M. d^Êtemare tenait ce discours Je 5 juin
avec raison ^ L'ensemble de ce siècle ne le connut pas, et il ne se trouve mentionné chez aucun des écrivains qui, à dater de ce temps, obtiennent et distribuei^t, la gloire. Les illustras du dix -huitième siècle, les contradicteurs directs de Pascal, savent à peine son nom, et les Nouvelles ecclésiastiques (ô contrariété dernière I ) l'appellent à tue-tête le grand Du Guet, lui le modeste.
Il eut du moins, à travers cela, sa clientèle obscure et fidèle de quelques âmes humbles qu'il a consolées.
Admirable cœur, admirable esprit, fonds vivant de doctrine, et k qui il n'a^rien manqué comme chrétien; grand talent auquel il n'a manqué que du jour, et de ne pas être toujours étouffé dans des voies d'oppression.
Mais venons-en^ pour 'couronner Port-Royal, à un glorieux ami de Du Guet, à un tendre et brillant génie que rien n'a étouffé, et qui, même au temps où il s*est morjiifié le plus dans ses dons, s'est réveillé tout d'un coup, après quinze ai^nées de silence, pour donner deux saints cnefs-d œuvre, dont le dernier n'a point d'égal en beauté : venôns-en à Fauteur d'Esther et d'Athalie,
1 . « Il n'est pas douteux qu'on lui eût fait opérer des miracles s'il n'eût pas condamné les Convulsions et s'il eût regardé la Gazette ecclésiastique comme un ouvrage badin, inspiré par la charité. » Le mot est de Voisenon, cet abbé voltairien.
La famille Racine dans ses relations avec Port-Royal. — Racine enfant, élève chéri de ces Messieurs. — Ses vers sur sa patrie des Champs. — Descriptions et hymnes. — Premiers es8a|f profanes. — Légèretés et libertinage. — Railleries et ingiratitude. — S^our à Uzès. — Ce qu'il y a fait, ce qu'il y a yu, — Retour à Paris, — Liaison avec Boileau. — Rupture et guerrj? avec Port-Royal. — Deux petites Lettres. — Art et malice.
« M. Racine poète, solitaire de Port-Royal: » ainsi est-il désigné dans l'un de nos Nécrologes, et les seuls ouvrages mentionnés de lui sont Esther, Athaliey les Cantiques spirituels^ et Y Abrégé de VHistoire de Port- Royal : le /este demeure soigneusement oublié. Cependant on y ajoutait quelquefois, par quiproquo, la Thébolide : « La solitude qu'il y trouva (à Port-Royal des Champs), lit-on dans le grand Nécrologe, lui fit produire IçL Thèbaïde, q^i lui acquit une très-grande réputation dans un âge peu avancé. » Le bon rédacteur, qui n'avait pas lu son Racine, ne supposait pas qu'il pût y avoir d'autre T,hébaïde au monde que la Thèbaïde sainte. Gela déjà nous indique que, si Racine fut compté dans \ Port-Royal, ce fut toujours bien moins pour ses écrits ' que pour ses services*.
{. Vqici un petit échantiUpu des jugements singuliers que l'es-
Par sa naissance et par son enfance, Racine tenait à Port-Royal de tous les c&tés. Son cousin Vitart, qui fut depuis intendant du duc de Luines, se trouvait du nombre des premiers enfants que M. de Saint-Gyran faisait élever à la maison des Champs avec les jeunes Bignon ; il le devait, on l'a dit ^, à sa qualité de neveu de la sœur Suzanne Des Moulins, cellerière. Lors de ce qu'on appelle la première dispersion des solitaires, lesquels n'étaient encore que trois ou quatre (1638), MM. Le Maître et de Séricourt, et Lancelot qui avait soin du petit Yitart, se retirèrent à LaFerté-Milon chez M. et madame Vitart, — celle-ci grand'tante de Racine qui allait naître (décembre 1639). Le séjour'de ces Messieurs à La Ferté-Milon produisit des fruits particuliers dans la famille de Racine et redoubla, resserra les liens pieux entre elle et Port-Royal. C'est par suite de cette édification que se retira quelques années après au monastère des Champs la grand'mère de Racine, Marie Des Moulins, veuve de Jean Racine, contrôleur au grenier à sel de La Ferté-Milon : elle avait eu déjà à Port- Royal une sœur religieuse ^ ; elle y avait alors une fille également religieuse, et qui devait parvenir un jour aux dignités. Dès son arrivée, elle s'employa, avec une grande afiection et tous les soins dont elle était capa6le, au ser-
prit de parti, l'esprit de clocher, dictait à Port-Royal et aux Jansénistes :
— « M. Arnaiild, qui est sans contredit le plus grand génie de son siècle. >
— « M. Racine, solitaire, auteur d'Esther et d*Ath(Uiey et de la Thëhaide. »
— Le grand Colhert , tout court, c'est-à-dire l'évêque de Montpellier.
— Ajoutez-y « M. de Fénelon, fort connu par ses romans; » car e'Qft ainsi que se plaisaient à l'appeler les Jansénistes.