Du Père Qaesael. ^ 2. De M. Hamon. — 3. D9 Nicole
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aYee les deui Évtngiles qai t n parlent, et tout ee qu'on en peut conclure après TavOir entendu , c'est que gens comme moi qui n'y pensent guère sont plus fous que ceux des Petites-Maisons, et que ceux qui n*y pensent point du tout le sont encore davantage, et qu'il n'y a de sages et d'heureux que ceux qui y pensent continuellement; il n'y a que ce moyen de vivre content, et d'être toujours dans le repos et la Joie. Je lisois hier au soir dans les . Quatre fins de Phomme quelque chose sur ce sujet qui est admirable; je ne passe point de soir sans en lire. Ainsi il n'y a personne avec qui je m'entretienne plus règlement qu'avec M.Nicole. S'il falloit souhaiter quelque chose, Je souhaiterois voir ses Jf^dftations. M. de Saci lisoit tous les jours quelque chose de cas Quatre fing de Vhomme. »
M. de Pontch&teau avoit un attachement particulier pour la vérité, et il croyoit qu'il n'y avoit rien qu'on ne dût faire et qu'on ne dût souflVir pour la soutenir et la défendre. C'est par ce motif qu'il s'étoit souvent exposé aux persécutions de ceux qui la eombattoient, qu'il avoit entrepris de périlleux voyages , et qu'il n'avolt pas cru devoir ménager sa santé ; c'est ce qu'il a voulu exprimer en prenant pour son cachet ordinaire une croix avec une couronne d'épines et des clous, et cette devise : « Veritas etiam eruci affiœa adoranda : La vérité même attachée à ta croix mérite nos respects et notre adoration. » il ne négligeoit aucune des moindres pratiques de ht religion, surtout celles qui avoient été établies dans les premiers siècles de l'Église, et qui étoient venues jusqu'à nous par une tradition non interrompue.... Il avoit toujours dans sa chambre un bénitier et de l'eau bénite, et, lorsqu'il y faisoit sa prière, il ne manquoit jamais d'en prendre en commençant. 11 avoit un respect tout particulier pour les reliques; il en avoit toujours sur lui et en avoit recueilli de tous les lieux saints où il avoit été, et en avoit fait des présents considérables à Port-Royal des Champs et à ses amis. Quelque particulier l'ayant consulté au sujet des vœux et des reliques, il lui répondit : « J'ai lu ce que vous me demandez du sentiment de M. Nicole sur les vœux et sur les reliques. Nos Messieurs, c'est-à-dire M. Arnauld et ceux qui sont avec lui, sont comme lui. Cest une méchante force d'esprit que celle de quelques gens, dont je ne vois point que les gens mieux sensés se piquent; ce n*est pas qu'ils donnent dans la superstition, ils en sont bien éloignés ; mais il ne faut pas donner ce nom à des pratiques qu'on voit autorisées par l'exemple des Safnts. »
11 avoit toujours eu, même dès son bas âge, un ardent désir pour la solitude, et l'avoit toujours considérée comme une voie sûre pour le salut, et voici comme il s'en explique à ses amis : « La solitude est une voie abrégée qui conduit plus sûrement et plus directement au Ciel, parce que c'est un état dans lequel on voit et
on corrige, sans se flatter, les défauts les plus secrets et les plus cachés de son âme, et dans lequel on a toujours la liberté de s'entretenir afec Dieu, de le consulter, de Técouter sans être interrompu, de recoToir ses conseils, d'agir par sa conduite et par sa sagesse, d'entendre ce langage intérieur avec lequel il parle aux âmes, sans que les sens y aient la moindre part. » Et parlant de la vie monastique qui a donné de Perdre à la vie solitaire, il dit : « L'on mène dans les monastères bien réglés une vie plus pure et plus sainte. Ton y tombe pjus rarement, on s'y relève plus promptement de ses chutes, on y marche avec plus de circonspection, on y est arrosé d'une plus grande abondance de grâces, l'on y vit dans un plus grand repos d'esprit et de cœur, on y meurt avec plus de confiance, on y est plus tôt purifié de ses péchés, on y acquiert une plus grande récompense dans le Ciel. » C'est ce qu'il dit quHl avoit éprouvé dans Port-Royal et dans Tabbaye d'Orval où il avoit demeuré. La mère Angélique de Saint-Jean