‹ Port-RoyalChapitre 41 sur 94 · LIVRE ÛE'^uJ^iÈMa · texte numérisé non relu

LIVRE ÛE'^uJ^iÈMa

Gomme conduite parallèle à celle-là, et dans laquelle pourtant on peut croire qu'il entrait un peu plus de tactique humaine y je relève un trait qui m'indique avec précision l'aspect que Port-Royal aurait voulu se donner et garder à l'égard des rois. On l'accusait déjà i de leur être au fond médiocrement fidèle ; on s'armait du Mars gallicus de Jansénius, de ce pamphlet tout espagnol, et dirigé contre la prérogative française à propos de la politique de Bichelieu. Très au fait du reproche et allant au-devant, Lancelot rend compte en cette façon, à dessein minutieuse, des sentiments ou des témoignages de M. de Saint-Cyran à la mort de Louis- XIII:

c monde a vu ces pièces. » — L'bonnôte réfugié, auteur de la lettre, s'en tient, on le voit , aux Reliques de Saint-Gyran, publiées par les Jésuites; Tesprit de parti est crédule sur ce qui le flatte. — « M. Pascal, continue notre voyageur, s'étoit mieux caché. Mais, c si vous prenez garde aux preuves dont il se sert pour convaincre c les athées, et à ce silence affecté sur les principaux points de la c religion romaine, vous conclurez fort aisément qu'il n'était pas c loin du Royaume de Dieu, Mais voulez- vous savoir quelque chose « de particulier sur M Pascal?... m Et ici commence une incroyable histoire d'un jeune homme qui devint protestant dans le Languedoc, après avoir été, disait-il, employé par M. Pascal, et qui assura « que c'étoit M. Pascal qui avoil pris le soin de l'instruire, que « c'étoit de lui que M. Pascal s'étoit servi pour faire tenir à se? a amis les Lettres provinciales; » que M. Pascal était réformé, que tous les Jansénistes étaient dans les mêmes serUiments. Il y a dans cette histoire, d'ailleurs absurde, un ressouvenir confus de celle du fameux Labadie, lequel, après avoir été employé à Port- Royal de Paris en 1643, puis à Amiens, et ensuite à Bazas, fit abjuration dans le Midi et passa depuis de croyance en croyance. Ces labiés grossières, colportées par les honnêtes réfugiés Reboulet et Labrune, trahissent du moins l'espèce de rumeur publique, le préjugé qui se formait de loin sur le Jansénisme, et que la calomnie artificieuse des uns accréditait près de la bienveillance peu éclairée des autres. Le pendant de cette histoire est celle de Théodore de Bèze dans la Vie de saint François de Sales par Marsollier; on y veut montrer, en efTet, l'ami et le successeur de Calvin comme un catholique in petto, mais qui n'ose le redevenir. Qui croit l'un de ces contes devra croire l'autre*

c Durant cet entre-temps arriva la mort du feu Roi, qui, après avoir longtemps langui, mourut le 14 mai, jour de l'Ascension, vers le midi, en l'an 1643. Nous en eûmes incontinent la nouvelle à Port-Royal de Paris par un billet de madame la princesse de Guemené, et je fus aussitôt envoyé pour en faire part à M. de Saint-Gyran, que je trouvai encore dans la salle avec quelques autres Messieurs qui demeuroient chez lui , ne faisant que sortir de diner. M. de Saint-Gyran levant les yeux au ciel adorst Dieu. Ensuite, au lieu de s'amuser à causer sur cette nouvelle ou à s'entretenir des choses passées, et des vues que l'on pouvoit avoir de l'avenir, comme on fait d'ordinaire en de semblables rencontres, il nous fit prier Dieu pour lui (le feu Roi) et il ne se contenta pas d'un seul De Profundis , mais il nous fit dire les Vêpres des Morts, les Vigiles à neuf leçons et les Laudes, sans bouger de la place. »

