‹ Port-RoyalChapitre 61 sur 94 · Voir au tome I, p. 401, liv. II, ch · texte numérisé non relu

Voir au tome I, p. 401, liv. II, ch

Royal des Champs lors de la première dispersion de 1638; il tomba malade en revenant à Paris. Sa complexion était très-délicate. Guéri^il travailla avec M. de Barcos dans la maison de M. de Saint-Cyran alors prisonnier. Plus tard M. de Barcos lui procura M. Guillebert pour lui enseigner les questions de Técole en le dispensant de la Sorbonne. Quand M. Amauld Ait caché par suite du livre de la Fréquente Commv/nionj on lui donna M. de Saci pour compagnon et aide dans sa retraite. On voit donc très-bien comment en M. de Saci se combinent l'esprit direct de Sainl-Gyran par M. de Barcos, par M. Sii^lin^ et en même temps l'esprit d' Amauld par le sang et par cette collaboration intime. On a dès l'abord une preuve de sa maturité morale dans une lettre à M. Le Maître, à qui il envoyait quelques cahiers d'Arnauld : « Prenez garde, mon très-cher frère, à tous ces termes un peu durs. Il dit par exemple en un endroit : N'est-ce pas un abus intolérable...1 Pourquoi ne met-on pas plutôt déploràbley puisque nous pourrions y être enveloppés comme les autres?... Il faut aussi considérer que mon oncle a paru un peu chaud lorsqu'il étoit sur les bancs. Quelques-uns l'ont regardé comme un esprit de feu, et ont craint qu'il ne fût un peu aigre, quoiqu'il ne le soit nullement, et qu'il soit l'homme du monde qui ait le moins de fiel. Mais il faut ôter tout prétexte, et com-p battre aussi bien les imaginations des hommes que leurs erreurs. » Ainsi la nature prudente de M. de Saci n'était pas sans quelque méfiance de la nature pugnace d' Amauld, et il l'aurait voulu tempérer. Mais il faut remarquer que cela tombe ici sur la diction, et qu'en général cette justesse de critique, à l'égard d'Amauld et des autres, ne porta guère jamais que sur des détails, non sur l'ensemble de la conduite et sur Tesprit général du rôle. Lui-même, M. de Saci, contribua un instant

au knème râle d'aigreur, sans le savoir, par ses plaisanteries soi-disant poétiques, ses Enluminures de VAlmemach des JésuiteSy si opposées à l'esprit de vérité. Mj de Saci ne vit jainais les choses devant lui qu'en longueur; pour ainsi dire, sur une ligne très-étroite et mince, et dans un horizon assez restreint; il se rache> tait en élévation sur l'autre l%ne profonde et haute, selon laquelle il rapportait tout au Ciel. Mais M. de Barcos, bien moins net et certainement moins ingénieux, jugeait peut-être mieux de l'ensemble.

Dans le même temps qu'il aurait voulu qu'on tempérât quelques expressions outrées d'Âmauld, le jeune Saei engageait M. Le Maître à être moins scrupuleux en ses traductions pour certains mots de médiocre élé-' gance, mais fidèles et suffisants.. On .pressent là encore l'homme pour lequel le bel art moderne ne fut jamais rien, et qui était né comme légèrement suranné : chose remarquable en ce qu'on le voit d'ailleurs très-lettré, et, je le répète, ingénieux, industrieux. La pensée réfléchie et repliée l'attirait uniquement : « Il m'a témoigné souvent, écrit Fontaine, qu'il admirôif comment des personnefil d*esprit* pouvoient préférer lés Pères grecs aux Pères latins. « Je sais, disoit-il, qu'ils « le font parce qu'il paroît plus d'éloquence dans les < Pères grecs que dans les latins; mais on oublie que c lavéritaj^le éloquence e(8tdan»les dboses' et non xians c les expressions. On estime bien plus un peintre qiii « a du dessin* que celui qui n'a que le maniement du « pinceau. » Ainsi pas une couleur chez M. de Saci, pas une flamme; un flegme extérieur^ une pâleur monotone, un ton uniforme, puis aussi un dessin net, fin, menu, continu, un dessin au premier abord sans grâce, ineffaçablemQnt gravé dans sisi ligii^ terne. Je

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