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Tome VIII, p

ces, de ce royalisme quand même (vrai pendant du catholicisme qtJMnd mime)y et à se bien trancher et séparer, d'avec Tabbé Grégoire qu'on lui opposait^. Malgré tout, malgré ces preuves positives et ces dénégations sincères, comme si la situation était plus forte que les hommes, une certaine veine secrète, sinon de rébeUion, au moins d'indépendance au temporel, n'a cessé de courir dès l'origine et de se gonfler peu à peu dans la postérité da Port- Royal.

L'intervalle de paix et d'étude pieuse, sur lequel M. de Saint-Gyran comptait à sa sortie de prison, ne fut que de courte durée. U avait paru de lui, un mois environ avant sa sortie, un petit Catéchisme sous le titre de Théologie familière ^ composé à la prière de M. Bignon pour l'instruction de ses fils. Les Jésuites cabalèrent assez auprès du Conseil de l'archevêque de Paris pour obtenir de ce prélat faible et peu éclairé un Mandement où il y avait une phrase contre le petit livre. Ce Mandement était déjà envoyé par les paroisses, lorsqu'on fut averti à temps; et M. Amauld auprès des docteurs du Conseil, et madame de Guemené auprès de M. de Paris lui-même, firent tant d'instance et de diligence qu'un autre Mandement , survenant le dimanche matin (1« février 1643), un peu avant l'heure où l'on devait lire le premier an prône, le put révoquer et remplacer. Mais, le roi mort, les ennemis ne se tinrent pas pour battus et recommencèrent leurs trames autour du Conseil de l'archevêque. Ils voulaient obtenir du moins d'y faire comparaître M. de Saint-Gyran pour qu'il eût à s'expliquer, se réservant toujours de traduire ensuite le procès à leur manière et d'y donner tournure, quelle que fût l'issue. Us se prenaient surtout à un endroit du livret.

1. Première Lettré à V Auteur des Mémoiret pour servir à VHù» taire ecclésiastique... Paris, 1815.

où M. de Saint-Gyran (dans l'explication de la Messe) avait marqué le Père comme le principe, non-seulement des créatures, mais de toutes les personnes divines , de toute la Trinité et de toute la divinité ^ On comprend en effet combien cette face la plus majestueuse et la plus terrible du mystère était aussi la plus conforme à la vue de M. de Saint-Gyran. Ses amis et M. Singlin lui-même lui conseillaient de modifier l'explication. Mais il tint ferme, se fondant sur les Pères, sur les Gonciles, et soutenant que pour rien, dût-on en mourir, il ne fallait affaiblir la Vérité ni en déserter le langage. On lui conseillait encore de se présenter au moins devant le Gonseil de Tarohevéque par déférence, et la mère Angélique se permit de Ty exhorter comme les autres, disant qu'il était toujours bon de s'humilier. — « Pour vous, lui répondit-il, qui êtes dans cette disposition, et qui n'engageriez en rien r honneur de la Vérité, vous le pourriez &ire ; mais, pour moi, je me briserais devant Dieu (c'était son terme habituel), si je le faisois. »

Cependant Torage renaissant grossissait au point de laisser craindre que le monastère, pour le coup, n'y fût enveloppé, et qu'on ne lui donnât d'autorité d'autres confesseurs. On s'attendait à une visite par ordre de l'archevêque, et M. de Saint-Gyran en dut faire retirer tout un restant de papiers qui y étaient en dépôt. G'est à ce sujet du renouvellement de persécution, qu'il écrivit à la mère Angélique une belle lettre qui nous est comme son rude chant du cygne et son dernier oracle. On y lisait :

t Ma Mère, tout ce que vous m'avez écrit est très-sage et très-raisonnable, et vous ferez bien de le suivre en cette

1. Il fallait cependant prêter un peu à la lettre, pour^accorder tant de valeur au passage, si j'en juge par la page 159 de cette Théologie familière dans l'édition que j^ai sous les yeux, et qui n'est pas moins que la treizième ^1693).

