LIVRE âlXÏÊiJE
Prophéties, eu égard aux événements mêmes dont il était tén^pin; et tandis qtte Bossuet dans U conversation, sonvent citée, qn'il avait eue stVec M, avait bien conçu, dit-on, le plan de ht conversion des Juife et y était entré, mais avouait n'en pas savoir le quomodo (ce qui était fort sage) et ne pensait pas que , pour en venir à celte conversion , il dût nécessairement arriver de grands maui dans l'Église, Du Guet se tenait pour assuré que ce retour, selon lui asseî prochain , serait précédé de grands maux, de grands égarements, et que ces maux n'étaient autres efue ceux ((ni éclataient visiMéiînent alors et se déroulaient coup su^ coup, par let dei^trction de Porl- Royal, la persécution des défenseurs de la Grâce, la proscription dek vraie doctrine chrétienne dans la Bulle Unigenîtus,
Je touche au côté faible de Bu Guet et j'y appuie. Il avait trop vécu dans Tombre, dans un couloir étroit, dans le corridor prolongé de sa: doctrine, où il n'y avait lumière qu'à l'extrémité. Il n'a pas le bon sens élevé, Fétèndue d'horizon, la stabîKté de Bossuet, qui se donne ' du moins tout espace pour distribuer les choses surnaturelles et surhumaines, et qui n'en complique point le ( présent. Lui Bu Guet, il veut appliquer le surnaturel et j le prophétique à bout portant^ et tout atitôur dé lui; il ' a la vue un peu basse, et qui se grossit les objets présents. De là sont nées totttes les illusions floalcs des sectateurs de Port-Royal. Du Guet s'y est arrêté à' mi-chemin et a même voulu revenir sur ses pas, mafe il avait , phis qne personne, ouvert la porte et il n'a pu la refermer. L'ex- \ plication chimérique des Prophétres, qui se grefiFe sur la ruine de Port-Royal et sur la Bulle, s'est introduite sous ses auspices, bien qu'il ait désavoué la secte quand il ^ la vit publiquement délirer.
Une de ses grandes îllusioBS, et cpd k rapproche en-< core de Fénelon, a été son enthousiasme jKfûtt la sœur
Ro86*qui a été sa madame Guyon à loi, et qui faisait réellement concurrence et guerre en ce temps-là à la madame Quyon des Quiétiste» , — une madame Guyon janséniste, ennemie de l'autre; sainte coiitre sainte.
Le neveu de Du Guet racontait, en octobre 1734, à M. d'Étemare qu'en 1706 ou 1707 son oncle, qui faisait des espèces de conférences à l'abbé d'Asfeld et à M. RoUin, leur avait beaucoup parlé des prophéties de la sœur Rose; que, lorsqu'ils étaient effrayés de l'état de l'Ëglise, il leur disait : « Rassurez-vous! une bonne fille a reçu de Dieu des lumières; Dieu lui a fait counoître qu'il viendra un bon Pape qui rendra témoignage à toute l'ancienne doctrine de TÊglise et la fera briller. » Il regardait cela comme très-proche, et sur ce que M. d'Asfeld demandait oii on trouverait un bon Pape? M. Du Guet, en lui frappant sur l'épaule, disait ; « Vous êtes incrédule; mais quand il n'y auroit que Gusani'? »
Cette sœur Rose , autrement dite sœur de Sainte- Croix, était originairement une petite paysanne ou demoiselle de campagne, du midi de la France (je me fais ici l'écho des propos et des on dit jansénistes à son sujet). Son père et sa mère l'ayant apparemment violentée pour se marier, elle ne voulut pas se soumettre à cohabiter avec son mari; elle se défendit en personne qui avait bec et ongles, soutenant qu'elle n'avait pas dit oui. Elle se sauva à Paris vers 1693, et y commença sa vie de béate et de visionnaire. M. de Harlai l'en chassa; elle y revint ensuite sous M. de Noailles et y fit des prosélytes dans le monde le plus respectable. M. Du Guet et M. Boileau, entre autres, s'attachèrent fort à elle comme à une fille inspirée. M. Boileau mourut plein d'estime et de
1. Le Milaoais Gusani, nonce en France, futur cardinal, et qui, promu à la pourpre, ne devait point, d'ailleurs, se montrer favorable au Jansénisme.
respect pour elle. C'est cet abbë Boileau qui disait à M. de Noailles, au sujet du cardinalat : < Vous serez plus grand, Monseigneur, en mettant ce chapeau sous vos pieds qu en le mettant sur votre tête. » La sœur Rose pensa autrement, et qu'il serait plus utile à TÉglise en acceptant: « Car, disait-elle, je frémis et les cheveux me dressent à la tête, parce que je vois combien est affreux et terrible le pontificat que nous allons avoir ^ » Aussi, quand Clément XI parut, tout le monde (ce sont mes auteurs jansénistes qui parlent) fît-il beaucoup d'attention à ce qu'avait dit la sœur Rose. Elle a dit aussi, ce qu'on appliquait à Benoit XIII : « Nous aurons ensuite un Pape qui rétablira un peu les choses, mais il ne durera guère. »
C'est de cette prophétesse que Du Guet eut la faiblesse de s'engouer; lui et M. du Charmel*, ils la conduisirent à La Trappe pour la faire voir à l'abbé de Rancé, qui se refusa absolument à la connaître. C'est là que Saint-Simon les rencontra ensemble, du (îharmel avec qui il était lié déjà, et Du Gruet qu'il rencontrait pour la première fois et dont il a si bien parlé, et lasœnr Rose sur laquelle il est curieux à entendre. Tout en admirant l'éloquence et l'universalité de savoir de l'exoratorien, et en en jouissant avec charme, il n'était pas peu étonné de son attitude en présence de cette béate : « Son attention, sa vénération pour mademoiselle Rose, sa complaisance, son épanouissement à tout ce peu qu'ello disoit, ne laissoient pas de me surprendre.
1. Je re me charge pas de concilier cette prédiction d'un affreux pontificat, avec la promesse qu'elle semblait faire tout à l'heure d'un bon Pape. Les prophétesses comme mademoiselle Rose n'en sont pas à une contradiction près.
2. M. du Charmel, si bien connu depuis Saint-Simon , un de ces hommes de qualité retirés de la Cour , et qui se rattachaient au parti janséniste. M. du Charmel avait surtout confiance en l'abbé Boileau.
