‹ Port-RoyalChapitre 8 sur 40 · LIVRE glXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE glXIÈME

lé'ances. Cependant bien des ^ens sensés s'y ralliaient, et parmi çem, xaèmQ qui d abord s'élevèrent, cbntre^ la plupart ifurent Bientôt forcés, à leur lour, d'en venir à une manière de protestation contre de trop^ révoltants excès et de plus en plus indécents. Vers la Sn de cette même année 1732, M. Boursier, le grand personnage influent à Paris et le directeur du Jansénisme central, jugea qu'il était urgent de convoquer un Conseil de théologiens que la prudence fit bientôt réduire au nombre de sept, pour examiner les cas et pour fixer quelques règles provisoires de conduite : c'est ce qu'on appelait juger des Convulsions par les règles. On essaya d'en donner aussi sur les secours permis ou non permis. C'est qu'en présence des recrues de Goûvulsionnair'es ' qui renchérissaient chaque jour les uns sur les au^tres et qui faisaient secte, et des sectes à plusieurs branches, les Augustiniens^ les VaillantisteSy les GaletisteSy les MafgouUlisteSy etc., il fallait bien intervenir tôt ou tard et crier holà ! Le Colbert lui-même, cet entier et opiniâtre évêque de Montpellier, fut bien obligé d'avoir ses limites : il est des degrés jusr^ue dans l'absurde. On le voit s'arrêter un peu tard, mais s'arrêter et tonner contre un nommé Vaillant^ et surtout contre certain frère Augustin qui se donnait comme un homme envoyé de bieu, un précurseur d'Élie et même supérieur àÉlie. Cet Augustin qui du moins ne marchandait pas, et qui disait : « Nous sommes quatre qui rendons témoignage, le Père, le Fils, le Saint-Esprit, et moi 1 » s'était établi, au milieu de l'été de 1734, dans la paroisse de Milon, située non loin dé Port-Royal des Charbps ; il souilla de sa frénésie le vallon. M. Colbert se séparait énergi- ; quement de ces énergumènes ; Du Guet l'avait fait avant I tous*.

1. Quand on a assisté à ces absurdités et à ces ignobles scènes

Vers la fin de 1732, Du Guet put revenir de Troyes à Paris, du consentement de l'archevêque M. de Yintimille et du cardinal de Fleuri. Il y mourut subitement, ' le 25 octobre 1733, à 84 ans. On l'enterra dans le cimetière de Saint-Médard, à côté de Nicole, ce qui est bien sa place, mais trop près du diacre Paris*.

J'ai dû, en ne dissimulant pas quelques ombres, insister sur cette figure et cette physionomie de Du Guet. Il nous appartient. Sans doute il n'a pas été précisément un homme de Port-Royal, mais il a été un cousingermain de Port-Royal, et le plus aimable, le plus distingué de tous. Ce mot de cousin^germain ti'est pas de

que nous faisons seulement entrevoir ici, et qui envahissent presque tout le Jansénisme du dix-huitième siècle, on comprend que le grand Frédéric ait pu dire, causant avec le prince de Ligne : « Mon Dieu t que les Jansénistes d'à présent sont bêtes 1 II ne fallait pas détruire le foyer de leur génie, ce Port-Royal , tout exagéré qu'il était.... >» — Et M. de Chateaubriand, dans son emphase poétique, n'a pas dit autrement: « Port-Royal, sublime à sa naissance, changea et s'altéra tout à coup, comme ces emblèmes a r tiques qui n'ont que la tète d'aigle. »

l. Le charivari de Troyes, on peut le penser, n'avait pas laissé madame Mol insensible; elle ne se contenait plus, elle était comme une lionne. On raconte en effet que dans les premiers mois de 1732, à l'insu de son oncle et sous prétexte de le venger, elle écrivit une lettre au Cardinal ministre et une autre au Procureur général. Dans cette lettre, elle accusait M. Boursier de s'opposer à son oncle, de travailler à mettre le trouble dans l'Église, d'avoir des correspondances, des bureaux, des agents. Elle nommait ceux qui tenaient les bureaux : il y avait i)euf personnes de nommées. Les personnes qui composaient la famille dans la maison de qui demeurait M. Boursier en étaient, en sorte que l'on craignit une visite. Ce fut toute une affaire que cette dénonciation, qu'au reste le Cardinal et le Procureur général prirent, à ce qu'il paraît, en plaisantant. On ne savait comment informer M. Du Guet de l'esclandre; on n'osait pas, et d'ailleufs madame Mol obstruait les accès. — Elle continua, après la m'ort de son oncle, d'écrire, de fulminer, de récriminer, disant à tort et à travers des choses qui n'étaient pas toutes très-déraisonnables, et qui, bien examinées, jetteraient du jour sur les mystères du parti à cette époque.

moi, et il ne lui a même été donné par M. d'Étemare que par manière de restriction et de répréhension : « M. Du Guet, disait oet ingénieux et systématique per-K sonnage, a été le comin- germain de Messieurs de Port-' Royal et n'en a pas été le fils. Il avoit été tout près de reconnoître que Port-Royal faisoit tige : il y eut un in stant où il ne s'en fallut de rien ; mais il tourna tout d'un coup et pour toujours. C'est en 1723, dans cette conversation que j'eus avec lui^ où pour la première fois je vis en lui de la passion et de Thumeur. Quelles suites cela n*a-t-il pas eues dans les affaires de l'Eglise ! Aujourd'hui* il est évident que Port-Royal faisoit tige. Quand nous allâmes porter les sacrements à Port-Royal (en 1709), M. Du Guet nous approuva fort, regardant ces religieuses uniquement comme des innocentes qu'il falloit défendre ; mais ce n'étoit pas lui qui nous y avoit invités. »

Or, il est clair pour nous, au contraire, que Port- Royal ne faisait pas tige, c'est-à-dire qu'il ne devait pas être le principe d'une nouvelle génération qui aurait tout embrassé et tout recommencé ; et Du Guet a eu raison de n'y voir qu'un admirable exemple, mais particulier, du plus pur Christianisme. Il a été fidèle au bon sens jusque dans ses religions et ses admirations pour les pieux amis qui l'avaient précédé, et cette qualité mitigée de cousin-germain de Port-Royal reste à nos yeux son plus beau titre.

Venu dans le dix-septième siècle trop tard pour y être classé, pour y prendre un rang tout à fait assuré et définitif parmi ses pairs. Du Guet mourut trop avant dans le dix-huitième pour que sa mémoire ne restât pas la propriété comme exclusive du parti étroit qui, après tout, le réclamait pour sien et s'en honorait grandement

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