rencontre, puisque c'est votre disposition. Pour moi, quand je vous ai parlé de la sorte, j'ai suivi la mienne, obéissant aux mouvements que j'ai cru venir de Dieu, et je ne saurois m'en repentir. M. Bignon, que Von accuse d*étre un peu crainr tif\ ne laissa pas de me dire hier chez lui, qu'il admiroit cette persécution, et qu'il en sentoit une nouvelle passion contre ceux qui l'excitent, et .contre le siècle même qui fait voir en cela sa corruption.... Il n'y a qu'une seule chose où je ne suis pas de votre avis, qui est que je crow que les foibles sont plufi à craindre quelquefois que les méchanta. Dans la persécution que ceux qui sont morts m'ont faite, j'ai trouvé quelque lieu à raisonner, car ils avoient quelque connoissance des matières, ce que je n'espère pas trouver dans les vivants. Dieu leur fasse miséricorde!... Je ne vous verrai point que cette tempête ne soit passée.... Si en telles occasions votre monastère pouvoit être renversé de fond en comble, et que vous fussiez transportées ailleurs, ce seroit pour moi une moindre affliction que le renversement de votre discipline, qui est le plus grand mal qu*ils vous puissent faire en vous donnant d'^iutres directeurs. Je sais bien ce que je pense, et, quoique je sois indisposé et que je dorme fort peu, je me sens avoir quelque secrète vigueur pour l'empêcher avec force, si j'étois aussi bien autorisé par la loi, comme je le sufs, si je ne me trompe, par la justice et la disposition de mon cœur. »

Ce que M. de Saint-Gyran dit là des faibles pires quelquefois que les méchants s'éclair^ à merveille de ce qu'écrit Retz en ses Mémoires sur le caractère du prélat dont il fut le coadjuteur : « Je trouvai i'aroheyêché de Paris dégradé à l'égard du monde par les bassesses de mou oncle, et désolé k Tégard de Dieu par sa négligence et son incapacité .... Je il'ignorois pas 4e quelle né-

1. M Bignon un peu craintif! Iijîotons le trait, on ne s'y attendait pas. Rappelons-nous M. Mole homme tout d'une pièce, qui pourtant faiblit et tourne vers la fin. Joignons-y plus tard Daguesseau, et mit d'autres honorables amis de Port-Royal dans le monde, ;lans les charges, mais que les inimitiés redoutables, qui leur en venaient bientôt, faisaient à deux fois réfléchir.

cessité est la règle des mœurs à un Ëvêque : je sentois que le désordre scandaleux de celles de mon oncle me rimposoit encore plus étroite et plus indispensable qu'aux autres, et je sentois en même temps que je n'en étois pas capable... » Et encore : < M. Tarchevèque de Paris, qui étoit le plus foible de tous les hommes, étoit, par une suite assez commune, le plas glorieux. Il s*étoit laissé précéder partout par les moindres officiers de la Couronne, et il ne donnoit pas la main dans sa propre maison aux gens de qualité qui avoient affaire à lui... ^. » Ce sont de tels archevêques pourtaDt, dont celui-là était encore un des meilleurs, des archevêques comme le bonhomme Péréfixe, et ensuite comme rhabUe, mais impur et scandaleux De Harlay, qui ont amené contre Port- Royal les choses, de proche en proche, au degré de ruine qu'un prélat honnête et ami, mais faible, le cardinal de Noailles, se prêta à laisser consommer.

Les soutiens ordinaires de M. de Saint- Gyran à la Cour, M. Mole et M. de Chavigny, le tirèrent d'affaire cette fois encore, et détournèrent à temps la menace qui, du reste, n'aurait pu manquer de se renouveler, puisque le livre de la Fréquente Communion allait paraître. De ce livre, après la publication, M. de Saiut- Gyran ne vit que le premier effet de triomphe, et il Ten- ▼isagea comme une justification éclatante qui lui était suscitée de la part de Dieu, dans un point de doctrine sur lequel il avait été particulièrement calomnié. Les sermons du Père Nouet, qui faisaient tapage, n'avaient rien d'inquiétant d'abord, et rejaillissaient plutôt contre la Société même, par leur excès. M. de Saint-Gyran, ainsi consolé, mais au terme et qui ne s'était jamais relevé de sa faiblesse depuis sa prison, se trouva plus épuisé le jeudi 8 octobre de cette année 1643 ; ses pa-

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