M. de Saint-Louis^, tout rond et tout franc, ne la put jamais goûter; il le disoit très-librement à M. du Charmel et le laissoit sentir à M. Du Guet, qui en ëtoient afBigés. »
Quelque temps après, le cardinal de NoaiUes obligea la soeur Rose de quitter Paris (février 1701). Du Guet la revit dans son voyage de Savoie en 1715; car elle était retirée à Annecy. Cependant, vers la fin de sa'vie, témoin dégoûté des Convulsions qui n'étaient ellesmêmes que les conséquences extrêmes de ces premières extases et folies, il disait : « J'ai été une fois trompé, je ne veux pas l'être deux ; j'ai été la dupe de la sœur Rose, je ne veux point l'être des Convulsionnairos. »
Directeur de femmes, et se complaisant un peu trop, on l'a vu, à ce commerce spirituel, Du Guet, malgré sa sévérité, sa circonspection et ses vertus, fut quelque temps la dupe d'une femme, vérifiant ainsi le mot de Nicole : < Il y a une galanterie spirituelle aussi bien qu'une sensuelle, et si l'on n'y prend garde, le commerce avec le» femmes s'y termine d'ordinaire. »
L'attitude de Du Guet et son rôle dans le Jansénisme, en toutes ces années difficiles, méritent d'être définis. Il élait ferme et modéré, et, bien que vif en de certaines circonstances, il ne dépasse jamais des limites qui de loin, somme toute, et le cadre étant donné, nous paraissent celles d'une piété scrupuleuse et prudente. En 1696, la guerre théologique extérieure recommença. Le livre de Y Exposition de la Foi par M, de Barcos, indiscrètement publié par le Père Gerberon, provoqua, nous l'avons dit, une Ordonnance de M. de Noailles*, lequel
1. Un ancien militaire converti, ami de M. de La Trappe et gui demeuraSt dans les dehors <fe Tabbaye.
20 août 1696.
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en censurant Fouvrage, posait pourtant, dans une Instruction dogmatique, la doctrine de la Grâce en un seàs afièlogne on eonforme à celui de sainfl Augustin On a attribué cette partie dogmatique à Bossoet. L'OrdoBfiïance elle-même avait été dressée par Tabbé Boileau, alors attaché ^ 1* archevêque, et ami particulier de Du Guet *. Bref, c'était une Ordonnance que j'appellerai des doctrinaires jansénistes ou du centre gauche^ frappant à droite et à gauche pour asseoir l'équilibre, posant les principes en même temps qu'elle combattait le fait. Fénelon, ennemi des nôtres, disait que Tarchevêque y soufflait le froid et le chaud. Ce froid et ce chaud pi-
1. On courrait risque, si Ton n'était prévenu, de se perdre dans les abbés ïïùfleau de ce temps-là; il n'est pas inutile de les rappeler et de les énumérer une fois pour toutes. Nous avons affaire ici à l'abbé Borïeau si souvent nommé et de notre connaissance, M. Boileau de Vhâteldê Luines, comme on te désignait d'abord : « il est différent^ nous dit un contemporain, d« M. Boileau, le prédicateur fameux (un rival du Père Anselme, et dont l'abbé Le Gendre nous a donné le portrait : il fut de l'Académie Française) , et de M. Boileau, le l^etit docteur j si longtemps doyen de Sens, je dis de l'Église métMpolitaine, àiaintenalùt chanoine de la Sainte-Chapelle, frère de îf. Despréaux ; et pour le distinguer des deux autres, H se nomme m. Boileau de V Archevêché, parce qu'il y demeure, M. de Paris l'y ayant attiré à cause de sa grande piété et des talents die son esprit. U a éminenament celui de la parole. 11 est non-seulement éloquent, mais plein d'onction. 11 possède excellemment l'Écriture, et il l'applique heureusement C'est un autre M . Du Guet. » Et encore (car tout ceci ne se trouve nulle part) : « Boileau le docteur est de Paris. Boileau le prédicateur est de Sens. Boileau de l'Archevêché est d-Agen. Le dernier, qui a beaucoup de part aux Ordonnances et Lettrés pastorales de l'archevêque, est aussi prédicateur; mais son nom ne se trouve point sur la listé comme celui de l'autre qui prêche octave, avent, carême, ayant beaucoup de santé: au lieu que le Boileau d'Agen n'eu a qu'une fort délicate et fort! sujette à être dérangée. Le caractère d^ celui-ci est l'onction. C'est aussi le caractère de Tincoi^çarable abbé DuGuet-Ménars.... V9ilà les trois Boileau bien démêlés. » Ajoutons que le même M. Boileau s'appela dans les derniers temps, et depuis sa retraite de l'Archevêché, M. Boileau, chafnoi'né âé Saint-flfonoré. 11 est ainsi désigné dans la relation de lamoVtdeKacihe, qu'il assista pendant sa dernière maladie.
j60 port- royal.
quèrent également. Les Jésuites s'irritèrent ; les Jansénistes purs prirent feu et s'étonnèrent que le nouvel archevêque ne les acceptât point tout entiers. Mais Du Guet, rhomme de bon conseil, fut d'avis qu'on aurait grand tort de rompre à ce sujet, et qu'au contraire il fallait avant tout se féliciter et jouiravec reconnaissance de voir les principes si clairement posés, en se tenant, quant au point de la condamnation, dans le silence respectueux. Ilpiit ce biais d'écrire à Tabbé Boileau une Lettre, qui ne^ pouvait manquer de courir :
• Depuis mon retour, Monsieur, écrivait-il à cet abbé, j*ai lu la Censure de Monseigneur l'Archevêque, et j'y ai trouvé de si grands avantages pour l'Église et la Vérité, que je ne puis m'empêcher, après en avoir rendu grâces à Dieu, de vous témoigner combien j'en suis touché.
i Depuis les contestations, il n'y a point d'exemple d'une déclaration si précise ni si authentique de ce qu'on doit croire sur la Grâce toute-puissante de Jésus-Christ, et sur la prédestination avant tous les mérites. Il sembloit depuis longtemps que les évêques des plus grands sièges fussent les plus timides; on paroissoit appréhender jusqu'au nom de la Grâce du Sauveur; on ne prenoit de précautions que contre elle, et l'on eût dit qu'il n'y avoit rien à craindre du côté de l'orgueil des hommes et de leur ingratitude. G'étoit presque se rendre suspect que d'oser les faire souvenir de la foiblesse et de l'impuissance de leur liberté pour le bien. Le nom de saint Augustin étoit, à l'égard de bien des gens, devenu un nom de parti ; sa doctrine n'étoit regardée par plusieurs que comme une opinion qu'on pouvoit également abandonner ou choisir ; quelques-uns môme avoient la témérité de la traiter de nouvelle, et de fausse par conséquent. Les Hérétiques voyoient avec joie ce décri du plus grand défenseur de l'Église ; et les Sociniens commençoient à espérer que le Dieu d'Augustin (c'est ainsi qu'ils appellent quelquefois l'adorable Trinité) ne seroit plus servi quand saint Augustin ne seroit plus respecté.
