Mémoires de Tabbé Amauld (année
ter sur son compte le satirique Tallemant ; mieux vaut expliquer et amoindrir ces jugements mieJicieux que les laisser comme subsister au dehors en les éludant: < M. d'Ândilly , dit-il , s'étant rendu habile dans les finances, fut premier commis de M. de Schomberg; mais, comme il a de la vanité à revendre, il affectoit devant le monde de faire paroitre qu'il avoit tout le pouvoir imaginable sur Tesprit du Surintendant. M. de Schomberg n*y prenoit pas plaisir, et dit : «Mon Dieul cet homme parle beaucoup! » — Ce M. d'Andilly s'est mêlé de vers et de prose; mais il n'a guère de génie; il sait et 9l de Vesprit. Û a été dévot toute sa vie.... » Et à propos de cette dévotion dans le monde, le satirique remarque que c'était une charité qui, pour prêcher et embrasser passionnément, aimait mieux les belles personnes que les moins jolies. Or que nous dit madame de Sévigné (19 août 1676)? « Nous âdsions la guerre au bonhomme d'Andilly, qu'il avoit plus d'envie de sauver une ftme qui étoit dans un beau corps qu'une autre. Je dis la même chose de l'abbé de La Vergue.... » Ne trouvez- vous pas? ainsi greffé sur la parole de madame de Sévigné, le prqpos de Tallemant devient moins amer Rappelons-nous encore le mot de Retz quand il nous dénonçait d'Andilly pour son rival auprès de madame de Guemené , mais pour un rival qui aimait en Dieu et rien que spirituellement ^ Tout cela, on le voit, se re-
1. J'ai cité le mot, tome I, page 360 : je le remets ici plus exact et d'après le texte même du manuscrit autographe de Retz, conservé à la Bibliothèque du Roi : «... Le Diable avoit apparu justeoc mant 15 jours devant ceste advanture a lime la Princesse de tt Guemené^ et il lui apparoissoit souvant , évoqué par bs conjura- « tions de M*" Dandilli qui le forçoit je crois de faire peur a sa dece vote de la quelle il estoit encore plus amoureux que moi^ Hais « en Dieu et puremant spirituellemant. Jevoquai de mon costé un c démon qui luy parut soubs une forme plus bénigne et plus « agréable. U la tira au bout de six sepmaines du Port-Roial ou
joint et aassi se tempère. On tient donc, et par mille côtés, les traits assez constants de son caractère: un dévot du monde, très-sincère et un peu vain , sachant et ayant de Vesprit^ resté naïf, très-frrmgue, ajoute-t-on, c'est-à-dire très-vif, fort en paroles, en gestes, démonstratif, mais aimable et poli, solennel même, offideuz et sûr, excellent, bien avec tous, et surtout avec les dames.
M. de Saint-Gyran, qui le connaissait si parfaitement, et qui ne flatte pas, écrivait de lui à la date de février 1642: « n est vrai qu'il n'a pas la vertu d'un anachorète et d'un Bienheureux, mais je ne sache aucun homme de sa condition qui soit si solidement vertueux. » Voilà la limite sérieuse.
Sa retraite se ressentit tout d'abord de ces dispositions de sa nature; elle n'eut rien de violent ni d'efÊrayé devant Dieu; il y mit le temps, il l'accommoda à loisir. Ainsi, dans l'intervalle de dix-huit mois et plus qui s'écoulèrent depuis son parti pris jusqu'à son entrée définitive, il ne donna pas seulement ses soins à ses affaires et à ses relations du monde , mais encore à l'opinion qu'il y voulait laisser. Ayant été attaqué dans une certaine Histoire de France par le président de Gramond du Parlement de Toulouse, qui l'avait représenté comme une créature vénale de Richelieu ^ , il le réfuta dans des
« elle faisoit de temps en temps des escapades plutost que des rec traites. » J'insiste sur la littéralité du texte, parce que je sais que cette réserve capitale : mais en Dieu et purement spirituellewierUy a été contestée et qu'on est ailé jusqu'à dire que c'était ime addition qui n'était ni du fait ni de la main de Retz. Le manuscrit autographe fait preuve du contraire ; les ratures et modifications qu'il a subies dansée passage ne tombent pas sur l'endroit qui nous intéresse, et la spiritualité de l'amour de M. d'Andilly reste hors d'atteinte.