lui ayant fait présent d'une petite image au bas de laquelle on avoit écrit quelques vers d'un Poème de M. de Vencesur la Grcmâe-Chartreuse, il lui écrivit pour l'en remercier et lui dit : « J'ai senti, en les lisant, les impressions qu'ils m'avoient faites autrefois, lorsque dans ma jeunesse toutes mes pensées étoient tournées vers l'objet dont ils parlent; je n'ai jamais toutefois perdu l'inclination que j'y avois, et la vue de ce désert, où je fus il y a deux ans, contribue à Ten-, tretenir. Je Tai voulu relire par cette occasion, et je vous avoue que mon esprit y est allé plusieurs fois depuis ce temps-là; mais je dis comme ce prélat, quoique d'une manière bien différente : les temps sont changés, et je ne sais néanmoins où j'en suis; et jamais je ne sentis un désir si pressant de me cacher entièrement; je ne saurois presque penser à autre chose qu'aux moyens de l'exécuter; tout m'y convie, tout m'y porte, et je vous supplie de demander à Dieu qu'il me conduise au lieu que sa providence me destine, car c'est celui-là qu'il faut chercher, quelque inclination que nous puissions avoir qui nous porte d'un autre côté. »
M. de Pontchâteau ne faisoit pas moins de cas du silence; il en parloit en ces termes à un de ses amis : « Le silence ne se peut assez priser; c'est un remède presque général. Je me pensai trouver l'autre jour exposé à une conversation qui m'engageoit à faire bien des fautes, mais m'en étant aperçu, je fis une inclination , et m'en allai à l'église prier Dieu, et le remercier de m'en avoir tiré sans y en avoir beaucoup fait; car qui est-ce qui parle sans en faire? On a lu ces jours-ci au réfectoire l'Ëpître de saint Jac- "ques, et une explication : on tremble de voir ce qu'il dit de la langue. Je passe un jour de la semaine avec un malade, les autres jours je suis seul, et je m'en trouve bien ; quand je parle je fais des fautes, j'en fais assez d'autres sans celles de la parole, mais c'est autant d'épargné; si je préchois dans les monastères, je ne
prêcherois autre chose que le silence; si ceux qui causent tant avoient goûté combien le silence est doux, ils voudroient toujours le garder. Je ne sais comment on ne se fait point de scrupule de tant dire de choses qui ne servent à rien, et qui souvent nuisent beaucoup à la charité. »
Il ne supportoit qu'avec peine dans ses plus proches leur élévation , mais il étoit effrayé au delà de ce qu'on peut dire du mauvais usage des biens ecclésiastiques et de la pluralité des bénéfices qu'ils avoient. Voici comme il en parloit à madame d'Ëpemon sa sœur, en 1676; pour M. Tévôque d'Orléans: « Que lui pourrois-je dire qui lui îût utile? Uparottbien^par la vie que je mène, que j'ai une autre idée que lui de l'Épiscopat.... Je vous avoue qu'en pensant qu'il a un évêché et six ou sept autres bénéfices, une charge à la Cour, et au reste son train et son équipage, je n'y comprends rien ; je vois tant de péril pour lui à continuer de vivre comme il a fait jusqu'à présent, que je ne sais pas si je pourrois m'empôcher de le lui témoigner en le voyant. Tout cela et bien d'autres pensées me font conclure à ne le point voir.... Je me contente à prier Dieu pour lui, et de dire à Dieu ce que je n'ose lui dire à lui-même. » Dans une autre lettre à la môme, sur ce qu'il avoit appris que le fils de M. le duc de Coislin son neveu avoit eu la survivance de la charge de M. l'évêque d'Orléans, il lui dit: « Vous avez bien sujet de croire que ce ne sont pas des nouvelles qui me réjouissent : au contraire elles m'affligent, parce que je sais ce que c'est que les biens et les charges de r£glise, et que ce pauvre malheureux me fait pitié : Dieu lui fasse miséricorde, et à moi aussi qui ai fait un si mauvais usage des biens ecclésiastiques que j'avois autrefois ! Je n'ose y penser; car il me semble voir les pauvres demander à Dieu justice contre moi, pour les avoir dissipés comme j'ai fait. >» Et dans la même lettre, sur la proposition qu'on lui faisoit de s'aller retirer à Soissous chez sa nièce, abbesse de Notre-Dame % après avoir marqué ses difficultés, il ajoute: « Je voudrois voir madame Tabbesse de Notre-Dame se faire sainte comme il faut, et quitter toutes les marques de grandeur et de faste qui ne siéent pas bien à une religieuse, et cela se peut il dire à une personne comme elle qui ne manque pas d'esprit, ni de lumière, qui sait assez qu'il n'y a pas une sainte religieuse qui n'ait vécu de la sorte, de quelque naissance qu'elle fût. Je suis sûr que jamais personne ne lui en a dit autant, et que ses confesseurs même ont la mine de faire comme le vicaire d'un de nos villages auprès de Coislin, qui n'osoit mettre son bonnet en me
