‹ Port-RoyalChapitre 38 sur 40 · La phrase est ici interrompue dans le manuscrit · texte numérisé non relu

La phrase est ici interrompue dans le manuscrit

cher : nous le conserverons comme un gage de ramitiô si tendre qu'il a toujours eue pour nous, et comme des arrhes de celle que nous espérons qu'il nous continuera dans la bienheureuse Éternité. Car, si, selon la pensée de saint Augustin, il nous a tant aimés dans des circonstances si fâcheuses et si embarrassantes, dans un pays où la cupidité et l'amour-propre ont tant de pouvoir, que sera-ce dans le royaume de la Charité, dans cette région de paix où., comme dit encore saint Augustin, il n'y a plus rien à craindre, libi nuUus tentator est, nidlœ sedittonet, nuUtis fatU gat Ecclesiam Dei F C'est là où nous ne doutons point quMl ne soit entré pour y recevoir la récompense de sa vertu et de toutes ses bonnes œuvres... Comme on doit néanmoins toujours trembler, quelque juste qu'on soit, et que les jugements de Dieu sont autant terribles qu'ils sont impénétrables, nous nous unirons tous ensemble pour présenter Jésus-Christ au Père éternel, afin que si, sur un si bon fondement (ju'a été le sien , il avoit bâti, conmie dit saint Paul, du bois, du foin ou de la paille, il plaise à Dieu de ne le juger que dans sa grande miséricorde et de se souvenir qull a toujours aimé la Vérité et ceux qui l'ont défendue. »

Ce Remerciement, d'un ton si ferme et d'une si exacte justesse, nous prouve que jusque dans ces années d'extrême déclin, à la veille même de la ruine, Port-Royal avait conservé des organes dignes, par leur esprit et par leur langage, des premiers directeurs et maîtres. Rien ne manque à cette allocution funèbre, ni pour la doctrine, ni pour l'accent. Les fils d'Arnauld, les ancêtres de Royer-Gollard se reconnaissent à une môme marque,

En repassant une dernière fois les extraits et les notes qui se rapportent à cette longue Histoire , et surtout le résidu de mes lec^ tures de Des Lions, je retrouve quelques particularités, quelque» anecdotes omises ou négligées et qui pourraient faire un petit chapitre de Miscellanées. J'en mettrai seulement ici quelques-unes, qui donneront du moins idée de ce que pourrait être un semblable chapitre à la Bayle ou à la Bouhier.

— Ainsi, par exemple, sur le docteur de Sainte-Beuve après sa signature, et sur l'embarras dont il dut être plus d'une fois dans les commencements, quand il se retrouvait en. présence de ses anciens amis, je lis dans les Journaux de Des Lions, à la date du 3 juillet 1663, le passage suivant qui est significatif :

« Après midi, je me suis trouvé chez tf . de Sainte-Beuve avec MM. de Lalane, Girard, Queras et Manessier, où on a lait la

consultation et conclu qu'il seroit conseillé à la princesse (ma« dame de Longueville) de dépouiller M. son fils des deux abbayes.... M. de Sainte-Beuye s'est mal défendu de sa signature en Sorbonne depuis trois mois, disant qu'il TaToit fait sur ce que la Faculté ayant signé le Formulaire avoit mis dans sa conclusion qu'elle ne le recevoit qu'en tant qu'il ne contenoit rien qui fût contraire*à^a doctrine de saint Augustin, ainsi qu'elle avoit déclaré en une pareille matière sur la censure de M. Antoine Amauld. C'a été un galimatias que son raisonnement , et il m'a paru confus de cette action et rougissoit en parlant. Sur quoi ces Messieurs lui ayant soutenu que la conclusion de la Faculté n'étoit pas comme il la rapportoit, M. Girard a été la quérir chez lui ; on en a fait lecture : M. de Sainte-Beuve a été plus confus, disant qu'il Tavoit lue autrement, qu'il falloit qu'on l'eût changée.... » (Voir ce qui a été dit précédemment de M. de Sainte-Beuve, Pott-JRot/ol, tome IV, pages 571, 572.)