c La Censure de Monseigneur l'Archevêque tire la Vérité de l'indigne servitude où on la tenoit captive, et en propo-
sant les livres de saint Augustin pour règles de la foi, principalement ceux dont les ennemis de la Grâce ont le plus murmuré, elle lui rend la qualité de juge et de maître, console ses disciples, apprend aux autres à le devenir, et termine ainsi toutes les disputes. >
Il développe et démontre les principes de TÛrdonnancp, en tire tout le parti possible, et venant à la Censure particulière, à ce qui est de Jansénius et au fait qui lui est imputé, il pense que c*est peu important, puisque l'essentiel est sauf et qu'on est d*accord sur la définition de doctrine :
t Qu'importe ce qu'on pense d'une secte qui ne fut jamais, si les supérieurs n'écoutent plus la calomnie qui s'efl'orce de la réaliser? Quel intérêt ont les particuliers de sejuslifier,si c'est un fantôme qui est accusé? Qu'on soit content de la seconde partie de la Censure, et dès lors la première n'est plus d'usage; car, si l'on ne pense rien de plus, tout est en paix ou doit y être.
« Enfin ce n'est point une chose qu'on puisse éviter en cette vie, où les cœurs ne sont pas connus, et où les expressions les plus claires peuvent être mal expliquées, que des personnes très-orthodoxes soient soupçonnées d'erreur, et traitées pour cela avec injustice par des hommes très-saint; et très-catholiques, auxquels ils sont unis par l'amour de la vérité, lors même qu'elle paroit les diviser *....
c Ces sortes d'injustices involontaires ne sont point importantes quand de part et d'autre on convient du dogme, et qu'on ne se trompe que pour les personnes et dans le fait. C'est alors un malheur plutôt qu'un véritable mal; et c'est
1. Tout cela est doublé de passages de saint Augustin, que Du Guet n'a fait que traduire et paraphraser à l'avance, et dont il s'appuie Du Guet avait au suprême degré l'art des citations et applications. « M. Du Guet a cela d'admirable, disaient ceux qui Font le mieux connu, que 'les passages qu'il cite semblent, pour ainsi dire, avoir été faits pour le sujet qu'il traite et pour l'endroit où il les place. » Tous cei à-propos sont perdus pour nous aujourd'hui.
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plutôt la conditioa 4e cette vie qa^ïl en faut accuser, que la volonté id^s Pa^urs....
c G'eat précisément de quoi il a'a^it ici, car 09 coaviefit die tout dans la doctrine ; on assure qu'on est dan$ les mêmes sentiments, et si cela est, comme j'ai lieu de le croire, pourquoi n'oublie-t-on pas son intérêt propre dès que la Vérité est en assurance, et que n'imite-t-on ce souhait de TApôtre, qu^elle soit connue et honorée pendant que nous serons nousmêmes dans la confusion : Nos autemut reprobi simus? »
Cette Lettre n'avait pas été destinée à la publication, mais seulement à circuler dans quelques mains elle fut imprimée toutefois sans le consentement de l'auteur : elle fit éclat. Plusieurs Tapprouvèrent comme sage, d'autre la taxèrent de faiblesse ; quelques-uns y virent un blâme malin sous air de louange. Dans une aec^de Lettre à Tabbé Boileau, qui fut ^ès d'être publiée du gré de Tauteur, mais qu'il retira, sachant qu'on y voulait faire dos altérations, on lit :
c II a plu à Dieu de bénir une intention que j'ai lieu de croire qu'il m'avoit inspirée ; mais le succès n'a pas été général. Le zèle de quelques-uns a trouvé de la foiblesse dans le mien ; ils ont appréhendéque l'intérêt de la charité et de la paix ne m*eût rendu moins attentif à la Vérité; en un mot, s'ils avoient eu comme moi la plume à la main, ils auroient parlé avec toute une autre dignité et tout un autre courage; Tout cela peut être vrai, mais n'est pas prouvé ; et quand il le sera, je ne trouverai point mauvais qu'on fasse mieux que moi, qu'on écrive et qu'on parle avec «èle : je supplie seulement que ce soit avec sagesse, avec humilité, et surtout avec connoissance.
f II y a longtemps que je suis persuadé que la Vérité n'a besoin d'aucune autre compagne que de la Charité, qui est toujours éclairée, toujours patiente, toujours douce, toujours attentive au bien public, c'est-à-dire à celui des autres, et non à celui qui paroit être sien. Elle couvre les maux que le silence peut guérir; elle applaudit à la Vérité dès qu'elle est annoncée; surtout elle ne fait rien contre les règles, et l'autorité que Jésus-Christ a donnée aux évêques lui paroit infi-
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niment plu0 digne de respect que Ponction de Saûi, dont David ne put toucher h robe avec Tépée, môme dans le dessein de lui prouver son respect et sa fidélité, sans se sentir ému d'une secrète horreur de piété et de religion....
« Il est naturel à l'homme de penser que son indignation sert beaucoup à la juste cause de la Vérité ; mais le Saint- Esprit nous apprend le contraire : « Ira viri justitiam non operatur *. » — La sagesse, quand elle est un don du Père céleste, a toujours une certaine pudeur qui la discerne de celle qui n'est qu'humaine, et dont le caractère est d'être hardie jusqu'à l'insolence : c Quse autemdesursum est sapientia, primum quidem pudica e$t, » — Elle ajme la paix et la procure, au Ueu que l'autre aime les contestations et le bruit: pacifica, — pille jsst modeste et retenue ; ne disant que ce qu'il £aut dire, et toujours de la manière la plus respectueuse et la plus douce; bien aise de se cacher, s'il est possible, en montrant la Vérité , et évitant de partager avec elle l'attention et l'amour qu'elle désire lui attirer : modesta. — Elle est toujours .prête à écouter avec docilité et même avec bonté ce qu'on lui dit; elle n'est ni dure ni inflexible, et surtout elle a un sensible attrait pour les gens de bien ; prête k les excuser dans tout ce qui peut recevoir une interprétation favorable, et répondant à leur charité par un amour sans déguisement et sans feinte : siAadibiliSy bonis consentiens^ plena misericordia^ non judicans^ sine simulatione,
« Voilà, et ie ne le désavouerai point, le modèle- que je voudrois me proposer, si j'étois contraint à écrire ou à parler *. »
Ce que voulait Du Guet était sage, à la fois politique
1 . Il ne fait ici , et dans tout ce qui suit, que paraphraser l'apêtre saint Jacques , et user ingénieusement de sa parole pour donner de fins et doux conseils à l'adresse des zélés et des exagérés du parti.
