surcharge d'épreuve, ;? = 6.000=^ ' .

Travail moyen du métal : R = 6.500.000 (6k.5 par mm.q.). En appliquant la formule des travées indépendantes, on trouve pour coefficient A :

Comparons cet ouvrage avec une travée solidaire de même ouverture, de même hauteur moyonne,élablie dans les mêmes conditions dechargep,,desurcharge/>',demétal(R=6.500.000)i et avec le même soin (A = 11. 900).

Nous trouvons que le poids des grandes poutres serait réduit à 1.000.000 k.j ce qui donne une économie de 400/0 sur le cas do la travée indépendante, cetle économie étant d'ailleurs ramenée à 34 0/0 pour Tensemble de la superstructure métallique (1.470.000 au lieu de 2.233.000 k.).

En construisant l'ouvrage avec de l'acier susceptible de travailler couramment à 8^,5 par millimMrc carré, on réduirait le poids des grandes poutres :

Pour la travée indépendante, à 1060 T ;

Pour la travée solidaire, à 720 T : économie, 30 0/0.

Le poids total de la superstructure métallique serait dans le premier cas 1.533 T, et dans l'autre 1.193 : économie, 22 0/0.

iNous ajouterons d'ailleurs que nous ne prétendons pas critiquer le type adopté par les constructeurs. La dépense de construction d'un pareil ouvrage comprend, outre le prix du métal, les frais de montage et l'exécution des piles ; il n'est pas démontré que, vu la nature très médiocre du sol de fondation, l'adoption d'un pont-grue à trois travées, porté par des piles capables de résister aux moments de renversement, eût été beaucoup moins dispendieuse que la travée indépendante. L'examen de cette question nous entraînerait en dehors du programme de cette étude.

Il semble qu'on peut résumer ainsi qu'il suit les avantages et les défauts des différents genres de poutres auxquels on pourrait recourir, dans un cas donné, pour rétablissement d'un pont composé de plusieurs travées.

504 POUTRES A TIUVÉES SOLIDAIRES.

Travées indépendantes. — C'est, au point do vue du poids des grêndos poutres, le lype le plus onéreux. Acceptable pour les ouTcrtures moyennes jusqu'à 30 ou 40", il ne peut être admis pour des portées plus grandes qu'à la condition de réduire au minimum le poids des éléments accessoires, tablier, chaussées, etc, d'employer un métal aussi résistant que possible, tel que Tacier, et d'appliquer un profil rationnel de hauteur variable, dont la hauteur moyenne ne soit pas inférieure au dixième de l'ouverture. Il a l'avantage d'être insensible, comme les ponts-grues ordinaires^ au tassement des appuis. Par contre, il exige l'emploi de piles massives, sur lesquelles on puisse installer deux appareils de support, à raison d'un par about de poutre. D*autre part, ce genre de construction nécessite presque toujours pour son montage l'emploi d'échafaudages fixes, généralement dispendieux.

Poutres à travées solidaires simplement appuyées su}'' les piles. — Lorsque le montage doit s'effectuer sur échafaudages fixes, ce type est beaucoup plus économique que le précédent ; il permet, sans dépenses excessives, de forcer le poids du tablier et de la chaussée, etd*employer un métal de qualité ordinaire ; il est enfin beaucoup moins déformable sous le passage des charges roulantes et résiste mieux à l'action du vent, en vertu de la solidarité des travées. Il exige despiles beaucoup moins massives, le nombre des appareils de support étant réduit de moitié. Par contre, lorsque les fondations sont mauvaises,les tassements des appuis peuvent compromettre la stabilité en développant dans les fermes des efforts anormaux.

Lorsque le montage peut se faire par voie de lancement, c'est le seul genre do pont admissible, en raison de Téconomie qu'il comporte. Le lancement, d'ailleurs, n*est pas réalisable dès que l'ouverture dépasse 100"; il cesse d'être très avantageux au point de vue de la dépense, si Ton a affaire à plusieurs travées successives de 80".

Lorsqu'un pareil ouvrage est monté sur échafaudages fixes ou par encorbellement, il peut y avoir intérêt à faire varier sa hauteur, tandis que s'il doit être lancé, la constance de la hauteur s'impose.

Dans les poutres montées par encorbellement, il convient,

après racbëvomeat des grandes poulres, d'opérer le réglage de façon à réaliser avec cerlilude les conditions de stabilité prévues par le calcul. L'encastrement sur les piles ayant dû être obtenu pendant le montage, la question peut se poser de savoir s'il ne conviendrait pas de conserver cet encastrement après coup ;la poutre continue encastrée sur ses piles résiste mieux aux surcharges variables et est sujette à des déformations beaucoup moindres.