— Sur la manière dont le cardinal de Retz obtint le chapeau, le récit de Des Lions n'est pas trop en désaccord avec ce qu'on a yu précédemment (tome Y, page 539) dans le Mémoire de M. deChantelauze. Voici ce passage du Journal de Des Lions :

« En une autre visite (16 février 1657), l'abbé de L^mm m'a dit que retournant de Rome, etc., que.... que, etc. Sur le chapeau du cardinal de Retz, il m'a dit lui en avoir ouï conter l'intrigue ; que la Reine, voyant le Mazarin éloigné et M. le Prince qui l'incommodoit, eut recours au Coadjuteur auquel elle présenta le roi dans son cabinet, lui disant que M. le Prince lui vouloit ôter la couronne de dessus la tête, qu'il n'y avoit que lui qui la pût affermir, etc. : qu'après avoir fait ses plaintes de sa part, il demanda qu'on le mît à couvert de ses ennemis par la dignité de cardinal; que, le roi lui ayant promis, on envoya promptement au cardinal Mazarin pour lui en communiquer; que sa réponse ne venant pas assez tôt, et le service qu'on désiroit du Ck>adjuteur pressant, on lui envoya le brevet pour le chapeau; que l'abbé Charrier prit la poste sur l'heure; que le Mazarin écrivit qu'on donnât le brevet» et qu'un ou deux courriers après, on envoya la révocation ; qu'Innocent X, qui ne demandoit pas mieux que de faire un cardinal pour contrecarrer le Mazarin, reçut avec j<^ cette prière forcée du roi ; que l'ambassadeur de France ayant reçu ordre de renvoyer le brevet et demandé pour cela son audience. Innocent X s'en doutant remit à deux jours de là, et le lendemain, ayant tenu consistoire, fit la promotion des cardinaux et y comprit le Coadjuteur; qa'il est faux que celui-ci eût acheté son chapeau comme ses ennemis disent, mais que seulement la princesse de Eossane ayant désiré des rubans d'Angleterre couleur de feu, et l'abbé Charrier le sachant et le mandant, le Coadjuteur lui en envoya pour 7 ou 8 cents écus. »

— Je trouve, à un autre endroit de ces mêmes Journaux, une confidence qui doit être exacte, et qui se rapporte au rapatriement de Retz et au terme de son exil (voir Port-Royal ^ tome V, pages 572, 573) :

<c Le 7 (décembre 1661), écrit Des lions, j'appris fort confidemment du P. G. (?) que, dans la visite de la Reine-mère à Dampierre cet été, madame de Cbevreuse lui dit : « Votre Majesté pourroit bien, en Tétat où sont les choses, se servir très-utilemeot du cardinal de Retz. C'est une de vos créatures : il n'y a point d'esprit auprès du roi et dans le ministère, qui le vaille. A quoi bon le pousser et le perdre? » La Rein» dit qu'il étoit vrai et qu'elle le voudroit bien ; puis il fut parlé du Jansénisme en forme d'objection. La Reine dit : « Je ne les hais pas, ils sont gens de bien. Mais il faut contenter, le Pape; on ne fait que crier cela à nos oreilles, etc. » En suite de cette entrevue on a vu avancer le traité et l'accommodement du cardinal de Retz. Le temps nous en fera juges. » — L'accommodement se fit.

— Sur l'abbé de Giron et son rôle influent tant qu'il fut à Paris, et sur les dispositions réelles du cardinal Mazarin à Tégard des Jansénistes, Des Lions raconte et répète cette suite de propos qui se rejoignent assez bien à ce qu'on lit dans Port-Royal (tome Y, pages 29 et suiv.) :

« Le 2 septembre (1657), M. Poncet m'a dit que.... madame de Longueville étoit gouvernée au spirituel par l'abbé de Giron; que quelque capucin de Goulommiers ayant mandé que cette princesse établissoit le Jansénisme, (elle) en a eu avis et a mis ce religieux à la raison; que Ton avoit menacé d'envoyer une lettre de cachet audit abbé (de Giron) pour le chasser de Paris et l'éloigner du Port- Royal et de la princesse de Conti qu'il dirige et réforme trop au , gré de la Cour; que l'Ëminence (Mazarin) seroit bien aise d'avoir un prince du sang plus à sa dévotion pour faire passer les choses au Parlement et ailleurs ; que Langlade, secrétaire du Cabinet, et Gourville servent fort les Jansénistes auprès du cardinal; qu'ils lui ont fait voir que, si ces gens-ci étoient tant amis comme il croit du cardinal de Retz, ils lui auroient fait ceci, cela, etc.; que le cardinal s'excuse que c'est la Reine qui le presse; que, pour lui, il les trouve bonnes gens. On se sert de M. Esprit, qui est près le prince de Gonti , pour gouverner ces petits négociateurs (ou ces petites négociations). »