2. Pour ceux qui trouvaient qu'il avait été trop doux et trop faible, Du Guet disait encore dans la familiarité avec l'agrément qui le caractérise : « Gomment faire? celui que je tâche de défendre (l'Archevêque) est enfoncé dans un bourbier si avant qu'il ne montre qu'un doigt. Je le prends par là et je le retire de mon mieux. Est-ce qu'on voudroit qu'on l'y enfonçât encore davan-
et profondément chrétien, mais tiap contraire à la loi des partis pour être autre chose qu'une honorable exception et un conseil inutile d'une douce et belle âme. Son Écrit partagea le sort de TOrdonnance, et eut pour effet le plus certain de mécontenter tout le monde. Un anonyme, que d*abord on crut être son ami et ancien confrère Quesnel, lui répondit (11 mars 1697)^ avec des raisons toutefois et des égards ^ M.Louail et roademoi-
1. Cette réponse, qu'on a aussi attribuée à mademoiselle de JoncouT, était d'un M. Morel, ami de Port-Royal et parent de M. Marignier, l'un des derniers confesseurs. Mais en oppôsant) même par erreur , dans cette circonstance le nom de Quesnel à celui de Du Guet , l'opinion janséniste ne se trompait pas en un sens général; car il est bien vrai que dans Quesnel se personnifiait l'influence active, agressive, de même que Du Guet représentait l'influence modératrice. C'était le rôle qu'on leur prêtait, et non sans motifs.— J'ai trouvé depuis, dans les lettres de M. Vuillart, l'expression fort naïve et fort vive'de ce que pensaient et sentaient les Jansénistes sévères de cette Ordonnance à deux faces : « L'on n'y peut voir sans être pénétré de douleur, disait M. Viiillart, comme on a joint le mort au vivant; car on y tue d'abord pour y rendre, après, la vie. Pourquo faire d'abord le mal, afin de faire ensuite le bien? N'est-ce pas contrevenir à l'Apôtre qui dit : Son sufU facienda mala, ut ete~ niant hona? » On plaignait l'Archevêque de n'avoir point su examiner la chose par lui-même et de s'en être tenu à des impressions de jeunesse : « M. l'Archevêque a été instruit sur le fait (de Jansénius) par le Père Amelotte ; il étoit son disciple. Ce Père étOit infatué sur le /iit/, comnne l'est aussi le plus savant de nos prélats qu'on croit avoir plus de part que qui que ce soit à l'Ordonnance. >» On reconnaît là Bossuet; on le reconnaît encore dans l'exclamation suivante arrachée à l'un des fidèles selon saint Augustin et que je crois bien n'être autre que le Père Quesnel : • Un de ceux qui sait le mieux gémir et qui le fait avec plus de connoissance de cause, dit de l'abondance du cœur : que c*est grand'pitié d'ignorer des faits capitaux^ et de faire l^historien; de vouloir établir la paix^ et de faire ce qu'il faut pour rallumer la guerre; d^avoir le meûleur conseil du motidey et de ne le suivre que pour se garder de faire encore plus mal (voilà pour M. de Noailles; ce qui suit regarde Bossuet) : que les préjugés de la jeunesse sont bien honteux à des hommes faits; queVauteur de la première partie est de ce nombre, malgré la grandeur et la
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selle de Joncoux, des plus feryenlsdans cette génération d'alors qui aspirait à succéder en droite ligne à celle de Port-Royal, prirent occasion de ce conflit pouf donner une Histoire abrégée du Jansénisme, qui répondit au zèle du plus grand nombre et jeta de l'huile dans le feu.
En même temps que, sur le fait^ Du Guet se montrait coulant et conciliant, il ne cédait en rien sur la doctrine, et une discussion sur le système de la Grâce générale de Nicole s'étant engagée dans les années qui suivirent, il écrivit une lettre solide qui en est une savante et forte réfutation. Du Guet, par ce témoignage qu'il donna (< quoiqu'il n'y eût pas de questions, dit-il, qu'il fût plus éloigné de traiter par écrit que celles qui partagent les Catholiques sur les matières de Grâce »), faisait assez comprendre que la modération qu'il souhaitait dans la. conduite n'était pas du relâchement dans le dogme. Nous avons ainsi sa mesure de conciliation et de fermeté.
Si cette ligne de conduite avait prévalu, les affaires du Jansénisme n'en eussent pas été plus mal. Fénelon, très-attentif et très-ennemi, avait été .fort frappé du renouvellement de zèle et de force dans ce parti qu'on croyait abattu, et qui reprit une nouvelle vigueur dans les premières années du siècle. Il le redoutait principalement aux approches d'un nouveau règne et d'une minorité ; il imaginait même toutes sortes de plans pour le combattre, jusqu'à vouloir refaire en sens inverse des espèces de Provinciales. Mais il ne craignait rien tant que ce Jansénisme radouci et mitigé qui aurait eu
solidité de son esprit^ et que les oreilles lui cornent encore (allusion à son ancien maître le docteur Cornet) à 64 ou 65 ans du bruit dont on V effarouchait à 25 ; mais qu'outre tout cela on est dans un pays où Von craint de voir Vinnocence des foibles, de pevr d'être obligé de choquer Vinsolence des gens de crédit. Pectoba cjECkl Dat veniam corvis, etc. — Je ne sais rien de digne d'6tr« ajputé à ce beau morceau de réflexions. » (Lettre de M. Vuill^t^ Bl. de Préfontaine, du 8 novembre 1696.)
tant de facilité pour se glisser sous le Gallicanisme, et assez de sagesse pour ne pas tout compromettre. Ce Jansénisme raàouci et mitigé^ mais qui avait peu de chances de se faire accepter des nouveaux venus dans le parti, était celui de Du Guet.
£n 1707, on avait imprimé de lui un livre de pure édification, un Traité sur la Prière publiqvsj qui est un de ses ouvrages les plus cités. C'était une réponse faite à un chanoine de Téglise de Reims qui le consultait, et lui demandait comment il fallait s'y prendre pour suffire d'esprit et d'attention à cet amas de prières que Tabus des fondations pieuses avait attachées à de certaines charges ; en d'autres termes, comment on pouvait être chanoine, et non pas en faire le métier, mais en remplir le ministère en conscience, avec piété, avec présence d'esprit et de cœur pendant de si longs offices, et sans laùser à des chantres gagés le soin de louer Dieu? Du Guet, en répondant, n'est pas sans reconnaître l'abus de ces surcroîts d'offices ; il indique les moyens cependant et les motifs d'une prière toujours vive et jaillissante ; il donne autant que possible la méthode de bien prier. Mais ce livre relativement excellent, marqué presque à chaque page au cachet de sa destination première, a perdu de son intérêt et de son application, même pour les Chrétiens, s'ils ne sont ni chanoines ni ecclésiastiques.