1. Henriette de Lorraine, abbesse de Notre-Dame de Soissons, fille de Marguerite du Cambout qui, veuve du duc de Puylaurens, avait épousé en secondes noces Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, grand écuyer de France, d*où sont issus Louis de Lorraine, l'abbé d*Harooart, le chevalier de Lorraine, le comte de Marsan et la dite Henriette de Lorraine.
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confessant, et qui eût voulu me donner un des carreaux de l'autel où l'on met le livre, pour me mettre à genoux. . . . Mais je vous avoue que je ne dirai pas néanmoins à madame l'abbesse que je n'aime pas les altestes à une religieuse , et je suis sûr que toutes les saintes reines et princesses, comme sainte Bathilde qui faisoit jusqu'à la cuisine à Chelles^ ne se faisoient pas traiter d'altesses ; mais je ne dis cela qu'en passant, et 11 n'ira pas plus loin. »
Et sur ce qu'il avoit lu dans la Gagette de Hollande, que le Pape avoit permis à M. le comte de Marsan de retenir en se mariant les pensions qu'il avoit sur l'Évêché de Cahors, il dit écrivant à madame d'fipemon : « Cela est bien pitoyable au Pape.... Il y a tant de gens intéressés à croire qu'il peut disposer comme il lui plaît du bien de l'Église, et le donner s'il vouloit à im chien, comme disoit feu M. de Ghevreuse qui avoit cinquante mille francs de pension sur Saint-Denis, qu'il est difficile qu'à Rome on change de conduite. En effet, comme disent les paysans, la chrétienté à part, il n'y a guère de différence (entre le donner ainsi ou le donner aux chiens), et il n'est guère mieux employé; c'est une étrange malédiction que les bénéfices. Plût à Dieu n'en avoir jamais eu, et de les avoir quittés dès que j'en ai eu le désir la première foisl Mais il n'est plus temps de songer au passé; ce qui fait ma peine, est que je ne sais comment réparer le mauvais usage que j'en ai fait. »
11 avoit une tendresse singulière pour sa famille et pour tous ses parents, et ne pouyoit les voir passer ou les rencontrer sans en être attendri; mais l'idée des grandeurs dont ils étoient revêtus l'empêchoit de les aller voir. Il n'en usoit pas ainsi à l'égard des amis avec lesquels un même esprit de piété et de religion l'avoit uni : il aimoit à les voir, à les entretenir, afin d'augmenter sa foi et en conserver la pureté ; il se servoit de leur exemple pour exciter sa ferveur et son zèle dans la piété : « Je ne les oublierai jamais, disoit-il, s'il platt à Dieu, et c'est une de mes plus sensibles consolations, en pensant à eux et aux autres bonnes âmes à qui Dieu m'a uni, de pouvoir dire : Particeps ego sum omnium timerUium te : Je suis lié d'affection et de société avec tous ceux qui vous craignent. » Il portoit l'amour de la pauvreté et du désintéressement au plus haut degré de perfection ; il avoit trèspeu de bien, et cependant, en quittant toutes ses abbayes, il ne s'étolt conservé qu'une pension de deux mille livres sur une d'elles, dont il n'a jamais joui, et en donnoit tous les ans une quittance aux religieux sans en rien recevoir. li avoit abandonné les prétentions qu'il avoit sur ce qui pouvoit lui revenir des biens de sa famille, pour une somme modique, afin d'éviter les contestations et avoir la Paix, et ce qu'il en avoit reçu, il l'avoit mis sur llle de fïordstrand, à la persuasion de M. de Saint-Amour, et n'en rao^oitque peu de chose de temps en temps. Il étoit charmé de ne rien