-^ Le propos qui suit revient assez à ce qu'on sait déjà du procédé et des façons d'agir de Mazarin avec les Jansénistes :

« Le ^3 de ce mois (mars 1659), le cardinal Mazarin ayant envoyé prier le duc de Liancourt et lui montrant le peintures de ses galeries, il l'arrêta sur le tableau de Jansénius, et sur ce que celui-ci ne le reconnoissoit pas, l'Éminence lui ayant dit qui il étoit lui dit ensuite qu'il croyoit cet homme-là saint et sauvé,

parce qu'il avoît soumis ses livres au Saint-Siège, et souriant à ce seigneur^ il lui dit : « Vos bons amis n'en sont (font) pas de même. » Et l'autre le niant civilement , le cardinal rechargea avec un demi-souris : « Je ne suis pas fort content d'eux. » — a Pourquoi? lui dit le duc; Votre Éminence sait que depuis deux ans que vous leur avez défendu d'écrire, ils ne l'ont pas fait. » Le cardinal continua : « Enfin dites-leur que je ne suis pas eontent d'eux. » Le duc n'y a rien compris, ni Port-Royal à qui il Ta ra^pporté; mais cependant il .parut à M. de Liaocourt que le cardinal ne Tavoit envoyé quérir que pour lui dire cela et tenir les Jansénistes en crainte ou en respect. »#

— A propos du ridicule éclat de l'archevêque d'Embrun dans l'affaire du Nouveau-Testament de Mons (Port-Royal, tome lY, pages 381 et suiv.), Des Lions nous raconte encore :

« Le l*' décembre (1667), j'ai vu M. de Launoi, le docteur critique , qui m'a fait un plaisant récit de la censure qu'il avoit faite en face à l'archevêque d'Embrun de son Ordonnance contre le Nouveau-Testament de Mons, et sur l'inscription et sur la préface où il est parlé des évêques qui doivent garder le dépôt de la foi, ce qui est dit de mauvaise grâce par un évêque qui n'a jamais résidé comme lui, et sur ce qu'il dit des évêques étrangers^ rompant ainsi la communion avec ses confrères...; enfin sur la défense qu'il fait de vendre et d'imprimer, ce qui appartient à la Police et au roi ; et sur ce que le prélat lui disoit puérilement que son Mandement étoit mieux fait que celui de M. de Paris, le docteur a répliqué librement : « Oui, parce qu'il est plus court et qu'il y a moins d'impertinences et d'incongruités. Vous faites cela, disoit-il, pensant plaire à la Cour et attraper l'archevêché de Reims, mais la Cour se moque de vous. »

L'archevêque d'Embrun avait contre lui à la Cour les Le Tellier, parce que son ambition ecclésiastique pouvait contrarier celle de l'abbé Le Tellier, et Ton n'était pas fâché de le rendre ridicule de plus d'une manière. « Ce prélat avoit amené en France douze chevaux d'Espagne, et après les avoir montrés à la Cour et au roi, au lieu de lui en faire présent, il les lui avoit vendus^ par une épargne sordide que l'on avoit raillée. » (Des Lions.)

— Cette condamnation du Nouveau-Testament de Mons occupait alors non-seulement le monde ecclésiastique, mais aussi le grand monde, à un degré qu'on ne saurait imaginer. On ne parlait que de cela dans les compagnies. Gomme ce Nouveau-Testament était déjà dans toutes les mains, la défense de l'archevêque de Paris causait des embarras et provoquait des questions sans nombre. On lui contestait le droit de défendre une version de rÊcriture-Sainto i^>prouvée par deux autres prélats. C'était à qui lui demanderait des dispenses pour avoir permission de lire le livre défendu. M. de Péréfixe répondait en public par quelque signe de tête et

par quelques paroles entrecoupées, donnant à entendre qu'il délivrerait facilement de leurs scrupules ceux qui s'adresseraient à lui : d'où l'on concluait qu'il ne tiendrait pas longtemps rigueur sur son Ordonnance et « qu'il ei; iroit de ce Nouveau-Testament comme du Tartufe de Molière qu'on avoit vu défendre cet été sur peiue d'exconununication et qu'oik recommençoit à jouer présentement » (Des Lions.)