En 1715, un peu avant la mort de Louis XIV, Du Guet fut inquiété k l'occasion d'une Dissertation trèsvive qui parut contre la Bulle Unigenitus et que le Parlement condamna. Quelques personnes supposaient, tout en s'en étonnant, que Du Guet était pour quelque chose dans un écrit si passionné > et le Père Tellier le faisait presser d'écrire contre et de s'expliquer, probablement pour faire taire ces bruits. Quoi qu'il en jsçit, Du Guet crut voir un piège dans une insinuation théo-
logique qui lui arrivait par le canal du lieutenant de police d'Argenson S et son imagination un peu timorée l'emporta hors de France à l'abbaye dé Tamied en Sa-. voie, où il demeura quelques mois sans que peréobne, pas même le président de Ménars, sût le lieu de son refuge. Il était de retour à Paris chez le président avaût la fin de l'anuée. Sou nom se trouve sur les fameuses Listes du renouvellenient d'Appel en 1721 (je copie les Nouvelles ecclésiastiques) ; il s'agit de l'Appel au prochain Concile général. Sur ce chapitre de la Bulle, Du Guet
1. Le dimanche 26 mai 1715, M. d'Argenson écrivit à Du Guet qu'il avait ordre de l'enUetenir, et il le t)riait que ce fût le marii suivâilt. La lettre fut portée à l'hôtel de Méhats aVèc quelque ostentatioti. Du Guet se rendit chez M. d'Argenson au jour marqué. Ce magistrat, après l'avoir sondé par quelques questions générales qu'il lui fit avec beaucoup d'honnêteté, lui déclara qtie l'ordre quHl avait reçu du roi sur soh sujet par une lettré du comte de Pbntchartrain, était de savoir de lui s'il était véritablement l'auteur .de trois ouvrages (dont le principal était une Dissertation qui avait pour titre Témoignage de la Vérité) , quels étaient ses sentiments sur ces ouvrages, H s'il serait disposé a écrire contre : a Car le roi sait, ajouta-t-il, qtie vous écrivez bien, et il souhaite que vous me marquiez quand vous pourrez , commencer et quand vous croirez pouvoir finir, Sa Majesté voulant voir elle-même votre ouvrage avant qu'il paroisse. » Du Guet sentit le piège et répondit évasivement. 11 déclara n'être l'auteur d'aucun des trois ouvrages indiqués, n'en avoir même lu que deux et assez légèrement, et témoigna n'être pas disposé à écrire' . contre. Étant parti peu après pour Neuville, maison de campài^ne du président, il y reçut une seconde lettre de M. d'Argerisôh écrite à la date du 6 juin; il y fit réponse le 12 en s'excusant sur sa mauvaise santé, et il se déroba à tous le 19. il se retira à Tamièd, d'où, ayant appris la mort de Louis XIV (septembre) il sortit au mois d'octobre suivant pour revenir à Pai-is J'emprunte ce récit au tome premier de V Histoire de la Constitution, par M. Louail; remarquez qu'il y est dit octobre suivant, et non octobre de Vannée suivante, comme l'ont entendu quelques bio^ranhes, qui prolongent sans Nécessité lé séjour de Du Guet en Sa iroie Jdàqu'en ltl6. Une fois Louis XIV mort, Du Guet n'avait aucune raison pour y rester.
fut invariable. Il se proDooça avec fermeté et courage dans plusieurs écrits devenus publics, particulièrement dans une Lettre à l'évéque de Montpellier, Golbert, en 1724, pour le féliciter de sa résistance à recevoir le For- ' mulaire dans son diocèse ^ Cette démarche, et les inquiétudes qui en furent la suite, le forcèrent de quitter Paris. Ses dernières années furent errantes; nous le trouvons à Troyes (1724-1728), puis à Paris, caché au faubourg Saint-Marceau (1730)*. Il alla, cette année
1. Selon les zélés, raffaiblissement de Du Guet commença à se faire sentir à la suite de cet acte de vigueur. Le dernier trait de vivacité de M. Du Guet fut, disent-ils, lorsque sortit l'Arrêt du Conseil du 21 septembre 1724, qui vint frapper M. de Montpellier. Il fut alors question plus que jamais de publier les noms de ceux qui avaient écrit à ce prélat pour adhérer à sa cause. M. Du Guet était d'un grand zèle pour la publication, et, dans son impatience, il publia sa Lettre sans (différer ; elle parut en effet le 2 Qovem • bre. Cet acte enflamma le courage des Appelants, qui jusque-là le regardaient comme leur père et leur guide. M. Boursier s'écriait : « Quoi! nous laisserons périr M. Du Guet qui se jette à travers les flammes!... » M. d'Étemare, alors en Touraine, trouvait de l'inconvénient à la publication de ces Listes. Il revint à Paris pour s'expliquer avec les amis ; il arriva vers la mi-novemore. M. Du Guet était déjà caché à cause de sa Lettre publiée le 2. M. d'Etemare, qui en 1721 avait traité avec M. Du Guet l'affaire des Listes, fut fort surpris de voir que M. Du Guet était caché même pour lui. Sensible à cette diminution de confiance et à ce petit échec personnel, il Tait remonter à cette date le léger affaiblissement d'esprit ou de caractère de M. Du Guet.
2. Il s'était confiné, depuis les derniers jours de juin 1730, dans un appartement, au troisième étage, d'une maison où il habitait depuis huit ou neuf mois; sa nièce était avec lui. 11 y fut découvert, le 8 août, par des exempts, entre lesquels on cite l'odieux et redouté Vanneroux. Du Guet était en prière dans une petite chapelle particulière, que M. de Noailles l'avait depuis longtemps autorisé à avoir à son domicile. Pendant qu'on était aile prévenir de la découverte le lieutenant de police M. Hérault, le doux vieillard, avec la paix peinte sur le visage, tint des discours pleins de grâce et de dignité aux commissaire, exempts tt archers qui étaient restés présents. Il dit, entre autres choses, « qu'il y avoit cinquante ans qu'il étoit persécuté sans qu'il eût
même, en Hollande. Octogénaire à son tour comme j Quesnel et comme Amauld, il y fut reçu avec distinction / par Tarchevêque de cette petite Église schismatique / d'Utrecht, M. Barchmann. On m'a montré à Amersfoort^ la rae étroite et la maison où il habita. Il revint à j Troyes encore (1731-1732), puis à Paris où il moumt. Dans ces situations diverses et tourmentées, il garda son esprit de douceur, sa clarté de vues. J'ai parlé de sa fermeté sur le chapitre de la Bulle ; voici une lettre qui me parait limiter et fixer cette fermeté dans la mes^nre d'une bien édifiante tolérance. Il répondait à un prêtre de l'Oratoire, qui le consultait pour savoir s'il était obligé de se déclarer dans lés affaires de l'Église, en 1722 :
ff Si ma réponse, lui disait-il, n'est pas aussi précise que vous le désirez, -attribuez-le, s'il vous plaît, à vos dispositions et non à un défaut de confiance, car je m'en sens une entière pour vous, et je me repose pleinement sur votre prudence et sur votre vertu.
t II parolt que vous doutez entre deux partis, et que vous espérez que mon conseil vous déterminera à Vun des deux. C'est une déférence pour mon avis que je ne mérite point; mais le désir de vous tirer d'inquiétude me feroit passer par-dessus toutes les raisons de modestie et de sagesse qui devroient me retenir, si le doute ob. vous êtes ressembloit à ceux qu'on peut calmer par une décision.
