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Deux ans ayant les Provinciales : 11 était temps

Suite de Balzac. — te Socrate chrétien. — Retz et Balzac. — Espèce de grandeur de celui-ci. — Jugements et témoignages. — De la rhétorique et de la poétique à Port-Royal. — De l'art et du goût dans Tordre chrétien. .

J'ai parlé de l'homme chez Balzac, dé sa vie, de ses lettres. Cette clé donnée » ses autres écrits s'ouvrent d'eux-mêmes. Et, par exemple, rien de plus simple que de s'expliquer le Socrate chrétierif qu'une critique trop confiante et qui n'y serait pas arrivée, pour ainsi dire, à revers par cep hauteurs de Port-Royal , pourrait être tentée de prendre à la lettre et d'estimer plus profond qu'il ne l'est réellement.

Le SQcrate chrétien est une suite de douze discours ou conférences supposées tenues en un cabinet par un personnage de sagesse et de piété, qui vient passer quelque temps dans le voisinage de l'auteur. Le cabinet où l'on se réunit a pour décoration un tableau de la Nativité, qui fournit un premier texte à ce Socrate, ou plutôt à cet /^ocra^e chrétien. Ce sont de pures déclamations où le rhéteur dit à chaque instant qu'il ne faut plus être rhéteur, et le dit avec redoublement de rhétorique : je

fais grâce des preuves. II y a certes, dans ces discours, maint passage ingénieux et même spécieux de gravité ; mais, au point d'initiation où nous sonunes, cela ne nous saurait faire illusion. Dans le YII* discours , à propos d'une paraphrase de psaume qui venait d'arriver de Languedoc, il s'agit de critiquer les paraphrases en général, celles du moins qui ne respectent pas la simplicité et la majesté du texte divin, celles qui frisent et parfument les Prophètes : « Il falloit, dit tout d'abord le Socrate, il falloit suivre M. Févèque de Grasse et ne pas faire effort pour passer devant. En matière de paraphrases, il a porté les choses où elles doivent s'arrêter. » Ce nec plus ultra de M. de Grasse, ainsi posé au début, sert d'ouverture à une longue tirade contre les paraphrastes à la mode : Balzac n'y est autre que le paraphraste trè£(-complaisant de sa propre idée. Ce VU* discours a nom la Journée des Paraphrases, comme nous disons la Jowmée du Guichet : sans flatterie, j'aime mieux la nôtre.

Un seul trait du Socrate chrétien peut en donner la mesure. C'est, au discours XI% l'éloge qu'un des interlocuteurs, tout frais arrivé de la Cour, se met à faire de monsieur Fabbé de Rais (Retz), et le parallèle qu'il établit de ce dernier à saint Jean Chrysostome ^ On sait, en effet, que Retz, encore abbé, s'avisa de vouloir réussir dans les sermons et y fit éclat. On ne savait pas généralement alors (ce dont il s'est vanté depuis) que c'était une pure gageure de vanité, et que madame de Guemené avait son compte sous tous ces Carêmes et ces Avents. Mais, divination à part, il est de ces panneaux où les gens fins ne donnent jamais. Avec Retz, tout comme précédemment avec Richelieu , Balzac y donna.

1. Au livre Xï des Lettres de Balzac, il en est une (la XVP) adressée au Coadjuteur, et où il est salué pour son éloquence dansi'figlise comme un autre Fils du Tonnerre,

Dans le discours X* du Socrate se trouve un portrait de Malherbe. souvent cité et qui semble une caricature : c Vous vous souvenez du vieux pédagogue de la Cour... .> Gela d'abord étonne sous la pl.ume. de Balzac et a pu être taxé d'irrévérence. En y regardant de près, rien de bien grave. C'est un portrait tout de situation, et qui ne tire pas à conséquence hors de là. Balzac, se faisant parfait chrétien et ennemi (pour un moment) de la rhétorique et de la grammaire, pousse sa pointe en ce sens par la bouche du Socrate, absolument comme un avocat qui décrie tout d'un coup sa partie adverse dont il faisait grand cas jusqu^alors. Ailleurs, il parle de Malherbe tout autrement. Dans une lettre qu'il lui écrivait autrefois, pour se mettre au ton du vieux poëte, qui était, comme on sait, un vert galant, Balzac avait même hasardé la gaillardise ^

Pas plus qu'il n'est un chrétien profond dans son SocralBy Balzac n'est un politique passable dans son Prince et dans son Aristippe. Gabriel Naudé, à le voir ainsi trancher du petit Machiavel, devait penser de lui, en matière d'État, ce qu'en pensait déjà chrétiennement Saint-Cyran, ce qu'en pensait Retz, le Chrysostomey dans sa malice.

Assez de critique des ouvrages; venons au résultat. Malgré tout, Balzac a joué un grand rôle et a gardé un rang éminent dans notre prose : il en a été le Malherbe. Cette louange, qui lai avait été décernée de son temps, a été renouvelée et confirmée depuis à diverses reprises: loin de nous l'idée de la lui contester ! Il a régularisé la langue et, autant que cela se peut, certaines formes du beau qui ont prévalu, c C'a été, dit Bayle, qui ne badine point avec lui, c'a été la plus belle plume de France, et on ne sauroit assez admirer, vu l'état où il trouva la

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