— « Madame de Longueville, nous dit toujours Des Lions (décembre 1667), m'ayant fait demander moa avis sur la lecture du Nouveau-Testament, j'ai répondu que le plus sûr étoit d'avoir permission. Ce jour-là même, j'ai tiré de M. le Grand* Vicaire cette permission, sans la demander néanmoins de la part de cette princesse Son entremetteuse la lui ayant rapportée sur le billet que je lui en écrivois, elle m'a fait dire tout net qu'elle n'en avoit psis besoin. »

— On se plaisait à raconter que le Père Maimbourg, qui avait tonné en cbaire dans Paris contre la version du Nouveau-Testament, étant allé faire un voyage à Rouen et se trouvant dans une compagnie, « avoit voulu gager contre un conseiller du Parlement qu'il auroit plus tôt dit la messe que l'autre n'auroit fait le tour d'une grande allée où il se promenoit. » Et voilà les gens qui se mêlaient d'être rigoristes, au point d'interdire aux Chrétiens la lecture de l'Évangile, et qui prétendaient surtout venger la présence réelle dans l'Eucharistie contre les savants traducteurs à qui ils reprochaient de l'infirmer I

— Sur le Père Rapin , je remarque un trait en passant dans ces journaux de Des Lions. A l'occasion de l'accommodement négocié en 1663 par M. de Gboiseul, évêque de Comminges, à un moment où on tenait cet accommodement pour conclu, je lis : « Le lendemain 9 (juillet) l'archevêque de Sens, l'évoque de Comminges et M. du Plessis-Guénegaud, qui étoient ensemble en conversation , dirent à M de Liancourt qu'ils tenoient cette paix assurée. Ce jour-là môme, le Père Rapin, jésuite et domestique de M. le Premier Président, vint à l'hôtel de liancourt et dit qu^l ?enoit se réjouir avec eux de la paix. » On voit que le Père Rapin, quand il était livré à lui-même, à son naturel poli et obséquieux, faisait la meilleure mine aux personnages puissants et de condition qu'il a^ si peu ménagés dans ses Mémoires.

-* L'Oraison funèbre que Bossue! fit de son ancien maître, le docteur Nicolas Cornet, eut cela de particulier, qu'elle fut prononcée à un moment très-embarrassé et dans des circonstances on ne saurait plus délicates, lorsque l'accommodement théologique qu'essayait de ménager l'évêque de Comminges était des plus engagés et que l'affaire, qui s'était ébruitée, changeait de face chaque jour et presque d'heure en heure, sans que l'on sût comment elle se terminerait. Le discours de Bossuet s'en ressentit, comme le fait soupçonner un propos de Des Lions, du 27 juin 1663 ; ce-

lui-ci s'était entretenu dans la journée avec le Père Esprit de TOratoire, lequel, en le quittant, était allé chez le prince de Conti :

« Le soir on me dit qu'un excellent Esprit (le Père Esprit) qui avoit assisté à POraison funèbre de M. Cornet, faite par le sieur Bossuet, lui en avoit fait (au Prince) ce jugement — que la pièce paroissoit décousue et déconcertée; que le changement qui s'est fait depuis huit jours avoit apparemment obligé Tauteur à ne pas dire tout ce qu'il avoit préparé sur les matières du temps; qu'il avoit fait un discours assez peu rapportant à son texte, et de pièces rapportées. »

C'est peu élégant; mais ce témoignage, venant d'un contemporain des plus au fait, a son prix. Il donne la clef d'un certain 61117 barras qu'eut toujours Bossuet touchant cette Oraison funèbre.

— Ceux qui tiendraient absolument à purger M. Amiot, le curé de Saint-Merri, de l'accusation qu'on a lue précédemment (dans ce même tome, page 294), n'ont qu'avoir s'ils pourront y parvenir à l'aide du passage de Des lions que voici : « La Mère Jeanne de Jésus, carmélite et prieure de Pontoise, me dit en ce temps-là (septembre 1659) que la Reine, qui la vint voir à la Saint-Jean dernière, lui avoit dit qu'au retour du voyage du roi on pousseroit les Jansénistes à bout, et qu'elle la prioit de bien écrire et redire à M. le Chancelier (Seguier) son frère qu'il tint bon contre eux et qu'il ne les épargnât pas. Elle me dit aussi Thistoire de Remond, Vadopté de M. Amiot, curé de Saint-Méderic^ et comme elle avoit obtenu de la Reine, dans ce même voyage, qu'on le lui restituât. Le dit sieur Amiot l'en vint remercier le jour de Saint-Louis et lui promit qu'après l'avoir seulement gardé encore un mois pour son honneur, il le mettroit au collège à la Saint-Remy. J'ai reconnu que le neveu dudit Amiot. avoit lui-môme fait enlever ce jeune mignon par l'avis de MM. Cornet, Seguier (?) et Grandin, et que le grand-maître avoit été l'entremetteur de cela auprès de la Reine : ce que la Mère Jeanne croyoit n'être pas encore su de l'oncle. Elle me justifia fort ce docteur des mauvais bruits et soupçons que Ton semoit contre lui. Il est un de ses grainds confidents^ et elle s'en sert dans ses affaires.... »