« Il faut, dans l'affaire dont il s'agit, trouver la réponse
pu savoir encore pour quelle bonne action ce pouvoit être; car pour de mauvaises, par la miséricorde de Dieu, il n'en a voit point commis. » Il ajouta que, « pour éteindre toute envie, toute jalousie, toute inquiétude, il avoit pris la résolution de s'enterrer tout vivant; que si l'on n'étoit pas content du tombeau où il s'étoit enfermé, et qu'on voulût le conduire dans un autre dont la porte seroit murée, il étoit près d'y descendre ; que Dieu y seroit sa consolation et son soutien, que la Sagesse y descendroit avec lui, et qu'un jour le juste Juge rendroit à chacun selon ses œuvres. » On mit, d'ailleurs, des égard i dans l'exécution des ordres, et Du Guet eut toute liberté de so retirer.
dans son propre fonds, être éclairé par ses propres lumières, ètrç soutenu par son propre courage. Tout ce qui est étranger ç^ i^u^éré s'évanouili dans la tentation : on e^t ran(iené par les inconvénients à ses propres pensées et à ^on ancien douté, et rien ne subsiste que ce qui est naturel.
t C'est beaucoup même que ceux qui n'ont jamais douté, et qui ont été vivement frappés des raisons qui leur ont fait choisir un parti ferme et généreux, se soutiennent dans le temps de l'épreuve^ L'exemple presque universel les étonne, et leur solitude leur devient i^uspecte : ils commencent à craindre l'orgueil où ils n'avoient vu que de la fermeté ; ils n*osent juger ceux qui les condamnent ; ils respectent leur vertu , et ensuite leurs sentiments. Ils sont effrayés des suites, et pour le temporel et pour la religion même, que la résistance invincible attireroit; ils cherchent des mitigations qui puissent allier leur conscience et leur repos ; ils consultent des personnes très-respectables d'ailleurs, mais dont ils connoissent depuis longtemps les préjugés; et s'ils ne sont pas entièrement calmés ou par leurs propres raisonnements, ou par l'autorité des autres-, ils tâchent de réparer le mal par un remède secret, et de détruire un témoignage public par un désaveu clandestin.
a Ce n'est point à moi à les juger; ils sont mes maîtres, et je suis à leurs pieds*. Dieu seul connoit les consciences
1. Du Guet fait certainement allusion ici à ce qui se passait dans rOratôire, où son ancien ami et maître le Père de La Tour, génér rai de la Congrégation , qui s'était d*abord opposé le plus qu'il avait pu à l'acceptation de la Bulle, était revenu sur son propre avis par crainte des suites, de peur qu'une scission ouverte n'amenât le schisme dans l'Église ou que sa Congrégation ne pérît. D'opposant il s'était fait l'un des promoteurs zélés de l'accommodement de 1720; et comme un des confrères du Père de La Tour lui t moignait son élonnement sur ses variations dans cette affaire, il lui avait répondu par ringénieux apologue suivant : a On fait une assemblée 4p médecins pour consulter sur l'état d'un malade : Tun d'eux dit qu'il faut donner Témétique, les autres trouvent le remède trop fort, et le rejettent. Quelque temps après, on les assemble de nouveau : ceux qui avoient rejeté la proposition y reviennent, et croient qu'ils ne manqueront pas d'être appuyés par celui qui, dans la première a^^emblée, en avoit ouvert l'avis ; mais, contre leur attente, ce médecin n'est plus pour l'émétique, et il allègue pour raison
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et le fond des cœurs, et c^est à lui à révéler dans le dernier jour ce qu'il approuve dans une telle conduite, ou ce qu'il y condanxne. Mais Texpérience que je fais tous les jours de ces variation^, ^t Içs inconvénients affreujç qui sout inévitables quand on ne suit pas la route général^, me fortifient dans une résolution prise depuis longtemps, de ne porter personne au delà de ses vues et de ses doutes, et de laisser dans l'incertitude ceux qui m'avouent qu'ils y sont retenus par une impression presque égale des raisons et des motii^ contraires. Je me contente alors de les plaindre et d'être touché de leur perplexité ; mais comme le remède n'en est pas dans mes mains, je suis contraint d'être simple spectateur d'un mal que j|e ne puis empêcher.
a Je serai moins réservé, mon Révérend Père, sur l'autre question que vous me faites l'honneur de me proposer, et je réponds qu'il y a des occasions où l'on ne peut, sans péché* dissimuler cq qu'on doit k la Vérité, à la justice, aux gens de bien, a ceux qui ont le malheur de leur être opposés. »
Sur tous les points, nous retrouverions dans les der- f ûières années de Du Guet cette lumière et cette mesure i à la()uelle il nous a de bonne heure accoutumés. Il est le Nicole de ces temps opiniâtres et querelleurs, de ces temps insensés et convulsifs. Et de même que Nicole parait avoir cru médiocrement aux miracles opérés par les reliques de M. de Pontchâleau, de même Du Guet a peu de foi aux miracles opérés sur la tombe du diacre Paris. Sans se bien rendre compte du côté tout physique et physiologique de la question, qui n'est pas bien éclairci encore, il se prononce du moins contre la divinité des Convulsions. Il rompt en visière à ce sujet avec le journal du parti, les Nouvelles ecclésiastiques, et lo
qu'il û'est plus temps, et qu'il ne reste plus au malade ass^z de iorce pour supporter un remède si agissant » — • En répondant à l'oratorien qui le consultait, Du Guet semble avoir constajament en vue cet avis et ce procédé du Père de La Tour, procédé qui n'est pas le sien, mais qu'il évite de contredire ouvertement.
rappelle à la prudence. Mais ceci demande quelques explications.