posséder; ses habits, ses meubles, sa nourriture, tout étoit réduit au simple et pur nécessaire, et ce nécessaire même étoit pauvre et frugal, comme on Pa pu remarquer dans tout ce qu'on a rapporté. Dans une lettre qu'il écrivoit à madame d'Épemon sa sœur, il lui disoit : m II me semble que je suis bien à mon aise de ne devoir rien au monde, et d'avoir besoin de peu de choses, mais il est vrai qu'une de celles dont j'ai plus de consolation de me pouvoir passer, c'est des valets. Je me sers si bien moi-même, au moins pour les petites choses que j'ai à faire pour ma personne et pour ma chambre, que je n'ai jamais si bien été. Un ancien voulant dire ce que c'est qu^m Chrétien, dit que c'est un homme qui a besoin de peu de chose : et en effet que faut-il à celui qui ne cherche que Dieut » Madame sa sœur lui ayant mandé qu'elle lui envoyoit un crucifix, il lui écrivit pour la remercier, et lui dit : « Je crains qu'il ne soit trop beau ; ce n'est pas que j'aime moins qu'autrefois ce qui est propre, mais je ne dois pas avoir des choses de conséquence; je le garderai néanmoins, quel qu'il puisse être, avec joie, et je m'adresserai à ce Dieu crucifié pour le prier pour vous et pour moi. C'est dans son amour que je souhaite d'être à vous comme à lui-même. » Et sur ce que sa sœur lui marquoit le désir qu'elle avoit de lui tout donner après sa mort, il lui répondit : « Je crois avoir eu raison de vous proposer plutôt les pauvres pour en faire vos héritiers et vos légataires, que ni moi , ni aucun autre. Pour ce qui me regarde, après vous avoir remerciée de votre bonne volonté..., je vous dirai que je ne me suis pas retiré du monde pour y rentrer : je n'ai pas quitté ce que je pouvois prétendre pour trouver des prétextes de piété afin d'avoir plus de bien sans scrupule. J'ai souhaité d'être un peu pauvre, je n'y ai pu encore réussir; mais au moins, avec la grâce de Dieu, je ne m'enrichirai point.... »
Ailleurs il disoit : a J'ai toujours beaucoup estimé la parole d'un grand serviteur de Dieu qui disoit qu'il craignoit autant d'être trouvé, au jugement de Dieu, chargé de science inutile que d'argent inutile ; je pense que le dernier ne m'arrivera pas. »
Telle est , dans son ensemble et son moindre détail , cette Vie singulière et qui donne à penser au philosophe , à l'observateur des religions comparées. On voit dans l'Inde un fils de roi, Çakya Mouni, renoncer volontairement aux avantages de sa naissance et se faire religieux errant , pratiquer les austérités et les méditations pour arriver à délivrer le monde des vaines inquiétudes et des agitations du désir, pour raffranchir des craintes de tout genre et des humaines misères. Le monde
oriental reconnaissant salua en lui son sauveur et rédempteur. 11 n'y a nulle proportion sans doute entre les hommes pas plus qu'il n'y a de comparaison à faire entre la gigantesque nature de l'Inde et l'humble vallon de Port-Royal, entre l'Himalaya et les Molerets ^ Le pauvre M. de PontclUteau, avec ses austérités et ses jeûnes, n'était certainement pas dans la voie qui mène à l'InteUigence suprême : il était, pourtant, dans une voie non commune et dont il est juste que lui sachent gré ceux qui travaillent et qui souffrent. On est touché, à quelque degré, de reconnaissance, et l'on comprend surtout le sentiment de ces pauvres gens de la paroisse de Saint Gervais, lorsqu'on le voit, lui, l'enfant des vieilles races, ayant abdiqué si complètement et foulé aux pieds tout ce qui est de sa naissance pour se faire pauvre avec les pauvres et le plus humble entre les petits. Alors aussi, à sa vue, comme pour le royal pénitent d'Asie, ceux qui étaient dans le secret de son déguisement pouvaient se dire entre eux : « Compagnons, quelle chose étonnante et merveilleuse l le fils d'une grande famille, après avoir abandonné ses espérances de grandeur, a l'idée de se baisser tout le jour pour manier comme nous la bêche et le hoyau, pour partager nos sueurs, et pour travailler à la terre sans se soucier de la pluie ni du soleil. » Apprécions sous toutQs ses formes l'élévation du cœur et la hauteur des sentiments.