— MM. de Saint-Sulpice auront beau faire, ils ne sauraient empêcher que M. Olier, avec tous ses» mérites, n'ait été visionnaire et même fanatique, usant et abusant de la prophétie : « M. de liancourt m'a dit, raconte Des Lions, qu'il le menaçoit, à cause du Jansénisme, que Dieu lui ôteroit sa femme, et il disoit de même au confessionnal à la femme que Dieu lui ôteroit bientôt son mari : et ni l'un ni l'autre n'osoient se rapporter cela de peur de s'effrayer. » Tout l'hôtel de Liancourt, depuis le maître jusqu'au dernier des domestiques , était comme mis en état de siège ou tenu en quarantaine par les prêtres de cette paroisse, héritiers de l'esprit de M. Olier : « Le 12 juillet 1671^ mademoiselle Ausanville

. m*a dit que la servante de M. YignoD, son gendre, concierge de l'hôtel de Liancourt, a reçu ordre d'un prêtre de Saint-Sulpice, son confesseur, de quitter ce service, à faute de quoi il ne la recevra plus aux sacrements.... »

— Sur la date précise de lacon version de l'abbé Le Gamus qui nous estsiconnumaintenantetque nous pouvons dire de nos amis {Port- Royal, Appendice du tome IV, page 528), nous sommes informés de bonne source par l'extrait de conversation qui suit : « Le 18 (décembre 1667), nous dit Des Lions, j'ai vu M. de Sainte-Beuve de qui j'ai appris que.... que..., etc.; que Pabbé Le Gamus, aumônier du roi, est véritablement converti ; P qu'il s'est défait de son bénéfice de 4000 liv. de rente pour n'y être pas entré canoniquement...; 2'' qu'il a voulu se défaire de sa charge; que le roi Ta empêché ; 3" qu'étant nommé à Tévêché de Bazas sans Tavoir brigué, il pria M. de Sainte-Beuve de s'assembler avec quelques autres docteurs, pour voir s'il avoit vocation et s'il l'accepteroit ; 4° que le roi lui avoit redemandé le brevet dans la connoissance qu'il avoit qu'il ne se laisseroit pas transférer à un autre évêché plus voisin et plus conmiode, ce que le roi avoit dessein de faire ; 5° qu'il avoit été à l'abbaye de La Trappe et en étoit revenu si touché que le roi avoit pris plaisir à son récit de l'austérité de l'abbé de Rancé et de ses moines, et qu'il lui avoit fait faire ce récit par deux fois en présence de la Reine,des princesses de Gonti, de Longueville, etc.; 6" qu'en remerciant de ce premier évêché, il avoit déclaré qu'il n'en prendroit ni ne demanderoit aucun autre, parce que les docteurs lui avoient dit qu'il jie pouvoit pas refuser celui-là dans le dessein d'en avoir un plus mignon; 7" qu'il avoit eu remords de n'avoir pas accepté Bazas, le voyant donné à un homme qui n'en étoit pas trop digne; enfin que depuis deux ans il est tout changé, etc. »

— Il y avait de véritables incrédules dans le dix-septième siècle, des incrédules qui ne se convertissaient pas, — et dans la première moitié du siècle plus que dans la seconde :

« (31 août 1665.) De plusieurs conversations, j'ai appris, écrit Des Lions, que.... que, etc.; que le maréchal de Bassompierre, peu de jours avant sa mort, étant en carrosse avec M. de Chavigny, qui lisoit l'Ëvangiie, le railloit, se moquant de la religion; qu'il n'en avoit aucune; qu'on le trouva mort, sa main gauche sur son épaule droite, qui étoit la posture en laquelle il dormoit ordinairement. »