Du Guety depuis quelques années, et malgré les persécutions qu'il ne cessait de subir, n'allait pas aussi loin que l'auraient désiré quelques-uns des amis. Aussi disait-on tout Las qu'il baissait. Il y avait alors au sein du Jansénisme des influences rivales^ et comme des directions occultes, qui se croisaient. L'influence de M. Boursier contre-balançait celle de Du Guet, et ou soupçonnait ce dernier d'en être mécontent. On se rappelait lui avoir entendu dire dès 1721 : « M. Boursier est secret jusqu'au mystère. »
Un inconvénient réel de la situation de Du Guet en ses dernières années, c'était qu'il avait près de lui une nièce, madame Mol, personne active, impétueuse, violente, et qui paraissait mener son oncle, même quand celui-ci ne faisait rien que de raisonnable, et qu'il n'eût également fait sans elle« de lui-même ^
Il nous est impossible toutefois, après avoir entendu tous les dits et contredits*, de ne pas juger que Du
1. Cetle nièce, qui avait du courage, put lui être utile dans certaines circonstances difficiles ; mais, à d'autres moments, elle le compromettait par ses indiscrétions. Elle fermait les abords autour de lui ; il ignorait bien des choses qui se passaient. Il n'était pas siins avoir le soupçon de quelques-uns de ces inconvénients, et il lui échappa un jour de dire, vers 1729 : « Oui me délivrera de cette femme-là? » — La marquise de Vieuxbourg, qui tenait le premier rang parmi les dames de la Grâce au commencement du dix-huitième siècle, et de laquelle on disait, pour la définir, « qu'elle étoit entre les femmes ce que M. Du Guet étoit entre le» hommes, » tombait d'accord avec M. d'Étemare, en 1729, « qu'il conviendroit à M. Du Guet, à cause de son grand âge, de vivre dans le repos ; et qu'il auroit été à désirer qu'il eût eu auprès de lui son neveu à la place de sa nièce. Il est bien affligeant, ajoutaitelle, qu'on soit obligé de recourir à 1 1 vieillesse d'un si grand homme pour excuser en lui certaines choses. »
2. On les trouve très au complet dans les manuscrits de la Bibliothèque de Troyes.
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. Guet avait raison et cent fois raison contre les crédules et les fanatiques à qui il avait afifaire, même parmi les gens d'esprit du parti. Ceux-ci (et notamment M. d'Étemare le premier élève de Du Guet, et élève devenu dissident) avaient une idée principale, c'est qu'une nouvelle Ere était ouverte par la Bulle, cette Bulle subversive du Christianisme ; que Rome n'était plus dans Rome, que rÉglise n'était plus dans TÉglise ; que cette Église véritable, il la fallait désormais chercher dans le Corps des Appelants et Réappelants, et non ailleurs ; qu'il le fallait dire hautement et professer : « Il ne suffisoit plus d'enseigner la vérité par l'Écriture, la tradition, saint Thomas, cela est de tous les temps ; il falloit montrer cette suite d'hommes que Dieu s'est réservés, Messieurs de Port-Royal, les Appelants, etc.; il étoit temps de dire que c'étoit un Corps. » Il allait jusqu'à se poser cette question : Peut-on se sauver sans connaître les Appelants et en être ? « Je n'ai jamais répondu directement à cette question, disait-il, mais j'ai toujours demandé si, dans les quarante années qui s'écoulèrent depuis la mort de Jésus-Christ jusqu'à la ruine de Jérusalem, on étoit obligé de connoître Jésus-Christ; si, du temps de l'Arianisme, il falloit être du parti d'Athanase. » — Il remarqua un jour que le premier apologiste chrétien s'appelait Quadraty ce qui était précisément le nom de M. de Carré de Montgeron, l'apologiste des Convulsions. — Ainsi on recommençait l'Église.
On voit la fausse vue, la folie systématique, la prétention de changer de lit le cours du fleuve catholique, et de le détourner, de le transporter tout eotier dans un petit canal artificiel, dans un canal voisin d'Utrecht, de l'enfermer désormais dans le parti, jusqu'à inscrire sur la porte de clôture : Hors de /à, pas de salut!
Du Guet, est-il besoin de le dire? ne pouvait donner dans de telles visées rétrécies. Il n'avait pas le goût du
schisme ; il n'avait pas à son service de ces sophismes encore plus bizarreli qu'ingénieux pour l'aiie!' à voir • dans la secte une Catholicité de forme toute nouvelle. Il aimait à ce que ses ouvages parussent avec l'approbation ecclésiastique*, H aimait lunité. S'il regrettait les erreurs, les déviations dans le cours du grand fleuve, il espérait sans doute une rentrée plus ou moins prochaine dans les voies légitimes de la tradition, et il laissait à Dieu le soin de ménager ces retours par des moyens à lui connus. Sans être, comme on le disait, un saint Augustin, et en aimant trop le demi-jour pour un docteur, il n'était pas homme à faire aboutir toute cette vaste tradition qu'il possédait si bien à l'espèce de culde-sac où s'imprimaient en cachette les Nouvelles ecclésiastiques, et à la petite école de Rhynwick *.
1. C'était le contraire pour M. d'Étemare, qui disait : «Pour moi, j'^i toujours eu un goût tout différent; j'ai voulu que tous oaes ouvrages sentissent le Janséniste , V Appelant. » Et, parlai à un jeune homme qui devait prendre les Ordres, il ajoutait: « Par àuite du même esprit par lequel, eiî cela différent de M. Du Guet, ^aimerpis mieux que mes ouvrages parussent sans Privilège^ j'aimerois mieux que vous reçussiez la tonsure des mains de M. l'archevêque d'Utrecht que de l'archevêque de Paris ou de M. de Soissons. » *
2. On peut voir dans le passage suivant du livre des Caractères de la ChfLritéf où il est fait allusion à l'état d'oppression trop habituel à lui et à ses amis, combien Du Guet était loin d'en tirer argument et prétexte pour rompre avec l'autorité établie :
« U arrive quelquefois que sans être exposé à une persécution domestique et prochaine, telle que je viens de l'expliquer (il vient de. parler des persécutions auxquelles on peut être en butte jusque dans sa propre faÂille), on éprouve quelque chose de pareil dans une partie de l'Église, où , sans l'a.voir mérité , on devient odieux et suspect à des persoiWfS puissantes , qui agissent selon leurs préventions sans vouloir les approfondir , et qui ajoutent à des traitements injustes , non-seulement rexduswxA des dignités et des emplois , mais la séparation même des sacrepepil^ ^ des prières publiques. Une telle tentation , quand oii n'est pas bien îbndi dans la charité , porteroit naturellement à s'aigrir t^ntre TAUtetîié âôn^ Tabus est manifeste, surtout qiiand on n'a ni protection ni asile, et qu^ la multitude des charnels, comnïe parle saint Augustin, ôte Tespérance d^obtenir justice dans aucun tribunal ; mais c'est alors que ta charité (de
