En juillet 1838: il y alvingt ans
2. Les lettres ?• et 8* à mademoiacUe i!e •Verlu«, au tome premier du Recueil ée Du Guet.
du f/egaril, ^cmv^pfc »*ds soleil, et $» détachent sans
bruij,
Gotame nr^ fruit mûr qui tombe au gazon qui l'attend.
Quand le digne M. Gonthier fit réimprimjBr à Genève, en IB24 cet wî^pjwréciaWe livre des Caractères de la Charité qui paraphrase et commente le treizième chapitre de la première Épître aux Corinthiens, il en ignorait lui-même l'auteur (touchante ignorance!), et ce livre réimprimé sans nom faisait son chj^min dans les coeurs, et opérait, Dieu aidant, plus de l^ous mouvements secrets et durables qu'une tragédie dans un théâtre ne fait yerser de pleurs. De quel côté, tout compte fait, est le
triomphe? .
La sainte et angélique sœur de Louig XYI, Madame Elisabeth, écrivant à madame de Raigecourt, lui dît qu'elle vient de lire les LeUres de Du Guet que cette autre dame lisait aussi : « Sont-ce le3 lettres à mademoiselle de Vertus que vous lisez? » demande-t-elle ; et elle ajoute : ^ La théologie à part, à laquelle je n'entepds rieu, c'étaient de bien saintes gens que ces Messieurs de Port-Royal. Quelle vie que la leur auprès des nôtres l » Un tel témoignage, à lui seul, est une couronne, . . , .
RoUin, parlant des livres de Du Guet, épnvait : « J ai eu le bonheur d'êjre lié avec l'auteur de ces livres par une amitié tendre et intime, et je lui dois le peu de connoissance que fax de la Heligion, »
Ce sont là de3 attestations qui comptent, et qui supposent bjen des adhésions silencieuses des humbles et des inconnus. Une telle influence ressemble non au ; vent qui bruit et s'applaudit dans les ramures , mais à i la sève qui filtre insensible et qui s'insinue dans les ra-
Tenons-nous avec Port-Royal au point de vue du
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strict Ghfistiaz^ifi^A. Dans les rôles chr/étieos, il m snurait y avoir de partage. Bossuet et Fénelon oot kgloiriô, et la mieux méritée; prenez garde pourtant : tout est-il de charité, là oîi est la gloire! tout est-il la voix de Dieu, là où entre si fort la rumeur flatteuse des hommes? Gonjbie» en esf-il, parmi ce^x qui parlent si haut de Fénelon et de Bossuet, q»^ profitent chnétieaaemeBt de Fénelon et de Bossuet ? parmi ceux qui parlent bien de Du Guet, il en est très-peu qui n'en profitent pas. Dans ce saint et savant livre où il a expligi^é les QualUês ou les Caractères de la Charité selon saint JPaul, je trouve ces admirables traits qui la signalent , en poursuivant dans tous les déguisements Tamour-propre son ennemi, son rival, et bien souvent son hypocrite imitateur :
c L'amour de 8ei-mès|e jusqu'au mépris de Dieu est le roi de i^ibyloae, et l*amour de Dieu jusqu'au mépris de soimême est le roi de Jérusalem. Ces deux cités ^sont mêlées, et leurs habitants ne sont discernés que par le cœur, r-^ Souvent même ie citoyen de Jérusalem retient quelque chose du citoyen de Babylone, parce que son cœur est partagé entre Tamour de Dieu et Pamour de soi-même, et qu'il s'efforce de rétablir une espèce de réconciliation et de paix entre deux rois dont l'un a droit à tout, et l'autre veut tout usurper. — Il n'y a môme personne en cette vie qui ne conserve quelque liaison secrète avec le tyran de Babylone, quoiqu'il obéisse du fond du cœur au roi de Jérusalem, p
Et, pour dénoter cet eniiemi caché et toujours sj proche. Du Guet indique ce qu'il appelle Ja dispositign schismatique de Tamour-propre, qui est, quand on le pousse à bout, de se concentrer finalement en soi, s'enveloppant dans feon indigence et dans sa misère, et se séparant absolument de tout intérêt d'autrui, ce qui est proprement le contraire de la Gharité. Et même dans ce qiii y paraît le moins contraire, dans ce qui ressemble à la Gharité et qui la joue à vue d'œil, il continue de pour-
suivre le schismatique et l'hypocrite jusque dans ses derniers raffinements :
€ Un amour-propre qui est habile et qui ne veut rien perdre, ne montre ni l'esprit, ni rérudition , ni la piété, ni la douceur qu'à propos Son dessein est que tous soient contents de lui, que tous, s'il est possible, soient ses admirateurs, et que, depuis les plus simples jusqu'aux plus habiles, tous soient frappés de ce qui leur est propre, et tous soient pris à quelqu'un des filets qui retentissent au centre, où l'amour-propre s'est logé.