— Il a été parlé plus d'une fois, dans Pon'Royal,k la rencontre, du docteur Mies du Pin, cousin de Racine (notamment tome VI, page 174). Nous l'avons vu (même tome, page 129) accompagner Racine dans sa visite de réconciliation avec Nicole. M. Du Pin était bien jeune à cette date-là (1677); il n'avait que vingt ans et portait tout au plus le petit collet. Il se distingua de bonne heure

par sa ligne de conduite gallicane et indépendante. Mais voici, une scène curieuse où il se signala particulièrement comme champion de M. Ârnauld : c'était dans une séance de Sorbonne où il s'agissait de k célèbre béate et mystique^ Marie d'Agreda, dont la Faculté ne craignit point de censurer plusieurs propositions et maximes. Je lis, à cette occasion, dans une lettre de M. Vuillart à M. de Préfontaine, du jeudi 25 octobre 1696 :

« On fait espérer une histoire des assemblées qui se sont tenues en Sorbonne, où seront rapportés les différents avis des docteurs touchant le livre de cette abbesse fanatique. Il y en a d'étrangement bizarres. Les Cordeliers se sont déclarés hautement pour elle, à cause que cette abbesse étoit récollette, et par conséquent de l'Ordre de Saint-François. Et à propos de Cordeliers, voici une scène que le Père de Rocheblancbe, du grand Couvent de Paris, donna dans rassemblée du l*' de septembre, où il cita des auteurs, pour montrer que le terme d'adoration peut s'entendre du culte qu'on doit aux créatures que l'Ëglise a canonisées. Il allégua avec éloge l'auteur de la Perpétuité de la Foi, et cita un passage du chapitre X du livre I, page 95, où il semble reconnoître que le mot d'adorer se prend en ce sens. Sur quoi il échappa à M. Le Fèvre, Syndic de Sorbonne, surpris de cette citation et du nom de M. Arnauld, de dire : On ne doit point nommer ce nom-là id; ce qui souleva bien des gens. Et ce qu'il y eut de plaisant , c'est que les plus grands ennemis de la mémoire de M. Ârnauld et les plus francs molinistes, te croyant en cela favorable pour cette cause, furent les premiers à dire qu't7 ne falîoit pas le traiter comme faisoit M. le Syndic. On ne sauroit croire eombiâi ils triomphoient de son autorité. Mais leur triomphe ne fut pas long ; car un docteur, qui parla après, dit que le Père de Rocheblancbe a?oit eu raison de citer M. Arnauld avec éloge, puisque son ouvrage et sa personne avoient été loués par plusieurs évêques, dont quelquesuns faisoient encore l'honneur de TËgUse gallicane; par plusieurs docteurs, dont quelques-uns étoient présents, qui ne rougiroient pas de ravoir fait, entre autres MM. Oobillon et Roullahd qui dirent que non , et enfin loués par les Papes ; mais qu'il eût été à souhaiter que le Père de Rocheblancbe eût aussi bien pris l'esprit et la pensée de M. Arnauld qu'il l'avoit loué avec justice. H fit voir comment il avoit parlé dans le livre de la Perpétuitéj qu'il y répondoit à une objection du ministre Daillé et y expliquoit des passages qu'on lui opposoit , mais qu'il ne se fût jamais servi du terme d'adoraHon dans un livre françois pour marquer l'honneur dû aux saints et à la Sainte Vierge. Pour le prouver invinciblement, il allégua un passage qui est dans ï Apologie pour le Clergé, tome II, page 212, et qui est déoisif ; et après l'avoir lu, il dit avec beaucoup de feu : « Qu'on aille maintenant se glorifier de l'autorité d'un si grand homme I Sll étoit encore au monde, leur

témérité ne demeureroit pat impunie, et il ne souifriroit jamais qu'on employât son témoignage pour appuyer une si méchante cause. Eant nuncj et de tanti viri auctoritate glorientur. Si eliamnum in vivis superestet, haud ferrent impune; nec wnquam passus esset testimonium suum in tam perditœ eausdc. patroeinium adduci. » Cela fut écouté fort paisiblement et sans que personne réclamât. Le lendemain un autre docteur dit qu'il auroit aussi vengé M. Arnauld, si cela n'avoit été fait par le docleui* qui avoit parlé avant lui, et qui se nomme M. Du Pin. »