Et c'est ce qui faisait que les purs, les zélés du parti j notèrent ^i lui, à dater d'un certain jour, des signes ( d'affaiblissement. Il est vrai qu'on n'en parlait qu'avec respect encore, et .comme de la faiblesse d'un grand homme: « M. Du Guet, ahl je lui ai trop d'obligation pour en dire du mal , s'écriait M. d'Étemare ; je le respecte comme mon père, et je lui ai offert de Têtre. »
« J'avois été autrefois porté, disait-il, à croire que M. Du Guet étoit un plus grand esprit que saint Augustin, mais j'en suis bien revenu, et je crois que saint Augustin, dans son total, lui est bien supérieur, quoique M. Du Guet soit supérieur à saint Augustin pour certaines parties. »
Voici qui est assez piquant et qui a du vrai ; c'est toujours le même M. d'Étemare qui parle, et dont nous surprenons les paroles dans toute leur familiarité et ausài leur sincérité :
« M. d'Asfeld avo.it remarqué l'affoiblissement d'esprit de M. Du Guet ; il se servit même, pour me l'exprimer, de l'exemple du corps de saint Augustin qu'on venoit de retrouver (juillet 1728), et me dit \ ^ De U. Du Guet aussij nous n'avons plus que le corps ^. »
ceux que l'on persécute ) doit démêler ce qui vient des passions des hommes et ce qui est réglé par la divine Providence , et souffrir avec patience une injustice qui ne peut les priver de leur innocence, ni leur faiçe perdre la liaison intime qu'ils conservent avec Jésus-Christ et avec son Église, dont ils respectent Tautorité , dont ils honorent les Pasteurs, doM Ils prennent soin de défendre l'rfnité par leurs discours et par lenr exemple , quils recherchent avec encore plus d'empressement depuis qu'ils en paroissent séparés , et à qui ils n'imputent point les préjugés et les traitements injustes de quelques Pasteurs , dont la conduite ne répond ni à sa lumière ni à son équité. »
l. M. d'Asfeld, l'ami intime de Du Guet, presque son élève (il était de quatorze ans plus jeune), et comme lui l'un des noms les plus honorables de ce Jansénisme de transition, ne put échapper entièrement lui-môme à la sévérité d'opinion des zélés et à leur dédain qiù petçait sous les louanges. C'est en vain qu'il fut en Sorhonne le' chef des Réappelants contre la BuUe, à tel point que
« Trois dons que M. Du Guet croyoit avoir : le don de Vintelligence de V Écriture ^ le don du conseil, et le don de la solitude. Il n'a pas eu ce dernier. M. Boileau m'a dit un jour : « Il croit avoir le don de la solitude et « ne Ta pas. » J'avois peine alors à le croire, mais j'ai vu depuis que M. Boileau avoit raison. Sa retraite lui a affoibli l'esprit. » — Si elle ne lui avait point affaibli l'esprit, elle lui avait du moins donné des tendresses de vue, des sensibilités et susceptibilités d'impressions trop vives.
On disait que son affaiblissement était d'une espèce particulière; car, lorsqu'on causait avec lui, on était bien forcé de lui reconnaître tout son esprit et tout son
ceux des docteurs qui le suivaient de près s'appelaient le Régiment d'Àsfeld; c'est en vain qu'il s'illustra par le plus beau Réappel ^ c'est-à-dire par l'Interrogatoire qu'il soutint en mars 1721 devant ]e lieutenant de police Baudry : « V Interrogatoire de M. l'abbé d'Asfeld est une belle pièce assurément, disait M. d'Étemare^ et qui détermina plusieurs à se mettre sur la liste ; mais madame de Vieuxbourg fit dans le temps, au coin du feu, une. terrible réflexion sur cette pièce : Il semble voir vn homme qui est devant son miroir. On voit un homme qui s'écoute parler, qui cherche à bien dire : on n'y voit point cette noble simplicité des réponses des martyrs, comme dans les À ctasincer a Martyrum! » Quand on avait ûii: Il parle devant un miroir ^ on croyait avoir défini M. d'As- TeU. Et encore : « Il n'y a rien de si beau et de si solide que cette Lettre de M. l'abbé d'Asfeld au cardinal de Noailles en 1714, où il ditque recevoir la Constitution, c'est apostasier. Nous crûmes alors que cette façon de penser étoit bien avant et bien ferme dans son esprit ; nous avons trop vu, depuis, le contraire, et combien il s'est affadi,»,. Une convulsionnai re qui venoitdé mourir dans les secours j cela le touchoit plus, à la fin, que l'énormilé de la Constitution, quoiqu'il n'eût point renoncé à son Appel. Ils ne se soudoient plus que de la gloire des hommes. » — Ils, c'est-à-dire l'abbé d'Asfeld et autres de sa nuance , à l'exemple de son célèbre ami et conseil l'abbé Du Guet, étaient, après tout, des hommes de bon sens qui s'arrêtèrent devant des absurdités trop criantes et que la coterie des en* têtes estimait afiaibiis ou affadis, peut-être parce qu'ils l'étaient un peu, mais surtout parce qu'ils ne donnaient pas dans les extrêmes. Ce M. d'Ëtemare, avec ses conversations, nous est bien précieux.
charme. On disait donc que, sur la fin de sa vie, il avait l'esprit affaibli « quant au jugement^ mais non quant à la facilité de parler et quant à Téloquence et au bon sens, qu'il a conservé jusqu'à sa mort. »
Cependant d'autres témoins, plus extérieurs il est vrai, l'ont jugé jusqu'à la 6n une très-bonne tête. Grosley, parlant des missions jansénistes qui se faisaient à Troyes (car le Jansénisme était alors dans sa période envahissante), et racontant les captations, les intrigues de tous ces nouveaux docteurs qu'il avait vus^ dans son enfance, ne nomme à cette occasion Du Guet que comme y étant nettement et fermement opposé. Et quand le fanatisme des Convulsions, arrivé de Paris, d'où il se propageait comme par un mot d'ordre, se vint ouvrir une succursale dans cette ville toute janséniste : « S'il y étoit prêché, dit Grosley, par les Pères Guérin, Pierrecourt et par quelques-uns des exilés, il y étoit combattu ( par quelques bonnes tètes, dirigées par le savant Du i Guet qui résidoit alors à Troyes : mon père le voyoit ) souvent. » Et encore : « M. Tabbé Du Guet passa à Troyes quatre années, de 1725 à 1728, et ensuite l'année 1732. Je me souviens d'un charivari dans toutes les formes qui fut donné à l'abbé Du Guet, lorsqu'en 1732 sa Lettre sur les Nouvelles ecclésiastiques^ datée de Troyes, \ fut répandue dans le public ; charivari dont eut ensuite ; sa part le Père Bousquet, alors supérieur du grand se- / minaire * . »
Un charivari à Du Guet, donné par les forcenés du h parti et par la lie janséniste convulsionnaire, voilà un il honneur qui lui était bien dû, mais dont nous n'aurions II eu aucune nouvelle sans Grosley, les historiens et gazetiers ecclésiastiques l'ayant soigneusement dissimulé.
Et en effet, le vieillard sensé et délicat, en présence