« Ces personnes dont le naturel seroit excellent si elles en faisoient un saint usage, et si elles ne sacri6oient pas à l'idole de l'amour-propre des qualités admirables dont Dieu les a comblées , ignorent quelquefois jusqu'à la mort la séduction où elles ont vécu, et ce n'est qu'après que le voile qui leur cachoit le fond de leur cœur est tiré, qu'elles connoissent quelle a été la fin de leur politesse, de leurs complaisances pour les autres, de leur douceur, de leurs manières engageantes, de leurs talents, de l'estime et de la considération qu'elles se sont acquises, de la confiance qu'on a eue en leurs conseils, du succès qu'elles ont eu dans leur conduite; qu'elles ont reçu une vaine récompense de beaucoup de choses qui auroient dû leur en mériter une éternelle, et qu'elles ont converti en toiles (Taraignées incapables de les couvrir, des dons excellents, destinés à un usage éternel. »
Et encore :
c Prenons seulement garde à ne pas nous tromper par de fausses apparences, et à ne pas confondre un sentiment doux et tendre, mais sans force et sans vertu, avec le feu brûlant de la Charité. »
Beaucoup de personnes ne lisent Fénelon que pour flatter en elles ce senliment doux et tendre, qui n'est pas la Charité. On ne va pas à Du Gruet pour cela, mais pour quelque chose de plus :
c Ce feu que Jésus-Christ est venu répandre dans la terre, porte le caractère de Dieu môme, qui s'appelle dans l'Écri-
ture un feu brûlant et un Dieu jaloux : Deus tuus ignis consumens est , Deus wmulator. Le feu de la Charité ne peut souffrir ni partage, ni concurrent, ni rival; il doit être le maître unique du cœur, et il ne peut consentir que son royaume soit divisé ; il brûle et il consume tout ce qui est étranger, et tout ce qui altère la pureté de Pamour. »
C'a été là l'efiort et la prière de Du Guet dans toute son œuvre, que de la faire écouler en charité, et il lui a été accordé d'y réussir. On lui peut appliquer dans tous les sens ce qu'il dit en un endroit : « Ce qui est singulier me fait un peu de peine. » Il fuit l'originalité comme d'autres la cherchent. Esprit d'élite et si rare, il ne songe qu'à disparaître en sa qualité propre, pour servir à tous ; et s'il a des biens à lui, il en ôte avec soin la marque pour les rendre communs.
J'ai assez développé les mérites et les vertus de Du Guet, pour être en droit maintenant d'indiquer ses côtés faibles ; car il en eut. J'ai cité quelque part une conver* sation qu'il eut avec Bossuet, et dont Bossuet, disent les auteurs jansénistes, profila. Mais comment en profita-t-il? Il s'agissait de l'explication d'une Épltre de saint Paul sur la conversion des Juifs, qui devait être le signal d'une époque nouvelle. Bossuet ne se servit de i celte vue, dans son Discours sur l'Histoire universelle y que pour la placer dans un lointain, dans un avenir non défini, et pour en tirer un de ces roulements de tonnerre qu'il aime, et qui retentissent dans sa parole avec tant de majesté. Or, ce n'était pas ainsi que l'entendait Du Guet, qui attachait à cette idée un sens tout précis et très-prochain. A force de penser à l'interprétation des Écritures et de croire qu'il en avait le don spécial. Du Guet s'était fait des illusions; il en tirait des conséquences et des présages, même pour les événements contemporains, sur ceux d'aujourd'hui, et de demain; de
là (otites s&rhes cb ehimères. Il y avait ^ daÉis le pare, ce qu'on a^ppékit le plan de M. bu Ouéty et dont où sô pamit à voix basse. Quel était ce plan?
Un (ïes premiers élèves de Bu Giiiet, ï'abié d'Èteinare qui poussa les choses bien plus loin que lui^ et qui s'enfonça de plus en plus dans ce mode d'explications particaKère», taàdi^ que Du Guet à un certain nïoment s'arrêta et revint eri arrière, va nous le dire : « Suivant le plan de M. Da Guet, nous attendions bien une apostasie, dit M. d*Étemare, nous attendions bien une Constitution*, mais nous ne croyions pas qu'elle seroit si mauvaise; je n'en attendois ulie si mauvaise que pour après la conversion des Juifs , au lieu qtf elle est arrivée devant. » — Ce fitt en 17 fQ, pout ht première fois, que Du Guet, qui dirigeait M. d'Étemare depuis déj^ longtemps, lui découvrit ex professa et commença à lui exposer, ainsi qu'à deux antres auditeurs, son plan sur la conversion des Juifs et son explication de TÉpître au» Romains. En 1712, le marquis de Sévigné, qui désirait £rire eonnafissanee avec M. Du Guet, «ut avec lui, au mois d'avril, u«e conversation à laquelle M. d'Étemare assista et où la m^ftb^ matière fut traitée, c'est-à-dire toujours le remède a^Ucable aux maux présents de FÉglise et le retour des Juife. Cette conversation, restée céttbro dans te parti, fut ensuite mise par éerit et rédigée^paar M. d'Étotnstfe, à la requête de M. de Sévigné. C'est Kécrit intïë»lé : Explicalion de quelques Prophéîks touchant la ConverHon futtM^e des JuifSy etc. (1724). — Pauvre baron de Sévigné, si gai, si fou dans les lettres de sar mère^I Ce que pourtant deviennent, en se retournant, ces aimables folies de jeunesse 1
Du Gruet avaft donc, croyaft avoir sa clef particulière de rÉcriture, Fint*elligence directe des Figures et des