Mémoires (1738), tome I, p
2. « Je suis bien aise que tous ayez vu mon neveu; on apprend la sagesse et le recueillement dans sa conversation, » écrivait la mère Agnès à Tune des sœurs de Port-Royal (19 norembre 1651).
de Job : Semper mim quasi tumentes super me fluctue timui Deum^ et pondus ejus ferre non potui*^ et je ne crois pas qu'il y ait eu un de ceux qui Pont connu qui ne Tait ouïe de sa bouche. Il ne la disoit pas seulement, mais il la sentoit, et il la sentoit comme le saint homme Job, non par un sentiment passager, mais par un sentiment du cœur qui étoit toujours le môme. Il s'étoit accoutumé à peser ainsi toutes les paroles des hommes de Dieu. Quand nous parlons, nos paroles passent, et bien souvent nos bons mouvements en môme temps ; mais il regardoit les paroles des Saints dans l'Écriture comme celle des Anges. Or, cpmme il nous le disoit souvent, quand les Anges sont une fois entrés dans un sentiment, ils y sont pendant toute l'Éternité. Saint Michel , par exemple , ajoutoit-il , a dit une fois : c Quis ut Deus?qui est semblable à Dieu? » Il le dira éternellement. »
Ainsi la parole angélique, à jamais stable, c'est le contraire des paroles légères, ailées, iTuea xrgpoevTa, qui sont le faible des mortels. — Gela ne devient-il pas sublime à sa manière, quoiqu'un tel mot semble jurer avec le caractère doux, humble et discret de M. de Saci,avec tout son être? Et pourtant un certain sublime qui lui est propre, et du plus vrai, on vient de le sentir et d'y toucher, il l'a.
Tel est l'homme que M. Singlin, lorsqu'il vit M. Manguelen mort, contraignit à franchir les derniers degrés de Tautel, pour avoir enfin sur qui se décharger : lilum oportet crescere, me autem minui; il faut que celui-ci grandisse et que je m*efface*, disait-il, en le montrant; et il n'eut point de cesse qu'il ne l'eût institué. M. de Saci résistait encore ; il en appela en dernier ressort à
1. « Car toujours, comme un Océan roulant ses flots sur ma tête, j*ai craint le Seigneur, et je n*ai pu porter son poids. » (Job, XXXI, 23.) Nous figurons-nous bien M. de Saci qui, toute sa vie, chemine droit et serré, mains jointes, sous cet Océan de Dieu?
2. Saint Jean, Êvang., chap. III, 30. — Belle parole des précurseurs, et que bien peu prononcent sur ceux qui les surpasseront! Jean-Baptiste la proféra le premier sur Jésus.
M. de Barcos, à ce dépositaire le plus direct des premières et hautes lumières. M. de Barcos, si scrupuleux et si exact, n*eut aucun doute cette fois, et déclara qu'il voyait en M. de Saci le caractère du prêtre manifestement imprimé. L'humble clerc n'eut plus de réponse ,^t reçut la consécration avec une joie grave et tremblante. U dit sa première messe à Port-Royal des Champs le jour de la Conversion de saint Paul, 25 janvier 1650 : ce fut un événement que nos chronologies mettent en première ligne pour l'importance. Il avait trente-sept ans. Il en doit vivre encore trente-quatre, et sa parole dirigera jusqu'au bout.
J'ai déjà raconté comment, parmi les solitaires, M. Le Maître surtout hésitait d'abord à entrer sous la direction de M. de Saci son cadet, et si différent de lui par le flegme apparent de sa nature, puis comment l'obéissance chrétienne finit par triompher d'une manière si touchante ^ Le bon Fontaine nous confesse lui-même qu'il avait, pour son compte, prié M. Singlin de le laisser sous M. Arnauïd, dont la bonté et l'ouverture àfi cœur l'accommodaient fort. Ces petites résistances tombèrent d'un mot. A partir de ce moment, M. de Saci devint l'âme et la règle vivante de l'intérieur. Deux rudes et tendres épreuves l'initièrent. U assista M. de Séricourt son frère, qui mourut avant la fin de Tannée; il disposa particulièrement sa sainte mère qui suivit de près ce fils chéri : <c Elle a eu la consolation, dit le Nécrologe, d'être assistée à sa mort par M. de Saci son fils, qui étoit prêtre depuis un an, mais qui n*avoit point encore confessé ^« Elle voulut qu'il commençât par elle à exercer cette fonction du sacré ministère, et qu'il dé-