1. Il y était dit qu'afin de rendre Monsieur suspect au Roi, lo Père Joseph et M. d'Andilly, ces créatures vendues au Cardinal,
lettres adressées tant au président de Ghromond luimême qn'aa premier préstdent de Montrave, et en prit ocoiE^ion de recneillir un Tolumo entier de ^es Lettres, comme on faisait volontiers alors. Le ton de laréfuta«tion» pour une perswme qm songe k se retirer, n'a rien de trop pénitent:' €r8i monsieur-» de • Gramond avoit été tant soit peu npurri dans le grand monâe^ et;dans cette suite des affaires de la Cour qu'il faut nécessairement savoir lorsqu'on ^veiH«e môler d'éorire une histoire, il n'auroitpu ignprer.... Toute la Conv, >gu*U connaît si peu, sait si jamais j'ai passé pour un esdave. » Au reste, il y a dans cette réponse quelques aodents élevés qui sentent l'honnête hœniïie et VéloqumUfarmlk .* car la vigueur aussi, ne l'oublions pas , forme im des traits de cette nature aimable, abondante et facile, qui en a bien fait preuve en effet par sa seule durée, demeurant toute pleine, jusqu'au bout, d'une verte sève généreuse.
Le connaissant maintenant assez selon k monde, nous n'avons plus qu'à le voir arriver au désert defii Champs, selon le réoît animé et comme> enchanté de Fontaine:
tf II y avoît longtemps qu'il soupiroit après ce moment; il aVoit pris par avance le titre de Surintendant des jardins, n envoyoit continuellement les lettres les plus tendres du monde. U assuroit que personne ne pouvoit autant désirer de rajeunir qu'il désiroit, lui, de vieiliipde quelques mois.-. On peut donc juger par là quelle fut sa joie, Iprsque, ^$ affaires étant terminées, il eut enfin le moyen de satis£aire cette longue soif dont il brûloit jour et nuit, et de causer dans tout ce désert une consolation qu'on ne sauroit bien exprimer. Aussi pouvoit-on , sans ôtre transporté de joie , ' ir ce sage, ce vénérable, cet aimable vieillard qui con-
\:enalia Cardinali mcmcipia, avaient, à Fontainebleau^ poussé sous main le maréchal d'Ornano à demander au Rot rentrée de Monsieur dans le Conseil
temploit ayec la gravite qui lui étoit si naturelle les cris du monde dont Dieu le tiroit, les agitations de la Cour, les emplois^ pénibles du siècle dont il le débarrassoit, et qui Yenoit Padorer en ce Port toujours tranquille, comme il le dit si bien dans l'Ode qu'il composa sur ce sujet* ?...
c J'avoue que je me sens encore tout enlevé lorsque je pense à ce feu ardent qui brûloit continuellement dans ce saint solitaire. L'âge, qui affoiblit tout^ sembloit apporter • un nouveau redoublement à son ardeur. U me semble que je le vois et que je l'entends qui me parie avec ce regard de feu, ces manières et ces paroles animées, et tout son air qui dêmentoit en quelque sorte son grand âge, et qui, dans un corps de quatre-vingts ans, avoit l'activité d'une personne de quinze >. Ses yeux vifs, son marcher prompt et ferme, sa voix de tonnerre, son corps sain et droit, plein de vigueur, ses cheveux blancs qui s^accordoient si merveilleusemefU avec le vermillon de son visage, sa grâce à monter et à se tenir à cheval, la fermeté de sa mémoire, la promptitude de son esprit, l'intrépidité de sa main, soit en maniant la plume, soit en- taillant les arbres, étoient comme une espèce d'immortalité, selon la parole de saint Jérôme, une image de la résurrection future, et^ ai on le peut dire, la récompense d'une admirable vertu. Il avoit pendant toute sa vie joint ensemble deux choses presque inalliaUes, c'est-à-dire la politesse du monde avec une grande innocence, un esprit