Poutres à jonction centrale simplement appuyées sur les piles. — Ce type est à recommander pour les ponts à trois travées, dont une centrale de très grande ouverture (lig. 161). Il permet de monter à peu de frais cette travée centrale par encorbellement, en utilisant comme contrepoids les travées de rive, préalablement construites sur échafaudages fixes. 11 est bon de faire varier la hauteur. Pour un pont comportant deux travées ou plus de grande ouverture, ce système serait inférieur à celui de la poutre continue ordinaire, montée par encorbellement et réglée après coup.

Ponts -grues à articulations simplement appuyés* sur les piles. — Si le pont comporte trois travées (fig. 179), dont une de grande ouverture à monter par encorbellement, ce type est admissible, mais il ne vaut pas toutefois la poutre à jonction centrale dont nous venons de parler; les articulations sont des points faibles, dont le maintien ne se justifie pas ici, et leur suppression permet de réduire Tamplitude des déformations. La variation de hauteur est à recommander.

Toutes les fois qu'un pont comporte plus de trois travées, ou doit être monté sur échafaudages fixes, ce type ne vaut absolument rien. Il est évident que l'auteur de la passerelle de Passy qui, d'ailleurs, ne comporte que trois travées, a voulu, en attribuant à cet ouvrage Faspcct d'un pont à arc, éviter l'eflet disgracieux d'une poutre continue. Cette considération d'esthétique justifie d'autant mieux la décision prise qu'il s'agit d'un simple passage pour piétons, comportant une surcharge extrêmement réduite.

Pour un pont de chemin de fer en pleine campagne, comportant de grandes travées, cette disposition serait détestable.

Ponls-grues à articulations encastrés sur les piles. — Ce type n'est préférable à la poutre continue ordinaire que pour les ponts montés par en3orbclloment. Étant obligé d'attribuer aux piles la longueur et la solidité exigée par le système de montage que Ton a en vue, il est tout naturel de profiter de cette circonstance par conserver Tencastrement dans Touvrage définitif et utiliser ainsi Texcës de stabilité attribué, au prix d'une dépense sérieuse, aux supports, qui se trouvent en état de résister aux moments de renversement produits par les surcharges roulantes.

Le pont-grue n'est d'ailleurs acceptable, par un autre motif, que pour les ouvertures exceptionnelles : si la surcharge roulante n'était pas très petite comparativement à la charge permanente, les déformations entraînées par elle pourraient amener des oscillations inquiétantes^ sinon dangereuses. Les articulations sont, d'autre part, des points faibles.

Ce genre de construction présente l'avantage, qu'il partage avec les travées indépendantes, d'être insensible à la dénivellation dos appuis : la liaison avec les piles peut s'effectuer au moyen d'assemblages très solides et très satisfaisants, parce que l'on n'a pas à se préoccuper des mouvements longitudinaux produits par la température.

Poutres continues encastrées sur les piles. — Si, dans un pont-grue du type précédent, il était possible, après Tachèvement du montage des grandes poutres^ de faire disparaître les articulations, en rétablissant la continuité des fermes d'une culée à lautre, cette solution présenterait deux avantages sérieux: d'abord on réaliserait, par la suppression des articulations, le type de poutre théoriquement le plus léger et le plus solide, au triple point de vue des effets de la charge, delà surcharge et du vent; ensuite on réduirait au minimum l'amplitude des déformations. Par contre, il en résulterait un double inconvénient : d'abord la dénivellation des appuis exercerait, dans le cas de fondations insuffisantes, une influence f&cheuse sur les conditions de stabilité de la poutre devenue continue ; ensuite il serait nécessaire de disposer les assemblages avec les piles de façon à obtenir un encastrement parfait sans gêner les mouvements longitudinaux produits par les variations de tem-

pérature. Nous avons vu précédemment (art. 149) que cette condition est difficile à réaliser d'une manière tout à fait satisfaisante, même pour les piles métalliques.

Lorsque les piles sont en maçonnerie, ce genre de pont se compose en définitive d'une série de grandes travées séparées chacune de la suivante par une travée très courte, dont la portée constitue la base d'encastrement sur la pile, formée par deux massifs isolés, toujours soumis h des efTorls do compression dirigés de haut en bas : tel est le cas pour le pont du Forth (fig. 174 et 175). On pourrait supprimer les articulations en plaçant au droit de chaque pile des appareils de support à rouleaux.

Mais, dans le cas considéré, cette disposition peut ne pas ofifrir toute la sécurilé voulue en raison de Ténormité de la charge à transmettre aux supports. D'ailleurs elle ne présenterait peut-être pas grande utilité au point de vue de la diminution d'amplitude des déformations, eu égard à l'insignifiance de la surcharge, qui ne représente que 5 0/0 de la charge permanente. En somme, le type choisi peut être en fait supérieur à celui de la poutre continue, dont les avantages théoriques n'auraient pas apparemment compensé les défauts pratiques.

Page 1