SUR M. ISSALI PERE.
Le nom de H. Issali ne s'est produit qu'incidemment dans cette Histoite, une première fois à l'occasion des Plaidoyers de M. Le Maître dont il se fit l'éditeur, et une autre fois, tout à la fin, pour le conseil de modération qu'il prit sur lui de donner aux Religieuses dans l'espoir de conjurer la ruine du monastère (tome VI, page 186). On a vu aussi (page 275) la démarche d'une de ses filles auprès de Tarchevêque. Ce fut bien peu de temps après avoir écrit sa lettre à l'abbesse que le digne homme mourut, le 30 juillet 1707, à l'âge de 87 ans. Il légua par son testament mille livres au monastère des Champs et demanda qu'on y portât son cœur. C'est, je le crois, la dernière offrande de ce genre qui y fut faite,
i. C'est (si l'on s'en soavient) le nom d'ane hantear qui dominait les bâtiments de Port^Royai.
c'est le dernier cœur d^ami.du dehors qui y fut déposé. On m'indique dans un manuscrit ' le Remerciement qui fut prononcé au nom des Religieuses, et que je ne me rappelle pas avoir vu ailleurs; je crois devoir le donner ici comme empruntant un intérêt particulier à ces circonstances suprêmes :
« EN RECEVANT LE CGSUR DE M. ISSALI le ?• août 1707.
« Nous recevons avec beaucoup de reconnoissance le cœur que vous nous présentez, très-digne et très-excellent Pasteur ^ ; c'est un dépôt qui nous est précieux par Lien des endroits : c'est ici, Monsieur, que ce cœur a été formé, c'est dans cette maison qu'il a été imbu des plus pures maximes du saint Évangile et qu'il a reçu ces belles impressions qui l'ont rendu si aimable à tous ceux qui l'ont connu. Dès sa plus tendre jeunesse, au lieu de suivre l'exemple de ceux de son âge et d'aller avec eux adorer les veaux de Jéroboam, il alloit, lui seul, à Jérusalem au temple du Seigneur où il adoroit le Dieu d'Israël. On le voyoit dans un Age peu avancé sous la conduite des plus grands maîtres de la piété, et soumis à la discipline de ceux qui, assurément, n'avoient ni la réputation ni la lâcheté d'énerver tant soit peu la vigueur de l'Evangile de Jésus-Christ. Il se retira ici étant encore jeune : il s'y retira avec des hommes mortifiés qui, par des travaux rudes et pénibles, domptoient et crucifioient leur chair pour la soumettre à l'esprit. 11 n'eut point de peur de cette vie dure, austère et pénitente; il passa quelques années avec ces grands personnages ^ ; il vivoit avec eux et comme eux; il mettoit â la charrue des mains encore tendres et délicates et faisolt pénitence dans un âge où l'on ne pense guère qu'à suivre les mouvements et l'impétuosité des passions : après de si heureux commencements, nous ne sommes pas surpris, Monsieur, de l'éloge que vous en faites ; la prospérité et les grands biens n'avoient garde d'affoiblir son cœur; les vents avoient beau souffler et les fleuves se déborder, sa maison étoît bâtie sur la pierre ferme. Nous ne nous étonnons nullement qu'il ait été bon mari, bon père, boa maître et bon paroissien, qu'il ait été si égal, si juste, si équitable, si humble, et que Dieu ait versé tant de bénédictions sur lui et sur sa famille ; ce sont, Monsieur> autant de vertus dont vous venez nous apprendre que vous avez été témoin et spectateur. Aussi laissons-nous à votre charité le
1. Manuscrits de la Bibliothèque Mazarine, n» 35891. 7, M. Issali mourut sur la paroisse de Saint-Étienne-du-Mont, et ce fut très-probablement le curé qui vint présenter son cœur. 3. On a reconnu M. Le Maitre.