Port-Royal, se sentant malicieusement provoqué à cet endroit, redoublait donc de soumission respectueuse et d'agenouillement. Sous la Fronde et après la Fronde, le soupçon et raccusatîon ayant pris plus de consistance, on s'efforça d'y mettre encore plus de scrupule. Madame Perier , dans la Vie de son frère Pascal, aura grand soin de noter les sentiments royalistes qui ne le quittèrent pas, et combien il était intraitable sur ce chapitre des troubles^ civils , n'en souffrant Texcuse sous aucun prétexte, et n'y voyant pas moins qu'un sacrilège. M. d'Andilly, en ses Mémoires , parlant de sa liaison étroite avec madame Du Plessis-Guenegaud, a également soin de dire : « Notre amitié d'elle et de moi commença lors des guerres de Paris, où, nous trouvant ensemble à Port-Royal aux sermons de M. Singlin, nous parlions aussi hautement pour le service du Roi que l'on pourroit faire aujourd'hui*. » C'est en vertu des mêmes

1 . Je trouve^ dans un projet (manuscrit) de justification de Messieurs de Port-Royal près de Golbert (1663), qu'on les avait accusés d'écrire pour Fouquet : « Leur malheur est si grand qu*encore qu'ils

» ne se mêlent d'aucune chose hors de leurs obligations, on les a

principes qu'AmauId, fugitif dans les Pays-Bas, écrivait son Apologie pour les Catholiques d'Angleterre accusés par Oatès d'avoir conspiré contre leur roi (1678), et qu'encore, plusieurs années après, lors du détrônement de Jacques, il lançait contre l'usurpateur Guillaume son virulent pamphlet tout royaliste, qui lui apportait de nouvelles entraves dans l'exil. De même le Père Quesnel, héritier de l'esprit d'AmauId, défendait la souveraineté des Rois, contre Leydecker. Au dix-huitième siècle, dans les Mémoires sur Port-Royal par le bon Guilbert, nous voyons l'historien à un certain moment, et lorsqu'il apprend l'attentat de Damions, s'interrompre tout d'un coup durant des pages, pour faire profession d'obéissance au roi et d'exécration contre les sacrilèges ^. Enfin de nos jours, l'un des derniers Jansénistes, le respectable M. Silvy, s'est attaché , dans ses brochures, à justifia de cette ojoéissance de Porti-Royal aux puissan-

« toujours accusés d'intrigues et de factions ; sur quoi, sMl plaisoit « à M. Colbert de considérer que, pendant les dernières guerres oc civiles, ils étoient quasi les seuls qui refusoient l'alisolution à « ceux qui étoient contre le parti du Roi, il jugeroit aisément, etc., « etc....'» Mazarin, bien tolérant d'ailleurs, n'était pas si persuadé de leur entière innocence aux environs de la Fronde. Un des curés de Paris qui fut le plus accusé, à cette époque, d'avoir pactisé avec la Fronde était M. Du Hamel, curé de SaintrMerry; il était du moi s tout à fait dévoué au Coadjuteur. Or je trouve dans les Mémoires de M. Feydeau, qui avait été son vicaire et qui était resté Tun de ses actifs collaborateurs dans sa cure, cette particularité sur laquelle, d'ailleurs, il n*appuie pas : « Nous avions fait vœu, M. Dorât et moi, pendant la guerre de Paris, d'aller à pied à Saint-Mich< 1, protecteur de la France, s'il plaisoit à Dieu de ramener le roi dans la ville de Paris. Nous l'exécutâmes cette année 1(>53. Nous partîmes sept de Paris. Nous avions deux chevaux qui portoientnos bardes Ce fut le jour de saint Louis que nous partîmes. » C'est ainsi qu'à Port-Royal et pour ceux qui en partageaient l'esprit, à côié d'une velléiié d'indépendance, il y a toujours un correctif et une démonstration dans un sens de fidélité et de royalisme.

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