C'était la première fois que, depuis sa radiation, on parlait avec cette générosité de M. Arnauld en Sorbonne, et c'était le neveu de M. Vitart, le cousin de Racine, le docteur Du Pin, qui se faisait honneur de relever si hautement le drapeau,

— Être resté fidèle à M. Arnauld était un titre d'honneur, et ceux des docteurs frappés autrefois en son nom, qui tinrent bon jusqu'au bout et ne fléchirent pas, en gardaient un reflet d'héroïsme et comme une auréole lumineuse dans leur vieillesse. Le lecteur qui nous a suivi jusqu'ici nous saura gré de lui ofifrir encore ce dernier passage d'une lettre de M. Vuillart à M. de Préfontaine, du 26 lévrier 1699; plusieurs des noms qu'on a rencontrés chemin faisant y acquièrent toute leur signification morale : a Vous aurez vu, Monsieur, dans notre Gazette de samedi dernier, la mort de César du Cambout ou du chevalier de Coislin, décédé à cinquante-neuf ans. M. Barré, doyen d'Orléans, député de son Chapitre pour venir faire compliment â M. le cardinal de Coislin leur évêqu©, frère du défunt, m'apprit une circonstance bien curieuse et bien édifiante : c'est que ce chevalier avoit ordonné par son testament qu'on l'enterrât dans l'église de Port-Royal des Champs aux pieds de M. de Pontchâteau, son bon oncle, pourvu que les Religieuses ne jugeassent pas le corps d'un pécheur comme lui trop indigne d'être là avec les corps de tant de gens de bien et de saints. Ce bon doyen me dit cela dans une première visite, et me le confirma hier : deux autres personnes me l'ont dit de même^ M. Barré est neveu de celui qui étoit curé de Saint-Merri avant (ou avec) M. Du Hamel, et qui fut depuis conseiller-clerc du Parlement; et ce digne neveu est l'un des cinq docteurs qui restent des soixante et dix qui soutinrent M. Arnauld en Sorbonne, et qui aimèrent mieux souffrir l'exclusion de la Faculté et la privation des droits, etc., que de manquer à la défense de l'innocence et de la justice en la personne de leur confrère persécuté. M. Des Lions, doyen de Senlis, M. Le Clerc, ancien doyen de Roye en Picardie, qui demeure à Paris, M. Burlugai, théologal de Sens, M. Le Verrier, qui a un bénéfice où il réside en Bretagne, sont les quatre athlètes qui restent avec celui-là. Ce sont tous vieillards vénérables,

1« I*ort-Royal, tome V page 269.

que je respecte comme de vr&is confesseurs. Il y a eu quelque foiblesse en M. Des Lions à l'égard de M. Arnauld, au sujet d'une nièce que M. Arnauld conseillo^t et soutenoit dans une affaire de famille : mais, à cela près, il est digne de vénération. » — Ainsi, de nos jours, on parlerait de vétérans glorieux^ débris survivants des grandes assemblées ou des grandes guerres.

— Au moment de finir, un ami de Port-Royal veut bien me signaler une lacune ou un desideratum. Le même magistrat qui m*avait autrefois| fait Vhonneur de me consulter pour le Catalogue d'une petite Bibliothèque janséniste (voir tome III, à l'Appendice, page 631), M. Dubédat, conseiller à la Cour impériale de Limoges, me propose aujourd'hui de dresser un petit Catalogue contenant indication des plus beaux portraits peints ou grav^ des personnages de Port-Royal, tant des Messieurs que des Religieuses. J'ai touché un mot de cette matière au tome Y, (page 476) > dans une note à propos des portraits d'Arnauld ; mais l'idée mise en avant par M. Dubédat, et qui est une excellente idée, mènerait plus loin qu*il ne pense : c'est tout un ouvrage qu'il demande, c'est l'examen de toute l'œuvre de Philippe de Champagne et de son neveu; car il n'est pas possible de s'en tenir aux .gravures sans remonter aux portraits originaux : un beau travail à coup sûr, un cadre de recherches fait pour tenter un esprit de réflexion et de goût, et qui appellerait un curieux d'un ordre particulier, ami à la fois de oe qui est fin, sobre et sévère. Mais je ne puis que concevoir par la pensée l'importance et l'intérêt d'un semblable sujet, Vlconographie de Port-Royal, et je le propose en terminant, je le lègue à de plus jeunes que moi et à de mieux préparés pour ce genre d'études.

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