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soin de les publier partout à la louange de Jésus^Christ : mais pour nous, nous ne pouvons pas ne point parler de ce que nous avons .TU et de ce que nous avons ressenti.
« M. Issali n^a jamais oublié ses premiers maîtres ni Tobligation qull leur avoit; il s'est toujours fait un honneur d'avoir place dans le cœur de ces hommes de Dieu. Il n'a jamais rougi de reconnoltre cette maison comme le sein dans lequel il avoit été engendré à Jésus-Christ; il se faisoit une gloire d'en être appelé l'ancien ami ; il n'a point craint de prendre sa défense dans des temps difficiles. 11 a fait entendre sa voix publiquement, et tout Israël l'a vu parler pour elle, lorsqu'il étoit bien plus sûr de garder le silence. Il s'est (ait un plaisir de l'honorer et de la servir dans ses disgrâces, de lui donner son temps, ses siieurs et ses peines : il croyoit en devenir meilleur en travaillant pour elle, et se sanctifier en lui rendant service. Aussi ne le recevons-nous ni comme un étranger, ni comme un enfant prodigue qui reviendroit après s'être égaré , mais comme un bon et fidèle serviteur qui a été dire au monde combien doit être sainte l'École où Ton devient si bon chrétien , et apprendre à ce grand calomniateur combien est pure la source où l'on puise des eaux qui rejaillissent ainsi jusqu'à la vie éternelle. Nous le recevons comme un enfant bien né qui, après avoir été montrer aux habitants de Babylone que le mariage et les affaires ne sont point incompatibles avec la rigueur de i'Èvangile et l'austérité sainte de sa morale, revient ensuite se reposer entre les bras de sa mère, s'il est vrai néanmoins qu'il en soit jamais sorti : car, encore un coup, M . Issali a été un ami de tous les temps, et c'est peut-être ici son plus bel éloge. Il a aimé Port-Royal; il Ta beaucoup aimé, il l'a toujours aimé, il l'a aimé jusqu'à la fin, gémissant encore quelques jours avant sa mort de n'être plus en état d'ouvrir sa bouche pour le défendre. Enfin dans ces jours-ci, dans un temps ^.., il veut qu'on sache partout qu'il lui a donné son cœur ; cet homme, plein de foi, n'a pas cru le pouvoir mieux placer ni le confier en des mains plus sûres, plus fidèles et plus dignes de le présenter à Jésus- Christ, qu'en celles de ses chastes épouses. Pendant sa vie, il les a toutes portées dans son cœur ; il leur a donné une fille qu'il y portoit si justement avec elles et qui étoit l'aînée de tous ses enfants (vous savez, 6 mon Dieu, à quoi il a tenu qu'il ne leur en ait donné plus d'une), et après sa mort, n'ayant plus rien à leur ^ off'rir, il leur donne son cœur. Nous le recevons, Monsieur, avec bien de la reconnoissance; nous lui accordons bien volontiers cette placé qu'il a souhaitée et qu'il a si bien méritée, et nous la lui accordons, selon ses désirs, auprès de ces grands hommes qull a toujours tant honorés. C'est un dépôt qui nous sera toujours bien